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Elle

De
145 pages
Paris, 2034. Mi-démone, mi-humaine, Pandora est sous le charme envoûtant du démon Zagan, l’amant le plus convoité de la capitale. Malgré une évidente passion, leur relation prend brusquement fin suite à un malentendu. Persuadée de n’avoir été qu’une conquête de plus à son tableau de chasse, Pandora tente d’oublier Zagan, en dépit de son désir toujours brûlant. Mais lorsque son ancien amant tente de se faire pardonner, elle hésite : doit-elle lui accorder une seconde chance ? Si oui, à quel prix ?
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FRÉDÉRIQUE
DE KEYSER
ElleDe Kayser Frédérique
Elle
Collection : Crepuscule
Maison d’édition : J’ai lu
ISBN numérique : 9782290120811
ISBN du pdf web : 9782290120828
Composition numérique réalisée par FacompoPrésentation de l’éditeur :
Paris, 2034. Mi-démone, mi-humaine, Pandora est sous le charme envoûtant du démon Zagan,
l’amant le plus convoité de la capitale. Malgré une évidente passion, leur relation prend
brusquement fin suite à un malentendu. Persuadée de n’avoir été qu’une conquête de plus à son
tableau de chasse, Pandora tente d’oublier Zagan, en dépit de son désir toujours brûlant. Mais
lorsque son ancien amant tente de se faire pardonner, elle hésite  : doit-elle lui accorder une
seconde chance ? Si oui, à quel prix ?
Biographie de l’auteur :
Férue d’ésotérisme et de spiritualité, fascinée par les créatures et éprise de la langue française,
Frédérique de Keyser écrit dans un genre littéraire alliant mythes et histoires d’amour
sensuelles.
Copyrights : illustration d’après © tinalouiseuk.deviantart.com,
Pandore - 1890 de William-Adolphe Bouguereau,
Venus Verticordia de Dante Gabriel Rossetti (1864-1868),
© Nataliakul / Shutterstock, © Sergey Mironov /Shutterstock
et © Luba V. Nel / Shutterstock
© Éditions J’ai lu, 2016Du même auteur
aux Éditions J’ai lu
DANS LA COLLECTION CRÉPUSCULE
NUMÉRIQUE
Le sommeil des dieux

Superbia

La panthère de l’amourL’amour a son instinct,
il sait trouver le chemin du cœur.

Honoré de BALZAC


L’amour naquit entre deux êtres
qui se demandaient le même plaisir.

Comte de RIVAROLParis, 2034
La nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre, enflammant les corps, les esprits et
déchaînant les passions : Zagan, démon mâle parmi les plus convoités de la capitale, ne servait plus
Lily.
Pandora aurait plus volontiers parlé de curée. Si elle n’avait su à quoi s’en tenir, la jeune
femme aurait qualifié cette information d’énorme coup de pub. Depuis des semaines, un flot
d’hommes et de femmes se ruait aux portes du Thanatéros dans l’espoir de figurer sur le tableau de
chasse du démon. Journaux et magazines abondaient de récits épicés évoquant ses frasques.
Mais cet hallali n’était apparemment qu’une facette de l’événement. Aux dires de certains,
mieux informés qu’elle, se déroulerait également une véritable campagne de séduction menée par
certains démons dans le but de s’attacher les services du mâle, charnels naturellement, puisque
Zagan appartenait à l’une de leurs castes réputées fournir les meilleurs étalons. Pandora préférait
parler d’amants mais cela ne résultait que d’une sensibilité personnelle qui, en aucun cas, n’affectait
la réalité des choses.
Quoi qu’il en soit, ce démon était bel et bien un coup d’enfer. Le corps de la jeune femme s’en
souvenait avec une terrible précision ; il lui suffisait d’y repenser pour qu’instantanément sa chair
s’embrase. Pire, le seul fait de se remémorer son regard sur elle, ou ses mains courant sur sa peau,
avait le don de l’exciter. Il s’agissait là d’une nouveauté pour Pandora dont le désir était
habituellement plus discret. Elle se serait bien passée d’une telle innovation. Non seulement parce
que cela ne se reproduirait pas, mais aussi en raison de son petit souci actuel.
Il était en effet de notoriété publique que les démons ne vivaient pratiquement que par et pour
le sexe. L’abstinence pouvant leur être fatale, il n’était dès lors pas étonnant que leur plus grand
hobby soit de procurer et d’éprouver du plaisir, entre eux ou avec les humains pour lesquels ils
s’étaient pris de passion. Pas plus qu’il n’était surprenant de trouver parmi eux une catégorie plus
spécifiquement dédiée à ces sensuelles activités.
