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Entre trois Mondes

De
533 pages

Connaissant la vérité sur son passé, Jade doit à présent faire face à ce qui s'annonce.
Côme lui a promis son frère, mais une autre vérité va se dévoiler et Jade va devoir l'affronter. Côme les suivait depuis quelque temps, suffisamment pour être en possession du remède contre le vampirisme. Jade et ses acolytes vont donc s'armer de patience et de stratégie afin de retrouver la fiole qui leur permettra l'accès au monde des humains.


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Entre trois Mondes
Livre 2 : Un présent à subir Laurie Méline Roman Suspendisse Edition
« Tous les matins
du monde
sont sans retour»
Pascal Quignard
Fut une époque où j’ignorais mon passé.
À présent, m’y voilà plongé.
Le soleil était couché depuis longtemps.
L’obscurité présente un temps.
Une envie grandissante d’émerger.
Mais sous l’eau on finit par se noyer.
Tous les jours se forcer à avancer.
Mais tous les jours être contraint de reculer.
Voilà ce à quoi l’on m’a condamné.
1
Je franchis la porte d’entrée. Il y a d’abord un silence glacial, puis cette odeur, celle de la mort. Elle me vient quand je vois George et Carolin e à genoux, les mains ligotées derrière le dos sur le sol du salon et la bouche bâillonnée. Ils me regardent apeurés, ne comprenant pas ce qui est en train de se passer. Les yeux de Caroline sont go nflés et injectés de sang. Les joues noyées de larmes, elle est paniquée. George, lui, essaye de g arder son calme. Il ne montre aucune faiblesse, même si je sais qu’il est sur le point d’exploser.
Lorsqu’ils m’aperçoivent, de leurs yeux, ils me sup plient de m’enfuir. Caroline pousse de petits cris étouffés par ses larmes tandis que George agite ses poignets liés. Si seulement je leur en avais parlé avant…
J’aimerais courir vers eux afin de les détacher et de les rassurer. M ais quelque chose m’en empêche. Je me décide enfin à regarder à ma droite puis à ma gauche, et c’est là que je les perçois : installés tout autour de la table.
— Salut, Jade. Ça faisait longtemps, s’exclame cette voix grave et dominante qui hante mes nuits, manipulant un couteau entre ses doigts.
Les quatre personnes qui m’ont remplie de peur et d e tristesse durant ces trois dernières années sont réunies, face à moi. Ils sont revenus. Ce moment que je redoutais est arrivé. C’est comme si George et Caroline étaient déjà morts.
Je me suis assoupi quelques minutes. Suffisamment pour revivre cette confrontation avec Théodore et Jenny. Fort heureusement, ce rêve-ci s’est arrêté bien avant la mort de George.
Je prends une grande respiration et me libère de ces draps. Depuis que Côme m’a amené dans cet endroit sinistre, je me retrouve prisonnière entre quatre murs. Une luxueuse prison représentée par une chambre spacieuse composée d’un lit à baldaquin en bois ancien, des guéridons assortis, ainsi qu’une commode. Près de la porte, une chaise. Près de la fenêtre, une coiffeuse. Une pièce bien remplie, décorée de tableaux évoquant diverses scènes de combat, et au sol, un large tapis vert, dont une partie enfouie sous le lit.
Il m’a dit d’attendre. J’ai attendu. Mais la patience me quitte. Mon frère est si proche, j’en sens son odeur. J’ai besoin de le voir, de pouvoir le toucher, le prendre dans mes bras. Comme autrefois. Pendant longtemps, je l’ai cru mort. Cela a duré trois longues années. Jusqu’à ce que divers événements se produisent. Ça avait commencé par ce bout de papier déposé sur le rebord de ma fenêtre, où y étaient inscrits ces mots :« M éfie-toi du vampire ». Immédiatement, j’ai reconnu l’écriture de mon frère et un espoir s’était créé en moi. Et puis, il y a eu ce jour où Caroline a décidé de mettre fin à son existence après être devenue une vampire. Alors qu’elle venait de sauter d’une falaise, plongeant son corps dans l’immensité, j’ai eu l’idée de faire de même. De la suivre, par peur de la solitude. Je venais de perdre tous les membres de ma famille. Du moins, c’est ce que je croyais, puisque c’est à ce moment précis que Lucas a décidé de faire son apparition, me suppliant de renoncer à ce geste, m’affirmant qu’il n’était pas mort. Après ça, mon seul objectif a été de le retrouver. Par
tous les moyens. Même si j’étais la seule à croire au fait qu’il soit en vie. J’étais la seule pour qu i cela nourrissait un espoir grandissant.
