//img.uscri.be/pth/4a8182dfa03bb5f811541333f49723e7c3f7432a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Chestnut Hill tome 15

De

L 'année est finie ! Nora rentre chez elle pour l'été. Quelle joie de retrouver ses parents et ses petites
habitudes ! Pourtant, très vite, sa ponette et ses amies de Chestnut Hill lui manquent... Et si elle y retournait plus tôt que prévu ?





Voir plus Voir moins
:
Lauren Brooke



Chestnut Hill
Un été au galop
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine


Avec des remerciements tout particuliers à
Catherine Hapka
1
Nora fut réveillée par l’arrêt brutal du car. Le vol avait été long de Richmond en Virginie à Lincoln au Nebraska et elle s’était couchée tard la veille. Elle bâilla, étira ses longues jambes tout engourdies et se pencha vers la vitre pour voir où elle était.
— Montez ! cria le chauffeur au petit groupe posté le long de la route 77. Prochains arrêts : Cortland, Pickrell, Beatrice…
Le cœur de Nora s’emballa. Elle était presque arrivée. Elle n’habitait dans la maison blanche en bardeaux de bois de Beatrice que depuis trois ans et demi, mais c’était le premier endroit où elle se sentait enfin chez elle.
Soudain, une voix aiguë la tira de ses pensées.
— Nora ! Te voilà de retour !
Une dame d’un certain âge venait de monter dans le car et fonçait vers elle sans prendre garde à ses paquets qui heurtaient les passagers assis le long du couloir. Trapue, la tête auréolée de cheveux blancs en bataille et affublée de grosses lunettes, elle la dévisageait avec un sourire béat.
Oh non ! Nora regretta de ne pas pouvoir fermer les yeux pour se rendormir. Et encore plus que ses parents ne soient pas venus la chercher à l’aéroport comme c’était prévu au départ. Mais ils avaient beaucoup de travail et Nora leur avait assuré, en toute sincérité, que ça ne l’ennuyait pas de rentrer par ses propres moyens.
Elle ne pouvait pas deviner qu’elle se retrouverait coincée à côté de la commère de la ville. Elle aurait bien posé les pieds sur le siège libre pour l’empêcher de s’asseoir. Certes, cela eût été impoli, mais elle se moquait de ce que Mme Snow pensait d’elle. En revanche, Mme Snow jouait au bridge une fois par mois avec ses parents et Nora ne voulait pas leur faire de peine.
Sans attendre son invitation, Mme Snow se laissa tomber à côté d’elle avec tout son barda. Le temps qu’elle tourne son visage radieux vers Nora, celle-ci réussit à sourire à son tour. Ses années d’orphelinat lui avaient appris à cacher le fond de sa pensée. Quand on arrivait à dissimuler sa peur, ses angoisses ou sa peine, les autres vous laissaient généralement tranquille.
— Raconte-moi vite comment se passe ta nouvelle vie, ma chérie, continua Mme Snow. On ne parle que de toi en ville, et de ton école qui semble très chic…
Nora tressaillit. Elle détestait être le centre d’intérêt, surtout pour des raisons aussi futiles. D’ailleurs, ce n’était pas elle qui avait choisi d’aller à Chestnut Hill. Après avoir été brinquebalée toute sa vie d’un foyer à un autre, elle en avait voulu à ses parents de la mettre en pension. Et elle était arrivée à Chestnut Hill bien décidée à tout y détester.
— Elle n’est pas si chic que ça, répondit-elle à Mme Snow alors que le chauffeur refermait la porte. Ni très différente de mon ancienne école, ici, au Nebraska.
— Oh, je ne te crois pas, ma chérie, gloussa la vieille dame. Je ne saurais pas comment me tenir au milieu de toutes ces filles riches de la côte Est.
— Elles ne sont pas toutes de cette région. Mélanie, ma camarade de chambre, vient du Colorado.
