Destins de Verre

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Destins de Verre interroge sur la fragilité de nos existences à travers l'histoire d'Anne et Mathieu que tout séparait socialement. Un amour impossible. Mais le coup de foudre, ça existe et il perdure. Quand un événement inattendu vient entraver leur vie. Ils se quittent .... Sans jamais se quitter. Haletant jusqu'au bout, leur aventure est pleine de rebondissements. Chemin faisant, le récit promène le lecteur de Paris à une petite commune rurale, de la guerre d'Algérie à Venise l'enchanteresse à travers la vie d'un jeune médecin.


Publié le : mercredi 7 octobre 2015
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EAN13 : 9782332972941
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ISBN numérique : 978-2-332-97292-7

 

© Edilivre, 2015

Destins de Verre

 

 

Les liens de Mathieu Lefaure avec la religion étaient inexistants. Certes, il avait été baptisé et avait fait sa première communion, mais seulement sous la pression attentionnée de ses grands-parents paternels, petits agriculteurs beaucerons, traditionnellement pratiquants. Le père de Mathieu, plus attaché à la sécurité d’un médiocre salariat administratif, et réfractaire aux travaux des champs, appartenait à cette frange de petits fonctionnaires syndiqués, devenant athées en même temps que citadins. Sa femme, peu ou pas concernée par un quelconque engagement, suivait docilement les pas de son mari.

Venu faire ses études de médecine à Paris, Mathieu fut vite approché à la Fac par de jeunes étudiants communistes. Ils l’introduisirent dans une cellule, et il obtint sa carte du parti. Il se sentit assez vite mal à l’aise dans ce milieu trop dirigiste, qui prétendait expliquer, informer et instruire sur les hommes et les sociétés, mais dont l’intention réelle était de propulser la jeunesse dans une lutte révolutionnaire. L’endoctrinement des idées de Marx, qui servait de fondement à la culture du militant, l’indisposait. S’il participa à quelques manifestations et défilés, il sentit bien vite qu’il s’égarait dans une idéologie qui ne changerait en rien le cours de ce monde dont aucune puissance, selon ce qu’il percevait, n’avait la maîtrise. Esprit indépendant, il abhorrait l’alignement, préférait comprendre par lui-même, à travers ses rencontres, ses propres lectures, et le regard qu’il était amené à porter sur le monde. Dans sa configuration politique, le mot cellule l’étouffait ; lui, l’étudiant avide de science médicale, ne voyait dans celle-ci que l’unité fondamentale de tout être vivant.

Dans cette seconde moitié de la décennie 1950-1960, les événements qui agitaient l’esprit des Français étaient surtout la fin de l’aventure indochinoise et les prémices de la guerre d’Algérie.

Rapidement, refusant un enfermement doctrinaire, Mathieu donna la préférence de son temps libre à l’activité sportive. Lui, dont la grande taille et les épaules carrées ne passaient pas inaperçues, ressentait le besoin d’une dépense physique, de mouvoir son corps, de le mettre à l’épreuve de l’effort sain et même de la souffrance, plutôt que de s’égarer dans des idées imposées et des élucubrations stériles. La salle de gym du Paris Universitaire Club, au stade Charléty de la Porte de Gentilly, fut sa terre d’élection. Là, il se joignit à un groupe d’étudiants en médecine qui formait une équipe de basket-ball. Il retrouvait un sport qu’il avait déjà pratiqué en compétition scolaire au lycée de Chartres.

Le cinéma lui apportait aussi des moments de détente heureuse. La petite salle d’art et d’essai « Le Champollion », au Quartier Latin, grande comme un mouchoir de poche, était sa préférée. De surcroît, le prix des places était modique, même pour un étudiant peu argenté. On y projetait des films anciens, mythiques, cultes, dont l’éventail allait du « Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein aux « Enfants du Paradis » de Marcel Carné.

Dans son admiration des grands acteurs, Louis Jouvet l’emportait ; visage en lame de couteau, regard froid, perçant, gestuelle mesurée et combien efficace, air austère et cynique, et surtout diction unique, parfaite, syncopée qui, disait-on, serait le correctif d’un bégaiement premier. Pour Mathieu, « Le docteur Knock ou le triomphe de la médecine » dessinait l’horrible et détestable caricature de l’image qu’il se faisait de son futur métier, ce charlatanisme qu’il ne supportait pas mais que Jouvet rendait si drôle. Bien plus tard, quand Mathieu dans son cabinet examinait un patient, il lui arrivait d’esquisser un sourire intérieur en se remémorant la fameuse phrase que l’acteur y prononçait avec une hilarante gravité : « Attention, attention, ne confondons pas ; ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? ». Et parfois, quand il auscultait un sujet souffrant d’une affection respiratoire, il ne pouvait s’empêcher d’entendre cet échange verbal entre le Docteur Knock à la mine sévère et renfrognée et l’homme transi de peur qui se trouvait devant lui : « Vous fumez ? » « Non, je chique. » « Défense absolue de chiquer », proférée d’une voix tranchante, qui ne laissait pas de place à la désobéissance.

