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Destins croisés tome 2

De
132 pages


Estelle est une jeune femme dynamique, franche, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui met tout en œuvre pour obtenir ce qu’elle désire.
Frédéric est un jeune homme un brin macho, sûr de lui – enfin c’est ce qu’il essaye de faire croire, mais qui ne parvient pas à faire confiance aux femmes et nouer une relation durable. Il considère Estelle comme une simple amie, du moins jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux et comprenne que la demoiselle veut le plus si affinité avec lui.
Deux êtres qui se connaissent depuis longtemps, mais que tout oppose qui vont cependant réussir à s’apprivoiser sur un chemin semé d’embûches.
Mais le danger rôde et Estelle va devenir la proie d’un odieux individu qui va faire en sorte de détruire leur relation naissante. Qui est cet homme et pourquoi lui veut-il du mal ?

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A. J. Orchidéa

 

 

 

Destins croisés

Tome 2

 

Estelle & Frédéric

 

 

 

Illustration : Néro

 

 

 

Publié dans la Collection Vénus Rouge,

Dirigée par Elsa C.

 

 

 

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© Evidence Editions 2017

 

 

 

Quelques explications

 

 

 

Avant que vous ne commenciez votre lecture, je me dois de vous préciser quelques petites choses.

Tout d’abord, comme le tome 1, ce livre est raconté de 2 points de vue : ceux d’Estelle & Frédéric. Vous trouverez aussi un autre point de vue intercalé après chaque chapitre impair (à partir du chapitre 5). Je ne vous en dis pas plus pour préserver un peu le suspense.

Ce second opus est découpé en 2 parties.

La 1ère partie – hors prologue – (du chapitre 1 au chapitre 10), se passe sur la même période de temps que le tome 1. Ne vous étonnez cependant pas si certains points du tome 1 ne sont pas repris dans ce tome, c’est tout simplement parce que j’ai voulu me concentrer uniquement sur l’histoire d’Estelle et Frédéric.

La 2ème partie (du chapitre 11 à l’épilogue) se passe 1 an plus tard.

J’espère que ma façon de construire ce tome 2 ne vous gênera pas dans votre lecture.

Une dernière chose, attendez-vous à être surpris et j’espère que cette histoire vous plaira.

Je vous laisse maintenant découvrir enfin :

Estelle & Frédéric

Bien à vous,

A.J. Orchidéa

 

Prologue

Frédéric

 

 

 

Je n'ai jamais fait comme tout le monde et je peux donc vous dire que mon choix de carrière n'a pas vraiment fait l'unanimité auprès de mes parents. J'ai été élevé dans le luxe et l'opulence, mais j'ai toujours rejeté toute cette superficialité dans laquelle mes géniteurs n'ont eu de cesse de vouloir m'enfermer. Pourtant, lorsque j'ai intégré l'école de police – pour suivre les traces de mon paternel –, ils ont accepté ma décision sans s’y opposer. Seulement, tout s'est gâté quand je leur ai dit que j'arrêtais. La discussion s'est avérée plutôt houleuse pour finalement s'envenimer à partir du moment où je leur ai appris que j’avais l’ambition de devenir détective privé. Ils ont essayé par tous les moyens de m'en dissuader, car ils estimaient que ce n'était pas un métier assez prestigieux. Mon père – commissaire divisionnaire de son état – m'a donc posé un ultimatum et je me souviens de la conversation comme si c’était hier.

 

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Nous étions dans son bureau, à la maison, et je tentai de faire valoir mon point de vue, mais bien évidemment, il refusait de m’écouter – il faut dire que parfois il était aussi buté qu’un âne :

— Il est absolument hors de question que tu abandonnes ta formation, avait-il hurlé rouge de colère.

— Mais je ne m’y sens pas à ma place.

— Tu dois y mettre du tien si tu veux arriver à faire quelque chose de ta vie.

— Justement, c’est de MON avenir qu’il s’agit et si je t’en parle, ce n’est pas pour que tu m’en empêches, mais que tu me soutiennes.

— Tu es mon fils et tu feras ce que j’ai décidé. Ici, c’est moi le chef !