Elle réprima un sourire en songeant à son amie qui avait tout de suite balayé les a priori qu’elle avait eus concernant Chestnut Hill. Elle possédait toutes les qualités qu’elle aurait voulu avoir : facile à vivre, sympathique, sûre d’elle. Elle savait exactement qui elle était et s’en accommodait. Par-dessus le marché, elle était presque aussi grande que Nora et lui prêtait volontiers ses affaires.
— Oh, je vois. Et elle est gentille ?
— Bien sûr. Tout le monde est assez sympa là-bas.
Nora plissa les lèvres en songeant qu’elle n’avait pas toujours dit ça. À son arrivée, elle s’était heurtée à plusieurs filles, notamment à Margaux Walsh, l’amie de Mélanie. Margaux était bruyante, irritable, indiscrète et encline aux jugements faciles. Mais, avec le temps, Nora avait découvert qu’elle pouvait aussi se montrer attentionnée, généreuse, loyale et drôle, et qu’elle avait un cœur gros comme une maison.
— Alors c’est vrai ce qu’on dit ? s’esclaffa Mme Snow. Les riches sont comme toi et moi ?
Nora se raidit. S’il y avait une chose à laquelle elle ne parvenait pas à s’habituer, c’était bien de se sentir la plus pauvre de toute l’école. Même si ses parents possédaient une affaire prospère, ils devaient faire attention à leurs autres dépenses pour pouvoir financer ses études. Ça ne l’intéressait pas de posséder le dernier modèle de portable ou de jean mais, parfois, elle avait l’impression d’être la seule à ne pas les avoir.
— Toutes les élèves ne sont pas fortunées, rétorqua-t-elle, sur la défensive malgré elle. Comme mon amie Laurie, par exemple. C’est grâce à une bourse d’études qu’elle peut suivre les cours de Chestnut Hill.
Voyant Mme Snow hausser les sourcils d’un air dédaigneux, Nora regretta aussitôt ses paroles. Surtout que Laurie O’Neil n’avait rien de la pauvre petite boursière, il suffisait de la voir à cheval. Et personne n’avait fait autant d’efforts que Laurie pour la mettre à l’aise et l’inclure dans leur groupe alors que Margaux et Mélanie faisaient semblant de l’ignorer.
— Ah oui, je me souviens que tes parents m’ont dit que ta pension était réputée pour son école d’équitation ! Et tu as un poney préféré ?
Nora hésita.
— Euh, oui… Minnie, une ponette qui appartient à mon amie Margaux. Elle est magnifique et super bien entraînée. C’est un bonheur de la monter.
— Merveilleux ! Merveilleux ! roucoula Mme Snow.
Elle pensa aussi à Casta, sa petite mustang, mais elle préféra ne pas en parler à Mme Snow. Pressée de changer de sujet, elle entreprit de lui décrire ses cours et les professeurs qu’elle appréciait le plus. Puis elle lui parla de la dernière collecte de charité organisée par leur dortoir, de Mélanie qui avait obtenu la meilleure note en sciences de toutes les quatrièmes, de leur dernière promenade à cheval avec ses amies avant les vacances…
Plus elle parlait, plus la tristesse l’envahissait. Bien sûr, elle était contente de passer l’été chez elle. Ses parents lui avaient terriblement manqué. Mais elle s’apercevait avec étonnement que Chestnut Hill lui manquerait aussi.
« C’est nul, songea-t-elle. J’ai passé ma vie à espérer trouver une maison où je me sentirais chez moi et maintenant je suis tiraillée entre deux endroits. »
— Ça doit te paraître bien triste par ici comparé aux collines verdoyantes de la Virginie, remarqua alors Mme Snow en souriant.
— Vous n’allez pas le croire, mais le Nebraska me manquait. J’ai hâte de revoir mes amies et de retourner à mon ancien centre équestre. Et je me réjouis surtout de passer mes vacances avec ma famille, bien sûr.