A côté de ces films mythiques qu’il revoyait volontiers, Mathieu ne manquait pas certains films qui sortaient.

Il y eut la déflagration provoquée par le film « Et Dieu créa la femme », titre au demeurant sacrilège d’une sentence biblique, qui fit d’une jeune actrice débutante, Brigitte Bardot, un « sex symbol » à l’échelle planétaire. Puis arriva la Nouvelle Vague avec Truffaut, Godard et quelques autres qui rompaient avec les schémas traditionnels du cinéma, dans la narration et la façon de filmer, en donnant libre cours au jeu quasi improvisé d’une nouvelle génération d’acteurs.

En quelques occasions, Mathieu remontait le boulevard Saint-Michel pour prendre un pot au Capoulade, point de rencontre de la jeunesse estudiantine, à l’angle de la rue Soufflot, face au jardin du Luxembourg. Sur le trottoir, un original, Ferdinand Lope, tenait séance autour d’un cercle de curieux. Candidat farfelu à la Présidence de la République, il exposait son programme. En cas d’élection, il s’engageait à prolonger le Boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer et à ramener la grossesse des femmes de neuf à sept mois !

Sport et cinéma furent les distractions nécessaires à celui dont la préoccupation première, existentielle, demeurait de réussir ses études ; il était empressé de les terminer pour s’adonner à un métier tant souhaité.

Le déclic de sa vocation remontait à un jour précis de son enfance, lorsque le médecin de famille, avec un sérieux chargé d’une chaude empathie, se pencha pour ausculter le petit malade qu’il était. Un moment inoubliable. Une émotion d’une violente intensité qui avait envahi tout son être. La découverte d’un modèle humain qui hanterait sa vie.

Les parents de Mathieu étaient de petits agents de l’Etat. Ils vivotaient, aigris. Dans un horizon terne et rétréci, brillaient une lumière et une espérance, leur fils et son choix professionnel. Leur morne vie soumise lui insuffla le désir d’exister par lui-même. S’armer pour être le moteur de son destin, le maître de la conduite de ses actes.

Mais plus encore que ce besoin d’indépendance et de reconnaissance, il y avait, confusément ressenti, un appel lointain fort, à aider, à servir, à soigner en donnant le meilleur de soi-même ; il l’entendait comme une voix venue de l’intérieur.

 

 

Pour Mathieu, les deux premières années d’études furent exemplaires de routinière simplicité. Les journées se déroulaient avec l’immuable régularité d’un métronome. Le matin, à l’hôpital, visite prolongée en salle de malades puis rapide déjeuner au réfectoire ; l’après-midi, à la faculté, séances de travaux pratiques puis cours magistraux dans un amphithéâtre régulièrement bondé, avec des étudiants assis sur les marches d’escalier ; dîner au restaurant universitaire ; et pour terminer, à domicile, jusque tard dans la nuit, préparation des examens partiels puis de fin d’année.

Il logeait boulevard Saint Germain, dans une chambre mansardée d’un bel immeuble haussmannien louée à petit prix. Les six étages à hautes marches en bois de l’escalier de service en colimaçon lui apprirent vite à ne rien oublier en quittant et rentrant chez lui. L’orientation vers l’ouest faisait, encore à une heure avancée, pénétrer la lumière du jour dans la pièce à travers un chien-assis, sorte de petite lucarne fenêtrée. Pour mobilier, il y avait l’essentiel ou le strict minimum, selon l’idée que l’on se faisait des nécessités, un lit d’une place, une mini-table de travail, une chaise, une petite armoire à linge et quelques étagères. Un lavabo avec eau froide et chaude occupait un coin. Les toilettes étaient communes, situées au fond du long couloir de l’étage. Une affichette écrite d’une plume appliquée, collée à l’intérieur de la porte rappelait à chaque utilisateur de « veiller à laisser l’endroit propre en le quittant comme vous l’avez trouvé en arrivant ».

La faculté était distante de quelques enjambées. C’était la Nouvelle Faculté de Médecine de la rue des Saints Pères, bâtie récemment sur l’emplacement où, jadis, s’élevait l’hôpital de la Charité, tenu par des moines de la congrégation des Saints Pères, venus de Rome, sur la demande expresse de la reine Catherine de Médicis. La façade de l’édifice s’ornait des effigies de personnages marquants de l’aventure médicale, depuis l’Antiquité jusqu’à la Renaissance, pour en rappeler les grandes étapes.

