Des bleus et des couleurs

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Inès a une relation compliquée avec les hommes… Un mélange d’envies et de désenchantement blasé, la quête de quelque chose. Une revanche plus qu’une vengeance ? Elle trouvera un début de réponse dans une relation sadomasochiste avec Rémi, artiste-peintre en proie à ses propres tourments. La révélation d’un lourd secret familial, un drame dont elle fut l’actrice inconsciente, lui permettra d’amorcer une thérapie. Elle sera aidée par James, architecte canadien pondéré qui l’aimera telle qu’elle est, malgré la tentation de rechute dans ses errements passés. Il aura la patience de lui laisser le temps de comprendre qu’il est son ancrage et qu’avec lui elle peut laisser derrière elle tous ses noirs démons. Y parviendra-t-elle ? Un texte dense dans lequel on s’investit en espérant un apaisement bienvenu…
Publié le : jeudi 28 janvier 2016
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EAN13 : 9791032500125
Nombre de pages : non-communiqué
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Andrea Patrik

Des bleus et des couleurs

 


 

© Andrea Patrik, 2016

ISBN numérique : 979-10-325-0012-5

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Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com


 

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ANDREA PATRIK

 

Desbleus

et descouleurs...

 

Roman

 

 

 

 

 

A vous, à qui je l'ai promis...

 

 

 

 

 

 

 

 

Les choses allaient vite, ils ne retenaient rien. Comme il disait, c'était « cash ». Une évidence depuis ce premier contact à « La Gallery » où l'attirance, mutuelle mais encore discrète, ne laissait pas vraiment de doute pour la suite. Tous les deux savaient qu'ils devaient se revoir....

 

 

 

1

 

Elle se rendait là-bas au moins deux fois par an. Un bel endroit pour mourir se disait-elle souvent, juste au cas où, un jour, elle en aurait envie. Sa chambre, à l'étage, était réservée aux invités. Elle possédait sa propre salle de bain et un grand balcon où, tôt le matin, une fois les stores électriques, qu'elle espérait suffisamment discrets, relevés, elle jouissait de la vue imprenable sur cette chaîne de montagnes aux cimes émaillées de récits et légendes. Plusieurs fois elle s'y était rendue faire de la randonnée avec ses copines. Elles avaient passé la nuit dans un refuge, là où l'histoire racontait qu'un berger, très grand, du nom de Georges, s'était suicidé par noyade. Accroché à son chien et lesté d'une pierre, il s'était jeté dans le lac aux eaux translucides voilà maintenant plus d'un siècle. Aujourd'hui encore, à la nuit tombée, certains entendaient les hurlements à la mort du chien dans toute la vallée.

Les vignes, qui prenaient vie au fond du parc, juste derrière les murs,s'étalaient à perte de vue jusqu'aux pieds du Mont encore recouvert à son sommet, d'un discret manteau blanc. En contrebas, des roseaux et des lavandes se balançaient doucement autour de la piscine, bercés par une légère brise.Un canard jaune se dandinait sans répit au rythme des vaguelettes indiquant une température de l'eau quasi permanente de vingt-cinq degrés qui appelait déjà à une baignade matinale. Sous la terrasse en bois, qui laissait volontairement passer quelques traits de lumière, son oncle Charlie s'activait minutieusement aux préparatifs du petit déjeuner. Sa tante Christina, elle encore dans sa chambre pour un moment, se préparait en silence. Elle ne se montrait jamais sans être un minimum apprêtée. Hôte d'exception, toujours de bonne humeur, capable de nettoyer des moules à trois heures du matin pour régaler ses invités d'une Paella le lendemain. Elle préparait tout au long de la journée des infusions de thym, de romarin ou de verveine aux vertus que chacun adaptait selon ses besoins mais qui donnaient incontestablement envie de revenir très vite dans ce petit coin de paradis. Cette année, était présente sa tante Anne-Marie qui habitait Madrid. Chacun aimait rester là, dans le farniente le plus total. Aller au marché tout au plus ou faire un petit tour à vélo leur suffisait. Ce jour-là, cependant, ils avaient choisi de visiter un châteausitué à une dizaine de kilomètres, dans un charmant village qui avait compté entre ses murs bon nombre d'artistes. A la sortie, ils s'arrêtèrent prendre un cocktail de fruits sur cette petite place entourée de marronniers, où les touristes étaient encore discrets en cette fin du mois de Juin. Elle n'aimait pas la foule tout comme les chats du quartier qui semblaient prendre leurs dernières aises avant le rush qui n'allait plus tarder. Elle se disait souvent que ses plus grands luxes étaient le calme et le temps, aimant s'arrêter longtemps même sur rien, béate et contemplative. A cette question qu'on lui posait parfois :«pour toi, c'est quoi le bonheur ? » Elle avait cette réponse franche : « ne pas se poser la question ! »

