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Déesses de glace

De
167 pages
Elle était resplendissante comme une poupée vitrifiée, comme une déesse dans son sanctuaire. L’espace était inviolable. Un secteur tout à fait spécial. L’immense dénivellation entre l’avenue des Pins et l’avenue Docteur Penfield faisait penser comme si elle était placée au pied d’un autel dans le choeur d’une chapelle. À quelques pas de là, un large escalier de bois rendait accessible l’avenue des Pins. Les arbres dissimulaient le haut de l’escalier. Martine avait envie de gravir cet escalier qui montait vers l’infini. Un calme mystérieux régnait et les enveloppait.
— Une déesse, chuchota Martine stupéfaite par sa beauté. On dirait une poupée qui dort. Elle est parfaite. Ses cheveux sont bien placés. Tout est parfait.
Martine Gendron et son compagnon Boris Popovich sont à la recherche de ce tueur
qui tue en hiver et qui se limite à un secteur très particulier, la faculté de médecine de l’université de McGill. Bien vite, les horreurs de rites sataniques les hanteront et glaceront le sang des enquêteurs à la recherche de ce tueur en série. Lorsqu’une seconde tempête s’abat sur Montréal, Martine est convaincue qu’une quatrième victime décèdera.
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AVERTISSEMENT : Les dersonnages et les situations De ce roman sont durement fictifs. Toute ressemblance avec Des faits connus ou Des dersonnes existantes serait entièrement fortuite et inDédenDante De la volonté De l’auteure. Les lieux ne resdectent das l’exactituDe historique ou actuelle concernant l’aDresse, le tyde De commerce ou tout autre Détail Des bâtiments. Pour Des fins littéraires, les drocéDures dolicières et D’enquêtes ne reflètent das la réalité. Ceci est une œuvre De fiction, et non un Documentaire. Codyright © 2013 anielle umais Codyright © 2013 ÉDitions ADA Inc. Tous Droits réservés. Aucune dartie De ce livre ne deut être redroDuite sous quelque forme que ce soit sans la dermission écrite De l’éDiteur, sauf Dans le cas D’une critique littéraire. ÉDiteur : François oucet Révision linguistique : Féminin dluriel Correction D’édreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Concedtion De la couverture : Paulo Salgueiro Photo De la couverture : © Thinkstock Mise en dages : Sébastien MichauD ISBN dadier 978-2-89667-767-2 ISBN PF numérique 978-2-89683-811-0 ISBN ePub 978-2-89683-812-7 Première imdression : 2013 édôt légal : 2013 Bibliothèque et Archives nationales Du Québec Bibliothèque Nationale Du CanaDa Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, CanaDa, J3X 1P7 Télédhone : 450-929-0296 Télécodieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion CanaDa : ÉDitions ADA Inc. France : .G. iffusion Z.I. Des Bogues 31750 Escalquens — France Télédhone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : .G. iffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
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Gouvernement Du Québec — Programme De créDit D’imdôt dour l’éDition De livres — Gestion SOEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada umais, anielle, 1952-L’âme D’une Détective L’ouvrage comdlet comdrenDra 3 v. Sommaire : 1. Mosaïque -- 2. éesses De glace. ISBN 978-2-89667-766-5 (v. 1) ISBN 978-2-89667-767-2 (v. 2) I. Titre. II. Titre : Mosaïque. III. Titre : éesses De glace. PS8607.U441A83 2012 C843’.6 C2012-942360-2 PS9607.U441A83 2012
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Bien malin celui qui croit avoir commis un meurtre parfait. Quoi qu’il fasse, un indice silencieux saura le dénoncer.
