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Cette nuit-là - L'espoir d'une infirmière

De
288 pages
Cette nuit-là, Annie Claydon
En revoyant le Dr Greg Shaw, Jess est bouleversée. Six mois qu’il a disparu… depuis cette merveilleuse soirée où ils ont échangé un baiser brûlant, dont le souvenir la hante encore. Et, bien qu’elle ne tarde pas à s’apercevoir que Greg a changé et qu’il n’est plus l’homme qu’elle a connu, elle est toujours aussi incroyablement attirée par son charme irrésistible. A tel point qu’elle se retrouve bientôt dans ses bras, le temps d’une nuit de rêve. Une nuit qui va changer leur vie à tout jamais…

L’espoir d’une infirmière, Jacqueline Diamond
Quand on est maman d’une petite fille, quoi de plus naturel que de souhaiter agrandir la famille ? Mais voilà, depuis qu’elle a perdu son mari, Harper a dû apprendre à vivre en renonçant à son rêve… Jusqu’à sa rencontre avec Peter Gladstone, un patient à l’hôpital où elle est infirmière. Peter, dont la gentillesse et le charme la bouleversent. Très vite, des liens se tissent entre eux, si profonds que Harper sent bientôt l’espoir renaître en elle ; mais Peter reste mystérieusement distant. Si seulement elle réussissait à percer les secrets de son cœur…

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couverture
pagetitre

1.

Greg Shaw referma derrière lui la porte de la salle de repos des médecins et s’effondra dans un fauteuil sans même prendre la peine d’allumer.

Tout ce qu’il voulait, c’était dormir. Il aurait volontiers pris quelques jours de congé entre son retour des Etats-Unis et sa reprise du travail. Une seule journée pour absorber le décalage horaire et remplir son réfrigérateur, c’était trop court. Mais on ne faisait pas toujours ce qu’on voulait, et il n’avait pu parer qu’au plus pressé. A présent, il fallait qu’il rentre chez lui pour une courte nuit avant de revenir à l’hôpital le lendemain matin.

Il tenta de se motiver en imaginant une douche bien chaude et un vrai repas cuisiné, mais le soulagement d’être assis là, tout seul, dans le noir, l’emporta sur tout le reste, et il ferma les yeux sans presque s’en rendre compte.

* * *

— Est-ce qu’il fait toujours aussi chaud ici ? demanda Jessie Saunders, haussant le ton pour surmonter le vacarme de la chaufferie, en descendant avec précaution les hautes marches de l’escalier en béton.

— Aucune idée, répondit son amie Reena. Le chemin le plus court, c’est de passer par là. Attention à la rampe, Jess, elle bouge terriblement.

— Ça fait un bout de temps que la sécurité n’est pas descendue ici, on dirait !

— Tu as raison.

Au bas de l’escalier s’ouvrait un couloir plus frais et plus calme. Reena la précéda jusqu’à une porte sur laquelle une inscription solennelle annonçait « Salle des archives ».

— Normalement, les archives de l’hôpital sont là.

La salle en question se présentait comme un long tunnel voûté rempli d’étagères. Reena sortit de la poche de sa blouse un petit plan des locaux, qu’elle consulta rapidement.

— Les archives les plus anciennes doivent se trouver là-bas, derrière la grosse porte en fer, dit-elle, tirant de sa poche une grosse clé.

Jessie sentit un petit frisson lui parcourir le dos.

— Je ne me doutais pas que nous avions des cachots au sous-sol !

— C’est un ancien coffre-fort. Il y fait toujours frais et sec, alors on y garde les documents les plus vieux. J’ai dû promettre à l’administration que nous laisserions la porte grande ouverte et que nous garderions toujours la clé sur nous.

Reena déverrouilla la porte, tira le lourd battant qui résistait et le cala en position ouverte.

Recouvertes d’une épaisse couche de poussière, les boîtes en carton entreposées à l’intérieur de la pièce étaient rangées dans l’ordre chronologique.

Jessie fouilla dans sa poche et en sortit des gants de chirurgien.

— Tu en veux ? proposa-t-elle.

— Volontiers.

L’année 1813 fut trouvée facilement, et les boîtes correspondantes furent empilées dans l’espace encombré, devant la porte du local.

Elle entreprit aussitôt d’inspecter le contenu de la boîte la plus ancienne, avec précaution pour ne pas soulever trop de poussière.

— Oh ! tu ne devineras jamais qui j’ai vu sortir de la cantine aujourd’hui ! gloussa Reena au-dessus d’elle.

— Comment veux-tu que je le sache ?

— Essaie, au moins ! Un sourire sublime, grand, brun…

Devant l’air perplexe de Jess, son amie leva les yeux au ciel.

— Ton ex-patron !

Pour dissimuler son émotion, Jessie fixa le registre qu’elle avait sous les yeux.

— Tu veux dire… Greg ? Il est revenu ?

— Mmm. Je ne sais pas où il a passé les huit derniers mois, mais une chose est sûre, c’était au soleil ! Il est superbe.

Greg Shaw était toujours superbe, répliqua mentalement Jess.