Néanmoins, Malwen m’a aidé. Elle a pratiqué un sort de localisation afin de trouver mon frère. Ce qui a échoué. Elle a commencé par la formule basique : rechercher la localisation exacte de son corps. Celui-ci aurait dû la mener au cimetière d'Osonville, là où est situé notre caveau familial. Mais à son plus grand étonnement, elle n’a rien vu. Alors, elle a pratiqué le sortilège au-dessus, cherchant son âme. Celle-ci devait se situer dans le royaume des morts. Ce sort lui a demandé une grande énergie, la conduisant à l’épuisement. Sa vi sion restant noire, ne lui permettant aucune trouvaille. C’est ainsi que nous nous sommes retrou vés au cimetière, à ouvrir le cercueil de mon frère, afin d’obtenir le fin mot de l’histoire. J’ai été celle qui s’est penchée au-dessus, prête pour le verdict. J’ai été la première à voir ce cercueil vide. M’offrant la preuve tant attendue.
C’est au moment où je l’ai croisé dans mon sommeil et qu’il m’a volontairement blessé, d’une petite entaille dans la main – pour me faire comprendre la réalité de mes rêves et non dans le but de me faire du mal – que j’ai pu attester de cette hypothèse. Mon frère était bel et bien vivant. Alors oui, lorsque Côme a déclaré pouvoir m’amener à lui, j’ai tout abandonné. Tristan. Maggie. Malwen. Andreas. Sofia. Taira. Alistair.
Je reviens en l’instant présent lorsque des pas surviennent dans le couloir. Je me redresse, priant pour que cette porte s’ouvre. Mais ils continuent leur chemin et je reste là, enfermée, attendant avec impatience ce moment que je désire depuis si longtemps.
Avant cela, Côme a tenu à ce qu’un vampire médecin examine ma plaie. Quelques heures avant mon départ du repaire, Jenny et Théodore nous ont attaqués. Et Jenny est parvenue à me blesser, venant me planter un couteau au niveau de ma cuisse droite tout en me broyant mon poignet ainsi que ma gorge. Malgré la forte intensité de douleur, la possibilité de retrouver mon frère a fait office de morphine. Je me sentais apaisée. Sereine. Mon corps a alors permis à mes jambes de se déplacer, à mon poignet d’émettre des mouvements et à ma gorge de laisser l’air passer.
Le médecin est tout de même venu m’examiner, soignant ma plaie à l’aide d’une potion préparée par cette sorcière nommée Ivy, rencontrée plus tôt dans la journée. Puis il m'a étalé une épaisse couche de crème recouverte par une bande.
Me sentant mieux, je me redresse de sur ce lit, pos ant un pied au sol. Puis le second. Je marche jusqu’à la porte. Je dirige ma main sur sa p oignée, la tournant. Fermé. Je soupire de frustration. Ou d’impatience. Je ne sais plus très bien.
Puis mon poing vient s’écraser contre la porte à trois reprises.
— Il y a quelqu’un ?
Aucune réponse. Je me retourne, m’éloignant, lorsque la serrure émet un bruit. Une personne ouvre la porte. Un inconnu au visage sombre. Pas de sourire. Pas de brillance dans le regard. Rien, mise à part de la froideur comme il en a l’air d’être courant par ici.
— Suis-moi, m’ordonne-t-il avant de me tourner le dos.
— Vous êtes qui ?
Il ne me répond pas. Déjà, il s’en est allé et je presse le pas pour le rattraper. Je ne perçois plus que son dos, vêtu d’une veste d’officier noire aux boutons dorés. Ses cheveux longs, bruns, sont attachés en queue-de-cheval, bougeant de droite à gauche. J’observe ce mouvement tout en marchant dans ses pas.
Nous longeons un long couloir dont les murs sont divisés entre un revêtement en bois et de la tapisserie sur le haut. Une tapisserie sobre, d’un rouge marron foncé, montrant des signes de sa vieillesse, tout en gardant un côté majestueux. Je me remémore alors les quelques châteaux où mes parents nous ont emmené Lucas et moi. Un effet de ressemblance en ressort.
Plusieurs tableaux viennent recouvrir les murs. Des scènes, des portraits. Toujours, dans des tons sombre. Pas de couleurs joviales.
— Nous allons où ?
Je continue de poser des questions, mais l’homme s’entête à garder un silence pesant. Dans ce long couloir, seuls nos pas se font entendre dans un bruit militarisé.
Je pourrai m’enfuir. Courir aussi vite que possible, me cacher dans les mille et une cachettes présentes. Mais jamais je ne retrouverai la sortie. Cet endroit est immense. Il y a des portes de tous les côtés. Le manoir s’élevant sur trois étages et s’étendant sur une trentaine de mètres, je me perdrais facilement. De plus, je ne suis pas réellement retenue prisonnière. Je suis venue de mon plein gré, alors m’enfuir, pourquoi ? Il n’y a aucun intérêt quand on sait que mon frère est dans l’une de ces infinies pièces.
J’accélère le pas encore plus pour arriver au côté de l’homme.