1
LE SANCTUAIRE
Lundi 5 février, 4 h 38, Université McGill de Montréal, à l’intersection de l’avenue du Docteur-Penfield et de la promenade Sir-William-Osler, un cul-de-sac d’un peu plus de 200 mètres et un prolongement de la rue Drummond.
pourquoi nous faire venir si tôt pour ensuite nous faire poiroter ici ? dit le sergent- Merde, détective Boris en finissant son café. — Supposément un gros cas, lui répondit Martine, qui sirotait elle aussi son café. — Ouais. — Un gros cas, d’après le lieutenant, précisa-t-elle. Faut pas se fier à ce qu’il dit. — Tu crois ? Un coup de vent mordant les fit trembler comme des feuilles. — Tabarnouche ! s’exclama Martine en frémissant, transie jusqu’à la moelle des os. Elle avala une autre gorgée de café tiède pour se réchauffer. Boris grinça des dents et releva le col de son manteau au maximum pour protéger ses oreilles des bourrasques. — J’aurais bien dormi encore une heure ou deux, bâilla-t-elle. Pourquoi nous tiennent-ils à l’écart ? — Probablement que les indices sont trop faibles, dit-il en finissant son café. Il écrasa sa tasse en carton pour en faire une petite boule et la jeter par terre sous le regard accusateur de sa compagne de travail qui prenait grand soin de tout recycler et d’agir en personne responsable pour sauver la planète. Il haussa les épaules en signe de protestation contre son regard hostile. Tous les deux se tenaient derrière un ruban où il était écritBARRAGE DE POLICEACCÈS INTERDITen grosses lettres noires, placé au début de la promenade et le long de l’avenue du Docteur-Penfield. Non loin d’eux, une équipe d’experts en scène de crime balançaient leurs lampes de poche à la recherche de pièces à conviction dans le quadrilatère balisé de rubans jaunes comprenant les édifices du pavillon McIntyre des sciences médicales, la bibliothèque Osler, le pavillon Stewart des sciences biologiques et, de l’autre côté, un secteur résidentiel. Martine avait fini son café et était bien embarrassée d’avoir entre les mains une tasse vide. Elle fit comme son compagnon et la réduisit en une boule compacte qu’elle jeta un peu plus loin. Un solide coup de vent emporta la boule de carton qui s’arrêta à la base d’un tronc d’arbre. Boris rit silencieusement. — Quoi ? demanda-t-elle. Il se renfrogna et prit une attitude austère. La lumière d’un réverbère projetait une image sinistre de son coéquipier. Il jouait la comédie en affichant un visage grave. — Pourquoi tu me regardes ainsi ? demanda Martine. — Parce qu’il y a deux minutes, tu étais prête à me faire la leçon, et voilà que tu jettes tacup par terre. Je t’ai presque entendue dire « au meurtre ! » lorsque je l’ai fait. Elle haussa à son tour les épaules. — En hiver, il n’y a pas de poubelle à l’extérieur. — Elles sont plus chanceuses que nous : elles sont bien au chaud. Un vent froid fit lever un nuage de neige, et tous les deux frissonnèrent. Cette fois-ci, Boris couvrit ses oreilles de ses deux mains nues.