Les examens partiels, baptisés « colles » dans le jargon des carabins, se succédaient à un rythme trimestriel. Ils avaient comme nom ostéologie pour les os, myologie pour les muscles, histologie pour les tissus. Mathieu franchit chacune de ces étapes, nanti de la mention bien ou très bien. Il puisait dans ces bons résultats encouragement, confiance redoublée et soif d’avancer. Il était ardent, ambitieux, impatient comme beaucoup de jeunes provinciaux étudiants ou salariés arrivant à Paris.

A l’hôpital, il découvrit le contact avec les malades et la grande souffrance de certains. Il s’initiait à la pratique médicale. Pour les lits dont la charge lui était dévolue, il consignait sur un cahier dit d’observation l’histoire de la maladie, les données de son examen médical et le résultat des examens complémentaires.

L’activité du service gravitait autour de l’événement de la semaine, la visite du patron, le jeudi matin, visite à la fois redoutée et appréciée. Attendu dans un silence respectueux, l’homme arrivait dans la grande salle commune qui abritait une quarantaine de lits. Un cortège de médecins, d’étudiants et d’infirmières le suivait. En tête, la surveillante générale se reconnaissait à l’étoile dorée qui brillait sur le devant de sa coiffe blanche ; elle tenait ouvert entre les mains un grand cahier cartonné, prête à y inscrire toute requête de son demi-dieu.

Pour chaque cas présenté, l’étudiant concerné, en premier, lisait à haute voix son observation, infaillible témoignage de la qualité de son travail. Tout en écoutant d’une oreille attentive, le maître, assis sur une chaise au bord du lit du malade, le palpait, l’auscultait, scrutait le blanc de ses yeux, percutait les talons, genoux et poignets avec un marteau à réflexes. A son tour, il interrogeait le malade, impressionné de se trouver si important, au centre du débat : « Vos douleurs surviennent-elles au repos ou à l’effort ? Sont-elles localisées au dos ou irradient-elles à la fesse ou même jusqu’au pied ? Votre malaise a-t-il précédé ou suivi votre chute ? » Simples questions posées ou reposées pour s’assurer qu’elles correspondaient au contenu de l’observation. Les critiques qui suivaient étaient polies, raffinées dans leur expression, tantôt acerbes, sans ménagement, voire cruelles, tantôt élogieuses et encourageantes pour l’étudiant. Le cas était discuté sous tous les angles. Les assistants du patron s’en mêlaient, émettaient un avis. Enfin le grand homme argumentait, évoquait différentes hypothèses diagnostiques, justifiait le rejet de certaines puis concluait de façon magistrale. Souvent, il élevait la discussion, lui conférait une dimension élargie, à la lumière de sa propre expérience et des données toutes récentes de la littérature médicale sur laquelle il n’avait de cesse de se tenir informé.

Une fois par semaine, le lundi à huit heures, un cours était donné par un des vieux et fidèles collaborateurs du patron, sur une affection pour laquelle le service était plus spécialisé. Une atmosphère moins solennelle où questions et réponses prolongeaient l’exposé.

Mathieu, toujours avide d’apprendre, attachait un intérêt particulier à cet enseignement hospitalier, clinique, pratique, touchant de près l’humain, portant concrètement sur ce auquel il serait quotidiennement confronté dans son exercice. Il soignait ses dossiers, s’appliquait dans leur rédaction, s’évertuait à être concis, à dominer les problèmes, à retenir l’essentiel, à ne pas s’empêtrer dans les détails… Encore que, petits indices, ces détails parfois débusquaient le coupable : la maladie responsable, dissimulée sous des dehors trompeurs. Les critiques sévères de ses maîtres, il les acceptait, elles pouvaient le vexer, provoquer de la peine : « Votre interrogatoire et l’examen clinique sont bons mais souffrent d’un manque de réflexion dans leur analyse… » Ce faisant, elles le stimulaient et l’obligeaient à avancer, pareilles à l’aiguillon du berger.

Selon une règle bien établie, tous les semestres, il changeait d’hôpital, de service, passant d’une spécialité à une autre. De la sorte il découvrait Paris. Non pas le Paris des avenues majestueuses et des Grands Boulevards, des rues et des quartiers populeux où il aurait pu se complaire à flâner, mais celui des plans de la ville et des itinéraires souterrains du métro avec ses changements et ses stations de sortie. La Pitié-Salpêtrière, au sud, sur la rive gauche de la Seine, sur la ligne n° 10 ; Lariboisière, plutôt au nord près de la gare éponyme ; Tenon à l’est ; Broussais, pas loin de la gare Montparnasse, d’où il prenait le train pour partager à Chartres certaines fins de semaine avec ses parents.

Les différents passages hospitaliers, les chefs de service successifs le marquèrent d’une forte empreinte tout au long de sa vie de médecin et pour beaucoup dans sa vie d’homme. Le contact des petits et grands malades, le vécu de la souffrance, l’enseignement de ses maîtres, leur exemple lui apportèrent autant, voire plus que les connaissances livresques, théoriques.

