Dangereux baiser

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Une histoire de romance paranormale de Michele Hauf en exclu e-book !

Alors qu’il prend l’air à la sortie d’une boîte de nuit, Christian Hart est attaqué par une créature masquée. Dans la bagarre qui les oppose, il se rend compte soudain qu’il s’agit d’une femme. Une créature sublime dont les lèvres laissent apparaître deux canines aiguisées prêtes à le mordre…

A propos de l'auteur :
Née dans le Minnesota, Michele Hauf, auteur phare du fantastique et de l’étrange, se distingue par une imagination brillante et un goût prononcé pour le baroque. Son œuvre propose une captivante plongée dans un univers très personnel, peuplé de vampires, de loups-garous et de démons.
Publié le : mercredi 10 décembre 2014
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280335096
Nombre de pages : 89
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Christian Hart s’étira pour chasser la lassitude qui commençait à s’insinuer en lui. Cela faisait à présent plus de trois heures qu’il était posté devant la sortie du Velvet Club, la boîte de nuit parisienne qui servait de lieu de rendez-vous aux êtres féeriques de la capitale. Hart n’y avait jamais mis les pieds lui-même, mais il avait entendu dire que la discothèque se trouvait à mi-chemin entre le monde humain et celui des fées. C’était un endroit étrange où se croisaient des gens plus étranges encore. Jetant un coup d’œil à sa montre, Hart constata qu’il était déjà 3 heures du matin. Il faisait vraiment très frais pour un mois d’octobre mais, comme la plupart des lycans, il ne redoutait ni le froid ni les intempéries. La veste qu’il portait servait surtout à dissimuler le pistolet automatique qui était accroché sous son aisselle gauche. Ce n’était pas une arme ordinaire : elle avait été modifiée de façon à pouvoir tirer des balles dont les têtes étaient de bois. Elles ne suffiraient pas à tuer un vampire, bien sûr, mais les ingénieurs lycans les avaient surtout conçues pour leur pouvoir d’arrêt. La conception de ces munitions avait refroidi les ardeurs des sangsues et elles évitaient à présent de s’en prendre aux lycans de façon frontale. Il arrivait à Hart de regretter le temps où ils s’affrontaient régulièrement. Ces derniers temps, son rôle d’homme de main de la meute devenait mortellement ennuyeux. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il passait de plus en plus de temps au gymnase. Ce jour-là, par exemple, il s’était entraîné pendant plus de quatre heures d’affilée et, après une séance aussi intensive, son corps tout entier était envahi par une douce langueur. Comme tous les membres de la meute de Levallois, Hart passait le plus clair de son temps en ville. Peut-être était-il temps pour lui d’acheter une maison de campagne. Là, il pourrait courir les bois et laisser libre cours à sa part animale. Son meilleur ami Tony lui répétait régulièrement que ce dont il avait vraiment besoin, c’était d’une petite amie. C’était également l’avis de Remy Caufield, le chef de leur meute, qu’ils étaient chargés de protéger, ce soir-là. Remy avait un faible pour les fées et il resterait probablement au Velvet Club jusqu’aux petites heures du matin. Hart avait laissé Tony l’accompagner à l’intérieur, se convainquant que cela lui laisserait un peu de temps pour réfléchir. Mais en réalité il aurait préféré se trouver à l’intérieur, sentir les basses résonner en lui et regarder les fées se trémousser sur la piste de danse. Elles ne l’obsédaient pas comme Tony mais une aventure d’un soir avec l’une d’elles était souvent une expérience mémorable… La voix de Tony résonna dans l’oreillette de son talkie-walkie, le ramenant brusquement à la réalité. — Il y a du grabuge, Hart. Garde les yeux ouverts et tâche d’intercepter un type entièrement vêtu de noir. Probablement une sangsue. — Qu’est-ce qui s’est passé ? — Je ne sais pas encore. Je crois qu’il a essayé de descendre Remy. Mais il faisait sombre et je n’ai pas réussi à le coincer… Au même instant, la porte du Velvet Club s’ouvrit à la volée, laissant apparaître un homme vêtu de noir qui portait un masque de même couleur qui lui recouvrait le haut du visage. — Je le vois, annonça Hart. L’inconnu se fraya un chemin au sein de la foule qui attendait patiemment de pouvoir entrer dans la boîte de nuit. Hart huma l’air, mais il y avait trop de corps massés près de la porte pour qu’il puisse isoler l’odeur du fuyard. — Chope-le ! s’exclama Tony.
