Dans le bleu de tes yeux

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Depuis son enfance, Esther est en lien avec le judaïsme et sa volonté de découvrir la religion d’Abraham ne cessera de croître.


Ses recherches personnelles, ses études de philosophie, la rencontre de Jeanne et de sa famille conduisent la jeune femme aux portes de la communauté israélite. Et puis, il y a Yehoudah, un sexagénaire dont le premier regard captive l'attention d'Esther.
Yehoudah aide Esther à progresser dans sa quête, mais il lui apporte bien plus encore. L’arrivée de cet homme dans son existence va en ébranler le sens. Au travers de leur passion, Yehoudah permet à Esther de prendre conscience de son corps et de son intimité.
Grâce à lui, Esther se dévoile et apprend à se connaître en tant que femme.


Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782332977960
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ISBN numérique : 978-2-332-97794-6
© Edilivre, 2015
A Yehoudah, Beahava.
« Connais-toi toi-même
Et tu connaitras L’univers et les Dieux »
Prologue Gravée sur le fronton du temple de Delphes, cette maxime est restée chère à Socrate. Elle constitue le fondement même de sa philosophie.
Cette injonction de se connaître soi-même dépasse la connaissance psychologique de soi. Elle est une sorte de rappel à l’ordre pour l’individu qui ne doit pas oublier qu’il est mortel.
La connaissance de soi apparaît comme une forme de sagesse qui permet à l’individu de prendre conscience de sa finitude, de se libérer de ses défauts, de développer ses qualités pour atteindre sa véritable identité et au fond, son essence. La finitude affecte l’homme, à la fois de manière temporelle et existentielle. Elle met un terme à sa vie comme durée et marque l’être du sceau du non-être : la mort est immanente à la vie. Elle est cette face de la vie que nous ne voyons pas. Il ne peut y avoir de connaissance de soi que dans et par une prise de conscience de la finitude. Se peut-il que la connaissance de soi emprunte des voies autres que la philosophie, la psychanalyse ou encore la spiritualité ?
Première partie
La découverte du judaïsme
I
Moi Esther, jeune étudiante en faculté de philosophie, je suis en pleine étude de cette maxime grecque invoquant la connaissance de soi. D’ailleurs, qu’est-ce qui a bien pu me conduire sur cette voie ? Vraisemblablement, l’éducation de mes parents qui prodigue l’ouverture, l’intérêt pour l’art mais aussi pour la diversité et les différences.
Je suis née dans une famille catholique pratiquante mais, j’ai été en contact avec la religion juive dès ma plus tendre enfance. Tout d’abord avec Ruth, cette ancienne copine d’école de Maman qui fait quasiment partie de la famille et dont j’avais assez vite perçu la différence, dans les habitudes alimentaires notamment. Et puis, il y a cette petite synagogue implantée là, juste à côté de mon école primaire. Elle a toujours suscité ma curiosité. Cependant, pas question de pénétrer ce lieu sacré, perpétuellement clos.
Aujourd’hui, je suis mon cursus universitaire, à la fois avec intérêt et frustration. Je suis curieuse du contenu des doctrines philosophiques mais je déplore la lourdeur de leur enseignement. La philosophie est souvent comprise comme un ensemble de concepts et de théories trop abstraits. En ce sens, elle me paraît peu utile et efficace dans le domaine de la connaissance de soi. Aussi, je préfère envisager ma discipline comme manière d’être ou comme ce que l’on appelle plus communément un art de vivre. La philosophie se doit d’être vécue et la pensée doit être éprouvée. Je considère le simple exposé des doctrines comme futile. Le futur poste de professeur de philosophie ne sera donc pas mon but. Je préfère travailler sur la philosophie en tant que pratique permettant à l’homme d’atteindre une certaine connaissance de soi. Ainsi, parallèlement à mon cursus universitaire, j’emprunterai d’autres voies de la connaissance de soi telles que la psychologie, la psychanalyse mais aussi la spiritualité à travers les trois grandes religions monothéistes, le bouddhisme et autres religions hindouistes.
Qu’en est-il exactement du lien avec ma religion, le catholicisme ? De par mes engagements musicaux qui exigent une présence soutenue au sein de plusieurs paroisses, je suis le calendrier liturgique de manière plutôt active. Pourtant, je me confronte à des interrogations et à des remises en questions de plus en plus fortes qui pourraient bien avoir un impact sur mon rôle d’intervenant liturgique.