Elle se tourna vers la vitre, à la fois impatiente et inquiète. Elle était partie depuis si longtemps qu’elle se demandait si elle allait tout retrouver comme avant. Ses adorables parents qui l’avaient adoptée alors qu’elle avait abandonné depuis longtemps tout espoir de trouver un foyer. Sa chambre ensoleillée qui embaumait tout l’été grâce aux rosiers plantés sous ses fenêtres. Le vieux piano du salon sur lequel elle avait appris à jouer la Sonate au clair de lune de Beethoven. Pêche, la turbulente petite chatte écaille de tortue qui aimait se glisser sous sa couette pour lui mordre les orteils. Bref, tout ce qui faisait les images, les odeurs et les bruits familiers de sa maison.
Mme Snow lui tapota le bras de sa main ridée.
— En tout cas, ma chérie, ta nouvelle école semble te réussir. Tu as une mine superbe. Tu es devenue une vraie jeune fille et tu es très jolie.
Nora rougit. Elle détestait qu’on s’intéresse à elle. Elle avait entendu tant de méchancetés à l’école primaire. Elle n’oublierait jamais les railleries des autres filles qui la traitaient de grande perche, se moquaient de ses yeux ambre ou de sa vilaine coupe de cheveux.
— Et qu’y a-t-il de nouveau depuis que je suis partie ? enchaîna-t-elle pour changer une nouvelle fois de conversation.
— Oh, rien de spécial, répondit Mme Snow en se renfonçant dans son siège. Tommy Pierce avait dégoté du boulot dans le garage de Bell Street, mais il n’a rien trouvé de mieux que de voler des pièces détachées de tracteur et il s’est fait virer au bout de quinze jours. Et sais-tu que les gâteaux maison des Sparrow ont tellement de succès qu’ils ont dû engager deux serveuses supplémentaires ?…
Nora se laissa bercer par son flot de paroles comme par un concerto de Mozart. Ce n’était pas aussi mélodieux, évidemment, mais elle s’en moquait. Les pièces détachées de tracteur, les gâteaux maison… il n’y avait pas de doute, elle était bien de retour chez elle !
— Nora ! Par ici !
Nora se débattait avec son énorme valise pour descendre du bus et n’avait pas encore eu le temps de parcourir des yeux le trottoir de Court Street. En redressant la tête, elle aperçut une silhouette familière.
— Bonjour, papa !
Son père l’aida à poser sa valise par terre et la serra dans ses bras.
— Bienvenue à la maison, Nora.
— Il ne fallait pas venir me chercher, dit-elle en l’embrassant. Je pouvais aller à pied jusqu’à l’imprimerie. Maman m’a dit que vous aviez beaucoup de travail.
— C’est vrai, répondit-il d’une voix lasse. Nous avons eu un problème avec l’impression d’une brochure pour un nouveau client et nous avons dû tout recommencer à la dernière minute. Mais cette fois, ça a l’air de bien se passer. J’ai pu laisser ta mère et Glenn surveiller le bon déroulement des opérations le temps de te ramener à la maison. Tu dois être épuisée après ce long voyage ?
— Oh, monsieur Powell ! s’écria Mme Snow qui descendait du car derrière Nora. Comment allez-vous depuis notre dernier bridge ? Je viens de passer un excellent moment avec votre fille qui m’a tout raconté sur sa nouvelle vie.
— Ah bon ? J’espère que vous allez bien, madame Snow.
— Oh, je ne peux pas me plaindre. Vous êtes garés sur le parking au bout de la rue ? Je peux vous suivre ?
— Oh, je suis désolée, intervint Nora, prenant de court son père. Nous repartons à pied à l’imprimerie. Mes parents sont débordés et je vais les aider.
— Comme c’est gentil ! Alors à plus tard !
Nora attrapa son père par le bras et lui laissa tout juste le temps de ramasser sa valise avant de l’entraîner dans la direction opposée. M. Powell jeta un regard amusé par-dessus son épaule.
— Combien de temps t’a-t-elle laissé avant de t’annoncer le succès des gâteaux de Bess Sparrow et la naissance d’une portée de chatons dans le garage de son voisin ? gloussa-t-il à voix basse.