— Si tu voulais écouter ce que j’ai à te dire peut-être que tu comprendrais…

— Quoi donc ? De toute façon, ce n’est pas négociable.

Je m’apprêtais à me révolter lorsqu’il leva sa main, pour m’enjoindre à me taire, avant de poursuivre :

— C’est bien simple, tu as le choix : soit tu retrouves la raison et tu reprends ta formation, soit tu peux dire adieu à ta vie sous mon toit et tous tes privilèges.

Je fus tellement soufflé par cet ordre que je n’avais pas su quoi lui dire. Il avait alors ajouté, d’un ton froid et sec :

— Tu as jusqu’au repas de ce soir pour me donner ta réponse.

Il avait ensuite tourné les talons et était sorti de la pièce d’une démarche énergique et tendue, me laissant seul avec mes réflexions.

 

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Je n'ai pas besoin de vous préciser quelle a été ma décision. J'ai emballé mes affaires et je suis parti. Leur argent, je n'en avais que faire, ils pouvaient se le garder. C'est donc comme ça que j'ai atterri sur le pas de la porte de mon meilleur ami : Antoine.

Il m’a accueilli à bras ouverts et je ne l’en remercierais jamais assez. Il est tombé des nues quand je lui ai raconté ce que l’implacable monsieur Coste m’avait dit. Il n’a pas compris comment on pouvait renier son propre enfant. Je lui ai expliqué que c’était de famille. Mon aïeul était déjà ainsi et a élevé mon père de façon stricte. Aucune erreur, aucun acte de rébellion n'étaient tolérés dans sa maison. C'est donc tout naturellement que mon géniteur a reproduit, enfin essayé, ce qu'il avait toujours connu : une autorité exacerbée. De mon côté, je me suis plié à leurs exigences me concernant, mais tout s'est gâté lorsque j'ai été en âge de prendre mes propres décisions. Le patriarche de la famille Coste a tenté de réaffirmer son emprise sur moi en échouant lamentablement.

Quant à ma mère, je suis conscient que cela lui fait mal de ne plus voir son fils unique, mais je lui en veux encore plus de ne pas s’être opposée à mon père le jour où il m’a mis à la porte. Elle lui est tellement soumise, disant amen à tout comme si c’était parole d’évangile. Je sais depuis longtemps que je ne ferais jamais subir ce genre de choses à mes enfants, que ma femme sera mon égale et que nous prendrons nos décisions à deux.

Pour vous restituer un peu les évènements, toute cette histoire s’est passée en mille neuf cent quatre-vingt-seize, quelques jours avant mes dix-neuf ans. Si vous calculez bien, je n’ai plus aucun contact avec ma famille depuis dix-huit ans. J’en suis le premier désolé, mais je ne pouvais pas les laisser me diriger. Pour tout vous dire, je ne regrette pas d’avoir tenu tête à mon paternel, car j’ai maintenant la vie que j’ai toujours souhaitée. Je dois aussi avouer que si tout était à refaire, j’agirais exactement de la même manière. Être enfermé dans une cage dorée et obéir aveuglément aux ordres : très peu pour moi. Je suis un rebelle et j’assume.

Faisons un petit retour en arrière de quelques années, si vous êtes d’accord et si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. C’est moi qui raconte l’histoire, alors j’ai tous les droits. Donc je disais…

Nous sommes en mille neuf cent quatre-vingt-seize et mon père vient juste de me mettre à la porte parce que je ne veux pas rentrer dans le « moule ». J’emménage donc chez mon meilleur ami. À cette époque, je sais déjà que je désire devenir détective privé. Comment vais-je m’y prendre ? C’est un grand mystère, car à ce moment-là, il n’existe pas vraiment de formation ni de diplôme. En attendant de trouver, je vis de petits boulots afin de participer aux frais.

Cinq ans plus tard, j’en ai assez. J’ai l’impression de tourner en rond et plus aucun travail ne me convient. C’est là que mon ami va me donner l’idée de commencer des études de droit. Une solution qui me semble excellente et, je le sais, me sera utile pour le métier que je veux faire.