Quelques figures parmi ses maîtres restèrent d’inoubliables modèles. Tel ce professeur, petit par la taille, grand par l’intelligence et le savoir, et d’une dimension hors normes par son côté humain. Il avait pleine conscience du devoir et de la responsabilité de faire de ses étudiants des hommes autant que des médecins. Il répétait à satiété : « La médecine est tout amour » : noble phrase de Paracelse, célèbre médecin et alchimiste suisse du XVIème siècle, qui avait demandé qu’elle fût inscrite en épitaphe sur sa tombe. « Il faut que vous donniez une âme à votre métier » insistait le patron avec passion. Puis, Janus à deux visages, il donnait libre cours à sa science et son savoir. La transmission était à ses yeux une obligation. De sa haute voix de stentor, il expliquait et enseignait, et, avec un regard chargé de bonté, il se tournait vers le malade et l’écoutait. Sa culture débordait le domaine médical. « Lisez, disait-il, L’Assommoir de Zola, vous y trouverez la plus fine description de la crise de delirium tremens. » A une autre occasion, parlant des centres des sens et de la mémoire dans le cerveau, c’était Proust qu’il évoquait et ses réminiscences involontaires provoquées par la vue, le goût, comme dans le fameux épisode de la madeleine trempée dans la tasse de thé. Un malade, originaire du nord de l’Italie devenait le point de départ d’une brève escapade culturelle dans Padoue, Venise et leurs trésors architecturaux. Son insatiable curiosité doublée d’une passion inassouvie à donner ce qu’il savait l’amenait à répéter : « Mon devoir est certes de former des médecins, mais aussi des hommes, des humanistes, des êtres ouverts et sensibles. L’un ne peut aller sans l’autre. » Il n’y avait en lui aucun étalage ostentatoire ou arrogance de savoir. Chaleureux, généreux, et le message passait, le charisme jouait, la contamination s’opérait.

Mathieu se souvint aussi, en souhaitant l’oublier, d’une triste figure cupide, avide, ne considérant la médecine qu’à travers son intérêt personnel, s’occupant prioritairement de sa clientèle privée et délaissant les obligations de son service, tenu vaille que vaille par des seconds non motivés, formés à son image.

Et il s’interrogea sur la présence de quelques pâles ou médiocres personnes dont il se demandait comment elles avaient accédé à un rang hospitalier élevé, hormis par un effet de caste, vestige de pratiques anciennes de nomination. Pour ces cas, fort heureusement l’exception, il jugeait le préjudice inestimable, pénalisant des générations d’étudiants dans la mesure où les chefs d’école étaient désignés pour exercer jusqu’à leur retraite.

 

 

L’entrée en troisième année de médecine s’annonça comme un tournant dans le déploiement de la vie de Mathieu, un glissement dans une nouvelle ère. Au demeurant, pourtant rien ne changea au début. Il occupait toujours la chambre de service du boulevard Saint Germain. S’il migra de la Nouvelle Faculté des Saints Pères à l’Ancienne Faculté de la rue de l’Ecole de Médecine, le quotidien restait le même.

Dans ce Quartier Latin chargé d’histoire et exhalant une jeunesse bouillonnante, il se sentait à l’aise, il en parcourait les rues tortueuses et étroites aux noms pittoresques, rue Gît-le-cœur, rue de L’Echaudé, traversait les passages cachés, empruntait les raccourcis. Comme les années passées, il se rendait à pied à ses cours.

Bien vite cependant, il réalisa que sa condition d’étudiant changeait, évoluait. L’approche du travail se montrait différente. L’effort personnel prenait le pas sur l’enseignement dirigé. L’assiduité aux cours magistraux n’était plus une nécessité ; leur fréquentation s’affaiblissait, l’assistance clairsemée en témoignait. L’atmosphère surchauffée des amphithéâtres durant les deux premières années avait disparu ; même les professeurs traînaient un certain ennui. Et pour cause, l’essentiel de la substance enseignée se retrouvait dans les manuels, en bibliothèque, ou dans des polycopiés. Les séances de travaux pratiques se faisaient plus espacées, moins prenantes, certes il fallait toujours en suivre mais dans les limites du minimum nécessaire.

En revanche, l’hôpital devenait prépondérant. Il fallait apprendre à reconnaître les maladies, savoir comment les traiter, en discerner les pièges, analyser les causes des échecs thérapeutiques et, pour les surmonter, définir les solutions quand elles existaient. Les limites de la médecine ainsi se dessinaient ; elle n’était plus la science exacte supposée être ; bien des domaines s’avéraient des champs d’ignorance ou de vastes étendues de mystère. Cependant, il fallait s’accrocher, écouter, examiner, ne rien négliger, rester près du malade, le décrypter dans son corps et dans sa tête, jauger les misères physiques sans méconnaître les faiblesses de l’âme ; l’un demeurant le pendant de l’autre. « Le mot clinique provient étymologiquement du latin clinicus et du grec kliné qui signifie le lit », ressassait en rengaine le professeur Dumoulin, un de ses patrons bien aimés. C’était donc au chevet du malade que l’apprenti médecin devait se tenir. Les examens complémentaires venaient en renfort et se confrontaient à la clinique qui allait de l’écoute attentive à un examen physique minutieux.