— Je ne sais pas. Cinq minutes, peut-être.
— Cinq minutes ! Waouh ! Mais c’est un record ! Ce que tu lui as raconté devait être vraiment passionnant.
Nora éclata de rire et se détendit, heureuse de retrouver les rues familières qui menaient à l’imprimerie.
— En fait, elle m’a juste parlé des gâteaux. Sont-ils vraiment aussi bons qu’elle le prétend ?
— Oui, délicieux ! Mais je crois que nous l’avons semée. On peut retourner prendre la voiture maintenant…
— Pas question. L’odeur de l’encre m’a trop manqué ces derniers mois. Et tu me trouveras bien quelque chose à faire à l’imprimerie.
2
Une agréable fraîcheur accueillit Nora quand elle franchit le seuil de l’imprimerie. La modeste réception se limitait à un vieux bureau métallique, deux chaises dépareillées et un ficus planté dans un gros pot rouge. Sa mère était penchée sur des papiers, le visage fatigué, les cheveux en bataille, une grosse trace d’encre bleu vif en travers de la joue. Mais ses yeux s’illuminèrent dès qu’elle vit sa fille. Elle sortit de derrière son bureau pour courir vers elle.
— Tu es arrivée ! Oh, ma chérie, tu nous as tellement manqué !
— Nora est là ! lança alors à la cantonade M. Powell qui s’était précipité vers l’atelier.
Deux secondes plus tard, surgit une petite dame blonde et rondouillarde, le chignon de travers.
— Nora, que je suis contente de te voir, ma beauté !
Nora se laissa envelopper par ses bras dodus et son parfum fleuri.
— Bonjour, Bunny.
Bunny Berglund était la seule personne autorisée à l’appeler « ma beauté ». En fait, tout le monde était sa beauté, de ses cinq enfants à ses douze petits-enfants en passant par Ed, son mari taciturne au physique pourtant ingrat, le releveur du compteur électrique, le livreur de chez UPS et tous les gens qu’elle croisait. Bunny travaillait avec les parents de Nora depuis le premier jour et ils répétaient sans cesse que l’imprimerie s’effondrerait sans elle.
— J’attends mon tour, déclara une voix tranquille un peu à l’écart.
Nora se tourna vers l’autre employé de l’imprimerie.
— Bonjour, Glenn. Comment ça va ?
Glenn Zhang toucha un chapeau imaginaire et lui tendit la main avant de se raviser brusquement pour serrer la jeune fille dans ses bras.
— Salut, miss, dit-il avec un sourire embarrassé.
Glenn ne travaillait pas pour les Powell depuis aussi longtemps que Bunny, loin de là, mais il représentait néanmoins un membre important de l’équipe. Il était arrivé de Chine avec ses parents à l’âge de treize ans et avait appris l’anglais tout seul en regardant des westerns. Résultat, douze ans plus tard, il parlait comme un cow-boy.
Le père de Nora consulta sa montre.
— Si on continuait cette conversation tout en travaillant ?
— Bonne idée ! acquiesça Nora, et tout le monde se dirigea vers l’atelier.
Au centre de la pièce bercée par le ronronnement des presses à imprimer trônait une grande table couverte de brochures et entourée de cartons.
Bunny s’assit sur un tabouret et prit une boîte.
— Alors, ma beauté, si tu nous parlais de ton école ?
— Non, commençons par le commencement, l’interrompit Glenn. Il paraît que tu as un mustang sauvage ?
Nora aurait dû se douter que c’était la première question qu’on allait lui poser. Elle jeta un regard furtif vers ses parents.
— Oui, c’était une surprise.
Et c’était peu dire ! Nora n’avait pas revu sa mère biologique, Julia Smith, depuis que cette dernière l’avait abandonnée, huit ans plus tôt. Nora avait fait une croix sur elle puisque celle-ci ne l’avait pas assez aimée pour la garder.
Sauf que le destin et Julia en avaient décidé autrement. Julia était venue travailler à Washington à l’époque où Nora entrait à Chestnut Hill. Découvrant que sa fille se trouvait à moins de deux heures de chez elle, Julia avait alors décidé de la revoir.
