Coffret spécial "Sexy Bodyguards"

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Coffret spécial Sexy bodyguards 
Quatre histoires palpitantes avec de mystérieux gardes du corps !


Un inconnu pour garde du corps, de Rachel Lee
Intégrée au programme de protection des témoins depuis une trop longue année, Cory Farland a décidé de renouer avec la vie. Aussi décide-t-elle d'ouvrir sa maison à un locataire, envoyé par le shérif : le ténébreux et séduisant Wade Kendrick, ancien agent des forces spéciales. Malheureusement, c'est aussi le moment que choisit l'assassin de son mari pour retrouver sa trace. Paniquée, Cory se tourne vers Wade. Wade, qui la trouble au plus haut point et dont les yeux d'obsidienne semblent lire en elle comme dans un livre ouvert...

Retrouvailles sous pression, de Alice Sharpe
Depuis quelque temps, Hannah se sent épiée. En revenant aux Etats-Unis pour démasquer les auteurs de l'embuscade qui a failli lui coûter la vie, Jack Starling aurait-il déterré une sombre affaire qui la met en danger ? Jack, avec qui elle a partagé d'inoubliables moments et qui, maintenant, l'accuse d'être l'instigatrice de cette embuscade. Résolue à découvrir qui cherche à la faire taire, c'est pourtant vers lui qu'Hannah se tourne. Car qui, mieux que le père de sa fille, pourrait la protéger ? Même si Jack ignore encore tout de cette paternité...

Un dangereux héritage, de Gayle Wilson
A la mort de son père, la vie de Valerie Beaufort bascule. Héritière d'une fortune colossale, elle devient une cible privilégiée pour les envieux et les jaloux. Aussi, quand Grey Sellers lui annonce qu'en raison d'une clause testamentaire elle est tenue d'être protégée vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qu'il est son garde du corps, Valerie sent-elle la colère la gagner. Lasse de son existence trop sage de fille de riche, blessée de n'être courtisée que pour son argent, elle devrait en plus supporter la présence d'un inconnu chez elle ? Pas question ! Aussi séduisant soit Grey, elle est déterminée à se débarrasser au plus vite de cet homme bien trop attentionné pour être honnête...

Un troublant protecteur, de Jan Hambright
Personne. Emma ne laissera personne empêcher son cheval star de gagner la course à laquelle elle le prépare depuis des mois ! Pas même ceux qui, ces derniers jours, cherchent à l'impressionner en faisant de son domaine la cible d'attaques répétées. Pour se protéger, elle a juste besoin d'un allié, ou plutôt d'un garde du corps. Pourquoi pas Mac Titus, qu'elle a connu autrefois ? Pourquoi pas, en effet. Mais quand il arrive, Emma vacille : dans son souvenir, il est resté le fils trop maigre et dégingandé d'un ami de son père , et voilà qu'elle se retrouve face à cet homme viril, au regard bleu impénétrable, si troublant qu'elle en est déstabilisée. Déstabilisée, à un moment où rien ne devrait la distraire de son ambition...

 
Publié le : vendredi 15 avril 2016
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280360555
Nombre de pages : 1024
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1
Lorsqu’on frappa à la porte, Cory eut l’impression que son cœur s’arrêtait de battre. Comme il était difficile, parfois, de se débarrasser de certains réflexes !
Mais après une année passée dans ce comté, la situation lui paraissait plus gérable. Comme à son habitude, elle s’approcha à pas feutrés du moniteur diffusant les images enregistrées par la caméra du perron. Elle scruta l’écran avec appréhension et fut soulagée de reconnaître l’homme chargé d’assurer sa protection, Gage, avec son visage couvert de cicatrices et son uniforme de shérif.
Elle s’empressa de désactiver le système d’alarme, lui ouvrit et l’accueillit avec un sourire, qu’elle s’efforça de rendre naturel.
— Salut, Gage.
Il esquissa un sourire légèrement de biais, car d’un côté de son visage, les cicatrices causées par des brûlures relevaient sensiblement les commissures de ses lèvres.
— Bonjour Cory. Aurais-tu une minute à m’accorder ?
— A toi, bien sûr.
Elle le fit entrer et lui proposa un café.
— Non merci, lui répondit-il. J’ai abusé de celui de Velma, et mon estomac n’a pas tardé à me rappeler ma condition de simple mortel.