Les étudiants, dans l’intérêt de leur formation et… de leur budget, avaient désormais, à partir de la quatrième année, l’opportunité de prendre des gardes dans les hôpitaux publics et dans des établissements de soins privés où elles étaient rémunérées, certes de modeste façon. Mathieu, doté d’un bon sens paysan, prit la mesure de ce double avantage. Dans le même temps que son expertise médicale s’enrichissait, il se constitua un petit pécule qui, bientôt, lui permit de concrétiser un rêve, la possession d’un scooter, sublime moyen de mouvement, de libération, d’autonomie de déplacement, de gestion de son temps. A l’heure voulue, en fonction de ses obligations, à sa convenance, selon son bon plaisir, il se déplaçait sans contrainte, le matin pour se rendre à l’hôpital, le soir pour prendre ses gardes et à ses moments de liberté pour découvrir Paris, une ville encore presque inconnue de lui.

Un Paris vaste, ouvert au ciel, étendu, se prolongeant d’arrondissement en arrondissement, effaçant la vision restreinte des brusques émersions au jour qu’il avait connue jusque là en sortant des couloirs souterrains du métro pour retrouver son hôpital. Un de ses suprêmes moments de délectation, devenu un rituel : la ballade dans Paris le dimanche matin, en ces doux mois de mai et juin, dans la quiétude matinale, assez tôt, autour des neuf heures, alors que la ville, encore assoupie, se reposait d’un festif samedi soir. Le nombre des voitures qui circulaient se comptait ; les avenues et boulevards semblaient comme élargis ; les immeubles pour beaucoup construits dans le style du Second Empire, s’alignaient dans une tranquille uniformité. Une paisible douceur planait dans un air comme purifié. Les monuments se détachaient majestueux et racontaient leur histoire. Le Louvre et les jardins des Tuileries, l’Obélisque de la place de la Concorde, le Palais Bourbon, les Champs Elysées, le Champ de Mars et la Tour Eiffel, Les Invalides, le Panthéon, la Cathédrale Notre-Dame, le Palais de Justice, la Sainte Chapelle et La Conciergerie sur l’île de la Cité, la Place de l’Opéra, le Sacré Cœur sur la Butte Montmartre…

Mathieu, les fesses calées avec superbe sur la selle de son engin, avançait à la vitesse d’un observateur curieux, contemplait, s’émerveillait, jubilait devant tant de beautés mêlées à tant d’histoire.

La randonnée s’achevait-elle ? Non ! Mathieu se donnait encore le plaisir de longer les quais de la Seine, lascive épine dorsale de la ville, d’admirer la succession de ponts qui la traversaient. Chacun arborait ses particularités. L’heure avançait, les quartiers populaires, le ventre de Paris, s’animaient. Il était grand temps pour compléter le plaisir de terminer par un crochet au marché découvert de la Place d’Aligre ou à celui de la rue Mouffetard, grouillant de marchands à la criée, d’acheteurs empressés et de badauds encore mal réveillés.

Cette traversée réjouissante du dimanche matin dévoilait la frustration de Mathieu depuis son arrivée à Paris. Tel l’anachorète reclus dans son cloître, il s’était enfermé durant deux pleines années dans la dévotion médicale, ne s’octroyant que chichement des plages de répit, une séance de cinéma, une flânerie au Quartier Latin ou quelques tirs au panier sur un terrain de basket-ball. Et voilà qu’enfin il découvrait la capitale de son pays. Sa rencontre avec la Ville Lumière ne ressemblait pas à l’ingurgitation roborative de clichés poncifs fournis par l’antienne des guides touristiques au visiteur pressé. Dans l’enchantement de ballades riches en émotions esthétiques et de plongées dans l’histoire, il prenait son temps et son plaisir.

Pour autant, comme le cavalier maintenant sur son cheval la bride tendue, Mathieu ne relâchait pas son ardeur au travail. Sa détermination d’achever vite et bien ses études n’était jamais remise en question.

Cependant, des comportements, certains signes, trahissaient chez lui une évolution ; on oserait la qualifier d’émancipation sociale empreinte de parisianisme.