Soumise à cette exigence liée à la nature démoniaque, Pandora ne se sentait en revanche
absolument pas concernée par tout le battage fait autour de Zagan. Sa propre filiation ne faisait pas
d’elle une candidate potentielle à ce qui restait un privilège réservé à une élite à laquelle elle
n’appartenait ni n’appartiendrait jamais. Elle n’était d’ailleurs ni princesse ni quoi que ce soit
d’autre. Et puis, de toute manière, elle n’avait aucune intention d’approcher à nouveau le mâle.
Envie, oui, mais cela n’entrait pas en ligne de compte, eu égard à la situation présente.
Hybride, née des éphémères amours d’un démon et d’une femme, Pandora connaissait les
tenants et les aboutissants de la présence de ces êtres surnaturels parmi les humains et savait
comment les deux communautés fonctionnaient.
Elle avait appris assez tôt que le terme « démon » était à prendre au sens strict et surtout
religieux du terme, dans la mesure où ils étaient issus de ce que les mortels avaient longtemps
nommé les Enfers. Elle savait que les régions infernales n’avaient cependant rien à voir avec
l’image désuète, manichéenne et surtout fort naïve véhiculée par les différentes religions terriennes
depuis des siècles. Cela étant, Pandora n’y avait jamais mis les pieds.
Des légions entières avaient débarqué il y avait de cela un peu plus de vingt ans, s’intégrant
presque en douceur parmi les humains, à une époque où leurs sociétés battaient de l’aile, pour leur
éviter de choir dans un enfer qui, celui-là, ne serait pas une vue de l’esprit. Enfermés depuis des
lustres dans le carcan d’une moralité archaïque, pétris de préjugés, toujours plus agressifs et
irrespectueux de tout, les mortels avaient été en passe de se muer en troupeaux fanatiques. Qu’ils se
placent de plein gré sous le joug de doctrines tablant sur la facilité qu’il y avait à manipuler des
esprits faibles, ou de celles privilégiant pouvoir, argent et paraître au détriment de l’intelligence, la
connaissance, la culture, voire le simple bon sens. Étant entendu que beaucoup de ceux bénéficiantdes uns étaient singulièrement dépourvus des autres, compensant leurs carences par le mensonge et
la malhonnêteté.
Parce qu’user de la violence sous toutes ses formes – physique, morale ou sociale – est souvent
beaucoup plus facile, comme il est lâchement rassurant de se voiler la face.
Alors, bien sûr, il y avait eu des résistances çà et là, et plus particulièrement chez ceux qui
croyaient dur comme fer détenir la vérité, mais leur opposition les avait exclus et isolés. Et puis, les
démons ne contraignaient personne, après tout. Leur but n’avait jamais été d’imposer leur dictature
mais d’offrir leur aide. À leur façon.
D’une manière générale, l’entreprise avait donc été relativement aisée et d’autant plus facilitée
dans la mesure où tous – mâles et femelles – étaient dotés d’une beauté, d’un sex-appeal et d’un
charisme propre à ensorceler n’importe qui.
La mère de Pandora n’avait pas été plus immunisée que quiconque contre leurs infernaux
appas.
Honnêtement, la jeune femme ne voyait pas comment celle-ci aurait pu résister une seule
seconde à son père. Cet homme, dont l’apparence était excessivement fidèle à l’idée que l’on se
faisait d’un ange déchu, était d’une beauté prodigieuse, en plus d’être charmant et courtois. Son
intelligence et sa culture complétaient un portrait déjà idéal.
Lorsqu’elle avait été en âge de le comprendre, son père lui avait expliqué plus précisément la
raison de leur venue et les moyens qu’ils utilisaient.
L’idée d’une empathie démoniaque pouvait être risible, voire carrément hilarante pour qui
gardait l’image folklorique des diables cornus fleurant le souffre. Cette sympathie existait bel et bien
pourtant, dans l’explication qu’on lui avait servie en tout cas.
Aux dires de son père, donc, la farandole charnelle dans laquelle les démons entraînaient les
humains n’avait d’autre but que leur salvation.
D’après lui, la grande majorité des âmes humaines était dénaturée, privée de leurs pouvoirs et
de leur énergie, desséchée par des siècles de dictature moralisatrice, religieuse et sociale. Pourquoi ?