Hart grimpa dans le 4x4 noir près duquel il se tenait et démarra en trombe avant d’effectuer un virage en épingle à cheveux, manquant percuter une poubelle. Il accéléra et plusieurs personnes s’écartèrent en l’injuriant copieusement pour laisser passer son véhicule. Braquant à angle droit, il déboucha dans la rue dans laquelle s’était engouffré l’homme qu’il poursuivait. Une bouffée d’adrénaline monta en lui et il se fendit d’un sourire. Ses prières avaient été entendues et il allait apparemment avoir droit à un peu d’action. Dans la lueur de ses phares, il discernait à présent l’agresseur de Remy, qui s’était mis à courir. — Si tu crois pouvoir échapper à une voiture, tu te mets le doigt dans l’œil, murmura Hart. Qui es-tu, au juste ? Pas un lycan, en tout cas. Tu es trop lent pour ça… Brusquement, le fuyard obliqua dans une ruelle qui s’ouvrait sur sa droite. Hart tourna à son tour et manqua percuter de plein fouet les trois bornes en béton qui marquaient l’entrée d’une rue piétonne. Il freina violemment et son pare-chocs amortit l’impact. En jurant, Hart redémarra son véhicule qui venait de caler et recula de façon à prendre la rue suivante qui n’était pas interdite à la circulation. Il connaissait assez le quartier pour savoir que les deux venelles parallèles donnaient sur une rue qui longeait la berge de la Seine. Cela ne laisserait guère d’options au fuyard. Mais, lorsque Hart déboucha sur les quais, il ne vit aucune trace de lui. Il avait dû rester dans la rue piétonne. Il s’avança jusqu’à l’entré de celle-ci et scruta les ténèbres. Un coup de klaxon rageur lui indiqua qu’il était en train de bloquer la circulation sur une voie à sens unique. Etouffant un nouveau juron, Hart décida de se garer un peu plus loin et de continuer la poursuite à pied. Mais, comme il redémarrait, la portière du côté passager s’ouvrit soudain, laissant apparaître le fuyard qui bondit dans l’habitacle. Profitant de l’effet de surprise, il abattit son poing, qui cueillit Hart en plein menton. L’homme espérait sans doute le sonner pour pouvoir le pousser hors du véhicule. Mais c’était compter sans la résistance hors du commun qui caractérisait les lycans. Il en aurait fallu bien plus pour ébranler Hart. Jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, ce dernier constata que la voiture qui venait de klaxonner se trouvait à présent juste derrière lui. Il ne pouvait s’arrêter sans créer un accident et mêler un humain à cette histoire. Il accéléra donc pour éviter que son passager ne décide brusquement de sauter en marche. — Tu es suicidaire, mon pauvre vieux, déclara-t-il en attrapant l’homme par le bras. Mais la tenue qu’il portait n’offrait que peu de prise. Ce devait être le genre de tenue qu’utilisaient les rats d’hôtel. Son agresseur contre-attaqua d’un coup de pied qui heurta de plein fouet l’épaule de Hart. Il émit un grondement menaçant et se résigna à sortir son pistolet, qu’il pointa sur le visage masqué de l’inconnu. Mais, loin de se laisser décourager aussi facilement, ce dernier lui assena un coup sec et puissant au niveau du poignet, lui faisant lâcher son arme. Hart eut tout juste le temps de remarquer le tatouage qui ornait le poignet de son agresseur, ainsi que le fait que ce dernier était bien trop fin et trop délicat pour être celui d’un homme. — Ce n’est pas vrai, grommela-t-il, furieux de se faire ainsi malmener par une femme. Ecoute, ma jolie, si tu as un compte à régler avec Remy, je te conseille de lui téléphoner. Je ne veux pas me mêler de ses affaires de cœur… Un nouveau coup de botte le heurta en pleine mâchoire et il sentit le goût du sang dans sa bouche. — Tu n’aurais pas dû faire ça, gronda-t-il. Cette fois, il parvint à saisir son adversaire à la gorge. Mais, avant qu’il ait pu resserrer son étreinte pour la convaincre qu’elle ferait mieux de jeter l’éponge, elle lui mordit vicieusement le poignet. Hart retira précipitamment sa main tandis que la femme arrachait son masque qui devait la gêner. La première chose à laquelle songea Hart en découvrant ses yeux d’azur et ses longs cheveux roux, ce fut qu’elle était absolument sublime. Mais il aperçut alors ses canines surdimensionnées et ne put réprimer une exclamation d’horreur. Elle ne lui laissa pas le temps de se remettre de sa surprise et se jeta sur lui. En sentant ses dents lui déchirer la gorge, Hart se débattit et perdit le contrôle de son véhicule. Emporté par son élan, le 4x4 fonça droit dans la Seine. Mais Hart s’en moquait : la seule pensée qui tournait en boucle dans son esprit paniqué, c’était qu’il venait de se faire mordre par un vampire. Et c’était incontestablement la pire des choses qui pouvait arriver à un lycan.
