De soufre et de flammes

De
Publié par

La rumeur se propage, l'instituteur a une "queue" comme un animal ! Un comptable prétend connaître une méthode pour entrer dans tous les codes informatiques. Au 16ème siècle, une jeune fille se venge de sa mère volage. Une mère juive lutte contre trois femmes qui veulent lui voler son fils... Flirtant avec le vaudeville, mais abordant des thèmes essentiels, les pièces rassemblées ici naviguent à travers les milieux et les époques.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
Lecture(s) : 259
EAN13 : 9782296195363
Nombre de pages : 181
Prix de location à la page : 0,0096€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

De soufre et de flammes

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05387-8 EAN : 9782296053878

Gilbert SOUSSEN

De soufre et de flammes
Recueil de théâtre

L'Harmattan

Du même auteur

Jean Cocteau à Milly la Forêt Prix Cesare Pavese Aux éditions «(7 Presse ) Aamatour Rnman Prix Littré Aux éditions de l'Harmattan

Essai

1996

1998

Nouvelles nouvelles de la folie
&cueil de nouvelles

2001

Aux éditions de l'Harmattan Théâtre d'un Psy
Recueil de pièces de théâtre

2006

Aux éditions de l'Harmattan Les trois Passages
Aux
Pièce de théâtre

2007

éditions de l'Harmattan

Préface

J'ai commencé à écrire des pièces de théâtre, en 1994, après un diner chez monsieur le maire de Magny les Villers, un petit village bourguignon où, mon épouse et moi-même, possédions une maison. La conversation, roulant sur bien des sujets, s'arrêta sur mon fantasme littéraire et les premiers essais que j'avais publiés depuis l'arrêt de mon activité de médecin. L'épouse du maire me dit alors qu'elle faisait du théâtre amateur, qu'elle y trouvait bien du plaisir et que, peut-être, j'en aurais aussi en écrivant des pièces pour sa compagme. Aussitôt mes yeux brillèrent. Ecrire pour le théâtre! Essayer un genre qui me tentait depuis longtemps mais que je n'avais jamais abordé jusque là ! Dans les jours qui suivirent, j'écrivis donc une courte pièce que je baptisai «La rumeur» et la proposai à la troupe Cassis Théâtre, dirigée à l'époque par Lionel Pazart. Après une discussion collégiale, ma première production fut acceptée et mise en répétition. Ce fut le début d'une belle aventure. Je ne saurais dire à quel point je suis reconnaissant à cette troupe de m'avoir mis le pied à l'étrier et d'avoir joué mes œuvres avec tant de cœur. Une fois lancée, mon activité de dramaturge ne s'arrêta pas.

J'ai composé, à ce jour, neuf pièces qui ont été jouées, non seulement en Bourgogne mais aussi à Paris et dans la région parisienne. Plusieurs troupes amies ont adopté mon répertoire, ce dont je les remercie chaleureusement; il s'agit dans l'ordre chronologique de : Les tréteaux de &belais, dirigée par Jean-José Boutaric; Héliotrope, dirigée par Myriam Yven ; et surtout CôtéJardin, dirigée par Arlette Stoll, qui collabore régulièrement avec moi sur l'agglomération d'Evry. Ma dernière production, écrite en 2007, a une histoire: Jeanne Raymond, fondatrice de l'atelier théâtral Les Petits Lyonnais du 6ème, à laquelle me lie une belle et profonde amitié, me demanda un jour si je voulais écrire un texte sur un thème qui me serait proposé par sa troupe. J'acceptai avec joie. C'est ainsi que naquit la pièce qui donne son titre à tout le recueil et qui sera jouée à Lyon en juin prochain. Écrire pour le théâtre est un plaisir bien particulier. À partir de ce que l'auteur propose, une équipe se met au travail, des mots se mettent à vivre, des intentions se dévoilent. Les comédiens et le metteur en scène fusionnent avec la pièce et en font leur propre enfant. L'édition est un pas de plus dans le partage.

8

La Rumeur
Pièce en un acte et deux tableaux Personnages: Simone: une villageoise Ernest: son mari Marie: une voisine. L'Instituteur: Monsieur Kieffer Le Curé Le thème: Marie a vu l'instituteur se baigner et a, très vaguement, distingué qu'il était pourvu d'une queue, comme un animal. Une rumeur se propage...

Cette pièce a été jouée, en Côte d'Or, en 1995, par la troupe « Cassis-Théâtre» Plusieurs représentations dans la région de NuitsSaint-Georges.

