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Éloïse

De
122 pages

Benjamin a dix ans quand son père se tue dans un accident de voiture. La peine qu'il ressent tout d'abord laisse peu à peu place à la vie et aux rires, notamment grâce à la petite Eloïse. Mais Benjamin a un secret...

Les années passent et l'affection entre eux devient de l'amour.

Lorsqu'Eloïse décide de rompre, Benjamin est dévasté. La vie semble reprendre son cours, mais un appel de la jeune femme va le replonger dans son passé. Des sourires complices ponctuent leurs retrouvailles, mais un sombre dessein anime la jeune femme.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-07748-4

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

À Jean Philippe…

1
« L’amour est toxique »

En cette fin d’après-midi, Benjamin avait ressorti du tiroir de son bureau ses lettres écrites les derniers mois ; une aide précieuse, paraît-il, pour surmonter une rupture. Si la première le fit sourire, les dernières le surprirent. Il avait eu une vision bien sombre de l’amour. Peu importe, les retrouvailles avec une ex ne s’improvisaient pas.

Un jour plus tôt, un coup de téléphone le réveilla aux aurores, et c’est en tâtonnant qu’il décrocha, d’une voix fatiguée. Éloïse était au bout du fil et les mots sortant de sa bouche lui glacèrent le sang. Entre deux sanglots, elle murmura l’arrêt cardiaque de son père et son besoin de le revoir au plus vite. Comment lui dire non ? Il n’avait jamais su.

Il était 19 h 30, et sous la lumière chaude de l’halogène, il se caressa pensivement le menton et ses grands yeux se perdirent dans le vague. Rien ne pouvait effacer la douleur, les cris et les pleurs, « mais la vie est pleine de surprises », souffla-t-il.

Quand l’interphone sonna, il marcha d’un pas lent jusqu’à la porte, décrocha le combiné et cette voix douce, presque chantante, le fit sourire. Oui, Éloïse revenait. Elle toqua trois fois et il ouvrit la porte sur un visage fermé. La jeune femme avait beaucoup changé. Il supposa qu’elle ne dormait plus la nuit, d’autant plus qu’elle avait enterré son père une semaine plus tôt. La voir ainsi, ça lui faisait mal. Ils échangèrent quelques banalités puis elle recracha la peine en elle.

« Ben, serre-moi dans tes bras ! Mon père me manque. »

Et elle se blottit contre lui. Ce fut un moment d’une grande complicité et il eut un pincement au cœur. L’impensable se produisait, sa douce était dans ses bras et lui caressait les cheveux.

« J’ai envie de mourir, avoua-t-elle d’une voix brisée. Comment je vais faire sans mon père ? »

Il posa un doigt sur sa bouche, laissa le silence s’installer, puis répondit :

« Tu vas surmonter ta peine. »

Elle s’était mise sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser, mais il tourna brusquement la tête et elle regretta aussitôt de s’être tant dévoilée. Dans ce grand moment d’hésitation, Benjamin mit cela sur le compte de l’émotion.

« Allons discuter dans le salon. »

Elle opina puis il l’entraîna le long du couloir en demandant :

« Tu as faim ? »

Elle ne répondit pas. Derrière elle, il la caressait des yeux, il humait son parfum et il se sentait impuissant. Il l’aimait comme au premier jour.

Elle se laissa tomber dans le canapé, se massa les tempes et finit par se nouer les cheveux en chignon.

« Finalement, je veux bien un verre d’eau s’il te plaît. »

Il contre-attaqua :

« J’ai une bonne bouteille de vin sinon. Un Château Haute-Nauve.

– Oh, non merci, je n’ai pas le moral pour me saouler. »

Elle hésitait pourtant.

Benjamin fit un saut dans la cuisine et, quand il revint, Éloïse avait balancé manteau et col roulé. Le tee-shirt moulait ses seins. Il reprit son souffle et lui tendit le verre d’eau qu’elle but par petites gorgées. Elle fut étonnée ; d’ordinaire, il était si bavard…

« Ne reste pas debout, viens t’asseoir à côté de moi. Je ne vais pas te manger », dit-elle.

Il s’assit au bord du canapé. Toujours ce silence entre eux. D’un regard, elle détailla la pièce. Le salon était étroit et tout de long. La porte-fenêtre donnait sur un balcon. La décoration était cossue. Un canapé en cuir, des bibelots au mur et un écran HD. Au sol, un parquet vieillissant.

« Je rêve ou quoi !? Tu as vendu nos meubles !? » s’exclama-t-elle.