C’est ainsi que cinq nouvelles années passent, jusqu’à ce que j’apprenne qu’en deux mille six, un diplôme d’état : « enquêtes privées » est créé à l’Université Panthéon-Assas – Paris II. Après avoir réussi mes examens de droit, je quitte Aix-en-Provence pour m’installer dans la capitale. Ce n’est que pour un an – deux, tout au plus – et de toute manière je reviendrai dans mon sud natal.

Finalement, trois ans plus tard, ma certification en poche et deux années de stage dans l’agence d’un privé professionnel, je suis enfin de retour à Aix-en-Provence. Antoine m’accueille de nouveau dans sa maison, mais ce n’est que provisoire, car je vais tout faire pour remédier à la situation le plus vite possible même s’il m’a dit que cela ne le dérangeait pas. Il me l’a clairement fait comprendre, mais j’ai envie d’avoir mon propre chez moi. J’ai l’impression d’abuser de son hospitalité, même si ce n’est pas le cas comme il me l’a maintes fois répété.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à me trouver un logement et un endroit pour y installer mon agence de détectives privés.

Ce n’est qu’un mois plus tard que je mets enfin la main sur ce que j’imaginais dans ma tête. J’ai déniché le lieu parfait : un local qui a pignon sur rue et un appartement juste au-dessus. Une véritable aubaine. Je n’en espérais pas tant, mais c’est exactement ce qu’il me fallait.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur moi, et surtout comment j’en suis arrivé là, laissons place à l’histoire qui vous intéresse : ma rencontre avec Estelle.

 

 

 

 

Chapitre 1

Estelle

 

 

 

Comme tous les lundis matin lorsque j’arrive au cabinet, et ce depuis quelques semaines, je tombe sur un bouquet de roses rouges – dans un vase en verre carré – posé devant la porte. Je m’en saisis, hume le parfum qui s’en dégage et prend la carte qui y est accrochée. Elle n’est pas signée – comme toutes les autres – et seule une lettre est inscrite en bas à droite : cette fois-ci, un « R ». Cela m’a toujours intriguée, mais je n’ai jamais réussi à comprendre ce que cela signifiait – d’autant plus qu’elle est différente sur chacune. J’espère que mon admirateur secret finira par se dévoiler. Ce petit rituel dure depuis huit semaines environ et au-delà de me flatter, cela m’inquiète quand même un peu. Je mets mon anxiété de côté et respire à nouveau les roses rouges dont l’odeur me rend gaie pour toute la journée.

Je ne vous l’ai pas encore dit, mais je travaille pour Me Antoine de Filippi, avocat spécialisé en droit pénal. Je suis là depuis le premier jour, enfin presque. Je me souviens de notre première rencontre comme si c’était hier.

 

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Quand je me suis présentée pour le poste de secrétaire juridique, j’ai cru un instant que je m’étais trompée d’adresse. La salle d’attente était remplie de jeunes femmes qui semblaient tout droit sortir d’un magazine de mannequins. Elles étaient toutes maquillées à outrance et habillées comme si elles allaient défiler sur un podium. J’ai donc regardé dans mon agenda et constaté que j’étais bien au bon endroit. Où étais-je tombée ? Cependant, j’ai saisi le pourquoi du comment quand mon futur employeur est venu chercher la prochaine candidate : un individu très séduisant et charismatique. La postulante qui était assise à mes côtés a même poussé un soupir fort peu discret en le dévorant des yeux. Honnêtement, je n’ai pas compris pourquoi ; certes, il a du charme, mais cela s’arrête ici. Ce n’est pas du tout mon genre et puis de toute manière, je suis là pour trouver un travail, pas pour mettre la main sur l’homme de ma vie.

Quand toutes les autres candidates ont été reçues et que mon tour est venu, je l’ai accompagné dans son bureau et j’ai patiemment attendu qu’il m’invite à m’installer dans le fauteuil en face de lui. Ce jour-là, j’ai donné le meilleur de moi-même, sans chercher à le charmer. À quoi bon cela m’aurait-il servi pour obtenir ce travail ? C’est certainement cela qui lui a plu chez moi, en plus de mon C.V. bien entendu, parce qu’il n’a même pas réfléchi et m’a engagée sur-le-champ.