Imperceptiblement, il s’éloigna des étudiants provinciaux et se rapprocha des parisiens. Il ne refusa pas une veillée de Noël dans la famille de l’un d’entre eux. Des camarades d’hôpital, empressés de présenter à leurs parents ce garçon dont ils ne tarissaient pas d’éloges, l’invitèrent chez eux. Ne se sentant tenu par aucun préjugé et poussé par le désir d’élargir l’horizon de sa curiosité, il se mit à observer cette gente raffinée. Pris à son jeu, il se montra sensible à ses codes, à ses manières délicates, distinguées, parfois sophistiquées. Il se crut obligé de se mettre à la hauteur. Il veilla à bien se tenir à table. Il ne s’épargna pas quelques gestes de galanterie. En allant dîner, il s’arrêtait chez le fleuriste. Le lendemain, il adressait à la maîtresse de maison une carte dont il peaufinait le style, et pour sortir des sentiers battus de plats remerciements, il s’aventurait à y mettre de l’esprit ou de la préciosité : « Madame, comment l’humble camarade de faculté de votre fils peut-il exprimer sa gratitude et son admiration sans verser dans la flatterie devant tant de bonté, d’hospitalité et de lumière… ». Afin d’éviter de fâcheuses inconvenances, il alla jusqu’à s’acheter un précis du savoir vivre. Mille lieues le séparaient des interminables ripailles bruyamment arrosées, en famille, dans sa campagne beauceronne. Dans cette lignée d’expression, il soigna sa tenue vestimentaire. La cravate remplaça le col roulé. Il troqua le blouson pour le costume croisé quand il se rendait, une jeune fille à son bras, à une soirée au théâtre ou à l’Opéra ou lorsqu’il était reçu par un de ses amis qui lui ouvrait la maison de ses parents.

L’imprégnation de ce milieu parisien s’opéra sournoisement, inconsciemment, sans secousse. L’immersion restait cependant mesurée, contenue ; insoumise, elle s’inscrivait dans des limites. Mathieu se refusa à entrer dans le jeu du baisemain qu’il jugeait suranné, désuet, se privant du tactile fluide d’une saine poignée de main échangée. Le vouvoiement entre époux, bien que non dénué d’élégance, le choquait ; il y voyait une expression de froideur et de distance qu’il avait ressenties dans le couple des Rênal, à la lecture du Rouge et le Noir. Entre parents et enfants, il y percevait une volonté manifeste de se démarquer, une façon d’un pesant ridicule d’afficher une appartenance sociale discriminante. Mais le désir de découverte d’un certain milieu de la société parisienne l’emporta sur sa réticence à y pénétrer. Il le ressentait comme une gourmandise qu’il se complaisait à assouvir. Bref, il n’était pas indifférent à ce milieu tout en s’y sentant étranger. Et pour finir, l’incartade se résuma en une courte aventure contre nature, ressemblant à celle d’un corps que l’on avait enfoncé dans l’eau et qui, de soi, remontait en surface. Le virus du snobisme bourgeois parisien ne saurait atteindre un sujet que l’air de sa modeste campagne avait vacciné.

Il éprouvait un plaisir anticipé à l’idée de conter un jour cet intermède, comme une parenthèse de fantaisie mondaine, aux trois ou quatre enfants qu’il se promettait d’avoir.

Ses vrais objectifs n’avaient pas varié. Terminer ses études, passer sa thèse de doctorat, et s’installer à Chartres ou dans une bourgade environnante afin d’y exercer son art dans le monde rural de son enfance. Alors que, conscients de ses capacités, ses maîtres, comme certains de ses camarades, lui suggéraient de poursuivre des études universitaires pour briguer une carrière qui, avec de bonnes chances, le mènerait au professorat. A ces flatteuses incitations, il restait impassible. Rien ne semblait le détourner. Il ne disait mot, il n’en pensait pas moins, il avait déjà décidé et faisait sienne une devise de Guillaume d’Orange : « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. »

 

 

Jean-Charles Fiducci était, depuis le début de leurs études de médecine, un compère de travail plus que ce que l’on appelle un bon camarade. Leur rencontre, Mathieu la provoqua. Il n’avait pu rester sans réagir lorsqu’il croisa aux cours et aux séances de travaux pratiques de première année le visage fermé, grave d’un étudiant au teint pâle presque terreux, cachant peut-être une détresse que laissait soupçonner le ruban de crêpe noir épinglé sur un revers de sa veste.

Saisi par une compatissante curiosité, Mathieu l’aborda un jour sous un fallacieux prétexte qui, les années passant, s’avéra de bonne inspiration : entreprendre un travail de révision en commun à la veille de tout examen. Contre toute attente, Jean-Charles acquiesça à cette proposition dont la pratique était assez répandue. De trimestre en trimestre, d’année en année, l’exercice devint un rituel convenu, corroboré par les bons résultats obtenus par l’un et par l’autre.

A son grand étonnement, Mathieu découvrit sous le manteau de tristesse un garçon simple, ouvert, de commerce facile, libérant un sourire rayonnant que ne laissait présager l’apparence extérieure.