Il hocha la tête en guise de réponse.

« Ça ne me surprend pas, tu détestais faire les brocantes. C’est dommage, j’aimais bien le meuble télé et la bibliothèque. Dis, tu te rappelles le marché aux puces de Saint-Nary-Sur-Mer ? »

Il avait les yeux qui pétillaient. Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il avait l’air content de la revoir et, enfin, il lui adressa la parole :

« Il avait plu en fin de matinée et on s’était réfugiés dans un restaurant de fruits de mer sur le port… Pendant que j’y pense, j’ai appelé mon club de basket. Ils ont été conciliants. Je prendrai des jours de congé pour t’aider à chercher une agence immobilière. »

Elle n’avait pas l’air de comprendre.

« La résidence secondaire de tes parents. »

Les regards d’Éloïse étaient gênants et, bon sang, elle semblait totalement distraite.

« Embrasse-moi, mon chéri ! » dit-elle soudain.

Il vit la bouche entrouverte d’Éloïse chercher ses lèvres. Il se leva d’un bond et parla d’une voix forte :

« Je ne peux pas, on doit d’abord discuter. »

Éloïse sourit, ses lèvres tremblaient.

« Excuse-moi, je perds la tête.

– Ce n’est rien. »

Et à nouveau cette froideur entre eux… Il se tenait appuyé contre le mur. Elle croisait les jambes et se rongeait les ongles. On sentait le malaise en suspension dans la pièce.

« Mets ta veste, je t’invite au resto », proposa-t-il sur un coup de tête.

Elle leva ses beaux yeux bleus de dessous ses longs cils et sourit :

« J’ai une meilleure idée, raconte-moi notre enfance !

– Quoi !? » demanda-t-il en se tournant vers elle.

Elle avait une étincelle dans les yeux.

« Tu sais bien.

– Non, justement.

– Toi aussi tu as connu la mort.

– Tu parles de mon père ? »

Il paraissait brusquement sur la défensive.

« Oui, et du fantôme. Tu veux bien ?

– Non Éloïse. Franchement, je n’ai pas envie. »

Il se rembrunit encore. Elle lui jeta alors un regard affectueux, sachant qu’il ne pouvait résister à ses jolis yeux. Il les surnommait « une mer en furie ».

« S’il te plaît… »

Il poussa un long gémissement.

2

« L’histoire commence le mardi 5 septembre », dit Benjamin.

Un cauchemar. Un homme malveillant au visage masqué. Un scénario diabolique ou le dormeur est enterré vivant. La peur monte, le cœur bat fort, un baiser amer de la mort et un cri. Rachel fit un bond dans le lit et fut stupéfaite. Son mari frappait l’air avec ses poings en marmonnant Dieu sait quoi.

« Il m’épuise » marmonna-t-elle.

Mais sa voix avait un pouvoir sur Philippe.

« Chéri, calme-toi, tu fais un cauchemar. »

Enfin, il se recoucha, s’entortilla dans les draps et poursuivit sa nuit. Couchée en chien de fusil, Rachel ronchonnait. Cela faisait trois nuits qu’il lui faisait vivre l’enfer et même les somnifères n’y pouvaient rien. Elle braqua un œil glauque sur le réveil ; 06 h 13. Elle soupira.

Dans la lumière bleue de la chambre, elle sortit sans bruit du lit et, en petite culotte, elle marcha en tâtonnant jusqu’à la salle de bains. Elle écarta le rideau à pois de la douche, régla le mitigeur et s’effraya de son propre reflet dans le miroir. Des ombres se logeaient sous son regard.

Si seulement il pouvait me laisser dormir…

Elle sortit une serviette de sous le lavabo, qu’elle jeta sur la cuvette des toilettes, puis se glissa dans la cage en verre de la douche. Elle se frotta le corps avec un gant en forme de pelote imbibé d’un gel douche à la pomme, puis se rinça. Sous les raies de la douche, elle ferma les yeux de longues minutes, mais ce qui devait être un moment de relâchement total tourna vite à l’angoisse. Le petit rentrait en cm2 et, aujourd’hui, elle serait au boulot avant 08 heures. Elle était sur le point de laisser un message sur le répondeur de l’entreprise mais elle n’en eut pas le courage. Il y avait de l’agitation dans la chambre. Le réveil avait sonné sous le coup de 07 heures et Philippe était maintenant réveillé.

« Chérie ? Tu es déjà debout ? »

La silhouette de sa femme se détachait en ombre chinoise sur le mur du couloir.

