Chestnut Hill tome 14

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Quelle fierté pour Laurie ! Grâce à elle, Chestnut Hill est en finale du championnat interscolaire. Pourtant, ces derniers temps, tout se bouscule dans sa vie : un déménagement, une brouille avec son petit ami... Pire, quelqu'un veut acheter Tybalt, son cheval préféré ! Laurie est bien décidée à ne pas se laisser faire.





Publié le : jeudi 31 janvier 2013
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EAN13 : 9782823807059
Nombre de pages : non-communiqué
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Lauren Brooke



Chestnut Hill
En route pour la finale
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine


Avec des remerciements particuliers à Elisabeth Faith
1
Lucy, la cavalière de réserve de l’équipe junior de saut de Chestnut Hill, se débattait nerveusement avec le bouton supérieur de sa veste de concours.
— Je ne me souviens plus de l’ordre des obstacles, gémit-elle.
Laurie écarta doucement ses mains et acheva de boutonner sa veste.
— Bien sûr que si ! la rassura-t-elle. Tu as fait deux fois le tour du parcours. Moi aussi, je crois avoir oublié, parfois. Mais dès qu’on entre sur la piste, ça revient. Tu verras.
Lucy hocha la tête, blanche comme un linge.
— Et pense à respirer, ajouta Laurie.
Lucy poussa un énorme soupir.
— Je suis désolée. Je me conduis comme une idiote. D’autant que c’est mon rôle de remplacer n’importe quelle coéquipière au pied levé.
Le matin même, Joanna Boardman s’était fait une entorse en sautant du van.
— Ta réaction est tout à fait normale. Pense à ta première manche. Qu’est-ce que tu as fait ?
— Un sans-faute, répondit Lucy avec un petit sourire.
— Et un des meilleurs temps, renchérit Laurie en haussant le ton pour se faire entendre malgré les applaudissements.
— Martine Kyle, montée sur Lunar Express pour Wycliffe, termine avec six fautes, annonça le haut-parleur alors qu’un poney noir quittait le manège, son encolure et ses flancs trempés de sueur. Et voici à présent Lucy Price qui monte Skylark pour Chestnut Hill.
Pendant qu’Annie Carmichael tenait le poney, Laurie aida Lucy à se mettre en selle.
— On est toutes avec toi ! lui lança-t-elle tandis que Lucy faisait entrer sa ponette alezane sur la piste.
— Bien parlé, capitaine ! s’exclama l’instructrice. Tu as été parfaite. Si jamais un jour je panique, je t’appellerai au secours.
— Ça fait partie de mon boulot.
Une mouche se posa sur le flanc de Tybalt, qui tressaillit. Il donna un coup de queue et frappa le sol du sabot.
— Je ferais mieux de remonter, dit aussitôt Laurie.
Elle savait combien son cheval était capricieux et la jeune fille n’avait aucune envie qu’il s’énerve juste avant l’épreuve. Annie Carmichael l’aida à descendre les étriers et tint les rênes de Tybalt qui sautillait sur place.
Laurie se mit en selle et reprit les rênes.
— Doucement, Tybalt.
Il redressa la tête comme s’il n’avait aucune intention de lui obéir. Il se montrait toujours très nerveux en concours, mais ses talents de sauteur la récompensaient largement des efforts qu’elle devait fournir pour le contenir.
Une petite salve d’applaudissements retentit ; elle ramena son attention sur la carrière de saut. Elle aperçut la silhouette familière de Caleb, son petit ami, qui quittait l’arène réservée au niveau intermédiaire sur son puissant hongre gris, Pageant’s Pride.
Quelques secondes plus tard, des applaudissements plus fournis saluèrent la fin du parcours de Lucy.
La cavalière sortit de la piste debout sur ses étriers et se pencha pour tapoter l’encolure de Skylark.
— Comment ça s’est passé ? demanda Laurie.
— À part un pied dans l’eau, nous n’avons pas fait de faute. Skylark a été incroyable ! ajouta-t-elle en la caressant de nouveau.
Laurie se sentit tout à coup la bouche sèche : Chestnut Hill venait de s’afficher en seconde place sur le tableau. Elles avaient donc une chance de remporter l’avant-dernière compétition du championnat interscolaire. Les points qu’elles gagneraient ou perdraient aujourd’hui joueraient un rôle décisif dans leur classement à l’issue de la finale qui devait avoir lieu dans quelques semaines.