En seconde année, le ruban de crêpe noire disparut des vêtements de Jean-Charles. A cette époque seulement, Mathieu put apprendre de la bouche de son camarade que le port du deuil concernait la disparition de son père, sans que les circonstances lui en fussent données, mais qui semblaient avoir été brutales et peut-être violentes. La poursuite d’une bonne relation supposait, y eut-il aussi du sentiment, l’acceptation tacite d’un voile de discrétion sur l’intimité de chacun. Les discussions, les échanges de propos demeuraient sans contrainte, aisés, libres, sans affectation sur bien des sujets, mais ils restaient dans des limites non définies que tous deux percevaient sans les franchir.

Ils ne fréquentaient pas le même hôpital, cependant leurs rencontres n’étaient pas l’exception. Il était vrai qu’ils ne logeaient pas très loin l’un de l’autre. Jean-Charles occupait une chambre dans un foyer d’étudiants coincé entre l’hôpital Laennec et le grand magasin, le Bon Marché. Quand ils se voyaient, ils n’étaient pas mécontents de se retrouver. Il leur arrivait de partager un repas au restaurant universitaire et d’échanger quelques propos en ces fortuites occasions.

En fin de quatrième année, leur relation arriva à maturité, elle atteignait l’âge adulte. Une long après-midi de travail dans la chambre de Jean-Charles s’acheva par une promenade pour prendre l’air, se libérer l’esprit appesanti et au passage se désaltérer avec quelque boisson rafraîchissante.

Au bout de quelques minutes de marche, le bistrot du coin d’une rue les agréa. Ils s’installèrent, commandèrent une première et rapidement une deuxième bière. Sournoisement se souleva le couvercle pesant jusque là posé sur leur prudente retenue.

Mathieu se surprit à poser cette question : « Jean-Charles, que fais-tu cet été pour tes vacances ?

– Le chemin de Compostelle. » La réponse brève fusa, sans hésitation.

Mathieu, se doutant d’avoir bien enregistré : « Tu veux dire ?

– Oui, tu en as sûrement entendu parler, le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle.

– Raconte-moi ça. Le seul pèlerinage que je connaisse, c’est celui de Chartres, où tu sais que je suis né. Il a lieu à la Pentecôte, depuis Notre-Dame de Paris jusqu’à la cathédrale de Chartres. C’est un rite pour les étudiants de la Sorbonne. On dit que Charles Péguy, lui-même sorbonnard, l’avait accompli en vœux de guérison d’un fils malade.

– Saint Jacques c’est quand même autre chose, c’est un peu plus long, ça prend trois mois ou plus. Il y a trois itinéraires principaux qui partent, selon la convenance de chacun, du Puy-en-Velay, de Vézelay ou d’Arles. Limité par mon temps disponible, l’an dernier j’ai marché du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jean-Pied de Port. Cet été, je pars de là, dans le pays basque, pour atteindre Compostelle en traversant les Pyrénées. Compostelle signifie le champ de l’étoile. C’est une étoile apparue à cet endroit comme un doigt dirigé sur un point qui, selon la tradition, a désigné à un ermite le rivage où la sépulture de l’apôtre Saint Jacques, ce proche compagnon de Jésus notre père, a échoué. Au total, il y aura bien huit cents kilomètres à parcourir, en trente à quarante jours environ, selon le temps qu’il fera. »

Mathieu, écartant délibérément le contenu de ferveur religieuse du pèlerinage pour ne s’attacher qu’à la performance physique de l’aventure, demanda : « Comment se pratique cette marche ? Marche-t-on seul ou en groupe ? Comment ne pas se perdre ? Et où dort-on à chaque étape ?

– Tout d’abord il faut savoir que ce type de pèlerinage, ça ne s’improvise pas. On n’y va pas comme pour une promenade de laisser aller le dimanche sur les bords de Seine ou pour une cueillette de champignons dans une forêt voisine. Tout doit être réfléchi, étudié minutieusement, préparé à l’avance, l’itinéraire, les étapes, le gîte, l’indispensable nécessaire à emporter dans un sac pour qu’il ne soit pas trop lourd à porter. La tenue vestimentaire compte beaucoup. Etre bien chaussé, c’est primordial, avec des chaussures vieillies par de longues heures de marche d’entraînement. Les chemins sont pour la plupart balisés, reconnaissables par une flèche jaune accompagnée d’une coquille, emblème de Saint Jacques. On part à l’aube dans la fraîcheur. L’arrivée se fait vers 14 heures au plus tard. A cette heure là, on est en pleine fournaise, la chaleur devient insupportable, il faut s’arrêter. Mais, tu sais, il peut aussi pleuvoir. Ton équipement doit pouvoir te protéger du soleil comme de la pluie. Le dîner et le coucher se font dans des gîtes ruraux, des refuges et toutes les fois que possible dans les institutions religieuses où l’on a l’avantage de pouvoir assister à la messe du soir et de prier. J’oubliais, au départ du pèlerinage, tu te procures la « credentiale », c’est un carnet de passeport où sera enregistrée chacune de tes arrivées à un poste de contrôle. »