Nora n’avait pas su qu’en penser au début. En fait, elle ne le savait toujours pas. Elle avait une famille à présent. Quelle place pouvait bien occuper Julia dans sa vie ? Leurs premières rencontres avaient alors été tendues.
Ses nouvelles amies de Chestnut Hill ainsi que ses parents l’avaient néanmoins encouragée à poursuivre leur relation. Julia avait fait des efforts de son côté, elle aussi. Elle en avait même trop fait. Elle avait acheté à Nora une jument sans lui en parler. Elle n’avait donc rien trouvé de mieux que de lui offrir une petite mustang sauvage et sans doute indomptable !
— Comment va Casta ? s’enquit Mme Powell. C’est le nom de sa ponette, précisa-t-elle à l’intention de Bunny et de Glenn.
— Elle va bien.
Fidèle à elle-même, Julia n’avait pas pensé une seconde à ce que coûtait l’entretien d’un cheval. Et à la stupéfaction de Nora, ses parents avaient aussitôt pris en charge la pension de Casta.
— Elle a même fait la couverture du calendrier de notre dortoir pour financer notre collecte de charité. J’ai apporté un exemplaire pour l’atelier. Je vous le donnerai quand j’aurai défait mes bagages.
— Excellent ! s’écria Glenn. Et tu la montes sur la photo ?
Nora fit une grimace.
— Malheureusement, Casta commence tout juste à se laisser approcher et ce n’est pas demain la veille que je pourrai grimper sur son dos. En attendant, j’ai la chance d’avoir Minnie, une ponette extraordinaire…
Les heures suivantes défilèrent gaiement tandis qu’ils écoutaient la jeune fille décrire sa vie à Chestnut Hill tout en mettant les brochures dans les cartons, un travail répétitif largement récompensé par la satisfaction de voir le tas de boîtes grossir à toute vitesse.
Dans la soirée, Glenn appela ses parents qui possédaient le meilleur restaurant chinois de la ville. La commande fut livrée alors que le dernier carton venait d’être achevé. L’estomac de Nora laissa échapper un gargouillement tandis qu’elle déballait les plats. Elle se rappela avec étonnement qu’elle n’avait rien mangé depuis son dernier repas dans l’avion.
— J’espère que tu as pris des nouilles aux crevettes, dit-elle à Glenn.
— Ne t’inquiète pas. Dès que ma mère a su que tu étais rentrée, elle t’en a mis une double portion. Elle te connaît !
— Garde quand même de la place pour le dessert, ma chérie ! s’écria sa mère alors que Nora se resservait une troisième fois.
Sur ces mots, Mme Powell se leva.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Nora, la bouche pleine, en voyant sa mère sortir du réfrigérateur une boîte entourée d’un joli ruban.
Sa mère ouvrit le carton et sortit un magnifique gâteau décoré d’un cheval au-dessous duquel on pouvait lire : « Bienvenue à la maison, Nora ! »
— Waouh ! Serait-ce l’un des fameux gâteaux de Mme Sparrow ?
— Quelle question ! répondit son père en lui passant tendrement un bras autour des épaules. Notre fille ne mérite-t-elle pas ce qu’il y a de meilleur ?
Nora s’aperçut avec surprise qu’elle avait les larmes aux yeux. Pourtant, elle ne pleurait pas facilement. C’était le genre de chose qu’on ne vous pardonnait pas dans les orphelinats. Mais, pour une fois, elle n’avait pas peur de laisser voir ses émotions.
Oui, c’était vraiment bon de rentrer chez soi.
— Encore un pancake ? proposa M. Powell en tendant le plat à sa fille.
Nora étouffa un bâillement. Elle avait dormi d’un sommeil de plomb et avait eu bien du mal à sortir de son bon lit douillet.
— Non, merci, je n’en peux plus.
— Nous sommes tellement contents de t’avoir à la maison, lança sa mère qui s’affairait devant la cuisinière.