God damn ! — Tu aurais dû mettre un chapeau. — Et aussi des gants, dit-il. — Ainsi qu’un foulard. Je suis surprise que tu n’aies pas dit ton mot préféré, reprit la jeune femme. Un mot de quatre lettres commençant par F. — Ha ! Ha ! Ha ! Je ne veux pas froisser tes jolies oreilles à une heure si matinale. T’inquiète pas. Ça viendra. Mais qu’est-ce qu’ils font ? — Chanceux que la neige a cessé tôt cette nuit. Il doit y avoir de beaux indices visibles. — Ouais, mais avec cette noirceur, c’est pas trop évident. L’équipe des services de criminalistique et de médecine légale découvrit peu d’indices matériels sur les lieux. Néanmoins ils étaient de qualité, malgré le fait qu’une partie soit contaminée par les traces de la personne ayant découvert le corps. Près de la victime, cinq empreintes de bottes étaient intactes, et il y avait des empreintes de véhicule très nettes. Le véhicule avait roulé dans les deux sens de ce cul-de-sac et avait laissé ainsi de nombreuses stries. Des petits poteaux étaient alignés pour indiquer d’éviter de patauger dans ces aires afin de ne pas endommager les indices, et on avait recouvert les lieux de draps blancs. Un des hommes de l’équipe, grand et de forte carrure, balaya sa puissante lampe torche DEL vers eux. Au loin, les deux sergents-détectives attendaient un signe des experts pour pénétrer à l’intérieur de la scène de crime. Hélas, l’homme à la lampe torche leur fit signe de patienter. — Encore une nuit écourtée ! marmonna Boris. — Quel temps de cochon ! dit Martine d’une voix chevrotante. — Quelle idée de s’habiller ainsi ? lança son collègue d’un ton détestable. — Si tu penses qu’à 4 h du matin, on a le temps de réfléchir. On prend ce qui nous vient à l’esprit. Hier, je portais ces mêmes bottes et ce manteau. — Hier, c’était hier, rétorqua-t-il. Il n’eut pas le temps de continuer, car un gars de l’équipe leur fit signe de se taire, laissant ainsi savoir qu’ils les perturbaient, en les aveuglant à deux reprises avec sa lampe. Martine fut presque tentée de lui faire un doigt d’honneur. Le geste passa à un cheveu de se réaliser. Boris savoura l’indignation de sa coéquipière. L’expert se retourna et marcha vers le corps inerte où d’autres collègues examinaient la victime qui reposait au bout de la promenade, près d’un grand escalier qui rejoignait l’avenue des Pins. L’escalier avait au moins une centaine de marches et comportait plusieurs paliers de repos. Martine se souvenait de l’avoir déjà emprunté un été pour visiter ce magnifique campus. — Tu vois, tu déranges, chuchota-t-il. — C’est toi qui as commencé, répliqua-t-elle. — Bah ! Si ça te fait plaisir. Il faut toujours que tu aies le dernier mot. — C’est ça ! Une fois le silence rétabli, leurs esprits prirent différentes directions tout en observant le travail des experts. Le froid était de plus en plus piquant. La nuit traînait encore son lourd manteau sombre, mais à mesure que l’aube la chassait, les arbres dénudés entourant la victime devinrent de plus en plus réels. On aurait dit une sorte de barrière naturelle luttant contre les mauvais esprits. Le soleil se levait lentement. Des rayons faibles et violets faisaient penser à des fantômes malfaisants rôdant dans les parages. Apeurés par des rayons rougeâtres et puissants, les spectres s’enfuyaient. Un trafic naissant ralentissait à la vue de toutes ses autos de patrouille et du personnel d’enquête. Un policier leur faisait signe de poursuivre leur route. Martine grelottait de plus belle. La température douce des jours précédents s’abaissait rapidement. Malgré son chapeau, ses oreilles était à moitié découvertes. Elle avait donc entouré sa tête de son foulard pour couvrir le bas de ses oreilles et sa bouche. Sous les pâles rayons solaires, elle décernait la pauvre victime. Elle était déposée sur un monticule de neige qui s’était formé naturellement au bas de la dénivellation au cours de l’hiver. Il ne manquait que des lampions allumés et l’odeur de l’encens. Un des experts était agenouillé,
