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Demain est un autre jour...

De
180 pages

Dans un petit village de la Drôme provençale, Alice, 17 ans, vit seule avec son père Léonce Florent, vieil homme rustre et acariâtre. Suite à un accident qui le laisse handicapé, cette force de la nature, se sentant diminuée et inutile, passe son temps à terroriser la pauvre Alice qui devient son souffre-douleur et trime jour après jour sous les injures de cet homme frustre et détestable. Un soir d’hiver, en se rendant au puits, Alice se fait sauvagement violer dans l’étable.

Terrorisée, la jeune fille vit désormais dans l’angoisse. L’impensable s’est produit, elle attend un enfant... Comment faire face à ce cauchemar en pleine campagne, isolée de tout et de tous avec son tyran de père ?...

Fragile mais courageuse, désillusions et drames se chargeront de lui apprendre la vie...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00621-7

 

© Edilivre, 2015

Demain est un autre jour...

 

 

Alice tournait en rond dans sa chambre sous les toits, elle n’en pouvait plus des injures et des récriminations de son père. Il fallait toujours qu’il la rabaisse. C’était pourquoi déjà ce soir ? Ah ! Oui, la soupe était trop tiède, et les carottes pas assez cuites. Une bonne à rien !

Les larmes lui vinrent aux yeux en pensant à sa mère qui les avait quitté deux ans plus tôt, à la suite d’une longue maladie. Depuis sa disparition, la vie de la jeune fille était devenue un enfer. Elle avait dû arrêter l’apprentissage de la couture pour en faire son métier chez Maria, la vieille couturière du village. Elle devait maintenant se consacrer aux travaux de la ferme, et tenir la maison de son père.

Quelquefois Estelle, sa cousine germaine âgée de quinze ans, venait lui donner un coup de main lorsqu’elle n’avait pas école.

Léonce son père, ne se déplaçait plus qu’avec des béquilles depuis que son tracteur avait versé dans la grande pente « du champ du haut » ; il n’était plus bon à grand-chose, à par aboyer jour après jour.

Alice était lasse de cette vie, à par Estelle, elle ne voyait jamais personne de son âge, personne à qui parler, c’était ce qui lui pesait le plus. Lorsque sa mère était encore parmi eux ; bien qu’elle ne put faire grand-chose tant elle était affaiblie par sa maladie, elle ne manquait jamais de la conseiller, de la rassurer, elle était douce et reconnaissante à sa fille de s’occuper de tout à sa place, et n’avait pas peur d’affronter son époux lorsqu’il dépassait les bornes.

Soudain elle entendit son père hurler :

– Où donc es-tu encore planquée ? viens donc m’aider nom d’un chien tu m’entends ?

Elle s’essuya les yeux car elle ne voulait surtout pas lui donner la satisfaction de voir qu’il l’avait une nouvelle fois faite pleurer, elle descendit lentement l’escalier de meunier.

– Que veux-tu père ?

– Enlèves-moi donc mes chaussures, je suis fatigué je veux me coucher. Quant à toi, tu vas aller arroser le potager et comme il faut, n’aies pas peur de tirer l’eau du puits le travail n’a jamais tué personne ! Alice s’accroupit devant son père pour lui ôter ses chaussures et ne vit pas arriver le coup de pied qu’elle reçut en pleine figure.

Léonce partit d’un rire tonitruant et Alice se retint pour ne pas l’étrangler, dans ces moments-là il lui prenait des envies de meurtre.

Comment cet homme pouvait-il être son père et agir de la sorte ? Qu’avait-elle pu faire pour mériter un pareil sort ? Cette question, elle ne cessait de se la poser mais n’avait toujours pas trouvé de réponse… Sa mère vivante, jamais il ne s’était permis d’être aussi immonde, il n’avait jamais été affectueux comme un père, avant il était juste indifférent, mais là, il était odieux. Elle prit ses béquilles, et le vieux s’allongea sur son lit tout habillé comme à son habitude.

Alice ferma la porte de la chambre et s’en fut faire la vaisselle. Quelques minutes plus tard elle entendit des ronflements sonores à travers la porte, elle soupira enfin un peu de répit !