 

Ils regagnaient la voiture quand Anne-Marie leur demanda de l'accompagner dans cette galerie d'art. Les couleurs ont l'air belles, Venez ! leur dit-elle. Elle faillit ne pas les suivre, préférant lézarder encore un peu après la visite qui avait duré presque deux heures. Elle aurait peut-être dû car, à cet instant, elle ne se douta pas que quelque chose dans sa vie allait basculer, l'obligeant à sortir cette colère qui, elle le savait, sommeillait en elle mais contre laquelle elle n'avait rien prévu dans l'immédiat.

Les garçons n'avaient pas épargné son adolescence, cette époque de la vie où les cœurs connaissent leurs premiers émois. Le sien resta amer et solitaire. Elle avait été ce que l'on appelle vulgairement une « adolescente mal dégrossie », porteuse du trio gagnant: lunettes, acné, appareil dentaire. Le laser eut, un peu plus tard, raison de sa myopie, la nature s'occupa des boutons et un bon dentiste de la ferraille. Il n'avait pas fallu longtemps à la chenille pour devenir un papillon et aujourd'hui, elle aimait par-dessus tout séduire. C'était pour elle comme naturel de réparer une injustice contre laquelle, démunie, elle n'avait pu lutter. Constater que la plupart des hommes, maintenant, mordaient à l'hameçon sans qu'elle eut le moindre effort à fournir restait sa plus belle revanche. Pour pas mal de raisons encore un peu brouillonnes et jusqu'à nouvel ordre, elle préférait être seule mais botter le cul de ceux qui s'approcheraient n'était pas exclu!

Elle ne le vit pas tout de suite, ou du moins, elle ne le détailla pas. Après un rapide « bonjour » elle se dirigea, happée,vers un tableau représentant une plage de l'Atlantique dans la tourmente. Elle eut cette étrange sensation de connaître l'endroit. Troublant ! se dit-elle. Le soir même, quand Anne-Marie reparla des vignes à l'entrée, elle n'en eut absolument aucun souvenir. Un portrait de femme, dont le regard n'était pas sans ressemblance avec celui qu'elle venait furtivement de croiser, la fixait. C'est à cet instant qu'il se leva en disant que rien n'était à vendre ! Elle ne releva pas le ton quelque peu théâtral et surprenant de sa brève intervention tant ses yeux ne pouvaient se décrocher de ces gris profonds, de ces bleus glacier, uniques. Il vit sa discrète émotion et s'approcha d'elle. Une aura, une beauté à peine burinée et un débit de paroles qui remplissait agréablement le temps. Quelque chose d'indéfinissable et de commun était en train de se passer: Une acceptation mutuelle, comme deux animaux sauvages qui se tourneraient autour et montreraient un premier signe d'apprivoisement, malgré leurs crocs apparents. Il avait un vrai beau petit cul et oui, elle le lui aurait bien reniflé ! Ils furent mutuellement émus par de brefs mais beaux échanges sur sa peinture. Elle lui parlait avec ce naturel qui la caractérisait. Elle parlait toujours avec ses tripes sinon elle se taisait. Il avait l'air, pour une fois, d'écouter. Il lui offrit une reproduction qu'il lui dédicaça, enroula délicatement et fit glisser dans un tube cartonné. Elle remarqua ses mains sèches, rugueuses, aux ongles colorés dont on pardonnait volontiers la négligence.

 

─A quel nom ? Demanda t-il.

─Inès.

Une pensée lui vint à l'esprit et elle s'empressa, non sans un soupçon de sarcasme:

─Si un jour vous êtes très connu alors je serai riche avec votre signature !

Il sourit, un peu amer. Pas sûr qu'il apprécia le « si un jour ». Inès riait intérieurement.

─Vous voyez exulta t-il ! Si je veux, je décroche une toile et je vous l'offre là, tout de suite !

─Eh bien faites-le !