— C’est vrai, renchérit son mari. Et nous avons l’intention de faire des tas de choses avec toi maintenant que notre commande est livrée. Que dirais-tu de louer un camping-car et de partir à l’aventure une quinzaine de jours ? On pourrait aller visiter Chimney Rock ou Indian Cave, ou même les deux, qu’en dis-tu ?
— Ce serait super ! Et il paraît qu’on peut faire des promenades à cheval dans le parc national d’Indian Cave. Ce serait peut-être l’occasion de vous mettre en selle, tous les deux, non ?
— Oh, ma chérie ! s’esclaffa Mme Powell. Je ne sais pas si…
Elle fut interrompue par la sonnerie du téléphone. M. Powell alla répondre.
— Allô ?… Ah, bonjour, Glenn… Nous pensons bientôt partir et… Quoi ? Qu’y a-t-il ?
Mme Powell s’approcha.
— Que se passe-t-il, John ? demanda-t-elle à mi-voix.
M. Powell l’arrêta d’un geste.
— Je vois… Dis-leur que c’est d’accord. Nous discuterons des détails dès que nous arriverons à l’atelier.
Il raccrocha et se tourna vers Nora et sa mère en souriant.
— La société qui nous a commandé les brochures est absolument ravie du résultat.
— C’est génial, papa !
— Et ce n’est pas tout ! annonça-t-il avec un sourire encore plus large. Ils veulent maintenant nous confier la confection de leur calendrier ! Et Glenn m’a aussi parlé d’une pub…
— Oh, mais cela va nous occuper au moins jusqu’à la fin de l’été ! s’exclama Mme Powell.
— Exactement ! Le problème, c’est que ça va repousser nos vacances, ajouta-t-il en lançant un regard inquiet vers Nora. Je suis désolé, mais j’espère que nous pourrons partir avant que tu reprennes tes cours.
Nora masqua de son mieux sa déception.
— Oh, ne t’inquiète pas, papa, je suis tellement contente pour vous, s’empressa-t-elle de le rassurer.
Ils venaient de décrocher un contrat important pour l’imprimerie. Avec tout ce qu’ils faisaient pour elle, Nora n’allait pas se plaindre parce qu’ils reportaient leur petite excursion en camping-car.
— Je vais ranger la maison si vous devez retourner à l’atelier, proposa-t-elle.
— Tu es sûre que ça ne t’ennuie pas de t’occuper du ménage alors que tes vacances commencent à peine ? demanda Mme Powell d’un ton distrait tout en consultant sa montre.
— Pas du tout. Allez-y. On se verra ce soir.
Après avoir rangé la cuisine, Nora remonta dans sa chambre. Elle chassa la chatte qui s’était couchée au milieu de sa valise et chercha les magnifiques jodhpurs que Mélanie lui avait offerts au moment de son départ. Elle avait commencé par les refuser. Ils étaient beaucoup trop beaux. Il avait fallu que Mélanie lui dise qu’ils la serraient aux cuisses et qu’ils lui iraient beaucoup mieux avec ses longues jambes minces pour qu’elle les accepte.
— Waouh, ils sont parfaits ! murmura-t-elle après les avoir enfilés.
Elle mit ensuite ses bottes et s’admira dans le miroir de sa penderie.
« Je me demande comment va Casta, songea-t-elle avec mélancolie. Est-ce que je lui manque ? »
Elle était surprise du vide que lui laissait sa ponette au bout d’à peine vingt-quatre heures. Dire que si Laurie ne lui avait pas enseigné la technique du consentement, elle ne l’aurait peut-être pas gardée ! Désormais, la ponette faisait confiance à sa maîtresse et vice versa. Et Nora avait du mal à se faire à l’idée qu’elle ne la verrait pas pendant deux mois.
Elle sortit son téléphone portable et contempla l’écran. Mme Carmichael, la directrice de l’école d’équitation de Chestnut Hill, lui avait dit de ne pas hésiter à l’appeler pour prendre des nouvelles de Casta.