II
Comme la plupart de mes amis étudiants, je suis obligée de recourir à des formules d’emplois temporaires dans des domaines divers et variés ce, afin de pouvoir subvenir aux dépenses liées aux études. Tour à tour, je me retrouve hôtesse de caisse d’un supermarché, réceptionniste d’un hôtel ou encore maître d’un internat catholique. Parmi mes activités, il y en a une qui me permettra de rencontrer une jeune personne et sa famille avec lesquelles je me lierai d’une grande amitié. Assurant des cours de musique, je suis amenée à enseigner cet art à Jeanne, alors âgée de sept ans et fille d’une famille juive.
Une rencontre inespérée pour moi qui cherche encore à en savoir plus sur cette religion et sur la petite synagogue voisine de l’école. De même que je souhaite lever le voile sur les habitudes de Ruth. Laquelle aurait affirmé un jour que je « ferais une bonne petite juive ». Quel pouvait bien être le sens de cette affirmation et qu’est-ce qui pouvait l’avoir inspirée ? Je n’ai pas de réponse. Je sens pourtant, un vif intérêt pour le judaïsme et, comme une attirance pour un monde que je ne connais que trop peu.
Jeanne et sa famille ont vite conquis mon estime et ces liens ne tarderont pas à s’inscrire dans une certaine réciprocité : touchée par ma soif de connaissance, la famille prend beaucoup de plaisir à m’éclairer sur son quotidien et sur les enseignements du judaïsme.
Au fil de l’année, c’est Jeanne qui m’explique, la signification des fêtes juives et duShabbat avec les interdictions et obligations qu’il impose. Elle m’enseigne aussi le sens d’autres rites. Je trouve cette jeune fille déjà très mûre et elle ne me parle de sa religion que lorsque je la sollicite. Jamais, il ne lui viendrait à l’idée de m’imposer une quelconque leçon. Au contraire, j’espère même ne pas l’embarrasser avec mes questions. Mais, la nature de notre relation, franche et directe, lui aurait déjà permis d’exprimer son ras-le-bol si nécessaire.
Jeanne et sa famille observent lesmitsvotavec beaucoup d’attention et pour cause, le papa tient la fonction de président de la communauté de notre village. Mes amis, me suggèrent quelques lectures et musiques destinées à me faire entrer dans l’esprit de la communauté juive.
Je suis à mon comble, lorsque le papa de Jeanne me propose d’organiser un concert de musique religieuse à la synagogue. J’allais enfin pouvoir entrer dans ce lieu sacré qui taquine ma curiosité depuis mon enfance. Pour ce concert, Jeanne souhaite interpréter «Hatikvah », un air qui m’était jusque-là inconnu et qui n’est autre que l’hymne national d’Israël. En écoutant cette mélodie à la fois si douce et si intense, j’ai été prise d’une émotion que j’avais rarement eu l’occasion d’éprouver malgré quelques années de pratique musicale.
Ce tourbillon d’émotions a également affecté le cœur du grand-père de mon élève. Un monsieur âgé de près de quatre-vingts ans qui demanda un jour à me rencontrer. Il fut si ému qu’il avait ressenti le besoin de m’exprimer sa gratitude, ses remerciements et son étonnement quant à mon ouverture d’esprit. Toute ma vie, je me souviendrai des mots de ce monsieur : – Ce n’est pas tous les professeurs de musique qui accepteraient d’enseigner l’hymne national israélien à ses élèves. Même si mon action me semblait normale et naturelle, je fus profondément touchée par la reconnaissance de ce monsieur.
Désormais, je suis considérée comme faisant partie de la famille et les choses ne s’arrêteront pas là puisque mes amis vont me faire découvrir la vie de la communauté israélite. Comment ? Sinon en participant à un office de la grande synagogue voisine.
C’est donc, accompagnée de la maman de Jeanne que je me rends à cet office de Shabbat. Et, même si je reste unegoyapar rapport à la communauté, je me sens un peu comme « en famille ».
Au moment de pénétrer dans le centre communautaire, puis dans la Grande Synagogue, je suis prise d’un sentiment singulier, chargé de surprise. Nous ne sommes plus dans la petite synagogue près de l’école mais dans un espace au moins aussi grand qu’une église. Ce lieu pourtant, est très épuré et la simplicité règne. Les hommes portent tous lakippa et letalit, ce qui confère une certaine solennité à l’atmosphère qui règne en ici. Une émotion particulière me gagne : me voilà enfin prête à partager un office religieux avec mes amis et les autres fidèles. Je sens que quelque chose est entrain de se vivre, une sorte d ecommunion. Les fidèles arrivent dans cette maison, commune à tous, pour y vivre un événement commun.