« Rejoins-moi dans le lit mon amour, j’ai envie d’un câlin. »

Elle se mit à rire.

« On n’a pas le temps. »

Elle ouvrit les volets de la chambre. La lumière entra à flots. Dehors, il faisait beau et la température de l’air était agréable. Philippe remit correctement son oreiller, croisa les mains derrière sa tête et s’allongea, les yeux rivés sur sa femme.

« Tu as bien dormi ? » demanda-t-il.

Rachel était stupéfaite, il n’avait aucun souvenir de sa nuit. Elle lui tourna le dos en guise de réponse et plongea ses mains dans la penderie.

« Où j’ai foutu mes fringues ? »

Comme tous les matins, elle tâtonnait. Son côté de la penderie était un fourre-tout où l’ordre était banni. Elle enfila une jupe de couleur noire, resserra son soutien-gorge et se couvrit les épaules avec un joli chemisier blanc pendu sur un cintre.

« Je suis contrariée. J’aurai aimé accompagner Benjamin à sa rentrée des classes », dit-elle.

Le mari s’étira et répondit :

« Tu dramatises les choses, Benji ne t’en veut pas. Rappelle-toi l’année dernière… Il a discuté avec ses copains et il a filé dans la cour sans un regard.

– Peut-être bien », dit-elle mollement.

Il sentit la peine de sa femme lui arracher quelques larmes. Il quitta le lit, s’approcha d’elle et la serra fort dans ses bras. Elle renversa la tête en arrière pour la blottir sous le menton de Phil. Ils aimaient se faire un câlin, puis elle expliqua :

« Je pense que ma présence est importante pour lui.

– Ne t’en fais pas, va. »

Elle se sentait en sécurité dans ses bras. Phil était un homme grand et robuste.

« Allons réveiller le petit », proposa-t-il.

Le couple entra dans le petit monde de Benjamin. La pièce était dans la pénombre et sentait le chaud. Sa tête dépassait à peine de la couette. Rachel s’assit sur le lit et passa une main dans les cheveux blonds de son fils.

« Mon petit boubou, il est l’heure de se réveiller », chuchota-t-elle.

Philippe se pencha à son tour sur son fils tout endormi et posa un baiser sur sa joue.

« Debout Benji, c’est le grand jour ! »

Rachel, pour le sortir du pays des rêves, glissa une main sous le drap et le chatouilla. L’enfant remua, retroussa ses lèvres et marmonna :

« C’est bon maman, tu peux arrêter, je ne dors plus. »

La lumière de la lampe de chevet était aveuglante. Benjamin plissa les yeux et s’interrogea. Son père ouvrait les tiroirs du bureau pour y ranger la pile de bandes dessinées, le regard larmoyant.

« Papa, tu as les yeux rouges ; tu pleures ? »

Philippe se tourna sur la porte, prêt à fuir si les questions revenaient.

« Eh, papa, je te parle ! »

Il se mordit la lèvre du bas.

« Je suis ému, c’est la rentrée et…

– Et ?

– Rien, je vais me doucher. »

Le petit demanda à sa mère :

« Qu’est-ce qu’il a papa ?

– Ton père est un homme sensible. Tu grandis si vite ! »

Pour la rentrée, le gosse choisit un polo flanqué de l’écusson de son club de football et le short bleu de Rafael Nadal. Dans la salle de bains, il se peigna les cheveux un long moment devant le miroir puis il se passa un peu d’eau sur le visage. Pour gagner du temps le matin, il se douchait le soir. Comme un grand, il prit un flacon d’eau de toilette de son père et s’aspergea le cou.

07 h 25

Rachel était maintenant pressée ; avec les embouteillages, elle ne serait jamais à l’heure au bureau. Elle embrassa son fils en s’exclamant :

« Eh ben, Boubou s’est parfumé ce matin ! »

Le petit roulait des mécaniques, il lui répondit d’un air cool :

« Ouais, je suis presque un homme maintenant. »

Un sourire fendit le visage de Rachel. Sa peine était imperceptible mais Philippe savait combien elle se sentait coupable. Il se racla la gorge, c’était le signal, et Benjamin répéta mot pour mot la conversation de la veille :

« Passe une bonne journée maman, et ce n’est pas grave si tu ne m’accompagnes pas. »

Elle fit un câlin à son fils et elle embrassa son mari.

« Je t’enverrai des SMS dans la matinée. Courage ma chérie ! »

Elle sortit de chez elle, une...