Jean-Charles parlait en employant ton, tes et tu propres à la deuxième personne du singulier sans réaliser qu’inconsciemment il incitait Mathieu à l’odyssée de Compostelle. Il poursuivit en ouvrant son cœur : « J’aime marcher seul, je me concentre, je m’isole dans mes pensées, je médite. Le sens profond de cette marche douloureuse m’apparaît, m’envahit, habite tout mon être. Il arrive que je partage un bout de route, parfois une étape, avec un pèlerin qui sait ce qu’est la communion d’une prière en silence, la marche dans le recueillement. Une prière partagée rapproche mieux encore de Jésus, notre Père, notre Dieu et fils de Dieu. Après Compostelle, on n’est plus le même. Bien des pèlerins me l’ont assuré. »

Mathieu, déconcerté par cette soudaine logorrhée, comme une corne d’abondance débordant de sincérité et de ferveur, se sentit embarrassé d’avoir à exprimer sa différence. Il répondit d’abord d’une voix hésitante, tel un pénitent qui avouait un péché dans la pénombre d’un confessionnal : « Dieu, comment dire… Dieu est pour moi absent et la religion avec. J’ai été baptisé sur l’insistance de mon grand-père paternel, il y eut aussi la première communion, ensuite plus rien. Ainsi j’ai grandi et rien de ce côté ne m’a manqué. » Puis, retrouvant plus d’assurance : « Je n’ai pas senti le besoin de la présence et du soutien d’un dieu. » Et abordant la question sur un plan plus général : « Les hommes peuvent vivre sans dieu, sans être sous le joug d’une religion. » Enfin, sur un ton convaincu tout en restant amène : « Les hommes sont dotés d’une raison, d’une intelligence qui leur permet de faire la différence entre le bien et le mal, de s’entraider quand il le faut, de faire de bonnes actions, d’être proches des souffrants et des déshérités, de ceux qui sont dans le besoin matériel ou la détresse morale. Pour tout cela, ils ne sentent pas la nécessité de se référer à une puissance invisible qui à travers des écritures et ceux qui les diffusent, va les guider dans leur démarche, les protéger, leur pardonner s’ils ont péché. La religion entrave la liberté de l’homme. » Offensif et plus critique, il poursuivit : « Je ne parlerai pas du mal que des hommes ont pu faire à leur semblables prétendument au nom de la religion. Le pouvoir religieux a souvent manipulé. Et n’y a-t-il pas une sorte de chantage moral quand Jésus dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient vers moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura plu jamais soif. » L’Eglise a souvent été du côté des puissants. Le langage de l’Eglise me semble déconnecté des réalités humaines du présent. Il ajouta, sur un ton presque sarcastique : « Je ne tiendrai pas les propos irrespectueux de certains, proférant blasphèmes et insanités tels que Dieu est une galéjade, un canular ou encore un sparadrap pour boucher les trous de l’ignorance et de la peur du vide. Reconnaissons au moins que personne n’a pu faire la preuve de Dieu, un Dieu qu’on nous impose par la force, même lorsqu’elle n’est pas violente. » Il termina son envolée par une citation faisant référence ; il la déclama avec aplomb. C’était une phrase de Diderot, réminiscence d’un cours de philo, il l’avait retenue car il adhérait pleinement à son irréfutable bon sens : « Si vous voulez que je crois en Dieu, il faut que vous me le fassiez toucher. »

Jean-Charles ne parut pas affecté par un tel plaidoyer, mais pouvait-il l’être tant sa foi se montrait invulnérable. Substituant à la justification rationnelle la ferveur, sur un ton d’une sérénité chargée d’une forte conviction, il évita l’affrontement, rechercha l’apaisement. Il rétorqua : « Parmi la foule des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle aux croyants se mêlent les non croyants, les athées ; et à côté des athées il y a les agnostiques, c’est-à-dire, ceux qui ne savent pas, ceux qui doutent, pareils aux abstentionnistes par déficit d’éclairage lors d’une élection ; ils ne demandent qu’à être instruits et convaincus. C’est à nous, fidèles croyants qu’il revient de pointer le bon chemin. Pour moi, le questionnement, pour reprendre un mot en vogue, est absent. Il y a profondément en moi une croyance, une foi, une espérance. L’univers avec toute son organisation ne s’est pas construit comme cela, tout seul, sans personne. Il a fallu un architecte, un maître d’œuvre, un Dieu créateur. Dieu n’a pas de représentation imagée, anthropographique comme disent certains. Dieu est là, là où on lui fait de la place. C’est le mystère de la foi. Aucune preuve n’est convaincante tant qu’on n’a pas le désir et la disposition à être convaincu. Il est impossible de transformer un agnostique en croyant contre sa volonté. Il n’est plus sourd que celui qui ne veut entendre. » Puis, le timbre de la voix brisé par l’émotion, il...

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