— Comment va-t-il ? demanda-t-elle d’un ton faussement détaché.

— Je n’ai pas pu lui parler, il était trop pressé. Tu le connais, toujours occupé.

Jessie fit mine de reporter son attention sur le contenu de la boîte de rangement.

Greg était revenu… Mais il avait sûrement eu plusieurs relations féminines depuis la dernière fois où ils s’étaient vus, et il avait complètement oublié leur baiser, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Elle aurait bien fait de l’oublier, elle aussi !

— Ç’a l’air intéressant… Jessie ?

— Oui ?

— Je crois que c’est exactement ce que nous cherchons.

Jessie écarta les souvenirs indésirables.

— Voyons ça.

* * *

Greg s’éveilla juste à temps pour entendre l’horloge de la petite cour égrener les douze coups de minuit. Dans le silence qui suivit, il se redressa dans le fauteuil, et il était en train de faire jouer ses épaules courbatues, quand dans le couloir résonnèrent un raclement, puis un bruit sourd et… ce qui ressemblait à un bruit de chaînes.

Son imagination lui jouait-elle des tours ?

Après huit mois passés en allers-retours entre l’Amérique et l’Australie avec des intermèdes dans différents endroits ensoleillés de l’Europe, ce début de novembre à Londres semblait clos et plein d’ombres. Mais c’était chez lui, il avait rêvé de rentrer, et c’était fait.

Hélas, cela ne changeait rien au sentiment de vide et de perplexité qui l’habitait depuis dix mois…

Ce cliquetis, encore. Si ce n’était pas une chaîne, ça lui ressemblait drôlement !

Complètement réveillé à présent, il tentait de percer l’obscurité, quand soudain une lumière blanche vint heurter ses rétines, gravant dans sa tête l’image d’un spectre, et il dut fermer les yeux.

— Greg ! fit une voix féminine.

— C’est… Jessie ?

Battant des paupières dans le flot de lumière provenant du couloir, il la distingua peu à peu.

Elle le regardait d’un air stupéfait. Elle traînait derrière elle une longue chaîne, et il remarqua son manteau rouge — celui qu’elle portait la dernière fois qu’il l’avait vue… La fois où il l’avait embrassée.

Il fut assailli par l’envie de reprendre exactement là où ils s’étaient arrêtés.

Elle s’éclaircit la voix.

— On m’a dit que tu étais revenu.

Il éprouva un pincement de culpabilité. Il aurait dû l’appeler.

— Oui, c’est tout récent. J’ai atterri hier matin, et à midi on m’a appelé pour me dire que l’on manquait de personnel aux urgences. On m’a demandé si je pouvais commencer aujourd’hui.

Jessie répondit d’un simple hochement de tête. Rien dans son attitude ne semblait montrer qu’elle se souvenait de leur baiser.

— Je suis contente de te revoir. Tu as pu régler tes affaires ?

Ses affaires ? Elles ne seraient jamais réglées, pensa-t-il avec accablement.

— Pas tout à fait. Pas encore.

Il aurait voulu s’expliquer, mais par où commencer ?

— Jessie…

— Oui ?

— Qu’est-ce que c’est que ces chaînes ?

L’air un peu confus, elle ôta son béret en tricot, libérant ses cheveux blond doré qui retombèrent en désordre.

Ils étaient un peu plus longs qu’au Noël précédent, ça lui allait bien.

— Ah, ça ? C’est pour Noël, répondit-elle, désignant de la main une pile de caisses en plastique dans un coin.

— Tu vas te mettre des chaînes pour Noël ?

— Non, bien sûr que non. Pas moi — Gerry.

Elle ouvrit une des caisses et laissa tomber la chaîne à l’intérieur.

— Gerry va se mettre des chaînes pour Noël ?

L’idée semblait pour le moins saugrenue. Gerry — Gerard Mortimer — était le consultant senior en cardiologie.

Jessie agita les mains en souriant, soudain volubile.

— Quelques-uns d’entre nous vont se déguiser en personnages de Dickens. Gerry doit incarner le fantôme de Jacob Marley.

Greg hocha la tête.

Peut-être finalement était-il en train de rêver. Ça ne serait pas la première fois que Jessie apparaissait dans ses rêves. Mais les chaînes, ça, c’était inédit. Peut-être la fatigue survoltait-elle son imagination.

— Ça va ? demanda Jess, le scrutant avec intensité.

— Hein ?… Euh, oui. C’est le décalage horaire. Alors toi, en quoi te déguiseras-tu ?

— Moi, je ne me déguise pas. J’organise.

— Donc ce Noël ne ressemblera pas au dern…

Il se mordit la langue, mais c’était trop tard.

Jessie rougit.

— Je ne vois pas ce que tu veux dire. Il est tard, je crois que je vais rentrer.

Il réprima un sourire en la voyant battre en retraite en direction de la porte.

— A demain ?

— Oui… Peut-être.

— Vivement demain, alors.

La porte claqua derrière elle, et il se renversa dans son fauteuil.