Parce qu’au fil du temps, sous ce même joug, et sous celui du mensonge, sexe et plaisir étaient
devenus le Mal, l’un réduit à une fonction procréatrice, l’autre érigé en perversion, alors qu’à eux
deux ils contribuaient, à condition d’être l’expression d’un désir consenti, à doter les esprits
d’énergie vitale.
La mission des démons n’était donc ni d’établir une nouvelle religion, ni de soumettre les
humains, ni même de les contraindre à une orgie universelle, mais de les aider à réhabiliter leurs
âmes, à les renforcer grâce au pouvoir des plaisirs en général, et plus particulièrement celui de la
volupté.
À l’époque il n’avait pas été plus précis que cela. Plus tard, la jeune femme avait appris que,
systématiquement, dissocier la chair de l’esprit ou l’inverse était malsain, voire contre nature. Parce
que cela revenait à renier la fantastique et complexe machine qu’était l’être humain, une créature
chez laquelle la satisfaction charnelle influait positivement sur l’âme, la nourrissant d’une énergie
bien particulière ne pouvant être obtenue que grâce aux plaisirs physiques.
Toute jeune fille, Pandora avait cru son père sur parole ; en lui confiant tout ceci, il avait
arboré une mine particulièrement sérieuse, ajoutant à l’accent sincère et enthousiaste de ses paroles.
Si bien qu’elle s’était alors demandé dans quelle mesure ce démon avait été impliqué dans la
décision de guérir les âmes humaines de leur dépérissement. Idée saugrenue s’il en était. Il était
certes démon, influent et important apparemment, mais certainement pas responsable d’un décret
que ne pouvait prendre qu’un roi ou une autorité suprême. Une telle pensée relevait du fantasme
pur, celui de beaucoup de gamines se rêvant fille d’un couple royal, mais aurait révélé un
romantisme affligeant de la part d’une femme devenue adulte.
Pandora avait pour sa part abandonné depuis longtemps toute illusion romantique. Enfin
presque. Mais elle le cachait bien…
— Arrête de rêvasser et va le voir ! articula une voix charmeuse tout près de son oreille.
Oups.
Pas si bien que cela manifestement.
Naama avait le chic pour la prendre en flagrant délit de rêverie. Et aussi pour approcher sans se
faire entendre. Cela étant, Pandora était partie vraiment loin dans ses pensées, au point de ne pas
même avoir perçu le parfum de son amie.
Pandora grimaça, refermant aussi promptement qu’inutilement son magazine resté ouvert sur
une photo pleine page d’un certain démon en galante compagnie – compagnies plurielles. Elle jetal’objet du délit sur la table basse. Pourvu que Naama ne l’ait pas grillée en train d’effleurer le visage
de Zagandu bout de l’index !
— Certainement pas ! répliqua Pandora plus sèchement qu’elle ne le voulait ; la démone n’était
pour rien dans ses problèmes.
— Alors tu vas continuer à collectionner ses portraits et te contenter de fantasmer sur lui en te
tripotant ?
— Je ne fantasmais pas ! riposta Pandora avec une parfaite mauvaise foi, se rendant compte au
passage que son mensonge devait se lire sur son visage. Je lisais !
Naama contourna le canapé pour la rejoindre et prit place à son côté. Son regard bleu azur
pétillant de malice était éloquent.
— Ben voyons ! Alors, si tu es guérie, dis-moi, quand as-tu eu du plaisir pour la dernière fois ?
— Sais plus, marmonna la jeune femme en haussant les épaules comme si ça n’était pas un
problème ni le problème, et surtout peu encline à avouer que son meilleur amant du moment
l’attendait bien gentiment dans le tiroir de sa table de nuit.
La grimace très expressive de Naama incita la jeune femme à détourner les yeux.
— Et baisé avec un mec ? voulut-elle encore savoir.
— Trois jours.
— C’était un humain ?
Pandora répondit d’un hochement de tête.
— C’était bien au moins ?
— Bof.
Pandora aurait peut-être pu tenter un nouveau mensonge, s’essayer à l’esquive ou même
risquer une très légère déformation de la réalité si Naama n’avait pas été ce qu’elle était, une femme
douée d’une extraordinaire faculté à repérer toute forme de tromperie. Un véritable détecteur de
mensonges fait femme !
— Tu files un mauvais coton, ma chérie, se désola sincèrement la démone. Tu es peut-être
moins soumise que nous aux exigences de notre espèce, mais tout ça n’est pas normal.