Elle alla s’asseoir sur le petit banc en pierre devant la maison comme elle le faisait chaque soir, c’était le meilleur moment de la journée, elle était enfin seule. Elle se prélassa quelques minutes s’autorisant à rêver au prince charmant qui viendrait la soustraire à sa misérable vie, mais elle l’attendait depuis si longtemps… elle s’arma de courage, se leva, et se dirigea lentement vers le puits ; il lui fallait encore arroser les salades, tomates, carottes ; poireaux et haricots verts plantés par sa mère. Ce sont des bras d’hommes qu’il aurait fallu pour tirer ces lourds seaux d’eau nécessaires à l’arrosage et à la vie courante, c’était vraiment pénible pour elle après une longue journée de travail. Quelques voisins alentours avaient fait installer l’eau courante depuis peu, et leur quotidien s’était considérablement amélioré. Aussi lorsqu’un jour Alice avait tenté de faire une petite allusion sur le fait qu’eux-mêmes pourraient peut-être se raccorder, son père l’avait regardée bouche-bée, un rictus au coin des lèvres.

– L’eau courante ? Tu as perdu la boule ? Mes grands-parents, mes parents, ta mère et moi avons toujours utilisé le puits, tu veux avoir la belle vie ? Te la couler douce ? veux-tu que je te nourrisse à ne rien faire ? vaurienne, fainéante, tu peux toujours rêver, tu iras au puits, tu gagneras ton pain à la sueur de ton front comme nous autres, et ne m’en reparles plus jamais nom de Dieu !

Alice avait baissé la tête sans répondre le maudissant un peu plus.

Après avoir tiré une bonne douzaine de seaux, elle repartit épuisée vers la maison portant un ultime seau pour sa toilette. Une heure plus tard, lorsqu’avec bonheur elle se glissa enfin dans son lit, elle pensa à la journée du lendemain, et murmura :

– Demain est un autre jour…

Phrase qu’elle avait coutume de se dire avec un petit espoir au cœur, avant de s’enfoncer dans un sommeil profond dénué de rêves.

Il était 5h30 lorsque le chant du coq la réveilla comme chaque matin. Elle s’étira et sortit les pieds du lit même si elle aurait aimé dormir encore un peu, mais il fallait qu’elle prépare le petit déjeuner de son père qui était debout depuis 4h du matin, il n’était pas fatigué de ses journées lui ! C’était un miracle qu’il la laissa dormir plus longtemps que lui, quoiqu’il ne se gênait pas pour marteler le sol de ses béquilles en les tapant plus que nécessaire.

C’était un homme qui avait travaillé sans compter, et, depuis son accident il traînait comme une âme en peine, et se vengeait de son inactivité sur sa fille qui elle était dépassée par la charge de travail jour après jour. A 17ans, elle avait parfois le sentiment d’en avoir 30.

Vers les coups de 9h, elle aperçut par le fenestron de la cuisine Estelle, sa cousine qui arrivait sur sa bicyclette avec un petit panier accroché au guidon, dès qu’elle le pouvait elle venait aider Alice qu’elle considérait comme une grande sœur.

– Bonjour Estelle ! Contente de te voir !

– Salut Alice ! tiens regardes, maman t’envoie des confitures de mûres qu’on a cueilli derrière chez nous.

– Oh ! Merci, tu sais que j’adore ça, comment va tante Louison ?

Louison était la sœur cadette de sa mère, et elle l’aimait beaucoup. Elle ne la voyait pas très souvent car elle habitait à 2 km et demi de la ferme, et lors d’une visite, Léonce lui avait fait comprendre qu’il n’appréciait pas qu’elle vienne mettre son nez dans ses affaires. Elle plaignait sa nièce de tout son cœur, impuissante.

– Maman va très bien, elle t’embrasse.