Il repoussa la fille de toutes ses forces et sentit ses dents labourer sa chair. Elle revint aussitôt à la charge, se collant à lui comme une sangsue. — Lâche-moi ! hurla-t-il d’une voix que la colère et la panique rendaient méconnaissable. Il projeta son coude au niveau du rein du vampire, qui poussa un cri de douleur déchirant et s’écarta enfin de lui. Ce n’est qu’alors que Hart constata que le 4x4 se trouvait à présent au beau milieu du fleuve dans lequel il était en train de sombrer rapidement. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Incapable de contrôler la rage qui montait en lui, Hart sentit sa transformation s’amorcer. Son T-shirt se déchira au niveau de la poitrine, ses doigts s’allongèrent, s’ornant de griffes redoutables. Sa colonne vertébrale se restructura avec force craquements. Le processus était plus impressionnant que réellement douloureux et, très rapidement, il se retrouva sous forme hybride, mi-homme, mi-animal. Au même instant, le 4x4 bascula vers l’avant et coula à pic. Hart n’eut pas à réfléchir. Son instinct parla pour lui. Il essaya d’ouvrir sa portière mais la pression de l’eau l’empêcha d’y parvenir. Sans attendre, il commença à bourrer le pare-brise de coups de pied. Malgré la puissance de ses assauts répétés, la vitre renforcée tenait bon. Il s’acharna rageusement jusqu’à ce qu’elle commence à se craqueler. Sous l’effet conjugué de ses coups et de la pression de l’eau, les fissures ne tardèrent pas à s’étendre à l’ensemble de la vitre. D’un prodigieux coup de poing, il parvint enfin à la briser. L’eau glacée de la Seine s’engouffra brusquement dans l’habitacle qui, en l’espace de quelques secondes, se trouva entièrement submergé. Mais déjà Hart avait entrepris de s’extraire du véhicule. Prenant appui sur le capot, il se propulsa en direction de la surface. Lorsqu’il émergea à quelques mètres de la rive, il eut la présence d’esprit de s’assurer qu’aucun humain ne se trouvait dans les parages. Puis il se mit à nager vigoureusement vers un pont qui lui permettrait d’échapper aux regards d’éventuels curieux. Il ne tarda pas à atteindre cet abri et se hissa sur la rive avant de reprendre son apparence humaine. Il se força alors à respirer profondément pour recouvrer un semblant de calme et maîtriser les battements précipités de son cœur. Il avait pourtant beaucoup de mal à endiguer la panique qui menaçait de le submerger à tout instant. Il venait de se faire mordre par un vampire. — Ne pense pas à ça pour le moment, se dit-il. Concentre-toi sur ta mission. Il parcourut des yeux l’étendue de la Seine. Mais aucune tête n’émergeait des eaux. Il n’y avait personne non plus sur les rives et seules les bulles de tailles diverses qui remontaient à la surface indiquaient l’endroit où le 4x4 s’était abîmé. — Mais qu’est-ce que tu fabriques, ma jolie ? murmura-t-il. A sa connaissance, les vampires ne pouvaient pas se noyer. Alors pourquoi la femme ne refaisait-elle pas surface ? Avait-elle préféré nager sous la surface pour tenter de lui échapper ? Cela paraissait improbable. De là où il se trouvait, la vue portait vraiment très loin sur le fleuve. Et même un vampire ne pouvait espérer se repérer très longtemps de nuit dans une eau aussi sale. Evidemment, il aurait pu la laisser pour morte et rentrer faire son rapport. Mais deux choses l’empêchaient d’agir de la sorte. Tout d’abord, il était curieux de découvrir ce qu’elle pouvait bien vouloir à Remy. Et il y avait encore autre chose. Lorsqu’il avait aperçu le tatouage sur son poignet, il avait inconsciemment enregistré les mots qui étaient inscrits en fines lettres noires :Advienne que pourra. Il avait également remarqué que l’encrage était récent, ce qui ne pouvait signifier qu’une chose. Hart lâcha une bordée de jurons bien sentis avant de replonger dans la Seine.
