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Chien de garde

 

Une nouvelle de

Jacques Fuentealba

 

 

Walrus 2013 - Tous droits réservés

Chien de garde

 

Le jeune homme déglutit, une fois, deux fois. Sa pomme d’Adam monta et descendit péniblement. Rester au pied de sa maîtresse à attendre un signe d’elle se transformait en un supplice abominable. Sa force de caractère finissait broyée par ce sablier implacable. Sa personnalité était castrée face à ce visage tourné vers… le jardin immuable, les luxueuses tentures aux murs, vers Julius, Camerone, Terry, Tito et tous les autres chiens… face à ce visage qui ne lui offrait plus qu’une courbe de menton, une parcelle de front, une joue en forme de croissant de lune… mais en aucun cas la moindre pupille.

Elle était toujours à côté, au-dessus, au loin… ailleurs… inaccessible. Hors de son temps qui s’égrenait dans la souffrance en sa présence absente, hors de son espace qui même s’il chevauchait le sien restait autre, de façon irrémédiable. Une tache d’huile sur une flaque d’eau.

Elle se leva et toutes les règles de la réalité furent changées : le centre du monde se déplaçait.

Anxieux, il scruta le moindre de ses mouvements… allait-elle quitter la pièce ? Ce serait là comme un coup de poignard au cœur, un appel au suicide.

Mais non, elle se dirigea vers la fenêtre, n’offrant plus à ses yeux éperdus que son dos… Et cette superbe cascade de cheveux d’ébène aux reflets envoûtants qui tombaient jusqu’à la cambrure de ses reins.

Elle ouvrit la fenêtre d’un coup sec, laissa s’engouffrer le soleil et une légère brise, et les chiens s’éparpillèrent dans la demeure à cette détonation de départ improvisé.

Terry, un lévrier afghan, marcha sur la main du prétendant en prenant la fuite. En un clin d’œil, tous les animaux avaient disparu de la salle à manger.

Dans une pièce à côté, un glapissement si pathétique qu’il en devenait presque comique retentit. Puis plus rien.

Le silence prit possession des lieux. Le moindre mot, le plus petit raclement de gorge signifieraient à coup sûr son expulsion. Elle l’avait encore fait récemment. Mais la gifle cuisante de l’affront ne l’avait pas empêché de revenir. Il était en mesure de tout endurer… mais rester loin d’elle demeurait insurmontable.

Aussi se figea-t-il quelques pas derrière elle, ramassé sur le tapis persan, statue aux chairs crispées, au sang glacé, hésitant même à respirer.

Il avait l’opportunité de voir par-dessus son épaule ce qu’elle-même observait. Le spectacle, comme souvent lorsqu’il ou elle regardait dans cette direction, n’avait rien de plaisant.

Le voisin était à son poste, bien calé dans sa chaise à bascule, l’œil vissé à sa longue vue… qui pointait tout droit dans leur direction. Dans sa direction.

Il crevait l’espace les séparant, perforait la vitre, ignorait la superbe femme pour venir se loger directement dans sa cible. L’amoureux transi.

Celui-ci frissonna de tout son corps mais trouva là une raison supplémentaire de ne surtout pas bouger. La tension — émanant de sa maîtresse d’abord, du voisin maintenant — faisait comme des cordes d’arc presqu’au point de rupture, tirées depuis tous les recoins, comme des pièges en latence, en équilibre, à un millimètre du déclenchement. Qu’il bouge ne serait-ce qu’un cheveu et la pièce entière imploserait sur lui.

Pas étonnant que les chiens aient fui la queue entre les jambes.

Pourquoi les espionnait-il comme cela ? Et elle, qu’attendait-elle pour réagir ?

Elle restait là, aussi immobile que lui ou presque. Impossible de savoir ce qu’elle pensait.

Le soupirant sentait par contre chez elle une haine violente. Haine… Et impuissance ? Cela débordait, débordait de son être, noyait la pièce sous des flots épais.

D’un geste sec, elle fit revenir le bruit. Sa main attrapa la cordelette du store, qui tomba en claquant, guillotinant ainsi toute vision du dehors.

Elle se tourna alors vers lui, sensuelle et brûlante. Sa jambe en pivotant découvrait sa nudité, jusqu’au milieu de la cuisse. La peau ferme, bronzée, crevant l’écrin de soie rouge de sa robe fendue, appelait les sens à s’éveiller et à s’exalter. Mais il la connaissait maintenant depuis assez de temps pour savoir qu’il lui en coûterait cher de prendre cela pour une invite. Rien n’était jamais gagné avec elle, quoi qu’il mette en jeu, même sa vie.

Elle sortit de la pièce – général victorieux quittant un champ de bataille – en s’assurant d’un coup d’œil par-dessus l’épaule que son adulateur lui emboîtait le pas. Ce qu’il fit d’une démarche à la fois fébrile et craintive.

Avec la même allure féline, elle...