Premier tableau
Ernest, JournaL seul en scène, est assis à la table de cuisine, il lit son On ne voit pas son visage. Simone entre, elle vient du

marché, son panier de provision plein. Elle commence à ranger et s'adresse à son mari...

Scène I Simone: Ernest! grosse bête
Ernest

Ecoute-moi...
Oui ?

Ecoute-moi

donc,

émergeant de sonJournal:

Simone: Tu bois trop, ça va te ramollir le cerveau. Arrête-toi, regarde-moi, j'ai besoin d'te parler sérieusement... Ernest conciliant: C'est pas mon p'tit vin qui va me ramollir. Qu'est-ce que tu dirais si je buvais de l'alcool! Simone: Qu'est-ce que tu m'chantes? Le vin, c'est-y pas de l'alcool? Ernest: D'accord, c'est de l'alcool... mais du doux, du bon... C'est pas du raide. Tous les toubibs te le diront, c'est bon à la santé le vin, surtout le Bourgogne... Simone: C'est pas vrai! Tous les docteurs te diront , . que c est maUVaIs... Ernest: Tout d'même Simone je suis pas sourd, j'lai entendu à la radio" Un peu c'est bon", disent, les toubibs... Simone: Alors, c'est quoi pour toi « un peu» ? Ernest: Ben, un peu c'est pas trop.

10

Simone: Tu veux que j'te dise Ernest? Ton « un . , . peu », pour mal c est touJours trop. Ernest: Ah, c'que tu peux me faire suer! Faut toujours que t'aies raison... Ton trop à toi, c'est mon peu à moi, on est d'accord, non? Alors laisse-moi mon peu, nom de nom! Simone: Trop c'est trop, y a pas à discuter. Ernest radouci: Allez, ma Simone, on ne va pas se chipoter. On s'arrête, tu me donnes soif... Dis-moi donc de quoi tu voulais m'parler, je t'écoute. Simone: C'est à propos d'notr'maitre d'école. Le Môssieu Quifaire... " ' E rnest : O ill, di s VOlt... Q U'y £atte a notr ' Kife '£';> ... 1er. "' Simone: Ne prends pas ça à la rigolade. J'te dis que c'est grave. On lui confie notr'fils. Ernest: Ben quoi, qu'est-ce qu'il a notr'fils. Y'se porte bien. C'est pas la peine de trop lui bourrer la tête... Simone j'vais te dire une chose, y a que la santé qui compte. Simone: Tu me fais de la peine, Ernest! Y a pas que la santé du corps Peut-être que l'môssieu Quifaire, il lui apprend des choses qu'il faudrait pas, à ton fils... Ernest: Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Tu serais pas encore à lancer ton venin, par hasard? Peut-être que tu trouves qu'il boit trop celui-là aussi? Simone: Tu peux donc pas être sérieux deux minutes. Ecoute-moi ou je vais me fâcher... Ernest: Je t'écoute, Simone. Je n'fais que ça... de t'écouter...
Il

Simone: Oui, tu m'écoutes... mais pas bien. Ernest: Alors là... Comment veux-tu que j'écoute des sornettes pareilles. Je vais te dire, Simone: tu m'démontes... Y'a qu'mon vin qui me remonte. Tiens j'm'en verse encore un p'tit coup. Simone: Oh, si j'me retenais pas! Elle le menaceavecun litre vide. Ernest en riant: Allez, je t'écoute. Qu'est-ce qu'il a fait l'instituteur ? Simone: J'en ai appris d'belles sur lui... Ernest: Quoi donc? Simone: Si c'est moi qui te l'dis tu ne me croiras pas. J'appelle la Marie, notr'voisine. C'est elle qui a vu les choses, c'est pas moi. J'te demande de bien l'écouter, c'est une femme sérieuse. Ernest: Ah, sérieuse. Elle est sérieuse pour la causette, oui... La reine de la parlote la Marie. De quoi vous pouvez vous parler pendant des heures, Ah les histoires de bonnes femmes Simone: Dis donc, nos histoires de bonnes femmes ça vaut bien tes histoires de chasse avec les copains au bistrot... Enfin tout ça, ça nous éloigne du sujet. J'l'appelle, la Marie, oui ou non? Elle est chez elle, je l'ai vue tout à l'heure... Ernest hochela tête affirmativement, Simone ouvresaporte et appelle: Marie, Marie! Viens! Scène II.
La Marie fait son entrée.

Marie: Bonjour, Ernest...