Elles bavardèrent un moment et commencèrent à donner du grain aux poules, et à ramasser les œufs qu’Alice vendait aux habitants du hameau et surtout à Maria et son mari, Pierre le forgeron, elle se rendait chez eux une fois la semaine comme l’avait fait sa mère avant elle. Alice était toujours heureuse de voir du monde, et surtout de s’échapper un peu de la ferme. Les deux filles papotaient gaiement, toujours en s’activant. Estelle voulut aller voir Rose et Galette, les deux dernières vaches que Léonce n’avait pas vendues, car elles leur donnaient du lait avec lequel Alice essayait parfois de faire du fromage, mais hélas, elle n’avait pas le coup de main et bien souvent il en ressortait une bouillie infâme emplie de grumeaux bien peu appétissants.

Depuis un bon moment, une heure peut-être, Léonce les observait par le fenestron de la cuisine, il était oppressé et s’assit sur une chaise. Il posa sa tête sur le bord de la table dans son bras replié. Jeanne lui manquait. Avant il était presque heureux, mais depuis quelques mois, il ne supportait plus de devoir vivre avec cette fille qui n’était ni de sa chaire, ni de son sang, il l’avait reconnue certes, car c’était la seule façon que Jeanne l’épouse. Il ne s’était jamais soucié d’elle, ne l’avait jamais aimée, il était maintenant contraint de la garder car qu’aurait-il pu faire lui, impotent qu’il était ?

A l’époque il était fou amoureux de Jeanne, mais, elle avait préféré Julien leur ami d’enfance.

Lorsqu’elle l’avait épousé, elle n’avait pas eu le choix, elle était enceinte de deux mois et demi. Julien avait fait une chute mortelle à l’âge de 23 ans, en rentrant d’une virée au petit matin avec des copains, il venait d’enterrer sa vie de garçon car il s’apprêtait à épouser Jeanne la semaine d’après. Quelques verres d’alcool, et tout avait basculé…

Jeanne, terrorisée d’apporter le déshonneur dans sa famille, avait enfoui son chagrin au plus profond d’elle-même et avait épousé Léonce peu après le drame. Elle n’avait pas caché son état par honnêteté, et ce dernier lui avait juré qu’il élèverait cet enfant de la même façon que ceux qu’ils auraient ensemble, mais les années passèrent, et Jeanne n’en eut jamais d’autre…

Léonce avait toujours été distant avec la petite fille, il ne la voyait pas, ne lui parlait pour ainsi dire jamais, en fait il l’ignorait.

A mesure que la gamine grandissait, elle sentait bien que la situation était étrange, elle ne savait pas l’expliquer, mais elle ressentait comme un malaise en présence de son père, jamais il n’avait de gestes affectueux envers elle. Un jour, elle alla trouver sa mère, elle devait avoir 9 ans, elle la regarda bien dans les yeux, et dit :

– Maman, pourquoi papa ne m’aime pas ?

Jeanne, en train de repriser des chaussettes sentit son cœur s’accélérer.

– Pourquoi dis-tu ça ma chérie ? bien sûr que papa t’aime !

– Non, il ne m’emmène jamais me promener avec lui, et il ne joue jamais avec moi comme le papa d’Estelle.

– Ton papa a beaucoup de travail tu sais ma puce, et puis ce n’est pas quelqu’un de très démonstratif, les gens de la campagne ne montrent pas leurs sentiments, il est peut-être bourru, mais ton papa t’aime Alice, n’en doute pas. Mais Alice n’en avait jamais été convaincue, elle sentait bien qu’il n’avait que faire d’elle, et finalement c’était réciproque. Tant que sa mère était prés d’elle, elle se sentait heureuse, protégée, en sécurité ; mais bien des années plus tard, la sensation de sécurité avait disparu en même temps que sa mère…

La journée avait été plus gaie grâce à la compagnie d’Estelle, sa jeune cousine essayait d’éviter le plus possible son oncle, il lui faisait peur avec ses manières de rustre, heureusement, lui-même ne cherchait jamais à la voir, il traînait la plupart du temps dans la maison, où dans la cour de la ferme, car avec ses béquilles il n’osait s’aventurer sur les sentiers caillouteux.