* * *
Danni était empalée contre son siège par un morceau de ferraille rouillé qui s’était fiché au creux de son plexus solaire au moment où le pare-brise s’était brisé sous les coups de boutoir du lycan. La sensation d’avoir un corps étranger planté en plein thorax était particulièrement désagréable mais la blessure proprement dite était bien moins douloureuse qu’elle ne le paraissait. Danni avait également découvert qu’elle n’avait pas besoin de respirer sous l’eau. Cela faisait plusieurs minutes qu’elle avait bloqué sa respiration par réflexe et elle n’éprouvait toujours aucun
des effets généralement associés au manque d’oxygène. En revanche, malgré tous les efforts qu’elle avait déployés jusqu’alors, elle n’était pas parvenue à déloger cette barre de fer qui la clouait sur place comme un vulgaire papillon. Et elle commençait à se demander avec angoisse si elle n’allait pas rester coincée là pour l’éternité. Cette terrifiante perspective éveilla en elle un accès de panique irrépressible. Qu’avait-elle donc fait pour mériter un tel sort ? Elle n’avait même pas demandé à devenir ce qu’elle était. Et elle aurait préféré de loin pouvoir en finir ici et maintenant… Lorsqu’elle sentit une main se refermer sur sa cheville, elle décocha un coup de pied par pur réflexe et s’en voulut aussitôt. Qui sait ? Quelqu’un avait peut-être appelé les pompiers… Lorsque la main revint se poser sur sa jambe, elle se força à demeurer immobile. Les doigts remontèrent le long de son tibia puis de sa cuisse avant d’atteindre son ventre et d’être arrêtés par la poutrelle métallique qui dépassait de son sternum. Danni s’efforça de percer les ténèbres aquatiques dans lesquels elle se trouvait. Ses sens aiguisés de vampire lui permirent tout juste de discerner une silhouette massive et elle songea qu’il devait s’agir du lycan qui les avait précipités dans le fleuve. Alors même qu’elle se faisait cette réflexion, elle dut reconnaître en son for intérieur qu’elle était au moins coresponsable de cette bévue. Si elle ne l’avait pas mordu de cette façon, ils n’auraient probablement pas eu cet accident. Le lycan tira sur le morceau de métal, qui résista obstinément. Il essaya de nouveau et Danni ne put réprimer un haut-le-cœur. Chaque fois qu’il secouait la poutrelle qui la traversait de part en part, elle avait l’impression que l’intérieur de son corps tressautait en tous sens. Il finit par renoncer et lui tapota doucement le bras comme pour lui faire comprendre quelque chose. Puis elle sentit un courant ascendant tandis qu’il s’élançait de nouveau vers la surface, la laissant seule. Elle tenta de protester mais son cri se réduisit à un gargouillement et à quelques bulles pathétiques. Elle ne pouvait cependant lui reprocher quoi que ce soit : il avait déjà fait l’effort de revenir la sauver alors qu’elle avait essayé de le tuer. Fermant les yeux, Danni lutta contre les larmes qui lui montaient aux yeux. Faire montre de faiblesse en un tel moment ne lui servirait à rien. La seule chose à faire, c’était lutter tant qu’elle le pourrait pour tenter de se dégager. Mais, alors qu’elle commençait de nouveau à se cabrer pour tenter de s’arracher au pal qui la clouait sur place, le lycan revint vers elle. Elle comprit alors que, contrairement aux vampires, il ne devait pas pouvoir se passer indéfiniment d’oxygène. Cette fois, il se glissa dans l’habitacle du 4x4 et, au lieu de tirer sur le morceau de métal, il la prit par une épaule et par la hanche opposée et entreprit de la faire glisser le long de la poutrelle. La sensation était atroce, écœurante même. Mais le procédé s’avéra bien plus efficace. Centimètre