Velma occupait le poste de répartitrice au bureau du shérif. Cette femme d’âge incertain préparait un breuvage si corsé que rares étaient ceux qui parvenaient à finir leur tasse. Seuls les adjoints de Gage en avalaient des litres.
Cory l’invita à s’asseoir dans son salon minuscule, et il prit place au bord du fauteuil inclinable, son Stetson couleur sable entre les mains.
— Comment vas-tu ? lui demanda-t-il.
— Ça va.
Ce n’était pas tout à fait vrai, et ne le serait probablement plus jamais, mais elle ne tenait pas à évoquer à quel point elle avait l’impression que, désormais, son cœur et son âme étaient aussi arides qu’un désert. Cory n’était pas femme à s’épancher, avec personne.
— Emma m’a glissé un mot à ton sujet.
Emma, l’épouse de Gage, mais aussi la bibliothécaire du comté, était une femme que Cory appréciait et admirait.
— Elle m’a laissé entendre que tu rencontrais des difficultés financières.
Cory sentit le rouge lui monter aux joues.
— Cette information n’avait pas vocation à être rendue publique.
Gage lui sourit.
— Simple confidence entre époux. Cela n’ira pas plus loin, je t’assure.
Elle fit de son mieux pour lui rendre son sourire. Sa situation, en effet, était préoccupante. Son salaire d’employée de supérette n’avait jamais été mirobolant, mais comme les temps étaient difficiles, le patron avait revu à la baisse les horaires de tout le monde. Avec des revenus à la baisse, il arrivait parfois qu’une brique de soupe constitue son seul repas de la journée.
Gage secoua la tête.
— Décidément, je ne comprendrai jamais la façon dont est géré le programme de protection des témoins.
Cory se mordit la lèvre. Elle détestait évoquer cette période de sa vie, au cours de laquelle son mari procureur était devenu la cible des trafiquants de drogue dont il voulait démanteler le réseau. Un homme s’était introduit chez eux en pleine nuit et l’avait abattu. Par mesure de sécurité, les fédéraux avaient convaincu Cory de changer d’identité, et elle avait dû abandonner ses proches et tout ce qu’elle aimait.
— Ils font de leur mieux, lui affirma-t-elle.
— Ce n’est pas suffisant. Ils se sont contentés de t’acheter cette maison, de te trouver un petit boulot et de te laisser quelques poignées de dollars avant de t’abandonner à ton sort. Après ce que tu as enduré…
— N’oublie pas la prime d’assurance.
Prime dont il ne restait presque rien, car la maison n’était pas neuve, et les frais occasionnés par les réparations avaient considérablement grignoté ses maigres économies.
— Ils ont également pris en charge d’autres aspects, ce qu’ils ne font pas habituellement.
Elle pensait à l’intervention de chirurgie esthétique qui avait totalement modifié son visage, ainsi qu’à l’installation d’un système d’alarme dernier cri qui la protégeait jour et nuit.
— Je suis venu pour te proposer quelque chose.
— Je t’écoute.
— L’ami d’un ami vient d’arriver en ville. Il cherche un endroit où se loger, autre qu’un motel, mais ne souhaite pas s’engager dans un bail à long terme. Pourrais-tu envisager de le prendre comme locataire ? Il occuperait ta chambre d’amis, et tu n’aurais pas à te soucier de ses repas.
Elle y réfléchit un instant. La chambre à l’étage était effectivement vacante. Un lit, une commode ainsi qu’un fauteuil s’y trouvaient déjà lorsqu’elle avait emménagé. Sa propre chambre se trouvant au rez-de-chaussée, elle n’aurait pas même à supporter la présence d’un voisin de palier.
Mais les choses n’étaient pas aussi simples.
— Gage…
— Je sais qu’il est difficile de faire confiance, après un tel traumatisme. Je me suis renseigné à son sujet. Il a passé vingt ans dans la marine. Tout est soigneusement consigné. Il a reçu suffisamment de médailles pour décorer tout un pan de mur. Tu as déjà vu Nate Tate, n’est-ce pas ?
— Bien sûr.
Elle avait fait la connaissance de l’ancien shérif. Nate avait beau être retraité, il se faisait un point d’honneur à tisser des liens avec tous les habitants du comté. Elle avait même plusieurs fois été conviée à dîner chez son épouse et lui.
