Dans la lumière des ombres

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L'amour d'Amélie sera t-il suffisamment fort pour vaincre les fantômes et les démons qui hantent Garpard, dont elle s'est follement éprise ?
Publié le : lundi 14 mars 2016
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EAN13 : 9791026204411
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Agnès GUDET Dans la lumière des ombres
© Agnès GUDET, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0441-1
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Le soleil d’hiver incisait les carreaux de la fenêtre et s’incrustait en taches claires sur la moquette élimée de la chambre. Elle sortit du lit et alla s’asseoir en tailleur sur l’une des auréoles lumineuses, la plus spacieuse, de manière à bien sentir la morsure des rayons à travers la laine bleu-marine de son pull et se réchauffer le corps à cette inespérée source de chaleur dans la pièce à peine tiède.
L’hiver durait, s’éternisait cette année là et l’attente de jours meilleurs tendait de plus en plus douloureusement les nerfs. Elle avait 19 ans et suffoquait dans la médiocrité de sa vie et de sa miteuse chambre d’étudiant. Elle prit sa tête entre ses mains. Elle avait l’impression qu’à l’intérieur de son crâne, elle jonglait avec des balles de gomme qui lui échappaient et rebondissaient de tous côtés, lui donnant le vertige puis la nausée. Elle s’égarait à vouloir trouver un inaccessible équilibre pour progresser, devenir, simplement devenir et non stagner comme une bouée enchaînée et ballottée sur l’océan de l’existence, au gré des vents. Et pour ne pas pleurer, elle se concentrait avec courage sur une petite phrase, quelques mots qui résonnaient comme un écho depuis son enfance : « aide-toi, le ciel t’aidera ! ». Combien de fois, petite, s’était-elle demandé comment le ciel aurait-il pu la secourir. Elle avait vite fini par comprendre qu’elle ne devait rien attendre de personne et qu’elle aurait à se débrouiller toute seule.
Elle se surprit à sourire, de dérision. Elle aurait aimé, en ce moment, être auprès de sa grand-mère, assise à ses côtés près du grand poêle à bois qui ronronnait sous la voix de Jacques Chancel radioscopant un invité sur France Inter, et qui dispensait sa puissante chaleur. Elle frissonna dans sa chambre à peine chauffée. Elle fixa le radiateur électrique qui cet hiver lui avait pompé toutes ses économies et préféra retourner en pensée auprès de sa grand-mère pour apaiser sa colère contre le froid, EDF et ses parents. Sa grand-mère avait toujours su calmer, sans jamais se fâcher, son esprit vindicatif et ses peines.
Elle seule savait prendre le temps de la réconforter, de respecter ses silences, de laisser se déverser ses flots de paroles, de l’entourer d’une chaleur humaine et apaisante, de lui permettre d’oublier les écorchures de la vie. Elle adorait cette femme qu’elle appelait mémé, si généreuse et si douce, que juste pour elle, elle aurait accepté de revivre son enfance, cette enfance passée à se frayer un chemin au travers des épines de l’incompréhension et qu’elle avait été si pressée de quitter. Elle aurait aimé passer toute sa vie auprès d’elle.
Elle lui avait appris que l’amour véritable s’exprime au travers des actes et que les paroles seules ne sont que moyens de déculpabilisation et de tranquillité d’esprit pour ceux qui les prodiguent, qu’aimer, c’est savoir donner et savoir recevoir.
Elle se souvenait de la chaleur de sa main qui enveloppait la sienne avec une légèreté divine et qui la guidait sur le chemin de ses paroles. Ses paroles qui lui racontaient la vie et parfois la sienne perdue dans les cités ouvrières, l’usine qui lui a arraché un doigt à trente ans, le lavoir et les lessives pour les autres avec sa main mutilée dans l’eau glacée, la guerre, les hommes, les enfants, et puis sa naissance à elle, les jours heureux de son retour à la campagne avec cette petite fille collée à ses jupes.
Elle cultivait ses géraniums sur son balcon, ses salades sur un petit coin de terre, elle rangeait son bois sous l’escalier pour se chauffer l’hiver, et la petite fille arrosait les fleurs, arrachait les mauvaises herbes et lui faisait passer les morceaux de bois…
Mais pour l’instant, elle devait se débrouiller seule loin de ces lieux chers à son cœur, se priver de presque tout pour boucler un budget ingérable et surtout de chauffage en ce début de printemps glacial !
Ses parents, une fois qu’elle eut 18 ans, lui demandèrent, malgré leur niveau de vie plutôt confortable, de subvenir seule à ses besoins et d’assumer son choix de vouloir faire des études, son père ne comprenant d’ailleurs pas pourquoi elle n’allait pas travailler et ne se
mariait pas.
Il est vrai que dans les campagnes profondes mai 1968 fut seulement perçu comme une période de restriction où les aliments de base ne parvenaient plus et non comme un mouvement profond de société. Les mentalités y sont restées les mêmes en beaucoup d’endroits.