Cela est en principe, vrai aussi chez les chrétiens mais, malgré la multitude d’offices auxquels j’ai participé, jamais je n’avais ressenti un tel élan communautaire. Ce samedi matin, je découvre la synagogue comme un véritable lieu de vie. Certes, les femmes restent à l’écart des hommes (ici, dans les tribunes à l’étage), mais les enfants sont totalement libres de leurs mouvements. Les fidèles échangent entre eux même lorsque le Hazanla cérémonie. Et moi, la petite catholique, j’en suis presque choquée, conduit considérant un manque de respect à l’égard du ministre officiant.
Choquée ou émerveillée ?
Choquée par rapport à qui ? A quoi ? Par rapport à mes habitudes : à l’église, on se doit de rester « sage » et de ne pas bouger. Je me rappelle les cours de catéchisme à l’occasion desquels le professeur nous enseignait la signification du termecatholique. L’étymologie grecquekatolikos désigne l’église universelle. Or, c’est maintenant, dans cette synagogue, que je m’interroge au sujet de cette universalité : comment un comportement statique (pas bouger), individualiste (sans contact avec l’autre) peut-il élever le fidèle au rang de l’universalité ?
Je laisse cette question en suspens. Elle rejoindra les autres fondements du catholicisme que j’ai déjà remis en question, à commencer par la Très Sainte Trinité : j’ai de plus en plus de mal à comprendre comment un peut faire trois ? Comment l’association du Père, du Fils et de l’Esprit (trois) parviennent à ne faire qu’un seul : Dieu ? Le catholicisme s’inscrit-il réellement dans unmono-théisme?
Pour l’heure, je suis entourée des femmes qui poursuivent leurs conversations pendant l’office. Je ne resterai pas choquée pour longtemps. Mon jugement sera vite porté par le flot des mélodies duhazan. Je suis d’ailleurs tout aussi impressionnée par le fait que les messages bibliques sont transmis en musique. Quand bien même, l’orgue n’est pas autorisé à jouer le jour dushabbat,ni pour aucune autre fête d’ailleurs. L’office est intégralement chanté. Les versets de laTorah sont psalmodiés par lehazanles fidèles le suivent selon leur et ferveur. Chacun reste libre de sa manière de participer à la liturgie. Cette spontanéité confère une dimension supplémentaire à l’esprit de communauté. Cet esprit dont j’avais perçu la vie et la réalité à dès arrivée. Seules les paroles du sermon seront énoncées par le rabbin en langue française.
La synagogue m’apparaît comme le cœur du centre communautaire. C’est un point de repère, de rassemblement et de vie pour chaque juif.
J’apprécie de pouvoir partager avec Jeanne et sa maman, cet aspect de leur vie. Je me laisse aller à cette générosité spirituelle, à cette union d’individus autour de quelque chose qui est véritablement commun à tous : la prière. Cet élan me rappelle le moment du Notre Père dans la liturgie chrétienne, notamment
lorsque les fidèles sortent des bancs et se rassemblent pour former une chaîne humaine avant de réciter cette prière. Ce moment est particulièrement apprécié par mes coreligionnaires. Le Notre Père et l’eucharistie m’apparaissent comme les deux seuls actes communautaires de la messe. Néanmoins, ce que je trouve extraordinaire dans la communauté juive, c’est que la chaîne humaine existe déjà. Nul besoin de la matérialiser par une sorte de mise en scène. Précisément parce qu’elle est « toujours déjà-là » (au sens duDa-Seinpar exprimé Heidegger), naturellement, spontanément, par essence.
Je ne saisis pas grand-chose des paroles hébraïques chantées par lehazan– sans doute, ne suis-je pas la seule dans cette situation – mais la maman de Jeanne m’en fait la traduction et me guide. De par ces expériences, de par mes études, mes recherches et mes rencontres, je m’éloigne du christianisme, chaque jour un peu plus. La rupture se fait lorsque je découvre le sens de cette prière :Chema Israel Adonaï Eloheinou, Adonaï ehad : «Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est Un»
Le fondement de ce message transmis par Moïse aux enfants d’Israël affirme que le Dieu d’Israël est Un. Il est Un. Cette unité ne résulte en rien de l’association de trois entités (le Père, le Fils et l’Esprit Saint). Cela me semble bien plus juste et plus évident à saisir que la Sainte Trinité au sujet de laquelle aucun ecclésiastique n’a jamais réussi à m’éclairer et me convaincre. La seule « pseudo » explication qu’un abbé ait pu me fournir un jour...
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