— Eh bien, ce type est un proche de son fils. Je ne sais pas si tu as rencontré Seth Hardin.
Elle fit non de la tête.
— Je garde cette histoire pour un autre moment. Mais Seth est un bon gars, et il lui a suggéré de venir décompresser ici pour quelque temps.
— Décompresser ?
Elle n’était pas persuadée que cette situation allait lui convenir.
— Ecoute, je ne sais pas trop…
— Je ne te demande pas de faire du baby-sitting, reprit-il avec un sourire. Il est parfaitement capable de s’occuper de lui. Il a seulement besoin de prendre un peu de recul. De changer d’air. Ce n’est pas un grand bavard. Et la plupart du temps, tu ne remarqueras pas sa présence.
— Je vais y songer.
— Que dirais-tu si je le faisais entrer et que je te le présente ?
Elle sentit sa gorge se serrer sous le coup de l’appréhension. Chaque nouvelle tête constituait un danger potentiel. Sans exception. Se fondre dans le paysage était devenu sa spécialité, et chaque nouvelle rencontre ravivait de vieilles angoisses.
— Je vais le chercher, poursuivit-il avant qu’elle puisse protester. Il est dans la voiture.
Elle voulait lui crier de ne pas le faire, mais elle resta vissée sur son siège. Instinctivement, ses doigts vinrent se poser sur son côté, là où la cicatrice laissée par la balle la faisait encore parfois souffrir. Qu’en était-il de son libre arbitre ? De sa capacité à refuser une situation inconfortable ? Elle les avait tout bonnement perdus, lors d’une nuit effroyable, un an auparavant. Depuis, elle voyait les jours défiler, mais elle avait l’impression d’être une machine, effectuant soigneusement ce qu’on attendait d’elle, et feignant d’y attacher de l’importance. En vérité, le seul sentiment qu’elle éprouvait encore était la peur. Le chagrin, aussi. La colère, parfois.
Elle entendit du bruit sous le porche. Elle reconnut le boitillement de Gage, accompagné cette fois d’un pas bien plus lourd. Instinctivement, elle se leva, non par courtoisie, mais pour être en mesure de fuir si nécessaire.
Le visiteur qui accompagnait Gage était le l’homme plus imposant qu’il lui ait été donné de voir. Il devait mesurer au minimum deux mètres, était vêtu d’un jean et d’une chemise clairs et semblait taillé dans de la pierre. A la fois fort, puissant et imposant.
Mais le plus impressionnant chez lui était son visage dur et totalement dénué d’expression. Ses yeux et ses cheveux courts avaient la noirceur de l’obsidienne. Quant à son âge, il semblait impossible à déterminer.
Elle tressaillit intérieurement, se sentant aussi vulnérable qu’une proie face à son prédateur.
L’homme prit la parole. Sa voix grondait comme le tonnerre.
— Bonjour, madame Farland. Je m’appelle Wade Kendrick.
Il ne lui tendit pas la main.
Il s’était exprimé avec une certaine réticence, sembla-t-il, comme s’il risquait de la brusquer.
Cory se sentit soulagée de le voir aussi peu confiant.
— Bonjour, répondit-elle. Asseyez-vous, je vous en prie.
Il regarda autour de lui, comme s’il cherchait un siège susceptible d’accueillir sa corpulence. Il fixa son choix sur l’extrémité du canapé. Cory se rassit dans son rocking-chair, tandis que Gage prenait le fauteuil inclinable, plus confortable pour ses douleurs chroniques, dont il évitait de parler.
— Très bien, commença Gage, voyant que le silence persistait. Wade cherche à louer une chambre. Pour combien de temps, il l’ignore encore. Raison pour laquelle il ne veut pas louer un appartement. Il est prêt à payer au mois, seulement pour le gîte.
— Je prendrai mes repas à l’extérieur, précisa Wade. En aucun cas, je ne souhaite être trop envahissant.
Elle apprécia sa sollicitude, même si elle en fut quelque peu déconcertée. En effet, Wade ne semblait pas être homme à se soucier de ce genre de détails.
— Cette chambre n’a rien d’exceptionnel, vous savez…, le prévint-elle.
— Je ne suis pas très difficile.