par centimètre, elle se sentit coulisser le long de cette tige métallique. Il lui fallut faire appel à toute sa force de volonté pour résister à l’envie de se débattre. Au bout d’un moment, il dut la quitter de nouveau pour aller respirer. Elle se retrouva de nouveau seule dans les ténèbres, se demandant vaguement comment elle avait bien pu en arriver là. Six mois auparavant, elle était encore une humaine comme les autres… Ses pensées se brouillèrent dans sa tête et elle se sentit momentanément défaillir. Ce devait être à cause de tout le sang qu’elle avait perdu, songea-t-elle en luttant contre l’inconscience. Lorsqu’elle recouvra ses esprits, elle aperçut la lune qui brillait dans le ciel et comprit que quelqu’un était en train de la tirer hors de l’eau. Elle se retrouva bientôt étendue sur un sol recouvert de pavés et se mit à régurgiter convulsivement toute l’eau qu’elle avait avalée. — Il va falloir nous tirer d’ici rapidement, fit la voix du lycan. C’était la première fois qu’elle remarquait la trace d’accent britannique qui perçait dans sa voix. — J’entends des sirènes, ajouta-t-il. Et je suis sûr que ni toi ni moi ne tenons à discuter avec la police. Il va falloir que tu me fasses confiance, ma jolie. Danni songea qu’elle n’avait pas le choix. Mais, avant qu’elle n’ait pu le lui dire, il la souleva entre ses bras et la jeta en travers de son épaule.
* * *
Hart jugea préférable de suivre les quais aussi longtemps que possible. A cette heure tardive, il y croiserait certainement moins de monde que dans les rues de la capitale.
De fait, il ne rencontra que quelques SDF qui se gardèrent bien de lui adresser la parole ainsi qu’un farfelu en maillot de bain qui lui demanda si l’eau était bonne. Fort heureusement, son appartement n’était pas situé très loin de la Seine et il l’atteignit sans s’attirer trop de regards suspicieux. Ses vêtements avaient eu le temps de sécher et la plupart des gens devaient penser qu’il ramenait sa petite amie ivre morte d’une soirée trop arrosée. De retour chez lui, il étendit la fille sur le canapé de son salon. Puis il gagna directement la salle de bains et se défit de ses vêtements qu’imprégnaient les remugles des eaux de la Seine. Il se fit couler une douche et demeura longuement sous le jet d’eau brûlant, s’efforçant de faire le point sur la situation cauchemardesque dans laquelle il se trouvait. Mais plus il y réfléchissait et moins il entrevoyait d’issue. Il enfila des habits propres et prit une serviette avant de regagner le salon. Là, il trouva son invitée réveillée et alerte. Lorsqu’elle l’aperçut, elle se mit en garde comme si elle s’apprêtait à se battre. Hart laissa échapper un rire qui n’était pas départi d’une certaine amertume. — Je vois que ce petit bain n’a pas suffi à doucher ton enthousiasme. Il lui lança une serviette, qu’elle utilisa pour essuyer le sang qui maculait son visage. Sa blessure au thorax s’était déjà refermée. — J’espère que tu vas m’expliquer ce que tout cela signifie, lui dit alors Hart. Tu t’en es prise au chef de l’une des meutes les plus importantes de la capitale ; tu as flanqué ma voiture dans la Seine. Et, comme si cela ne suffisait pas, tu m’as mordu ! — Je ne faisais que suivre les ordres, répondit la vampire en le défiant du regard. En dépit du fait que ses cheveux étaient emmêlés, que ses vêtements étaient sales, déchirés et tachés, et qu’elle paraissait être en manque de sang, Hart ne put s’empêcher de remarquer à quel point elle était séduisante. Ses cheveux étaient d’un roux si intense qu’on aurait pu les croire teints en rouge. Ses yeux étaient immenses et translucides. Et la tenue