Encore dix petites minutes de repos, le temps de remettre de l’ordre dans ses pensées, et il rentrerait chez lui.

* * *

Le rêve saisit Greg avec toutes les couleurs et l’immédiateté d’un souvenir — celui qui assombrissait sa vie depuis trente ans.

Il y avait la grande et belle pièce, et l’enfant assis sur une épaisse couverture richement ouvragée posée sur le parquet. Le garçon fabriquait quelque chose.

Greg savait de quoi il s’agissait sans avoir besoin de regarder : une carte de Noël destinée à son père. Sur le premier volet, l’image représentait l’image idéale d’une famille — le père, la mère et leur fils de cinq ans — sous un sapin de Noël. C’était presque douloureux de se regarder soi-même enfant, si absorbé dans cette tâche, si attentif à l’image et au message à l’intérieur de la carte, maintenant qu’il savait ce qui allait arriver ensuite.

Les cadeaux somptueux venus d’Amérique n’avaient pas compensé l’absence de son père, mais ce Noël-là il avait encore avalé toutes ses excuses. Il lui avait fallu des années de promesses non tenues pour comprendre : le temps que son père accordait sans compter à la firme et aux gens avec lesquels il travaillait, il n’en gardait qu’une part infime pour sa famille.

L’enfant grandissait tout de même. Un premier baiser sur une colline inondée de soleil pendant des vacances en Italie, dans la famille de sa mère. La lettre annonçant à son père qu’il entrait à la faculté de médecine, restée sans réponse. La fête que sa mère et son beau-père avaient organisée pour lui avant son départ. Le travail acharné, les nuits d’inquiétude, et le sourire de la première malade qu’il avait sauvée. A partir de là, il avait su qu’il était fait pour la médecine.

Il se délectait de la clarté des souvenirs qui surgissaient devant lui. Des visages, des rêves. La douceur soyeuse d’une peau de femme. Le dernier goût délicieux de sa vie d’avant. Peut-être pas une vie parfaite — il y avait eu des erreurs et des déceptions, naturellement —, mais c’était sa vie à lui.

Enfin, le défilé des images ralentit et s’arrêta sur le Noël précédent, dans la cour sombre et déserte de l’hôpital où il se vit en train de parler avec Jessie.

A ce moment-là, celle-ci devait être aussi éreintée que lui, mais elle restait rayonnante. Elle portait encore ce bandeau rouge pailleté qui avait apporté un peu de la magie de Noël dans le service d’urgences en état de siège : un coup de froid accompagné de neige et un virus grippal avaient rempli la salle d’attente, et avec l’effectif réduit des vacances, la routine quotidienne s’était transformée en véritable chaos.

Jessie avait travaillé avec lui pendant deux ans, elle allait partir pour intégrer un poste en cardiologie. C’était ce qu’elle souhaitait, il était content pour elle, mais même maintenant, en y repensant dix mois plus tard, une intense tristesse le saisissait encore. L’heure de se dire au revoir avait sonné. Il se revoyait en train de s’incliner pour un rapide baiser sur la joue.

Quand il avait voulu l’embrasser sur l’autre joue, elle avait eu un léger mouvement de recul. Alors il avait usé de son charme italien, murmuré quelque chose du genre « Une seule bise ne suffit pas », comme une excuse pour sentir encore une fois leurs peaux se toucher. Leurs corps s’étaient rapprochés comme par magie, il avait pris la main de Jessie, avait pressé sur ses lèvres les doigts délicats, et elle n’avait rien fait pour résister. Alors il l’avait embrassée malgré le fait qu’elle faisait partie de son équipe et qu’il se montrait en toutes circonstances strictement professionnel à l’hôpital.

Pendant ce baiser, il avait d’abord cru contrôler la situation, mais Jessie l’avait embrassé à son tour. De la main, elle avait caressé sa joue mal rasée avant de le saisir par la nuque. Elle lui avait coupé le souffle, l’avait pris tout entier. En un instant, lui qui avait érigé en règle d’or de toujours contrôler sa vie amoureuse, il lui appartenait. Sa résolution s’était dissoute dans une vague de plaisir. Il entrait en territoire inconnu, il n’en savait pas davantage sur Jessie qu’elle n’en savait à son sujet. Si ce n’était pas une perte de contrôle, ça, qu’est-ce que c’était ?

Elle avait repris ses esprits la première.

— Ce n’est peut-être pas une bonne idée, Greg. Nous travaillons ensemble…

Jessie si réaliste et raisonnable, Jessie qui avait toujours paru insensible à son charme !

Elle lui offrait une porte de sortie, mais il avait refusé de s’y engouffrer.

— Ensemble, mais plus pour très longtemps.

— Tu ne me verras plus beaucoup, une fois que je serai en cardio, avait-elle fait observer avec un imperceptible sourire.

— Si. Je te trouverai.

Il l’avait embrassée une dernière fois pour sceller sa promesse, et elle s’était accrochée à lui comme pour lui montrer de quelle façon elle l’accueillerait quand il viendrait la voir.

— Joyeux Noël.

— Joyeux Noël, Jess.