Pas très volubile non plus, songea-t-elle. Tout comme elle.
— Eh bien, si vous pensez que la chambre pourrait vous convenir…, finit-elle par dire. Vous seriez mon premier locataire.
— Madame, je ne cherche qu’un endroit où me reposer.
Pour Cory, cet argent était le bienvenu, et elle avait toute confiance en Gage. Elle s’efforça de faire abstraction de la peur qui ne la quittait jamais totalement, pas même dans ses rêves.
— Allez visiter la chambre, proposa-t-elle. Elle se trouve à l’étage. Il y a une salle de bains attenante… que nous n’aurons pas à partager, car la mienne est en bas.
L’homme se leva et se dirigea sans un mot vers l’escalier. Cory se sentait oppressée. Peur ? Méfiance ? Elle l’ignorait.
— Tout se passera bien, Cory, la rassura Gage, tandis qu’ils percevaient des pas pesants au-dessus d’eux. A un moment ou un autre, tout le monde a besoin d’un havre de paix.
Cory ne le savait que trop, même si, pour sa part, elle avait parfois l’impression de se terrer.
Elle se raidit en entendant le bruit des bottes sur les marches. Elle fit un effort pour ne pas se retourner, troublée par l’impact que cet étranger avait sur elle. Mais elle ne put se dérober bien longtemps, car son visiteur vint se planter en face d’elle.
— C’est exactement ce qu’il me faut, lui annonça-t-il. Il sortit son portefeuille et lui tendit six billets de cent dollars, flambant neufs, comme s’ils sortaient tout droit de la banque. Je vais chercher mes affaires.
Il quitta la pièce, et Cory resta immobile, ne pouvant détacher son regard de l’argent. Elle avait l’habitude de manipuler de telles sommes au travail, mais elles ne lui appartenaient pas. Sa main se mit à trembler.
— C’est beaucoup trop, murmura-t-elle.
Cette somme correspondait à son salaire mensuel.
Gage secoua la tête.
— S’il te propose ce montant, c’est qu’il estime que cela le vaut.
Une minute plus tard, Wade réapparaissait, chargé d’un encombrant sac de paquetage. En l’espace d’une demi-heure, elle avait accepté un pensionnaire dont toute la vie tenait, semblait-il, dans un balluchon.
Après le départ de Gage, elle dut s’habituer à entendre quelqu’un bouger au-dessus de sa tête, une première depuis qu’elle avait emménagé dans la maison. Il lui était facile de deviner ce qu’il faisait, rien qu’en tendant l’oreille : il rangeait ses affaires dans la vieille commode.
Elle devrait lui confier une clé, songea-t-elle soudain, et son cœur tressaillit à cette pensée. Sa sécurité reposait sur sa nouvelle identité, mais aussi sur des serrures qu’elle verrouillait consciencieusement et un système d’alarme installé par les fédéraux. A l’idée d’avoir à fournir la clé et le code de sécurité à un inconnu, elle sentit l’angoisse la gagner.
Elle se rappela avec quelle facilité ces hommes étaient parvenus jusqu’à son mari. Elle avait pleinement conscience du fait qu’aucun système de surveillance ne la protégerait si elle ouvrait sa porte au mauvais moment.
« Par pitié, Cory, arrête ! » s’admonesta-t-elle. Si elle se retrouvait dans ce trou perdu, au fin fond du Wyoming, elle, une enseignante devenue employée de supérette, c’était pour éviter de passer le restant de ses jours à regarder par-dessus son épaule, à l’affût d’un danger hypothétique.
Aujourd’hui, sa vie n’avait plus rien à voir avec celle qu’elle menait auparavant. Ni son travail ni son visage. Il se trouvait là, le véritable prix de sa tranquillité, et non dans des verrous et les boutons d’urgence.
Elle entendit Wade descendre l’escalier. Elle s’obligea à le regarder. Elle sentit un frisson de peur la parcourir. Même si sa force lui permettait de tuer quelqu’un à mains nues, Gage avait estimé qu’il ne représentait aucun danger pour elle, et elle accordait toute sa confiance au shérif.
— Il faut que je vous donne une clé, et que je vous explique comment désactiver l’alarme, monsieur Kendrick.
Elle avait parlé d’une voix à peine audible, mais sans angoisse.
Il la fixa du regard.