et on aurait cru qu’il priait. Ce n’était pas le cas. Il mitraillait les lieux avec son appareil photo. Martine fut saisie de sa rapidité, pratiquement une image par seconde. À chaque éclair de l’appareil, des milliers de cristaux brillaient instantanément, laissant une impression saisissante de la victime étendue sur un linceul immaculé. D’autres prenaient des photos des environs avec parcimonie et discutaient à voix basse. Toujours ce calme matinal. Comme deux spectateurs, les sergents-détectives regardaient la scène sans dire un mot. Ils suivaient le travail des experts. Le plus jeune d’entre eux suscitait une grande pitié : il traçait la scène à mains nues sur son bloc-notes. Il finit par éteindre sa lampe de poche et retirer de son sac à dos de grosses mitaines en cuir très chaudes mais inutiles pour dessiner. Il les mit et commença à sautiller et à frapper ses mains l’une contre l’autre. Au bout d’un certain moment, il cessa ses sautillements. Un des experts lui donna quelques informations, il retira ses mitaines, les enfouit dans les poches de son manteau et continua son travail. Un froid de plus en plus mordant s’abattait sur la ville. Une déneigeuse passa et força les deux enquêteurs à empiéter légèrement sur le terrain sécurisé. — Quel contraste avec les jours précédents ! D’abord de la pluie, puis du verglas et ensuite de la neige, dit Boris en rompant le silence. — Quel lundi maudit ! continua Martine. Un coup de vent violent et glacial souffla à ce moment précis. Les conditions climatiques se dégradaient à un rythme infernal. L’équipe se dépêchait à terminer son travail sur la scène du crime. Une violente bourrasque s’éleva brusquement et, pendant quelques secondes, tout devint blanc. — Merde ! dit-elle. La jeune détective exprima sa frustration d’être là, à attendre comme un piquet. Boris se réchauffait les mains en les enfonçant dans la manche opposée. — Rien qu’un petit coup de vent, se moqua-t-il en frissonnant. Martine tourna la tête vers Boris. Elle lui jeta un regard oblique. Depuis qu’elle le connaissait, elle l’avait détesté, aimé, et maintenant, elle l’endurait. Elle souleva le col de son manteau, replaça son foulard et rentra son menton à l’intérieur. Martine songea que dame Nature faisait bien des siennes, ces derniers temps. Les hauts et les bas de la météo n’avaient heureusement pas troublé sa semaine de ski avec son bel ami quelques semaines auparavant. Elle sourit. Elle se rappela ses baisers dans le cou. Ses lèvres brûlantes s’étaient posées sur sa nuque et ses cheveux bouclés lui avaient chatouillé la naissance des épaules. Elle lui avait soufflé : « Alain, je t’aime. » Ces pensées lui réchauffèrent le cœur et elle sentit moins le froid qui lui lacérait le visage et transperçait son corps. Boris, de son côté, déplora l’attitude de sa coéquipière. Il lui jeta un coup d’œil pendant qu’elle relevait son col de manteau. Elle frissonnait. Dire que l’année dernière, il avait été éperdument amoureux d’elle ! Leur histoire d’amour n’avait duré que quelques mois. Elle l’avait rejeté comme on jette à la poubelle un papier-mouchoir usagé. La voyant trembler de froid, il lui glissa doucement : — Tu as froid ? — Oui, surtout aux pieds, répondit-elle, surprise par son ton douceâtre. — Si tu t’habillais mieux, tu pourrais mieux supporter ce froid, ajouta-t-il délicatement. — Je n’ai pas froid du tout, répliqua-t-elle, frustrée par ces manières doucereuses. Et surtout, je n’ai pas besoin de tes conseils. — Ah oui, ce n’est cependant pas ce que je vois ! Tu trembles comme une feuille, lança-t-il avec une pointe de dureté. — C’est parce que je suis fatiguée, le rabroua-t-elle. Surtout fatiguée de t’entendre parler. Un des experts se retourna. Boris et Martine crurent que c’était le temps d’avancer. Ils firent un pas vers l’avant, mais ce dernier leur montra son impatience. Ils durent reculer. — Tu vois, tu les énerves, blagua doucement Boris avec un sourire en coin. Ne trouvant rien à redire, elle grinça des dents et fixa le photographe qui se relevait. Boris