Alice donna un litre de lait à Estelle tout frais et mousseux à l’insu de son père, elle ajouta des œufs.

– Tiens, tu diras à ta mère de te faire de bonnes crêpes avec la confiture de mûre, c’est ce que je vais faire moi aussi !

– Merci, à la prochaine Alice !

La jeune fille enfourcha sa bicyclette et pédala en faisant de grands signes de la main, elle avait presque 2.5km à parcourir, mais elle les faisait volontiers pour venir aider sa cousine.

Alice alla se laver les mains et se rafraîchir le visage avec l’eau du seau qu’elle laissait chauffer au soleil dehors dans la cour, elle entra dans la maison, son père était affalé dans son fauteuil à bascule entrain de fumer sa pipe il écoutait la radio.

– Alors ! À part caqueter comme une poule, tu n’as pas trop transpiré aujourd’hui avec l’autre !

– Bon quand est-ce qu’on mange ? J’ai faim moi !

Malgré la chaleur qui régnait en cette fin de mois d’aout, Alice frissonna, elle était épuisée de ces remarques perpétuelles, elle eut l’impression de recevoir un seau d’eau glacée en pleine figure. Quoiqu’elle fasse ou dise, il n’était jamais content.

Comme d’habitude elle prit sur elle, et d’une voix presque soumise répondit :

– Bientôt, je vais faire des crêpes.

– Des crêpes ? Pfff… Bon magnes-toi !

Une heure plus tard, Alice s’assit à un bout de la table sur un tabouret, la fatigue alourdissait ses jambes, Léonce s’installa à l’autre bout de la table sur l’unique chaise en paille. Ils mastiquaient leur repas en silence. La jeune fille gardait les yeux baissés sur son assiette, gênée par le regard insistant de son père qui la détailla durant tout le repas. Repu, il émit un rôt sonore et alla se vautrer dans son fauteuil, il somnola dodelinant de la tête.

Alice soupira et se leva courageusement pour débarrasser la table. Une fois la vaisselle terminée, elle se dirigea d’un pas décidé vers l’étable pour la traite du soir, elle aimait bien l’odeur chaude des bêtes, il faisait sombre elle était épuisée, et le bruit que faisait le lait qui giclait dans le seau en fer la tenait éveillée, sinon elle se serait endormie sur le pis de la vache.

Tout à coup, elle sursauta en entendant hurler depuis le seuil de la cuisine :

– Maudite bourrique ! Jamais là quand on a besoin d’elle ! Où es-tu encore fourrée ? dépêches toi, je veux me coucher es-tu sourde ?

Exaspérée, Alice empoigna son seau de lait et après une dernière caresse à Rose et Galette, elle sortit de l’étable courbée par le poids du seau.

Plus tard sa toilette achevée, avant de se glisser dans le lit, elle prononça sa phrase magique qui malgré tout lui permettait de garder espoir :

– Demain est un autre jour…

Mais que pourrait-il lui arriver de mieux le lendemain ?

Elle sombra dans l’oubli.

Les jours qui suivirent se ressemblaient tous, les semaines passèrent, puis vînt le mois d’octobre, le vent était glacial, le froid s’était bien installé. Il était 5h30 lorsqu’Alice descendit l’escalier en bois, elle avait enfilé un vieux pull à la hâte, et toute grelottante se hâta de faire repartir le poêle qui servait pour cuire la nourriture et se chauffer. Il avait plu une partie de la nuit et l’humidité se faisait sentir. Elle fit chauffer du lait et prépara le café. Léonce était déjà assis à table et attendait qu’elle le serve en écoutant la radio, c’était toujours des informations qu’il écoutait car dès qu’on entendait de la musique il éteignait aussitôt le poste en rouspétant. Il se coupa deux larges tranches de pain de campagne qu’ils achetaient lorsque le boulanger du village faisait sa tournée dans les campagnes avec son camion une fois la semaine.

Alice se racla la gorge et dit en regardant son père :

– Ce matin je vais aller vendre les œufs, et de retour je vais passer à l’épicerie pour faire quelques courses pour la cuisine, as-tu besoin de quelque chose ? Il ne te faut pas de tabac ou de piles pour ton poste ?

