Des corps amoureux dans quelques récits

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Et si les corps savaient très bien, sans le concours des mots, quel est l'objet de leur désir ? Et si nous n'étions que les spectateurs de nos pulsions ? Pourtant, il faut bien arriver à dire ce moment où les corps se rencontrent, puis se séparent. En allant vers la plus grande clarté, la limpidité, ces quinze nouvelles essaient de dire ce qui parfois est si outrancier que nous pourrions finir par le croire.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 264
EAN13 : 9782748103847
Nombre de pages : 169
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Des corps amoureux dans quelques récits
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748103858 (pour le fichier numérique) ISBN: 274810384X (pour le livre imprimé)
Xavier Malbreil
Des corps amoureux dans quelques récits
NOUVELLE
LA PREMIÈRE FOIS
La première fois que je rencontre Karen est aussi la dernière fois. Elle est assise à côté de moi, dans le RER. J’ai be soin d’un renseignement. Nous échangeons quelques mots. Rien de plus. Tout comme moi, elle se rend à l’aéroport. Comme le trajet est long, de discrets signaux au ront le temps de s’échanger. Presque à notre insu. Une vitre en face de nous, par exemple, nous ren voie une image un peu floue. Une vitre, pas un miroir. Nos visages s’y devinent seulement. Nos épaules, avec les cahots du tortillard, se frôlent un peu trop com plaisamment. Parfois, à cause des différences de luminosité, ou d’un voyageur qui passe devant nous, la vision s’inter romps. Ce reflet, tellement imparfait, n’en constitue pas moins un excellent moyen de se chercher, de se tourner autour. Sans craindre d’être trop insistant, on peut guet ter le visage de l’autre. Estelle en train de me regarder. Atelle un sourire aux lèvres. Soutientelle la provo cation d’une œillade plus appuyée. Ce n’est pourtant qu’un jeu. Il suffirait qu’elle prenne un avion différent du mien, ou qu’elle retrouve quelqu’un à l’embarquement, et l’histoire se terminerait aussitôt.
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Un jeu tout de même intrigant. J’hésite entre l’envie d’une drague inattendue, et la méfiance envers un sentiment qui serait à sens unique. C’est elle, au contraire, qui vient relancer mon envie. Alors que son épaule s’est rapprochée de la mienne, dans un virage, elle reprend le dialogue que nous avions à peine entamé. Quelle bonne surprise. Après que nous nous soyons tus pendant quelques minutes, je constate avec plaisir que la conversation re prend beaucoup plus loin que nous ne l’avions laissée. Comme si les corps, profitant du silence, avaient avancé tout seuls sur le chemin de la connaissance. Je l’observe un peu mieux. Son visage, qui tout de suite m’a frappé par la pré cision de ses traits, finit de tout à fait me séduire. Des cheveux longs et lisses, d’un noir absolument parfait. Une peau mate, sans le moindre défaut. Si je vou lais lui donner un âge, je dirais qu’elle a tout juste en tamé ses trente ans. Quant à moi, et c’est pour ça que je donne cette précision, j’ai la veille même fêté mes quarante ans. De quoi parlonsnous. Je ne sais même pas. Certainement nous disonsnous des choses ba nales, comme les avantages de telle ou telle compagnie, les horaires comparés de tel ou tel moyen de transport pour se rendre à l’aéroport. Tout ce dont je me sou viens, c’est que j’apprends à ce momentlà que nous monterons dans le même avion. Au milieu de tous les autres passagers, nous avons créé une bulle autour de nous. Et voilà que cette bulle pourrait réellement nous englober. Peutêtre que je lui plais. Elle en tout cas, c’est certain, et avec une évidence que je n’avais pas connue depuis longtemps. Elle semble s’amuser de cette attirance.
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Son fin visage brun, comme d’une andalouse, s’anime d’une agitation sans aucun rapport avec ce qu’elle me dit. Sans conteste, elle fait donner toute la mesure de son charme. Des sourires de plus en plus appuyés, des mouvements de ses mains vers moi, une façon de bouger son corps qui me permettent tous les espoirs. Se pourraitil qu’un phénomène de reconnais sance soit à l’œuvre entre nous. Deux inconnus que le hasard met en contact, et qui se sentent aussitôt atti rés l’un vers l’autre, comme s’ils étaient destinés l’un à l’autre. Je n’ai jamais cru à ce genre d’histoire. Il n’y a que des moments particuliers, et des amours contingentes. Tout en lui parlant, je ne cesse d’interroger son visage. Guettant le moment où elle m’affirmerait, au contraire, que cette attirance, si surprenante, ne peut être le fait du hasard. Et que dès notre arrivée, nous devrions nous jeter l’un sur l’autre sans même prononcer un mot. Tant nos deux corps auraient à se dire. Nous parvenons à l’aéroport. Je la perds de vue. Elle disparaît alors que j’enregistre mes bagages. Dans tous les visages autour de moi, dans toutes les silhouettes qui s’entrecroisent, je cherche son allure longiligne. Son visage de parfaite miniature. Ne la trouve pas. Où estelle passée. N’y avaitil là qu’une illusion. Ce dont j’avais eu peur vatil se révéler exact. Et Karen n’estelle apparue que pour me faire sentir son absence. Je ne la retrouve qu’au moment de l’embarque ment. Elle vient s’asseoir à côté de moi, dans le hall d’attente. Un livre sort de son sac. L’un des derniers prix littéraires. Un livre de femme qui parle des hommes.
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L’occasion serait toute trouvée pour parler de ce qui semble nous intéresser. Les phrases auraient à peine besoin de masquer le véritable objet de la conversation. Je regarde ses mains manipuler le livre. L’ouvrir, le refermer, faire semblant de le commencer. Je tourne et je retourne dans ma gorge les pre miers mots qui devraient en sortir. Mais quels mots dire làdessus. Ce sont les corps qui ont envie de se parler. Bizarrement, le fait d’avoir sorti ce livre, et de donner un support encore plus évident à notre trouble, n’aide en rien à l’exprimer. Comme si la chose, déjà dite par cet objet, ne pouvait plus se dire. Je me tais. Plus tard, nous le dirons. Voilà ce que je pense à ce momentlà. Si le hasard continue de veiller sur nous, il poussera bien l’obligeance jusqu’à nous placer côte à côte dans l’avion. Au milieu des nuages, les langues se délieront. Elle me précède pour se rendre au guichet de dé part. Je remarque encore mieux le parfait goût de son habillement. Le soin pointilleux qu’elle apporte à sa coiffure. Retenue par un bandeau en velours satiné. La qualité de ses bas, de ses chaussures. Le cuir pleine peau d’autruche de son sac. Son allure à la fois nonchalante et d’une séduction sûre d’elle. Le mélange si rare de sexy et de distinction. La découvrant encore mieux parce qu’elle est de vant moi, je m’interroge également sur moimême. Sa mise si étudiée, le soin si évident qu’elle ap porte aux moindres détails de sa toilette, je ne pourrais en trouver aucun équivalent chez moi. C’est pourtant le genre de femmes qui m’attire. Et parfois, fautil croire, le sentiment est partagé.
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