s’éloigna d’elle de quelques mètres, puis il chantonna un air connu en bougeant les épaules. — Mais qu’est-ce que tu chantes là ? murmura-t-elle en accentuant les derniers mots. — Un air pour me réchauffer. — Tiens, tiens, tiens ! Même avec tes grosses bottes et ton manteau Kanuk, t’es gelé ? J’ai plutôt l’impression que c’est un relent du club de danseuses nues d’hier soir ? lança-t-elle méchamment. — Pas du tout, où vas-tu chercher ça ? maugréa-t-il. — Ce n’est pas la chansonHot Stuff? dit-elle en prenant un air scandalisé. — Oui. Je sais. C’est le seul air que j’ai en tête en ce moment. Jalouse ? — Moi, jalouse ? Voyons, ce n’était qu’une petite taquinerie. Que tu peux être soupe au lait ! Martine s’énerva lorsqu’elle vit un autre véhicule d’enquête arriver et les deux spécialistes en empreintes en descendre. — Quoi ? Ça fait une bonne heure qu’on attend, et ils viennent juste d’arriver ! Didier Lepage, un homme trapu dans la quarantaine, le plus grand spécialiste au Québec et au Canada en empreintes de pas, arriva sur place. Il se mit à l’œuvre immédiatement après une courte inspection des traces recouvertes de draps. Il fit aux autres un signe indiquant que tout était parfait. Puis, il sortit son équipement pour préparer son mélange à base de soufre. Il le combina avec du plâtre dentaire sur un petit réchaud de fortune. L’odeur particulièrement désagréable éloignait la plupart de ses collègues. Absorbé à rendre homogène ce coulis d’un brun rougeâtre, il ne semblait nullement dérangé par les émanations de sa solution. Lorsque son sirop fut prêt, il le versa délicatement au-dessus de plusieurs marques de bottes et de pneus. Le mélange se durcit immédiatement au contact de la neige sans déformer le délicat substrat. Il retira les moules produits et les examina. Ils étaient impeccables. Satisfait des résultats, il fit un signe affirmatif en agitant son pouce à son collègue Ronald Beaudoin, un homme dans la trentaine, mince, nerveux, un spécialiste en véhicules. Muni de son ruban à mesurer, il prit différentes mesures, dont la distance entre les deux traces parallèles. Cette distance allait déterminer l’empattement du véhicule et éventuellement, le type. — Veux-tu me dire pourquoi ils nous ont demandé d’être ici si tôt ? s’impatienta encore une fois Martine. — Moâ, je sais pourquoi nous sommes ici. — Ah oui ? — Pour penser à nos péchés. — Tsssst ! Tu te penses vraiment drôle ? Boris, un homme attirant, avait fêté ses 40 ans le 3 janvier dernier avec des copains de longue date. Il regrettait que Martine, son amie de cœur à ce moment-là, n’ait pas été de la partie. Il s’était follement épris de sa coéquipière.« Notre amour n’a été qu’un feu de paille », songea-t-il. Il avait appris, quelques mois après avoir emménagé chez elle, qu’elle était en amour avec un autre homme. Humilié, il supportait tout de même bien le coup. Seize ans plus tôt, il avait traversé une épreuve beaucoup plus pénible. À peine marié, il avait perdu sa femme, Karine Morin, lors d’un terrible accident durant leur voyage de noces en France. Un camionneur de Roanne avait manqué un virage dans une côte et percuté leur voiture. Mais ce qui l’avait frappé la première fois qu’il avait vu Martine, c’est qu’elle avait un peu l’allure de Karine. Les mêmes cheveux raides d’un beau blond et coupés en ligne droite à la naissance du cou, le même teint couleur vanille et le même front haut. La seule différence était que Karine avait des yeux de velours d’un brun noisette, tandis que Martine avait de jolis yeux en amande d’un bleu tirant sur le vert. — Hé, vous deux ! Vous pouvez avancer, dit le plus vieux des experts d’un ton bourru. — Enfin, ce n’est pas trop tôt ! souffla Martine. Ils ne se firent pas prier. Raides comme des pingouins, ils avancèrent. La sergente-détective comprit qu’elle n’avait pas les bonnes bottes, ni des chaussettes assez hautes. Dès qu’elle mit un pied en avant, la neige rentra dans ses bottillons. — Brrr ! J’ai de la neige dans mes bottes, merde !