– Non ! Grogna-t-il, et ne traînes pas, je veux t’avoir à l’œil tu n’es pas en vacances ici !

Mais comment était-ce possible qu’un être aussi méchant pût être son père ? C’était impensable ! En le regardant elle ne ressentit pour lui que peur et haine.

Un peu honteuse tout de même, elle se dit que s’il venait à mourir, elle n’éprouverait qu’un immense soulagement, une délivrance. Elle rougit à cette pensée bien peu chrétienne. Après avoir enfilé son vieux manteau gris tout élimé, ses gants, et noué une chaude écharpe autour de son cou, Alice prit son panier d’œufs, et sortit affronter le vent glacial.

Elle était tellement contente de cette escapade, qu’elle chantonna tout le long de la route d’une humeur joyeuse. En arrivant devant la porte de chez Maria elle frappa deux petits coups, puis un troisième, c’était un code entre elles.

– Entres donc ma jolie et fermes vite la porte !

– Bonjour Maria ! Je suis contente de vous voir, je suis si seule à la ferme, je vous apporte une douzaine d’œufs vous les voulez tous ?

– Pardi ! Viens ici et passes moi ma bourse qui est sur le buffet, voilà tes trois francs on est quitte, assieds-toi donc tu as bien cinq minutes pour boire un café ?

– Oh ! Oui, ça va me réchauffer.

– Alors comment il va le Léonce ? Toujours aussi mauvais le bougre ? Ah ! Ma pauvre fille, ce n’est pas ta mère qui aurait dû partir, c’est plutôt lui ! Ben oui quoi ! Enfin que Dieu me pardonne !

Alice baissa la tête et dit tout bas :

– Il est infernal, jamais content, toujours entrain de gueuler, j’en ai marre… des fois j’ai envie de partir mais où aller ? Avec quel argent ?

– Il faudrait que tu te dégotes un bon petit gars sérieux et que tu te maries, je ne vois que ça !

– Mais Maria, personne ne monte jamais là-haut, comment voulez-vous ? Il ne me laisse aller nulle part, je dois presque aller faire les courses en courant !

– Quel malheur, mais quel malheur… c’est quand même un sale bonhomme tu m’excuseras !

Alice sourit et but une gorgée de café.

– Mais j’y pense reprit Maria, mon petit-fils Antonin va venir ici se reposer huit jours il a vingt ans, c’est un gentil garçon il a été bien malade et sa mère compte sur moi pour le retaper avec le bon air de la campagne, je suis sûre qu’au bout de deux jours il va s’ennuyer avec une vieille comme moi ! Essaies de trouver une excuse pour venir, ça vous fera du bien de discuter tout les deux.

– Je vais essayer, répondit Alice par politesse, mais au fond d’elle-même elle savait fort bien que jamais elle ne pourrait venir.

– Merci pour le café Maria, je vais vous laisser, je dois encore passer à l’épicerie, merci et à bientôt j’espère, le bonjour à Pierre ! Elle enfila son manteau, embrassa la vieille femme, et sortit poussée par le vent.

Lorsqu’elle pénétra dans l’épicerie, les clochettes fixées sur la poignée intérieure se mirent à tinter, ainsi l’épicière pouvait vaquer à ses occupations, elle était prévenue lorsqu’un client entrait.

– Bonjour Alice ! J’étais dans la réserve à faire l’inventaire, tu ne dois pas avoir chaud à faire une pareille trotte !

– Bonjour madame Eulalie, il fait froid mais ça me fait du bien, il me faudrait :

– Du café, du vinaigre, un kilo de farine et un kilo de sucre, je prends juste l’essentiel car il me faut encore porter tout ça.

L’épicière prépara rapidement le tout, et Alice reprit le chemin du retour. Elle n’avait plus le cœur à chanter, la récréation était finie… Elle savait qu’elle serait accueillie avec des mots doux !

Parvenue au sommet de la colline, elle avait une vue d’ensemble sur la ferme et les terres, il ne lui restait que quelques pas à parcourir lorsqu’elle aperçut une forme étendue à terre devant le poulailler.