— Etes-vous certaine que cela ne vous dérange pas ?
Qu’avait-il senti au juste ? Sa peur se lisait sur elle comme dans un livre ouvert ?
— Vous vivez ici, désormais. Vous devez pouvoir aller et venir à votre guise, y compris lorsque je travaille.
— Non.
— Je vous demande pardon ?
— Je peux me débrouiller.
Cette réponse la désarçonna. Il payait un loyer qu’elle jugeait exorbitant pour vivre dans deux pièces défraîchies, et il était prêt à se retrouver enfermé dehors lorsqu’elle s’absenterait ?
— J’aimerais aller acheter des serviettes, des draps, et deux ou trois autres choses, reprit-il au bout d’un moment. Dans quelle direction se trouve le supermarché ?
— Avez-vous un véhicule ?
— Je peux marcher.
— Moi aussi, répliqua-t-elle, sentant sa personnalité renaître subrepticement. Si vous avez beaucoup d’articles à transporter, vous pourriez avoir besoin d’un coup de main.
— Ça ira.
— Oui, je sais. Vous vous débrouillerez. Elle poussa un soupir, puis se leva. Je vais vous y conduire. Je dois moi aussi faire quelques emplettes.
Grâce à lui, elle pouvait maintenant se le permettre. Elle se sentit légèrement coupable.
Elle alla chercher son sac à main. Avant de quitter la maison, elle insista pour lui donner un double de la clé et lui confier le code de l’alarme. S’il trouvait étrange qu’une maison aussi délabrée soit équipée d’un système de protection aussi élaboré, il n’en dit rien ni n’en laissa rien paraître.
Il ne posa qu’une seule question.
— Y a-t-il aussi des détecteurs de mouvement ?
— Je ne les mets en marche que la nuit. Le code est identique. Avez-vous remarqué le boîtier qui se trouve dans votre chambre ?
— Oui.
— Eh bien, si vous descendez durant la nuit, vous pouvez désactiver le système complet. Le petit panneau régit les détecteurs de mouvement, et le grand, tout le reste.
Elle se força à le regarder. Un autre frisson la parcourut à l’idée que cet homme, s’il le voulait, pouvait la briser en deux. Autrefois, ce type de pensée ne l’aurait jamais effleurée. Aujourd’hui, elle ne pouvait s’en défaire.
— Si, pour une raison quelconque, vous devez partir, et que je suis absente ou endormie, j’aimerais que vous activiez le système complet.
Il acquiesça. Rien sur son visage n’indiqua s’il trouvait cela étrange ou non.
Elle lui montra les boutons d’urgence, reliés directement à la police, aux pompiers, ou aux urgences médicales. L’existence même de ce système lui rappelait sans cesse ce qui s’était passé.
Mais aucun de ces gadgets sophistiqués n’aurait pu changer le cours des événements qui s’étaient produits quinze mois plus tôt.
Elle mit l’alarme en marche. Ce qui ne leur laissait que quarante-cinq secondes pour passer la porte d’entrée et la refermer. Durée encore beaucoup trop longue, songea-t-elle.
Les marshals lui avaient également fourni un véhicule, des plus ordinaires, qui n’attirait pas l’attention. Dans les faits, on aurait dit un char ! Et il consommait tant d’essence ! Mais ses protecteurs avaient insisté pour qu’elle le garde. Ce 4x4 avait quatre ans, mais le moteur était neuf, un V-8 bien plus puissant qu’elle n’en avait besoin.
Si jamais les assassins de son mari la retrouvaient, ils ne lui laisseraient pas le loisir de s’enfuir en voiture. Elle en était convaincue. Un jour, bientôt, se promettait-elle, dès qu’elle en aurait l’occasion, elle la remplacerait par une citadine, plus petite, mais plus fiable. Elle n’avait pas besoin de ce cocon d’acier.
Le seul avantage de son véhicule actuel était que Kendrick ne s’y sentirait pas à l’étroit. Elle doutait fort qu’il puisse se glisser dans la compacte qu’elle comptait s’offrir un jour.
Il ne prononça pas un mot durant le trajet jusqu’au centre commercial. Il prit alors congé avec un « Merci » laconique.
— A quelle heure voulez-vous que je vienne vous prendre ?
Il haussa les épaules.
— Ce ne sera pas long. Je ne suis pas très difficile. Venez quand ça vous arrange.