12

Ernest: Bonjour la Marie, alors? Marie: Ben, elle t'a dit la Simone? Ernest: Elle m'a rien dit du tout figures-toi. Il paraît que je te croirai mieux qu'elle. Marie: C'est qu'c'est difficilement croyable... Tu m'connais Ernest, j'suis pas femme à raconter des histoires. Simone: J'suis sûre qu'y va pas te croire... Depuis l'temps que j'le pratique, il a la tête plus dure que ses tonneaux... Ernest: Dis pas d'mal de mes tonneaux, y a des jours comme aujourd'hui où j'voudrais bien être à leur place. J'en ai assez de vos micmacs. Parle donc Marie, j'suis pas plus entêté qu'un autre. Si t'as vu ou entendu quelque chose, dis-le... Marie: Ernest, j'te le donne en mille. Ernest: En une seule ça me suffit. Marie: Eh ben, notre maître d'école... Ernest: Quoi, notre maître, quoi, quoi, quoi? Marie: il a une queue! Ernest part d'un grosrire: Ben heureusement qu'il a une queue notre maître d'école! Elle est bien bonne celle là... Il a une queue comme tout un chacun... Simone vexée: Ben voilà comme tu prends les choses, comme un paillard que tu es. J'le savais qu'on pouvait pas te parler sérieusement. Ernest: Enfin tu vas pas m'dire que c'est sérieux cette histoire là ! Pourquoi il aurait pas une queue Monsieur Kieffer. C'est pas un eunuque!

13

Simone: Tu fais semblant de pas comprendre... Elle a pas dit une queue comme vous dites entre hommes dans votr'vilain langage... Une queue par derrière, comme un animal... Ernest: Une queue d'animal! Qu'est-ce que t'as été chercher là, la Marie... Comment as-tu pu le voir tout nu? Marie: Bon, je vais te raconter... J'étais partie aux champignons dans la combe du Dédé. Y faisait beau, y avait un joli petit soleil qui filtrait à travers les branches. Dieu sait que j'm'y attendais pas. Y a jamais personne à cet endroit là. Tu sais, la source, elle fait comme un petit étang bien clair, bien frais. . . Ernest: Accouche, Marie? Tu m'fais languir. Marie: J'y arrive... Ah mon sang n'a fait qu'un tour, j'lai entendu avant que d'le voir l'animal... C'était Monsieur Kieffer, comme au jour de sa naissance, tout nu, comme un démon et il avait une queue, j'lai vue comme je te vois Ernest! Et ilia remuait. Ernest: Et tu t'es rapprochée de lui, tu lui as parlé? Pas à sa queue... au Kieffer? Simone: Es-tu bête! Elle s'est enfuie vite fait. J'aurais fait comme elle, crois-moi! Ernest: Si tu l'as vu de loin, tu peux pas être certaine que c'était lui. Marie: J'en mettrai ma main au feu! C'était lui, j'peux pas me tromper... C'était lui, je le jure et il a une queue. Je l'jure aussi.

14

Simone: Franchement, Ernest, c'est pas honnête de mettre sa parole en doute. Tu la connais depuis l'enfance, elle a les pieds sur terre... Ernest: Oui, ça je le sais... Et la tête en l'air aussi... Mais enfin, pourquoi vous prenez ça au tragique? En admettant qu'il en ait une de queue... Qu'est-ce que ça peut vous faire... C'est pas avec sa queue qu'il montre la leçon au tableau! Simone: Bon, si tu l'prends comme ça... On s'en va... Viens Marie, j'ai plus rien à lui dire à cet homme, il est vraiment trop bête... Ernest: Ecoute, Simone, tu vas pas me faire la tête pour ça... Je ne ris plus. Je te crois, je crois la Marie... L'instituteur a une queue, c'est un fait... Bon, et après... C'est fini. Simone: Non, c'est pas fini, ça commence. Ernest: Qu'est-ce qui commence? Simone: Si on admet qu'il a une queue, ça commence Ernest: Bon, alors dis-moi qui, dis-moi quoi? Que veux-tu en faire de sa queue? Simone: Ernest, pour toi, qu'est-ce que ça veut dire que Môssieu Quifaire a une queue? Ernest: Pour moi ça veut rien dire... ça parle pas, une queue... Simone: Fais pas l'bête. Y'a pas d'fumée sans feu. y'a pas d'queue sans cause Ernest: Tu rêves ma Simone... Y'a des queues sans cause... Y'en a qu'ont le nez trop long, Yen a qu'ont un doigt de plus à une main et même dans les deux.