— Mais si c’est normal, opposa la jeune femme. Ne t’inquiète pas, c’est juste très humain, un
coup de cœur qui ne guérit p…
— Ah non, je t’en prie ! Ne colle pas ton espèce de blocage sur le dos de ton humanité ! Ton
problème, c’est Zagan et pas autre chose.
Sur ce point, Naama avait totalement raison et elle le savait. Pandora ne prit d’ailleurs pas la
peine de nier.
Mais son souci n’avait aucune solution envisageable. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir
essayé d’oublier ce qu’elle avait vécu et ressenti avec Zagan durant la demi-heure qu’il lui avait
accordée. Enfin… dit comme ça, cela pouvait paraître sordide. Ce que leur moment n’avait pas été.
Du point de vue de Pandora, en tout cas. Cependant, elle aurait vraiment apprécié qu’il la voie
comme autre chose qu’un corps anonyme, qu’il veuille discuter avec elle de n’importe quoi, et puis
qu’il ait à nouveau envie d’elle. Peut-être même se serait-elle contentée d’un câlin et d’un baiser.
Mais il l’avait libérée et s’était écarté comme pour lui signifier qu’elle pouvait déguerpir. Elle avait
cru recevoir un coup de massue, n’avait pas insisté et s’était pratiquement sauvée.
Au cours des jours qui avaient suivi, la jeune femme avait pu constater à quel point elle n’avait
été qu’une goutte d’eau dans l’océan de ses conquêtes. Tous les soirs durant deux semaines elle
s’était rendue au Thanatéros avec l’espoir qu’il la remarquerait à nouveau. Échec lamentable ! Elle
était oubliée depuis belle lurette. Et Dieu savait le nombre de maîtresses qu’il avait eues depuis !
Enfin, non, celui que les humains appelaient « Dieu » ignorait tout ceci et s’en moquait d’ailleurs
éperdument. Bref. Pandora ne voulait de toute manière pas savoir. C’était déjà bien assez d’avoir vu
Zagan s’éclipser avec certaines femmes, même si ça n’avait pas été ce qu’elle avait eu à subir de
pire. Elle avait alors compris qu’elle était loin d’avoir laissé un souvenir impérissable à ce mâle. Ce
qui constituait une injustice sans nom à ses yeux.
À la décharge de Zagan, tout s’était passé très vite. Mais, bon sang, elle n’était pas un fantôme
ni un rêve et, espérait-elle, insignifiante au point d’être si vite oubliée !
Aussi courte qu’ait été leur aventure, il l’avait quand même regardée droit dans les yeux
pendant qu’il la baisait – étant donné la manière dont s’étaient déroulées les choses, elle ne pouvait
guère utiliser un autre verbe. Alors de deux choses l’une, soit ce démon était affligé d’une mémoire
particulièrement défaillante, soit, et cette option lui paraissait plus plausible, il n’était qu’un arrogant
salaud collectionnant les aventures, comme le laissait d’ailleurs entendre sa réputation. Un
magnifique. Salaud. Arrogant !Le dernier jour de cette période que Pandora n’hésitait pas à qualifier de pitoyable, lorsqu’elle
avait enfin trouvé le courage de le saluer alors qu’il passait près d’elle, Zagan avait enfin daigné
baisser ses si incroyables yeux sur elle… pour la regarder comme si elle n’avait été qu’une vulgaire
mouche. Pandora avait cru mourir de honte. Et de chagrin. Mortifiée, elle avait arrêté les frais ce
soir-là et n’avait plus remis les pieds au Thanatéros.
Son problème, lui, persistait. S’il ne lui avait fallu que la proximité de Zagan et son regard
dans le sien pour se retrouver dans un état de désir extrême, puis trente minutes ensemble environ
pour pratiquement tomber amoureuse de lui, il semblait que se défaire de ce qu’elle ressentait
depuis ne prenne un temps infini. Et si seulement il n’y avait eu que cela… Avoir connu
bibliquement cet homme semblait aussi avoir eu une incidence néfaste sur le reste de sa vie
sexuelle.
Comme venait de le lui rappeler Naama, sa constitution, découlant de sa nature double, ne
l’exposait pas à un dépérissement fatal en cas d’abstinence ou de carence de plaisir. Heureusement.