Annie Carmichael se tourna vers elle.
— Il ne reste plus que Solène et toi à passer. Si tu conduisais Tybalt à la carrière d’entraînement ?
Laurie acquiesça et dirigea son cheval vers les verticaux d’échauffement. Solène, qui montait pour Allbrights, réussirait à coup sûr un sans-faute. Elle faisait partie des meilleurs cavaliers de Virginie en saut d’obstacles. « Mais si jamais elle commet une faute et moi pas, Chestnut Hill finira en première position. »
À cette pensée, son estomac se noua d’appréhension. Tybalt, percevant aussitôt sa tension, secoua la tête et fit un écart.
Laurie le mit au galop. Quelle chaleur ! Elle rêvait d’un peu de vent. Sa chemise et son pantalon lui collaient à la peau, et Tybalt était déjà en nage. Elle l’amena sur le premier obstacle. Il le franchit sans effort et se réceptionna à la perfection. Laurie le gratifia d’une caresse.
— Merci, mon grand.
Solène MacLeod quittait la piste. Au grand étonnement de Laurie, le présentateur annonça quatre fautes. Chestnut Hill prenait la tête de deux points !
— On peut le faire ! chuchota-t-elle à Tybalt qui tirait sur le mors.
Le hongre avait déjà réalisé un sans-faute à la manche précédente et il était en grande forme.
— Vas-y, Laurie ! l’encouragea Annie Carmichael alors qu’elle pénétrait sur la piste.
— Bonne chance ! lança Lucy qui desserrait la sangle de Skylark avant de la ramener au camion.
Laurie s’avança dans le manège et plissa les yeux, éblouie par la réverbération du soleil sur les clôtures blanches. Du coin de l’œil, elle remarqua ses amies qui scandaient son nom en agitant une bannière de Chestnut Hill.
La voix de Margaux lui parvint au-dessus des applaudissements.
— Tu vas gagner, Laurie !
D’une pression des talons, elle mit Tybalt au galop et lui fit décrire deux cercles pour amener ses hanches en dessous de lui. Puis ils passèrent la ligne de départ. Elle dirigea Tybalt vers le premier obstacle. Il répondait au moindre geste comme s’il lisait dans ses pensées. Elle ferma ses jambes et il transféra son poids sur ses postérieurs. Il s’envola au-dessus du vertical d’un mouvement souple et naturel qui la fit sourire. Chaque fois qu’elle sautait avec lui, elle avait l’impression qu’ils pouvaient réaliser n’importe quel exploit.
L’œil sur l’obstacle suivant, elle nota avec satisfaction que Tybalt se réceptionnait sur le bon pied.
— Tu es génial !
Elle s’enfonça dans la selle et altéra légèrement la trajectoire de sa monture pour gagner quelques foulées. Tybalt allongea aussitôt son pas, rythmé par le martèlement sourd de ses sabots sur le sol meuble. Les oreilles dressées, il franchit le mur avec une bonne marge de sécurité. Le vertical suivant était positionné de travers. Laurie lui demanda un demi-arrêt pour le mettre sur la ligne d’approche qu’elle avait choisie lors de la reconnaissance du parcours. Le conseil d’Annie Carmichael retentit dans sa tête : « Équilibre, équilibre, équilibre. »
En dépit de cette préparation, Tybalt la surprit en prenant son appel plus tôt et elle suivit son mouvement avec un temps de retard.
— Désolée, Tybalt, murmura-t-elle alors qu’il atterrissait maladroitement sur le mauvais pied.
Laurie transféra son poids pour le faire changer de pied avant l’obstacle suivant. Avec un léger grognement, Tybalt passa largement les barres. Laurie sentit son excitation monter tandis qu’ils se dirigeaient vers la rivière. Même si ses approches n’étaient pas toujours parfaites, Tybalt était dans une telle forme qu’il semblait bien parti pour remporter la compétition ! Elle résista à l’envie de le pousser. Au contraire, elle l’encouragea des jambes à allonger sa foulée tout en maintenant le contact avec les mains pour qu’il garde ses postérieurs en dessous de lui.