 

Il se figea, surpris, mais bien sûr n'en fit rien. A la place, il lui demanda ce qu'elle faisait le soir- même ! Inès crut rêver, et devant sa famille en plus ! Pour qui se prenait-il ? Il réveilla instantanément en elle la colère. Il était presque détestable mais une infinie tendresse mêlée à de la maladresse s'échappaient pourtant de lui. En l'espace de vingt minutes tout au plus, elle ressentit un mélange d'émotions allant de la haine à la douceur, du dégoût au frisson. Ceci la déstabilisa et elle n'aima pas ça du tout. Une sentiment d'aigreur s'empara soudainement d'elle quand elle ne put s'empêcher de se demander combien de femmes avaient déjà reçucette reproduction, la plongeant, elle, sans aucune différence, dans son vivier de conquêtes fraîches. Elle n'eut pas envie de laisser passer ça. Son adolescence désarmée était loin et à présent, elle avait les munitions ou du moins, elle le pensa. Elle s'en voulu un court instant d'avoir souhaité lui renifler son petit cul mais se ravisa : merde ! il était vraiment beau ! Elle dut platement admettre qu'il lui plaisait. Elle se dit qu'il serait peut-être intéressant d'aller plus loin. Qu'avait-elle à perdre ? En le débarrassant de cet orgueil, de cette aura écrasante, elle lui trouverait, qui sait, une forme de mérite, quelque chose de louable qui pourrait éventuellement l'excuser. Elle rêva un instant au moment où elle pourrait débusquer son point faible, sa vulnérabilité et peut-être le mettre à ses pieds. Il lui tendit sa carte de visite, il s'appelait Rémi...

Son week-end prolongé se terminait. Christina la raccompagna à la gare. Anne-Marie était repartie le matin-même. Comme toujours, quitter cet endroit si paisible était un déchirement. Inès habitait à trois heures de train de là au bord du canal latéral du midi. Elle repartait huit jours plus tard pour Los Angeles où elle était invitée depuis longtemps chez ses amis ravis qu'elle eut enfin pris la décision. Ce voyage lui ferait le plus grand bien, comme tous les autres d'ailleurs. Elle était bien dans les avions, les aéroports, cette foule là ne la dérangeait. Elle aimait la sensation de « no man's land » que cela lui procurait. Elle ne repensa pas tout de suite à Rémi, sa colère avait provisoirement molli. Elle se concentra sur ses valises, faisant toujours une liste qu'elle complétait au fur et à mesure. Deux jours avant le départ, fin prête, elle se posa et attrapa le tube déjà ouvert une première fois le soir même. Les commentaires allaient alors bon train. Tous s'accordèrent à dire que ses toiles étaient belles mais lui, imbu et narcissique.

Tous, sauf Inès, qui resta silencieuse. La carte de visite qu'elle avait précieusement glissé dans le tube, tomba sur ses genoux. Il n'avait aucun moyen de la retrouver s'il le souhaitait, c'était donc à elle que revenait l'initiative. Elle se décida non sans une vague hésitation ; un petit mail de remerciements pour la reproduction ferait l'affaire. Poussée subitement par une intuition, elle créa une adresse mail rien que pour lui.

 

De: Inès

A: Rémi

Objet: L'instant.

Vous m'avez offert un peu de votre temps. J'ai aimé l'instant, j'ai aimé la plage aussi. Follement...

Encore merci. Inès 

 

La réponse ne tarda pas. Deux heures plus tard...

 

De: Rémi

A: Inès

Objet: Re: l'instant.

Heureuse idée ce mail. Ai l'impression que je l'attendais depuis que vous avez quitté « La Gallery ». J'ai été ému après une rapide surprise de vous voir émue. Vous ne l'avez pas caché, cela m'a touché. C'est moi qui vous dis merci ! A bientôt. Rem. 

Ils s'étaient mutuellement remerciés, les choses auraient pu s'arrêter là. Il y a des rencontres très brèves et furtives qui n'en demeurent pas moins intenses. Elles laissent imaginer tous les scénarios possibles et c'est ce qu'elle eut envie de faire. Elle se réveilla le lendemain, prit son café au lit comme chaque matin, alluma son ordinateur pour lire les infos et consulter ses mails. Quatre magnifiques tableaux finirent de la réveiller. Il venait de lui faire un cadeau mais Inès n'était pas dupe...C'était un moyen très efficace de poursuivre les échanges. Il avait compris qu'elle était sensibilisée par les arts en général et qu'elle se manifesterait certainement. Elle partait le lendemain et répondre tout de suite ne l'enchantait guère. Elle lui enverrait un petit mail de là-bas. Elle changea d'avis...

 

De: Inès

A: Rémi

Objet: Pas d'objet.

Rien ne me dit que vous aurez le temps, rien ne me dit que vous en aurez l'envie mais si j'osais je vous demanderais ceci: quand vous aurez décidé de votre prochaine toile, pourrais-je connaître ce qui vous a fait choisir un lieu plutôt qu'un autre ? Que vous disent vos émotions au moment où vous donnez ce premier coup de pinceau, là, à cet instant précis ? Si ce que je vous demande est trop personnel alors je m'en excuse par avance. Rien ne justifie, j'en conviens, le privilège sur vous d'en savoir davantage. Je vous souhaite plein de belles choses. Je m'envole demain pour Los Angeles. Inès »

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