 

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Cela fait donc cinq ans que nous collaborons et tout se passe pour le mieux. Nous formons un excellent duo. D’ailleurs, son meilleur ami Frédéric – un détective privé qui l’aide pour certaines de ses affaires – s'amuse à nous surnommer : les inséparables.

En parlant de ce dernier, il correspond tout à fait à mon type d’homme : grand, brun, des yeux bleus-gris, et un sourire à tomber. Je suis sous le charme, mais cela ne semble pas être réciproque. J’ai pourtant remarqué son regard qui s’attarde sur moi de temps à autre, cependant je ne comprends pas pourquoi il ne tente rien. Quand j’essaie de faire un pas vers lui, il en fait dix en arrière. C’est terriblement frustrant. Je ne sais pas comment m’y prendre pour qu’il ouvre les yeux, lui montrer qu’il est à mon goût et que je veux être plus qu’amie avec lui.

Il débarque, ce matin-là, avec un quart d’heure d’avance pour son rendez-vous avec Antoine. Seulement, ce dont il n’a pas connaissance, c’est que mon patron sera en retard. Je vais l’avoir tout à moi pendant presque une heure, en profiter pour le pousser dans ses retranchements et, pourquoi pas, le faire craquer. Il s’installe sur la chaise qui me fait face et allonge ses jambes en posant ses pieds sur le coin de ma table. Je lui jette un regard noir et lui lance :

— Ne te gêne pas surtout ! Retire-moi cela de là, lui dis-je en tapant sur ses bottes.

— Tout ce que tu voudras Rayon de soleil, me répond-il en s’exécutant.

Il se penche en avant, appuie ses coudes sur le bureau et me demande :

— L’avocat est dans son antre ?

Je me mets dans la même position que lui tout en me rapprochant, si bien que nos visages ne sont plus séparés que de quelques centimètres et lui rétorque à voix basse – un peu sur le ton de la confidence – en le fixant dans les yeux :

— Tu es à moi pour les soixante prochaines minutes.

L’éclat rieur dans ses prunelles s’éteint, il se recule à une vitesse affolante – comme s’il s’était brûlé – et je vois sa pomme d’Adam tressauter d’inconfort. Qu’est-ce que je vous disais ? Il n’arrête pas de souffler le chaud et le froid. L’instant précédent, il me sert un regard de braise et le suivant il agit en totale contradiction en me fixant d’un air agité. Il se réinstalle au fond de son siège en se détournant pour porter son attention sur un point au-dessus de ma tête et ajoute – comme s’il venait de se souvenir de quelque chose :

— Oh ! Merde ! C’est vrai, on est le vingt et un !

— Oui, Sherlock, c’est souvent le cas après le vingt, lui réponds-je du tac au tac et plus sèchement que voulu.

Il relève ses prunelles, qui ont retrouvé leur gaieté, sur moi et me demande :

— Un problème, Estelle ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as mangé du lion ce matin pour ton petit déjeuner ?

Son hilarité me fait littéralement sortir de mes gonds et je l’apostrophe de façon plutôt virulente.

— Et toi ? Tu n’en as pas marre de me lancer des signaux sans jamais aller au bout de tes actes ?

— Attends une minute, ma belle ! J’ai dû rater un épisode ou deux. De quoi parles-tu ?

Oups, je crois que j’en ai trop dit, mais maintenant c'est trop tard et il faut que poursuive ma pensée jusqu’au bout. Je prends une grande inspiration et ouvre les vannes :

— En fait, j’ai juste l’impression que je suis complètement transparente à tes yeux, que tu luttes en permanence pour ne pas craquer et de n’être finalement pas assez bien pour toi. Que faut-il que je fasse pour que tu daignes t’intéresser à moi autrement que comme une bonne copine ?

J’y suis allée un peu fort, mais en même temps si je ne lui dis pas ce que je garde pour moi depuis trop longtemps, c’est la crise de nerfs assurée. Je ne peux m’empêcher de me replonger dans un passé finalement pas si lointain que ça.