Soudain, un éclair aveuglant jaillit juste en face d’eux. Laurie cligna des yeux et sentit Tybalt vaciller. Projetée en avant, elle n’eut que le temps de s’accrocher à sa crinière tandis que le hongre faisait un écart, s’arrêtait et baissait subitement la tête avant de ruer.
— Holà, Tybalt ! protesta-t-elle tandis qu’un cri retentissait et que la lumière aveuglante disparaissait.
Elle raccourcit les rênes et referma les jambes sur les flancs trempés de sueur du cheval. Il garda les oreilles couchées pendant qu’elle lui faisait exécuter un large cercle. Certes, cela serait considéré comme un refus et lui ferait donc perdre tout espoir de réaliser un sans-faute, mais elle devait reprendre son approche de la rivière. Refoulant sa déception, elle présenta de nouveau Tybalt qui s’envola sans peine au-dessus de l’eau. Il trébucha néanmoins à la réception et lutta contre ses mains quand elle essaya de rassembler ses rênes.
Ils se tournèrent vers le dernier obstacle, une combinaison de deux oxers. Tybalt avait perdu le rythme et s’approcha avec raideur du premier élément. Il s’élança trop tard et accrocha avec ses antérieurs la barre supérieure, qui heureusement resta en place. Il se rattrapa ensuite en ajoutant une minuscule foulée, sauta sans encombre le deuxième élément et se réceptionna sous un tonnerre d’applaudissements.
— Laurie O’Neil, qui représentait Chestnut Hill sur Tybalt, termine avec trois pénalités, annonça le haut-parleur.
Laurie se pencha pour caresser l’encolure de Tybalt.
— Tu n’y es pour rien, mon grand. Tu as été fantastique !
Ils sortirent du manège au trot. Annie Carmichael les attendait sur le chemin du paddock de détente.
— Vous vous êtes magnifiquement comportés tous les deux, dit-elle en prenant les rênes du cheval. Je suis fière de vous.
Laurie descendit et desserra la sangle. Tybalt respirait fort, les flancs ruisselants de sueur.
— On aurait pu faire un sans-faute, grommela-t-elle. C’était gagné d’avance.
— Que s’est-il passé ?
— Je ne sais pas. Quelque chose m’a éblouie et a perturbé Tybalt.
Margaux, Nora et Mélanie se précipitèrent vers elle, toutes trois vêtues de tee-shirts aux couleurs de Chestnut Hill. Il faisait trop chaud pour porter des sweat-shirts.
— Bravo ! s’écria Mélanie. Je ne vous avais encore jamais vus dans une telle forme, Tybalt et toi.
— Dire qu’il a fallu qu’un imbécile ouvre sa portière ! s’exclama Margaux.
— Vous avez reçu le soleil en plein dans les yeux, continua Nora. C’est ça qui vous a déstabilisés.
— J’ai bien cru que j’allais me retrouver les fesses par terre quand il a rué, avoua Laurie, et elle sourit malgré sa déception.
— On nous a privées de notre première place. On devrait faire appel, grommela Margaux, hors d’elle.
— Et faire passer les cavalières de Chestnut Hill pour de mauvaises perdantes ? rétorqua-t-elle. Non, ça fait partie des imprévus.
— Cette seconde place est déjà une belle réussite, renchérit Annie Carmichael. Vous êtes maintenant en position de force pour la compétition finale du mois prochain. Quand vous irez chercher vos rubans, dites-vous qu’il n’y a qu’un point entre vous et la première place !
— C’est censé nous remonter le moral ou nous le mettre à zéro ? soupira Margaux.
— Je m’occupe de détendre Tybalt pendant que vous allez boire quelque chose, proposa l’instructrice. Vous avez dix minutes.
Alors que Laurie retirait son casque et sa veste avec soulagement, une voix familière lui lança :
— Je vais te les garder !
2
Laurie se tourna. Son père lui tendait les bras. Il l’embrassa et la débarrassa de ses affaires.
— Quel parcours ! On va bientôt te demander des autographes.
— Toute l’équipe s’est vraiment bien comportée, répondit-elle en rougissant. Merci d’être venu me voir.
Ce n’était pas toujours facile pour lui de se faire remplacer dans son magasin.
— Tu plaisantes ! Je n’aurais pas raté ça pour un empire !