Néanmoins, il semblait qu’elle soit bel et bien victime d’une sorte de blocage. Depuis deux mois,
elle n’était parvenue à la jouissance qu’en s’en occupant elle-même et semblait immunisée contre
tout ce qui n’était pas Zagan.
Quelle guigne !
Dotée d’une propension à l’opiniâtreté et d’un amour-propre un tantinet sourcilleux, Pandora
n’avait aucune espèce d’envie d’aller exposer son souci à celui qui en était la cause. Elle s’était
suffisamment humiliée comme ça.
Mais, à en croire le regard de son amie, elle redoutait que la démone n’ait dans l’idée de la
soigner en lui faisant combattre le mal par le mâle. Tout au fond d’elle, la jeune femme savait que
c’était probablement le mieux à faire ; elle n’avait pu s’y résoudre jusqu’ici.
— Alors, reprit Naama, au diable tes scrupules et assieds-toi sur ta fierté ! Ce soir, tu vas au
club, tu la joues ultra-sexy et tu lui fais du rentre-dedans. Ensuite, une fois que tu lui as mis le
grappin dessus, tu te débrouilles pour ne plus le lâcher.
— Tu surestimes mon charme, argua la jeune femme, ne pouvant toutefois s’empêcher de
reprendre espoir, mais songeant qu’elle pouvait tout aussi bien s’éviter un camouflet supplémentaire
en restant bien sagement à la maison. Et tu oublies que je n’ai plus l’attrait de la nouveauté,
ajouta-telle.
Exaspérée, Naama leva les yeux au ciel.
— Balivernes ! assura-t-elle. Et puis, va savoir, peut-être trouveras-tu un autre mâle capable de
résoudre ton problème, qui ne tient peut-être qu’au fait que tu ne fréquentes des humains alors
qu’en réalité c’est un démon qu’il te faut.
Pandora y avait bien songé elle aussi, mais elle avait aussitôt rejeté cette éventualité qui
contrariait ses aspirations. Tout bonnement parce que les démons n’avaient pas de cœur. Enfin si, ils
en possédaient un, mais il s’agissait d’une citadelle imprenable. Et la jeune femme n’avait aucune
intention de goûter aux affres d’un amour non partagé. Quoi qu’en dise Naama, son humanité ne
comptait pas pour du beurre et son cœur à elle était tendre. Voilà pourquoi elle se tournait plus
volontiers vers les hommes que vers les démons. Pour avoir une chance d’être aimée un jour.
Jusqu’ici ça n’avait rien donné, mais au moins en plus de son comptant de plaisir charnel avait-elle
connu quelques moments de tendresse forts agréables.
Pour autant elle n’avait pas hésité une seule seconde à faire une légère entorse à sa propre
règle, se disant qu’elle ne risquait pas grand-chose à s’offrir du plaisir avec un démon de temps en
temps. Une grossière erreur qu’elle redoutait désormais de payer très cher. Elle avait vraiment misé
sur le mauvais cheval.
— De toute façon, je ne te laisse pas le choix et je t’accompagne, déclara la démone.
Zut !
Elle la connaissait vraiment trop bien. Ce qui n’avait rien d’étonnant dans la mesure où Naama
veillait sur elle pratiquement depuis sa naissance, remplaçant une mère démissionnaire. Et un père
trop souvent absent, lui aussi.
Si Pandora s’accommodait parfaitement d’une mère de substitution aussi peu conventionnelle
que la démone, lui tenant également lieu de meilleures amies et de sœur et grâce à qui elle n’avait
jamais manqué de tendresse, en revanche, elle aurait aimé voir son père un peu plus souvent qu’une
ou deux fois par an. Curieusement, ces rares rendez-vous lui apportaient pourtant tout ce dont elle
avait besoin en matière d’affection paternelle. Et elle ne lui en voulait pas de n’être pas très présent
parce que, lorsqu’ils étaient ensemble, elle était la seule à compter pour lui. Jamais il n’avait dénigré
sa mère en sa présence ni ne l’avait traitée, elle, en étrangère, en rejeton importun ou en fardeau.Pandora aurait même pu dire qu’il semblait retirer une certaine fierté à l’avoir pour fille. Et ce, en
dépit de son attitude presque distante avec elle depuis qu’elle était adolescente. La jeune femme en
avait pris son parti sans en concevoir de dépit particulier, se disant que les démons agissaient avec
leurs progénitures comme ils le faisaient avec leurs partenaires. Sans réels sentiments.