 

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Je l'ai rencontré à peine quelques jours après ma prise de poste au cabinet d’avocat d’Antoine. Jusqu’alors, je n’avais jamais cru au coup de foudre au premier regard. Tomber amoureuse d’un homme que je ne connaissais pas était bien la dernière chose que j’avais envisagée. Il m'a immédiatement attirée au-delà du raisonnable ; occupant toutes mes pensées. J’ai essayé de lutter contre les sentiments que je développais jour après jour pour lui, mais c’était trop dur et j’ai fini par me laisser envahir. J'ai aussi tenté – à de nombreuses reprises et par tous les moyens – de lui montrer qu'il me plaisait. Il donnait l’impression de ne pas s’en rendre compte et cela me mettait en rage. Peut-être n’étais-je pas assez directe ? Pourtant, certaines fois, il me semblait bien qu'il remarquait mes entreprises d’approches qui devenaient de plus en plus évidentes, car certains de ses regards à mon endroit ne trompaient pas. Très vite, je n’ai plus supporté tous ces non-dits et pire encore, qu'il instaure une certaine distance entre nous. Je souhaitais qu'il ouvre enfin ses jolies mirettes avant qu'il ne soit trop tard, mais rien n’y faisait et il persistait à me voir comme une simple amie. Je lui ai laissé une dernière chance d’enlever les œillères qu’il avait devant les yeux quitte à le bousculer un peu pour arriver à mes fins, mais rien n’y a fait. Il a fait semblant de ne pas comprendre où je voulais en venir et s’est borné à me traiter « presque » comme une petite sœur. J'ai cédé et accepté l’amitié qu’il me proposait implicitement. C’était toujours mieux que rien.

 

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Je reviens au moment présent et constate qu'à peine quelques secondes se sont écoulées. Il n’a pas réagi et j’ai l’impression qu’il s’est transformé en statue de cire. Seuls ses yeux gris-bleu me jaugent et je vois une multitude d’émotions s’y refléter. Je ne suis plus très sûre et j’en viens à me demander si j’ai eu raison de lui dire tout cela, de lui ouvrir mon cœur.

Je secoue la tête et pense qu’il est temps que je prenne les rênes de notre histoire parce que si j'attends après lui, nous ne sommes pas prêts de former un couple un jour. Tout à coup, alors que je m’apprête à faire un pas vers lui, il me surprend en bougeant. Il avance vers moi et je vois clairement qu’il lutte. Il s’arrête devant moi. Que va-t-il faire ? Je suis stoppée dans mes réflexions par sa bouche qui se pose sur la mienne. Je suis incapable de faire un seul mouvement ni de répondre à son assaut et même si je suis ravie qu’il se soit enfin décidé, je ne cesse de me demander pourquoi cela lui a pris autant de temps. J’en suis là de mes pensées quand je sens ses lèvres quitter les miennes. J’ai immédiatement la sensation d’être aussi vide qu’un puits sans fond et mon trouble s’accentue tandis qu’il s’éloigne définitivement de moi en se dirigeant vers la porte. Il pose sa main sur la poignée, se retourne et lance d’une voix à peine audible et dans laquelle je perçois une légère agitation et du regret :

— Je dois y aller. Dis simplement à Antoine que je le verrais un autre jour.

Je le regarde partir en cherchant à déchiffrer son comportement, mais son attitude me laisse complètement perplexe. Plusieurs sentiments m’assaillent d’un seul coup : la joie, la méprise, la haine et le plus fou de tous, l’amour. Comment puis-je être attirée par un homme aussi insensible et inconstant ? C’est à n’y rien comprendre. Pourquoi m’a-t-il embrassée si c’était pour se sauver comme un voleur l’instant d’après ? Je rejoins mon fauteuil et m’y laisse tomber. Un élan de rage me submerge et je tape de mon poing sur mon bureau qui tremble sous le choc. Je m’y accoude, me prends la tête dans les mains et reste prostrée dans cette position. Je sais que je dois être plus forte que cela, mais la digue de mes émotions se rompt et je me mets à pleurer sans pouvoir me retenir ni m’arrêter.