Laurie remarqua qu’il regardait Annie Carmichael.
— Je vous retrouve dans deux minutes, j’ai soif, dit la jeune fille avant de s’éclipser précipitamment.
— Tu ne te fais toujours pas à cette relation triangulaire ? s’inquiéta Margaux alors que les amies se frayaient un chemin dans la foule pour regagner le camion.
Mélanie lui donna un coup de coude.
— Margaux, tu n’as jamais pensé à tourner sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler ?
— Laisse, ce n’est pas grave, soupira Laurie.
Elle s’habituait peu à peu à l’idée que son père sorte avec Annie Carmichael, mais elle avait encore du mal à partager avec elle des moments qui, jusque-là, lui étaient réservés. Mais ce n’était pas cela qui la tracassait pour l’instant.
— Savez-vous où est passé Caleb ? demanda-t-elle d’un ton qui se voulait détaché.
Elle ne comprenait pas qu’il soit parti sans assister à son parcours.
— Il a dû aller consoler son équipe de Saint Kits de la défaite écrasante que nous leur avons infligée, répondit Margaux en passant un bras autour de ses épaules. Nous sommes les meilleures !
Elle avait fait un sans-faute sur Morello dans la première manche et récolté quatre pénalités dans la seconde.
— Je l’ai vu partir par là avec son cheval, ajouta Nora avec un geste vers le paddock derrière le parking. Il a dû aller le détendre.
Laurie hocha la tête, un peu vexée.
Quand elles arrivèrent au camion, elles retrouvèrent Elsa, l’une des palefrenières de Chestnut Hill, qui pansait Morello dont la robe pinto brillait comme du satin.
— J’ai appris la nouvelle. Vous êtes secondes ! C’est génial !
Morello poussa un petit hennissement, son doux regard brun rivé sur Margaux.
— Alors, beau gosse ? Tu es prêt pour ton moment de gloire ?
— Ça me rappelle que je ferais bien de prendre une brosse pour Tybalt, déclara Laurie.
Mélanie sortit une canette de soda de la glacière et la lui tendit.
— Tiens, ça va te rafraîchir.
— Merci.
Elle buvait à longues gorgées quand Audrey Harrison sortit de derrière le camion avec Bluegrass, son poney rouan, et se précipita vers elle.
— Si tu ne t’entêtais pas à monter ce cheval hystérique, nous serions les premières ! lança-t-elle d’un ton accusateur.
Laurie n’eut pas le temps d’avaler que Mélanie répondait à sa place.
— Même Bluegrass n’aurait pas pu faire mieux que Tybalt aujourd’hui ! N’importe quel cheval aurait été surpris par cet éclat de lumière !
— Oh, je t’en prie ! C’est le seul de l’équipe à faire une comédie pareille !
— C’est pas vrai ! s’exclama Margaux. Même une belle journée comme aujourd’hui, faut que t’essaies de la gâcher !
Audrey leva les yeux au ciel et partit avec Bluegrass en direction du manège.
— Pourquoi s’en prend-elle toujours à Tybalt ? s’étonna Nora qui n’était à Chestnut Hill que depuis un trimestre et n’en connaissait pas encore toutes les petites histoires.
— Quand Tybalt est arrivé à Chestnut Hill, il était complètement imprévisible, répondit Laurie. Il a mis du temps à se calmer, et on ne peut toujours pas le monter en cours.
Nora fronça les sourcils.
— Ça ne m’explique pas ce qu’elle lui reproche. Il a largement fait ses preuves sur la piste.
Margaux passa son bras sous le sien.
— Rappelle-moi de t’inscrire officiellement au club des non-supporters d’Audrey.
Nora dévisagea Margaux puis Mélanie et Laurie, avant de se taper brusquement le front.
— Quelle gourde ! s’esclaffa-t-elle. J’ai bien cru que ce club existait vraiment. Combien de temps va-t-il me falloir pour être au parfum ?
— Quoi que tu fasses, tu auras toujours un métro de retard sur Margaux, la prévint Mélanie. Cette fille nous dépasse toutes !
Laurie éclata de rire devant l’expression indignée de Margaux.
— Tu vas bientôt la rattraper, assura-t-elle à Nora.