La liste d’articles qu’elle avait établie mentalement pour elle n’était pas bien longue non plus. Même la manne inespérée que représentait le loyer versé par Kendrick ne lui permettait pas de faire des folies. Elle détestait cuisiner pour une personne, mais elle s’obligea à choisir des produits sains, comme des légumes, des préparations pour salade, et un peu de poulet. Elle retournerait faire les courses après sa prochaine journée de travail, c’est-à-dire après ses trois jours de congé.
Trois journées complètes, avec, par-dessus le marché, un inconnu dans sa maison.
Les soirées étaient longues en été, d’autant que le soleil n’embrasait l’horizon qu’après 21 heures. Il disparaissait lentement à l’ouest, mais l’air perdait rapidement sa chaleur. Lorsqu’elle sortit du magasin avec ses deux sacs à provisions en toile, la température avait déjà chuté. Elle reprit la route du centre commercial et trouva Wade qui l’attendait sur le trottoir. Il semblait avoir acheté bien plus de deux ou trois bricoles, à en juger par le nombre de sacs plastiques, et elle se félicita de ne pas l’avoir laissé faire le chemin à pied. Le pauvre aurait dû sinon effectuer plusieurs voyages pour transporter ses oreillers, draps, serviettes et autres couvertures.
Ce qu’il aurait certainement fait sans se plaindre. Dire que ce type parlait peu relevait de l’euphémisme.
Elle patienta pendant qu’il déposait ses achats sur la banquette arrière, à côté des siens, puis il prit place sur le siège passager.
— Merci, répéta-t-il.
— Je vous en prie.
Il ne prononça pas un mot de plus. C’était presque comme s’il cherchait à se rendre invisible.
Loin des yeux, silencieux, hors d’atteinte.
S’il s’était agi de l’un de ses étudiants, elle en serait arrivée à la conclusion que son silence avait pour origine de terribles secrets, car rien en lui ne laissait supposer qu’il était timide. Mais il n’était pas son élève, mais un homme adulte.
Ils arrivèrent à la maison. Elle s’engagea dans la courte allée et coupa le moteur. Elle n’utilisait jamais le garage, ne pouvant systématiquement en vérifier tous les recoins qui auraient pu servir de cachettes.
A peine avait-elle mis le frein à main que Wade descendait déjà du véhicule.
— Je vais m’occuper de vos cabas, déclara-t-il.
Elle fut tentée de lui répliquer qu’elle pouvait se débrouiller, mais elle comprit instantanément ce qui la poussait à réagir de la sorte : un besoin de reprendre le contrôle, même fugace, de sa vie. Cet homme faisait simplement preuve de courtoisie, et c’était sa manière de la remercier de l’avoir emmené. Elle avait mieux à faire que rabrouer les personnes qui faisaient preuve de gentillesse envers elle, d’autant qu’il ne faisait que lui rendre la pareille.
Ah, bon sang ! Elle n’avait pas pour habitude de jurer, mais cette journée commençait à lui en donner l’envie. Avoir à accueillir quelqu’un dans son repaire la contrariait au plus haut point. Mais découvrir que l’enseignante existait toujours en elle, qu’elle vivait et respirait, bien qu’elle ait cherché à l’annihiler totalement, lui causa une indicible souffrance.
Après l’année qu’elle venait de vivre, elle pensait que seul son mari pouvait encore lui manquer. Son absence lui causait une douleur qui ne la quitterait jamais.
Tête baissée, elle gravit les marches du perron, cherchant sa clé. Elle trouva celles du magasin, de la voiture, du garage… tant de sésames, et une vie si étriquée.
Alors qu’elle déverrouillait enfin la serrure, elle entendit la sonnerie du téléphone. Probablement son patron, pensa-t-elle, qui l’appelait pour remplacer une collègue malade. Craignant de manquer cet appel, et surtout les heures supplémentaires à la clé, elle laissa la porte ouverte derrière elle pour Wade, composa le code aussi rapidement qu’elle le put, et se précipita vers le combiné sans fil du salon.
Elle décrocha.
— Je sais où tu es, murmura une voix étouffée.
Puis, rien d’autre que la tonalité d’une communication coupée.
Elle lâcha l’appareil et tomba à genoux.
Ils l’avaient retrouvée.
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