 

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Je quitte le bureau en fin de journée dans un état de nerf extrême et je suis contente qu’Antoine n’ait rien remarqué de mon trouble. Et même si c’est le cas, je lui en suis reconnaissante de n’avoir rien dit. Je me voyais mal lui expliquer ce que Frédéric a fait, après tout c’est entre l’autre idiot et moi. Cependant, je ne cesse de penser à ce qu’il s’est passé entre nous ce matin et je rage, car je ne comprends pas comment Frédéric a pu oser m’embrasser et me laisser en plan comme ça. Je ne sais plus comment je dois considérer les choses. Certes, il a fait un pas vers moi, mais il m’a planté au beau milieu de notre échange. Est-ce mon absence de réaction qui l’a fait fuir ? Ou alors a-t-il songé qu’il avait fait une erreur ?

À force de trop cogiter, je plonge de nouveau dans une profonde tristesse et ne fais rien pour arrêter les larmes qui dévalent mes joues. Leur saveur salée me laisse un goût encore plus amer quant à cette situation et je me demande bien comment réussir à y remédier. Enfin, surtout parvenir à savoir ce qui cloche chez lui pour qu’il lutte de la sorte avec moi.

J’ai dû m’assoupir, car je suis réveillée par un rêve érotique dans lequel Fred et moi nous faisons l’amour. J’ai chaud et je suis légèrement mal à l’aise, mais après tout, si je ne peux pas l’avoir dans la réalité, je vais – pour ce soir – donner libre cours à mes fantasmes. Cela fait un petit moment que je ne me suis pas donné du plaisir toute seule et puis, comme le dit le dicton : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Je me déshabille lentement, ferme les yeux et m’abandonne à l’atmosphère pesante qui s’empare de moi et de mes sens à fleur de peau en imaginant l’objet de mes désirs me faire toutes les choses délicieuses que j’espère en secret.

Je frissonne quand je visualise très clairement qu’il caresse du bout de ses doigts mes seins qui se contractent et s’alourdissent. Mon corps se tend tandis que sa main invisible glisse d'une façon exquise vers mon ventre laissant une traînée brûlante, parsemant mon épiderme de chair de poule. Ses gestes sont lents et délicats et mettent tous mes sens en alerte sans que je puisse parvenir à deviner sa prochaine destination.

J’ouvre doucement les yeux, m’attendant à le trouver près de moi. Bien évidemment, la pièce est vide. Mon regard s’attarde sur l’horloge fixée au mur et je constate qu’il est déjà tard, mais je ne suis pas fatiguée. Je referme mes paupières et replonge avec délice dans mon rêve. Je lâche un petit soupir alors que ma main vient se poser sur mon sexe brûlant et humide. Mon bas-ventre se met à chauffer intensément et en bougeant légèrement mon bassin, je sens que je mouille de plus en plus. Je suis complètement trempée. Je ne peux pas rester dans cet état-là, il faut que je fasse quelque chose pour apaiser le feu qui se propage en moi.

Je me cale dans mon canapé, tout en laissant mes idées vagabonder et en imaginant les positions différentes que Frédéric et moi pourrions adopter, quand il se sera décidé. Mes paupières se baissent et je m’abandonne. Je flatte mon intimité toujours aussi mouillée, les jambes écartées de la plus vulgaire des façons. Je suis tellement prise par les sensations que j’ai l’impression que mon fantasme est réel et je cherche à me persuader que je ressens sa présence. Je m’enfonce un peu plus dans ma chimère et le vois assis en face de moi en train de m’observer me donner du plaisir. Son regard glisse sur mon corps nu et frissonnant.

Je m’arrête quelques instants pour essayer d’endiguer le flot d’émotions troublant qui m’assaille, mais je n’en peux plus et replonge ma main sur mon sexe. Je m’installe plus confortablement dans le canapé, les cuisses toujours – si ce n’est plus – ouvertes. Mon index glisse de droite à gauche sur mon bouton de plaisir. Je le frôle puis appuie plus fortement, sentant sous mon toucher la pulpe de mes lèvres.

J’entre complètement dans mon fantasme et le laisse m’envahir. Les images me viennent à cause de l’excitation qui est déjà à son summum. Tout défile devant mes yeux sans même que je ne les choisisse et par intermittence, je vois Fred me lécher. Je me prends au jeu et me lance – en boucle – des mots de plus en plus crus qui ne font que m’enflammer davantage et tout en relevant mon bassin sous le plaisir, je perçois ce qui m’entoure en constatant que le seul bruit que j’entends c’est ma respiration lourde et erratique.