Son cœur manqua un battement. Elle hésita, et son bon cœur l’emporta, elle s’élança en courant et vit son père étendu de tout son long le visage maculé de boue entrain de jurer et d’essayer d’attraper ses béquilles.

– Papa ! Mais que t’est-il arrivé grand Dieu ! Elle se baissa, le saisit aux épaules pour tenter de le remettre debout, il s’accrocha solidement à son cou et se hissa de toutes ses forces, il parvint à se redresser, et Alice sous l’effort ne parvenait plus à respirer. Elle se baissa pour ramasser ses béquilles et les lui tendit. En guise de remerciements, il lui assena des coups violents avec l’une d’elle sur la tête, le dos, les jambes, avec un cri elle s’enfuit en courant, stupéfaite autant qu’affolée.

Léonce vociférait :

– Laisser un pauvre infirme comme moi tout seul, c’est une honte ! Une honte ! Ah ! Pour aller vadrouiller et faire la belle, tu n’es pas la dernière hein ! Tu voudrais bien que je disparaisse hein ! Dis ! Ça ferait ton affaire qu’il m’arrive un mauvais coup hein !

Il tentait de la poursuivre tout en hurlant, Alice entra en courant dans la cuisine, elle retint son souffle et attendit le cœur cognant à tout rompre dans sa poitrine. Qu’allait-il faire, il était devenu fou c’était une évidence.

Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle, cherchant un objet pour se défendre en cas de besoin. Elle saisit son rouleau à pâtisserie, il pourrait lui servir de gourdin, elle n’hésiterait pas une seconde…

Leur regard se croisèrent, Léonce hésita, une lueur mauvaise brilla dans ses yeux.

– Il te tarde d’être débarrassé de moi hein ? Mais dis-le, dis-le donc ! Hurla-t-il.

Alice se raidit et retint la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres, ignorant son arrogance, elle serra les dents.

Léonce se rapprocha dangereusement, pointa un doigt dans sa direction, et, soudain se laissa tomber dans le fauteuil, visiblement l’effort était trop grand pour lui. Sans dire un mot, mais soulagée, Alice ôta son manteau et grimpa l’escalier menant à sa chambre d’un pas digne ; là-haut elle se savait en sécurité, il aurait été bien incapable d’y monter. Elle s’attarda quelques secondes devant la porte et écouta, il était toujours assis soufflant comme un bœuf. Vidée, elle s’allongea sur son lit espérant calmer les battements fous de son cœur. Que faire ? Où aller ? Chez sa tante, il l’a retrouverait vite, et elle ne voulait pas lui causer d’ennuis. Epuisée, elle s’endormit en pleurant.

Des coups répétés la réveillèrent en sursaut, quelqu’un tapait sous l’escalier, elle retrouva ses esprits, mon Dieu quelle heure était-il ? Elle regarda la pendule au-dessus de l’armoire : 11h30 elle avait dormi une heure ! Elle se leva brusquement et se dirigea vers la porte, en voyant son père en bas de l’escalier, elle réprima un sursaut et se figea.

– Mademoiselle se prend pour une châtelaine ? Tu crois que tu as une boniche qui prépare la tambouille à ta place ? Sais-tu l’heure qu’il est fainéante ? Se coucher en plein jour on aura tout vu ! Descends, et que ça saute !

La jeune fille le dévisagea effrayée, mais ne fit pas un geste pour descendre. Comprenant que tant qu’il resterait là elle ne bougerait pas, il sortit s’assoir sur le banc en pierre devant la maison.

Une fois dans la cuisine, Alice commença à battre des œufs dans un saladier pour faire une omelette, elle fouetta vigoureusement d’un geste rageur, non ! Elle en avait assez de subir, elle ne se laisserait plus faire désormais, que pouvait donc lui faire un vieillard handicapé de surcroit ? Il avait beau être son père, il n’en était pas moins odieux. Fini ! Elle ne se laisserait plus molester et insulter, non ! Décidément il fallait que cela cesse ! Elle allait mettre un terme à tout ça.