Elle sourit en pensant que bien sûr, plus tard, il se trouverait bien quelques philosophes amateurs parmi ses proches pour affirmer qu’elle devrait être fière de ce qu’elle est devenue à la force de sa seule volonté, et que sans ces expériences difficiles qui lui avaient forgé le caractère, elle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui !
Elle trouvait la réflexion fumeuse mais ne se sentait pas pour autant réconfortée car d’une part, elle ne connaissait ni prophète ni devin, et d’autre part elle savait au fond d’elle même que les blessures ouvertes par les maux de l’existence laissaient des stigmates indélébiles et douloureusement amers.
Enroulée sur sa misère, le dos au soleil, Amélie se souvint alors qu’elle aurait aimé croire aux fées. Sa détresse l’avait emmenée loin de la réalité comme dans un dernier refuge, celui de ses jeunes années, qu’à l’époque elle savait créer en fermant les paupières et qui, parfois, sous la pression de sa volonté de s’abstraire du monde réel, la transportait jusque dans ses rêves, dans des contrées merveilleuses peuplées de tous ses fantasmes.
Le réveil était toujours déchirant. Mais ce jour là, elle fut heureuse d’entendre frapper à sa porte et de s’extraire de ses pérégrinations intellectuelles.
Elle déplia son corps ankylosé par la pose accroupie et fit des efforts pour rejoindre la porte, les jambes raidies et grouillantes de fourmis.
— « Ah ! Bonjour Caro. Ca va ? Entre !
— Bonjour Amélie, je ne te dérange pas ?
— Non, pas du tout, c’est sympa d’être venue me distraire. »
Sourires échangés.
— « Brrr…, il ne fait pas chaud chez toi !
— Ah oui, bien sûr, je me suis assoupie après mon retour de la fac et j’ai oublié de déclencher le radiateur électrique, mentit Amélie. Je m’aperçois que tu as raison, il fait un peu frais. Voilà, dans 5 minutes il fera bon… Je t’offre quelque chose de chaud à boire ?
— Oui avec plaisir. Ce froid me dessèche le corps !
— Que puis-je te proposer ? Thé, tisane ou chocolat ?
— Un bon chocolat, merci.
— Je te prépare cela, je vais prendre un thé pour t’accompagner. »
De toute façon, il lui aurait été difficile de confectionner deux chocolats. Il ne lui restait que la valeur d’un verre de lait dans son vieux, petit, mais très bruyant frigo.
Elle venait donc, en lui proposant un chocolat, de se priver de son petit déjeuner du lendemain. Mais elle ne pouvait se résoudre à ne pas offrir ce qu’elle savait devoir faire plaisir à ses amis, et surtout à Caroline avec qui elle aimait passer du temps. D’ailleurs ce comportement altruiste lui était souvent source de souffrance lorsqu’il était dévalorisé, voire anéanti, par l’indifférence du gratifié ou alors lorsqu’elle se trouvait face à des profiteurs, dont l’attitude l’avait toujours rebutée. Elle avait, chevillée au corps, cette générosité qui la poussait à donner le meilleur pour faire plaisir, mêlé d’une certaine quantité de fierté qui lui proscrivait d’être redevable de quoi que soit à qui que ce soit. Elle essayait souvent et tant bien que mal
de dominer ses sentiments et de se faire une raison, mais elle ne pouvait s’empêcher de garder au fond de son petit être démuni, une certaine acrimonie. Par ailleurs, elle ne doutait pas que si ses moyens financiers étaient importants, elle ne serait pas moins affectée par ce genre de situations qui touchait surtout son besoin d’être respectée et appréciée. Dans ses relations à autrui, elle flottait dans une mer de naïveté, assez loin des côtes du réalisme, de sorte qu’elle buvait quelques tasses lorsqu’elle y mettait trop sa confiance. S’accusant ensuite de trop de crédulité, elle se comparait avec humour à Don Quichotte dans sa quête d’un impossible idéal.
Maintenant la chambre baignait dans une douce chaleur et les deux filles papotaient devant leur boisson chaude. Caroline, tout comme Amélie, était étudiante. Elles s’étaient rencontrées sur les bancs de l’amphithéâtre et petit à petit liées d’amitié. Pourtant beaucoup de choses les séparaient. Amélie au caractère plutôt entier et réservée aimait les relations solides et profondes, les conversations interminables sur les grands sujets d’actualité, philosophiques ou psychologiques. Caroline, elle, ne cachait pas ses intentions : elle s’était inscrite en faculté pour y rencontrer le bon parti, ou le meilleur possible. Ses discussions tournaient invariablement autour de ses espoirs de parvenir un jour à rivaliser avec telle ou telle célébrité, à les côtoyer dans des grandes réceptions données dans des intérieurs stylés. Elle en parlait avec un tel engouement qu’Amélie était persuadée qu’elle réussirait dans cette entreprise. Amélie n’osait d’ailleurs pas toucher à ses convictions et troubler les visions qu’elle devait, tout en parlant, plaquer grandeur nature sur le mur de la chambre.
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