moulante qu’elle portait révélait un corps mince et nerveux, doté d’une sensualité de danseuse ou d’artiste martiale. Mais Hart n’était pas dupe. Ils étaient ennemis et la beauté de la fille ne la rendait que plus dangereuse. L’assurance dont elle faisait preuve, en revanche, était un signe d’arrogance ou de naïveté. La plupart des vampires auraient compris combien il était dangereux de provoquer un combattant lycan sur son propre territoire. Il lui aurait suffi d’un coup de griffes pour décapiter son invitée. — Pourquoi m’avez-vous sauvé la vie ? lui demanda-t-elle alors. Il haussa les épaules d’un air indifférent. — Tu ne serais pas morte, de toute façon. — J’aurais pu rester coincée sous l’eau éternellement. — Mais tu ne serais pas morte pour autant. L’idée d’avoir sauvé un vampire mettait Hart mal à l’aise. Après tout, leurs espèces étaient ennemies depuis toujours et la trêve qui avait été instaurée entre elles était aussi hypocrite qu’incertaine. — Je vous dois la vie, que cela vous plaise ou non, déclara la fille. J’ai une dette envers vous. — Oublie ça. — Vous me détestez, n’est-ce pas ? Tout ça parce que je suis ce que vous appelez une sangsue. Et j’imagine que je suis censée vous haïr parce que vous êtes un sac à puces. Hart la considéra avec stupeur. Personne de sensé n’appelait un lycan de cette façon en sa présence. Cette fille était-elle suicidaire ? Ou incroyablement naïve ? S’il s’en était tenu à la procédure, il l’aurait conduite directement au quartier général de la meute pour qu’elle y soit interrogée puis jugée pour ses crimes. Mais l’idée qu’elle puisse finir dans l’arène le rendait malade. — Comment est-ce que vous vous appelez ? lui demanda-t-elle alors. — Hart…, répondit-il d’un ton rogue. Vous feriez mieux de partir, à présent. Vous pouvez garder la serviette. Elle lui décocha un regard étonné. Visiblement, elle ne s’était pas attendue à être traitée avec autant de mansuétude. Le pâle sourire qui se dessina sur ses lèvres toucha Hart bien plus qu’il ne l’aurait voulu. — Mon nom à moi, c’est Danni, lui dit-elle. Danni Weber. Je suis du clan Zmaj.
Elle se dirigea vers la porte d’entrée. Juste avant de l’atteindre, elle se tourna de nouveau vers lui. — Je suis désolée pour la morsure. Je sais que cela ne change rien mais je le suis vraiment. J’étais en mode survie… Sur ce, elle quitta l’appartement et referma doucement derrière elle. — Désolée ? répéta Hart, demeuré seul. Elle est désolée… S’il n’avait pas été aussi terrifié, il aurait peut-être réussi à en rire.
TITRE ORIGINAL :CLAIMING THE WOLF Traduction française :FABRICE CANEPA ® HARLEQUIN est une marque déposée par le Groupe Harlequin ® NOCTURNE est une marque déposée par Harlequin S.A. © 2012, Michele Hauf. © 2014, Harlequin S.A. Le visuel de couverture est reproduit avec l’autorisation de : HARLEQUIN BOOKS S.A. Réalisation graphique couverture : M. GOUAZE Tous droits réservés. ISBN 978-2-2803-3509-6
Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de tout ou partie de l’ouvrage, sous quelque forme que ce soit. Ce livre est publié avec l’autorisation de HARLEQUIN BOOKS S.A. Cette œuvre est une œuvre de fiction. Les noms propres, les personnages, les lieux, les intrigues, sont soit le fruit de l’imagination de l’auteur, soit utilisés dans le cadre d’une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des entreprises, des événements ou des lieux, serait une pure coïncidence. HARLEQUIN, ainsi que H et le logo en forme de losange, appartiennent à Harlequin Enterprises Limited ou à ses filiales, et sont utilisés par d’autres sous licence.
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