Lorsqu’elle le vit entrer dans la cuisine, sa détermination et son courage s’envolèrent comme par enchantement, les bonnes résolutions disparurent d’un seul coup ! Elle mesura la peur qu’elle ressentait en sa présence, non, décidément elle n’était pas de taille à résister… Honteuse de sa lâcheté, elle baissa la tête.

Alphonse leur plus proche voisin arriva dans l’après-midi, il venait parfois tenir compagnie à Léonce, ils se connaissaient depuis les bancs de l’école. Le vieil homme était d’une gentillesse à toute épreuve et il était désolé de voir à quel point Léonce était aigri, depuis la disparition de Jeanne, mais surtout depuis son accident. A soixante-cinq ans, Léonce en paraissait dix de plus, il négligeait son apparence, se rasait une fois la semaine, il était encore plein de vigueur, mais ses jambes ne le portaient plus, il en rendait responsable la terre entière, mais son souffre douleur favori était Alice.

– Samedi prochain, il y a le corso de la lavande à Nyons, on devrait y emmener la petite ça nous fera une distraction, on y va avec ma carriole ? Je viens vous chercher ? demanda gentiment Alphonse.

– Es-tu fou ? Je n’en ai rien à foutre de ces niaiseries !

– Toi peut-être, mais penses à ta gamine bon sang ! Elle ne sort jamais la pauvrette !

– Mais de quoi je me mêle ? Elle a du boulot ici pas question !

– Tu es vraiment un vieux con mon pauvre Léonce ! Je me demande pourquoi je prends la peine de venir te voir tiens !

Le brave homme n’insista pas, il savait que c’était inutile, mais il avait pitié de la pauvre Alice. Il poussa un soupir et se tut.

Pour une fois, Alice passa un après-midi tranquille dans sa chambre à repriser du petit linge, elle préféra laisser les deux vieux dans la cuisine à rabâcher une nouvelle fois leur enfance. Vers 17h, elle descendit éplucher les légumes pour la soupe qu’elle mettrait à cuire à feu doux sur le poêle. Les deux hommes étaient sur le pas de porte entrain de se dire au-revoir.

Lorsque Léonce entra, elle lui jeta un regard furtif, et sans qu’elle ne puisse s’en empêcher, ses mains se mirent à trembler. Elle s’efforça de se concentrer sur l’épluchage des légumes tout en le surveillant du coin de l’œil. Elle s’assura que son rouleau à pâtisserie était à sa portée ; bizarrement, Léonce l’ignora, il se vautra dans son fauteuil, alluma la radio, et se mit à bourrer sa pipe.

Le dîner se passa dans le plus grand silence entrecoupé parfois d’un rôt sonore émis par un Léonce nullement gêné. Avec appréhension, elle aida son père à se déchausser en gardant le plus possible ses distances, il ne se passa rien, le vieux lui tourna le dos, et elle sortit en fermant la porte sans un mot.

Ce soir-là, il faisait très sombre dehors, elle alluma la lampe à pétrole, mit un gros châle sur ses épaules, et attrapa le seau à l’entrée avant de sortir courageusement en direction du puits, il lui fallait de l’eau pour sa toilette, elle était glacée jusqu’aux os. De retour, elle décida de jeter un coup d’œil à l’étable car la porte claquait au vent. Elle déposa le seau à l’entrée, mais à peine eut-elle franchi le seuil que quelqu’un se rua sur elle et lui bâillonna la bouche d’une main puissante.

Saisie, Alice voulut crier, mais aucun son ne sortit. Les yeux exorbités par la peur elle essaya de voir son agresseur, mais il faisait trop noir, l’individu avait prit soin de souffler la flamme de la lampe. Sans un mot, il la fit basculer sur la paille, Alice ne pouvait plus respirer, elle ne pouvait pas croire ce qu’il lui arrivait, elle se raidit et essaya de mordre la main qui la maintenait, elle se débattit ; tout en la maintenant avec brutalité l’homme lui dit :

– « Si tou té lèche faire sans...