15

Y'en a qui ont une langue bien pendue... Alors, y en a qui peuvent avoir une queue, pourquoi pas? y'a pas d'cause... Le bon Dieu les a fait comm'ça... Simone: Ou l'Diable! Ernest: Qu'est-ce que tu m'chantes là ! C'est l'bon Dieu qui nous a tous faits. T'as pas appris ça chez Monsieur l'curé? Si ça lui a plu de faire une petite queue au maître d'école, qu'est-ce que ça peut te faire? Une mignonne petite queue... Elle ne doit pas être bien grosse pour qu'on ne la voie pas au travers de son pantalon... IlIa remue quand il se baigne parce qu'il est content, où est le mal? Simone: J'ai été au catéchisme mieux que toi, Ernest. Tu savais jamais ta leçon. Moi, j'ai appris comme il faut. Je sais que le démon existe. Je sais qu'il nous soumet à la tentation. Je sais qu'on doit l'détester et le fuir... On m'a appris ça. Et je l'ai retenu. Ernest: Le Diable, les démons... Pourquoi pas les fantômes. Tout ça c'est des histoires du temps jadis. Comment peux-tu croire à des bêtises pareilles? Marie: Ernest, tu ne crois pas en Dieu? Ernest: Bon Dieu, oui j'y crois. Pour ça, oui qu'j'y crois... J'peux pas dire que j'suis très régulier à la messe. Mais c'est pas possible que le monde soit venu par hasard... Marie: Si Dieu existe, le Diable aussi. Ernest: C'est pas obligé. Marie: ils peuvent pas exister l'un sans l'autre. Le mal il peut pas venir de Dieu.

16

pas? Est-ce qu'on peut les comprendre, nous, les projets du Bon Dieu. D'ailleurs, le bien, le mal où sont-ils? Tiens le vin, c'est bien ou
c'est mal? Il prend une bouteille et la secoueà la manière d'un

Ernest: Pourquoi

pendule... Cette bonne bouteille, c'est-t-y pas Dieu en culottes de velours? Selon toi, elle vient des vignes du seigneur ou bien de l'enfer de Satan? Simone: C'est pas possible de raisonner comme ça. Tu veux te rendre intéressant. Alors tu crois ça vraisemblable que notre doux Jésus il ait créé les assassins, les massacreurs, les violeurs... Tu crots ça possible? Ernest: Peut-être qu'il a ses raisons... Simone: Mais non, mon pauvre Ernest. Tu raisonnes comme un vieux tambour... Le Diable, il existe. C'est dans l'enseignement de l'Eglise. Tu dois y croire si tu crois au Bon Dieu, c'est pas possible autrement... Ernest: Bon, le Diable existe. Je sais pas pourquoi je discute, tu as toujours raison... Et après? Simone: Ecoute-moi bien Ernest. J'ai toujours raison parce que j'ai du bon sens moi. C'est pas comme toi malheureusement... Tu devrais te rendre compte qu'un homme qui a une queue, même si elle est petite, y' a de fortes chances pour que ce soit une créature du Diable... Ernest: Ben, j'arrive pas à croire ça... A part sa queue, qu'est-ce qu'il fait de mal, qu'est-ce qu'il a de diabolique, notre maître d'école? Il a fait de tort à personne...

17

Marie: Ne dis pas ça, Ernest. Moi je lui ai toujours trouvé un air louche à cet homme... Est-ce qu'on en a une, nous... de queue? Est-ce que quelqu'un d'autre au village en a une ? C'est pas normal, ça cache sûrement quelque chose! il fait peut-être partie d'une secte... Ah, j'en frissonne rien que d'y penser. Nos pauvres enfants... Simone: Y s'pourrait bien qu'il se prépare à le faire, le mal... après nous avoir tous endonnis avec ses airs de faux jeton... Ernest: Simone, réfléchis... toi aussi Marie: ce petit bout de chair en plus, accroché à son derrière, est-ce que ça suffit pour en faire quelqu'un de différent de nous? Marie: Ben oui, ça suffit... D'abord il est pas de chez nous, est-ce qu'on sait d'où il vient seulement? Kieffer c'est pas un nom français... Ernest: TI parle Français mieux que toi puisqu'il l'apprend aux gosses... Marie Oh, sa science, c'est pas ça qui m'impressionne... Y a rien de pire que ceux qui cachent leur jeu. Tu as pas lu dans les journaux ces personnes très savantes, apparemment très honnêtes, bien élevées, bien éduquées... et un beau jour on apprend qu'il y a plein de cadavres dans leur jardin... Simone: Et puis, il parle peut être Français mais il leur apprend de drôles de choses à ses élèves. .. Tu sais c'qu'il m'a rapporté, not'fils ? Ernest: Dis voir ?

18

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.