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Edom

De
40 pages

Dans une Jordanie pré-islamique imaginaire, au creux des dunes du Wadi Rum, Zahira, la favorite de l’immense et juste chef Kamil Al Wardah, rencontre Sabah, de la tribu adverse, au temps où l’on tentait de réunir les clans. Leurs regards se croisent et leurs destins se mêlent l’un à l’autre, les condamnant à l’errance. Dans le pays où la roche est sculptée par le vent, les Dieux décident de la forme du désert, mais aussi du sort des Hommes.



Illustration de couverture : Catherine Bergiron


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-09341-0

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

 

À Slimane.

Exergue

 

« La pierre se nourrissait du soleil du désert et illuminait la nuit comme un phare
pour les caravanes ».

Laurent Gaudé

Edom

 

1

Kamil Al Wardah saisit la pierre la plus aiguisée, l’affuta contre une roche de grès chaud et se plaça face à la paroi. Il réfléchit un instant, suspendit son geste. La tribu attendait, elle observait son chef d’un regard interrogateur et curieux. Kamil se retourna et les contempla à son tour. Sous le soleil écrasant, ils n’étaient que des mirages. Leurs silhouettes ondulaient, comme baignées par l’eau qui ne coulait pas dans le Wadi Rum. Les chameaux paissaient paisiblement les maigres touffes de végétation éparse. Leurs longs cous se balançaient gracieusement quand ils cherchaient à atteindre les pousses frêles du désert. Kamil distingua ses trois femmes, entourées de ses onze enfants. Elles n’étaient que des figures noires dressées parmi les autres, mais il savait reconnaître la fière allure d’Um Aoudah, la tête inclinée de Malika et, surtout, à travers le madraga, le regard bleu profond de Zahira, sa première femme, sa favorite, qui ne lui avait pas donné d’héritier mâle. Le vent souleva le sable, créant de minces tourbillons qui projetaient sur les tissus leurs ombres ocre. Les yeux de Kamil croisèrent ceux de Zahira et il trouva l’inspiration. Il se retourna de nouveau face à la paroi, saisit plus fermement la pierre et commença à entailler la surface de la roche. Il repassait à plusieurs reprises sur les traits, toujours plus profondément, comme un couteau dans une chair trop coriace. L’incision était de plus en plus nette. La tribu attendait toujours dans la chaleur. Les enfants s’approchaient, intrigués, mais avec la révérence qui seyait à leur chef. Kamil sembla entrer dans une autre dimension, celle où le temps ne compte plus. Seules les images qui se formaient dans son esprit imposaient un rythme à ses gestes précis et expérimentés. Maintes fois déjà, il avait ainsi gravé des inscriptions thamudiques, dans les failles des rochers ombragés, mais ce jour-là, face au soleil qui donnait contre la paroi, il ne représenta que des images. La tribu y vit un signe des dieux. Oui, c’étaient assurément les dieux Lat et Dushara qui dictaient ces symboles à leur chef. Lorsqu’après plusieurs heures celui-ci se retourna vers eux, trempé de sueur, son œuvre enfin achevée, ils s’inclinèrent avec dévotion. Kamil s’éloigna de la paroi pour s’abreuver, tétant avec avidité l’embout de l’outre en peau de chèvre qui pendait le long du flanc de son chameau. D’un geste précis, il essuya la sueur qui coulait le long de ses tempes sombres et redressa son koufeyah rouge. Alors les hommes et les femmes de la tribu s’approchèrent des gravures. Certains osèrent passer leurs doigts sur les renflements de la roche, comme s’ils lisaient le langage des aveugles. Les doigts lisses des enfants, ceux, noueux, des vieillards, caressaient les signes. Ce qu’ils virent les rassura : Lat et Dushara avaient dicté à Kamil des scènes de leur vie quotidienne et bénissaient de la sorte leur mode de vie. Les traits étaient rectilignes, les silhouettes filiformes, comme celles des dessins d’enfants dans le sable. Ils virent l’accouchement de Zahira, dont l’utérus avait donné la vie à quatre filles, ils virent les caravanes de chameaux, ils se virent, courant, dans le sable chaud du désert. Ils aimèrent ce qu’ils virent et, d’une seule voix, ils acclamèrent Kamil, leur chef. Kamil Al Wardah était l’ancêtre de la tribu des Zalabieh.

2

Un soleil brûlant la peau et les yeux, du sable orangé, rose et rougeoyant. Des montagnes de sable durci par le vent, des falaises de grès, telles les cathédrales gothiques qui n’avaient pas encore été bâties, des arches nées de l’érosion de la pierre de sable. A la nuit tombante, le voile de la nuit obscurcissait le désert, lui conférant des allures lunaires. Une terre inviolée, encore et toujours chaste dans sa pureté solaire et miroitante. Les pas des bédouins ne laissaient pas de traces, elles disparaissaient, balayées par le vent. Kamil Al Wardah aimait ce spectacle et y voyait un reflet de son cœur sans péché, son cœur de juste. L’eau ne coulait que rarement dans le Wadi Rum, et plus rarement encore la neige y tombait, humidifiant le sable et glaçant les os. Depuis des décennies leurs aïeux encore dispersés des Zalabieh avaient appris à dompter la pluie qui tombait du ciel en creusant des puits de fortune.

C’était Kamil Al Wardah, ce grand chef, qui avait unifié les clans rivaux en déployant la plus grande diplomatie, parlementant à dos de dromadaire et refusant systématiquement toute forme de violence. Il y était radicalement opposé, lui qui avait vu le sang couler pour la première fois à l’âge de cinq ans. C’était d’ailleurs son premier souvenir, le seul dont il gardât mémoire de ses premières années d’existence. Son père, Salem Al Wardah, avait sauvagement assassiné, de sang-froid, un membre du clan voisin qui souhaitait faire paître son troupeau en-dehors des limites de son territoire. Kamil avait vu Salem serrer les poings, comme lorsqu’il était...