En plus de la connaître sur le bout des doigts, Naama était cent fois plus têtue qu’elle ; toute
esquive lui était désormais interdite. Pandora n’avait plus qu’à se faire une raison. Ce qui ne
l’empêchait nullement de flipper.
— Et si le problème perdure, insista justement son amie, nous irons voir ton père. Lui saura
quoi faire.
Autrement dit, Pandora n’avait pas intérêt à merder ce soir-là. Prendre une telle menace à la
légère aurait été une bêtise. Une énorme erreur. Elle savait la démone capable d’à peu près tout, y
compris mêler son paternel à ses histoires de cœur et de cul sans le moindre scrupule. Son autorité et
son ingérence dans sa vie personnelle ne la dérangeaient aucunement ; elle avait l’habitude et même
s’en félicitait d’ordinaire. Naama était souvent, voire toujours, de bon conseil. Mais dans le cas
présent, elle craignait un peu que ce ne soit pas le cas. La situation était différente des soucis que la
jeune femme avait pu rencontrer jusqu’ici.
Zagan était différent.

En dehors du sexe, et du Thanatéros naturellement, l’un des passe-temps favoris de Zagan était
d’enquiquiner Vincent, le compagnon de sa grande amie Lily. Même si le garçon avait pris de
l’assurance et si, par conséquent, ses réactions étaient désormais moins jubilatoires qu’auparavant.
Ce jour-là n’avait pas fait exception à la règle. Voir le visage de Vincent se crisper et ses yeux
lancer des éclairs après qu’il lui eut proposé ses faveurs était un plaisir dont sa fibre taquine ne se
lassait pas.
Toutefois, Zagan en était venu à respecter et apprécier ce jeune homme dont Lily était
follement éprise. Très heureux pour eux deux, il l’était plus spécialement pour la démone. L’amour
lui allait vraiment très bien.
Néanmoins, et en toute honnêteté, le démon en voulait toujours un petit peu au jeune homme
de l’avoir privé d’une maîtresse aussi fantastique. Mais au moins pouvait-il toujours veiller sur son
amie, car c’était ce que Lily était avant tout à ses yeux, une femme pour laquelle il avait un respect
immense et une affection sincère.
L’aspect charnel de leur relation passée était donc une chose, la mission dévolue à Zagan, une
autre, qui en outre n’avait pas pris fin avec l’arrivée du garçon dans la vie de Lily.
Dès lors, il ne comprenait pas d’où était sortie cette rumeur laissant entendre qu’il pourrait être
affecté à un autre démon ou souhaiter l’être. D’autant plus que Lily était princesse ; la laisser sous la
seule protection de son humain était tout bonnement inimaginable.
Quoi qu’il en soit, l’orgueil de Zagan trouvait son compte dans l’espèce d’effervescence qui
s’était emparée de la ville, touchant humains et démons. Sans parler du fait que cela lui permettait
de s’en payer une bonne tranche tout en assurant l’assouvissement de ses propres besoins sensuels.
Il n’avait qu’à tendre la main pour cueillir n’importe quel fruit appétissant.
Pour l’heure, ses appétits étaient momentanément mis en retrait.
Comme tous les soirs, Zagan se trouvait en salle et le trio qu’il formait avec les amoureux se
tenait tout au fond du club, près de l’un des bars, habituellement la dernière oasis de bienséance
avant d’accéder aux salons privatifs dans lesquels les clients pouvaient laisser libre cours à leurs
envies sensuelles, quelles qu’elles soient, à l’abri des regards.
Mais pas ce jour-là. La soirée qui ne faisait que commencer était privée, très privée, et aucune
décence n’y serait de mise. D’ailleurs, Vincent et Lily avaient pris de l’avance sur tout le monde.
Les deux tourtereaux s’embrassaient depuis cinq bonnes minutes et leur étreinte était en passe de se
transformer en exhibition classée X.
Debout entre les cuisses écartées de son amant assis sur un haut tabouret de bar, Lily avait
déboutonné le pantalon du jeune homme et venait d’enrouler ses doigts autour de son érection
désormais libre.
Le gémissement de Vincent se perdit dans la salle, happé par la cadence hypnotique et les
incantations sombrement décadentes du titre de Melek-Tha qui passait en fond sonore. L’objectif
des playlists diffusées pour les clients du Thanatéros n’était pas tant de satisfaire certains
nostalgiques d’une autre époque que de réveiller l’animal sensuel muselé ou endormi par l’être
cartésien privilégiant la pensée.