— Oui, à voir le ramdam que tu as fait ces dernières semaines, on a l’impression que tu es là depuis des siècles ! rétorqua Margaux.
— Vous ne croyez pas qu’il serait temps de retourner là-bas ? demanda Laurie, devinant que Nora n’avait pas envie que la conversation dérive sur l’origine de ce raffut, c’est-à-dire la réapparition soudaine de sa mère biologique après des années d’abandon.
— Oui, vous avez encore des rubans à aller chercher, les filles ! acquiesça Mélanie.
Le soulagement se peignit sur le visage de Nora tandis que Margaux partait détacher Morello.
Laurie et Margaux rejoignirent la carrière d’échauffement où se rassemblaient les membres des équipes gagnantes. Mélanie et Nora les quittèrent pour chercher une place sur le bord de la piste. Laurie repéra Audrey et Lucy à l’autre bout de la carrière, montées sur Bluegrass et Skylark. La ponette semblait prête à repartir pour un tour. À côté d’elles, Annie Carmichael tenait les rênes de Tybalt qui regardait autour de lui, la tête haute et les oreilles dressées.
Laurie se faufila jusqu’à eux. Après avoir remercié l’instructrice, elle entreprit de brosser le poney.
— Excusez-moi…
Un inconnu s’arrêta juste devant eux. Il tendit la main vers Tybalt qui recula nerveusement.
— Désolée, s’excusa Laurie. Il est toujours méfiant avec les étrangers.
L’homme retira sa main en souriant et examina Tybalt.
— C’est un sensible, hein ? Il me rappelle mon premier poney. Une vraie boule de nerfs, mais quelle détente !
— En quoi pouvons-nous vous aider ? intervint Annie Carmichael.
L’homme retira ses lunettes de soleil et les glissa dans la poche de sa chemise avant de se tourner vers l’instructrice.
— Peut-être pourrions-nous nous aider mutuellement, répondit-il. Je m’appelle Don Golding. Mon nom vous dit sans doute quelque chose. Je suis le père de Simon Golding.
Annie ne semblait pas le connaître. Don Golding poursuivit néanmoins :
— Simon a besoin d’un deuxième poney, un bon sauteur de préférence. Et d’après ce que j’ai vu, Tybalt possède toutes les qualités que mon fils recherche.
« Toutes les qualités que son fils recherche ? » Laurie dévisagea M. Golding, atterrée. À l’entendre, Tybalt se trouvait réduit à un simple accessoire.
— Il n’est pas…
La jeune fille s’arrêta. Ce n’était pas à elle de lui apprendre que Tybalt n’était pas à vendre. « Il ne m’appartient pas. »
— Je suis désolée, s’impatienta Annie Carmichael, mais seuls les concurrents et leurs entraîneurs sont autorisés dans la carrière d’échauffement, et on va bientôt appeler les cavaliers sur la piste.
Au même instant retentit l’appel pour la remise des récompenses. Tremblante, Laurie se mit en selle.
— Bien sûr, acquiesça Don Golding. Où puis-je vous contacter ?
Laurie se retourna sur sa selle, s’attendant à ce qu’Annie Carmichael dise à ce monsieur qu’elle n’avait aucune intention de vendre Tybalt.
— Je suis Annie Carmichael, la directrice d’équitation de Chestnut Hill. Vous pouvez me contacter là-bas.
Margaux sursauta et échangea un regard inquiet avec Laurie. Mais déjà un juge leur faisait signe de se dépêcher. La tête ailleurs, Laurie conduisit Tybalt vers le centre de la piste et s’aligna à côté de l’équipe d’Allbrights. Des applaudissements retentirent alors que le juge principal s’avançait pour lui tendre l’assiette en argent remportée par l’équipe de Chestnut Hill.
Laurie se pencha pour serrer la main du juge et recevoir le ruban rouge et l’assiette qui scintilla sous le soleil quand elle la souleva. Mais tandis que les applaudissements redoublaient, elle était au bord des larmes. Elle baissa les yeux vers la crinière de Tybalt, le regard voilé.
« Ce n’est pas possible ! Annie ne va pas le vendre. »
Elle n’en était pas convaincue. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’une ombre assombrissait cette journée qui aurait dû la combler de bonheur. Et cette ombre était aussi une menace pour les jours à venir.
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