— Je peux au moins connaitre votre nom ?
Je tente de nouer le dialogue, encore. Mais il ne m e regarde pas. Je continue de le suivre, prenant différents couloirs. Ma jambe ne me procure plus aucune douleur. C’est comme si je n’avais jamais été blessé, ce qui me soulage d’un poids.
— Edgard.
Le son de sa voix me surprend. Ni trop grave, ni tr op aigu. Un murmure qui se mélange parfaitement à ces murs terrifiants. Incrusté dans cet endroit mort. Prisonnier de ce calme déroutant.
Il continue sa marche, refusant de me porter la moindre attention supplémentaire.
— Vous m’emmenez où ?
De nouveau, il se tait. Puis s’arrête devant une grande porte.
— On est arrivé.
— Où ça ?
— Entre.
Il m’ordonne cela d’un ton sévère. Nos regards se croisent puis s’affrontent. La porte est haute et derrière se trouve l’inconnu. Des milliers de qu estions s’emparent de mon esprit. Obéir ou l’interroger davantage sur ce qui m’attend. Mais je finis par capituler.
Edgard se positionne dos contre le mur, oubliant ma présence. Du moins, tout dans son comportement me laisse penser qu’il l’a oubliée. Il a fait ce qui lui a été demandé : m’amener jusqu’ici.
Je soupire, me passant une main dans les cheveux. Je me concentre sur ma respiration, prenant soin de réduire mes battements rapides du cœur. Pui s je m’avance, venant poser ma main sur la poignée, la tournant. La porte s’ouvre et, timidement, je pénètre dans cette pièce. Grande. Sombre de par ses rideaux fermés. Une chambre : un lit à deux places recouvert d’un drap, mais avec des couvertures pliées au pied. Deux guéridons, une grande armoire, un banc au pied du lit. Rien de plus. Beaucoup de vide.
Je pénètre entièrement dans la pièce, fermant la po rte derrière moi. D’un coup, un bras m’attrape, me plaquant contre le mur. Sensation de déjà-vu. Mes yeux se déplacent dans ceux de cette personne.
— Jade ?
Je reste figée. Lui aussi. C’est comme si cela n’était pas réel. Nous restons l’un face à l’autre, cherchant quoi faire, quoi dire. J’attends cela depuis si longtemps. Ce trou dans mon cœur qui ne cessait de grandir va commencer à guérir. Enfin.
Doucement, il me relâche, les membres tremblants. P uis recule d’un pas pour mieux m’observer. Comme s’il hallucinait, il vient se frotter les yeux.
Je commence à tendre mon bras pour venir le toucher. Être sûre qu’il est bien là, dans la réalité. Que cela ne soit pas un rêve comme j’ai tant été habitué. Ce qui me frappe le plus, ce sont ses traits de visage inchangé malgré ces trois années passées. Il est resté le même.
— Lucas ? C’est toi ?
Pour sa réponse, il efface cette distance créée entre nous. Il me prend dans ses bras, me serrant d’une force puissante qui me rassure et que j’accepte avec joie.
Je fais de même, l’entourant de mes bras, le serrant de toutes mes forces. Comme si ma vie en dépendait. Je respire son parfum. Jasmin et bergamo te. Je reprends vie. Mon corps se ranime. Mes yeux s’humidifient. Mes lèvres dessinent un sourire immense, rempli d'ivresse.
Il est là, avec moi. J’ai pris un risque. Il a été payant.
Lucas se recule, prenant mon visage entre ses mains.
— Mais qu’est-ce que tu fais là ? murmure-t-il entre exultation et colère.
— Il fallait que je te voie…
Immergé de chagrin, les mots me font mal à la gorge, et les larmes me submergent. Je leur
laisse libre cours. Pour la première fois, elles reflètent ma béatitude. Je n’ai plus de peur en moi, tout s’est envolé. Ce qui n’est pas le cas de Lucas. Lui est rempli d’effroi.
— Tu n’aurais jamais dû venir.
Il s’éloigne et l’atmosphère autour de moi redevient froide. Je ne me sens plus en sécurité et je reviens en cet endroit morbide.
— Lucas…
Je fais un pas vers lui, mais il se retourne, passa nt ses deux mains violemment dans ses cheveux. La colère l’envahit.
— Tu ne te rends pas compte, me dit-il. Je ne peux pas te sortir de là !
— C’est pas ce que je te demande, Lucas. Je suis là parce que je l’ai décidé. Ça va faire trois ans que je te pense mort ! Alors comment voulais-tu que je réagisse en apprenant que mon frère était encore en vie ? Qu’une dernière personne de ma famille était encore présente sur cette terre ? Que je n’étais pas seule…
Ses traits de visage s’apaisent et il revient vers moi, me prenant derechef dans ses bras, venant déposer un baiser sur le sommet de mon crâne. Mes larmes continuent de couler, n’arrivant plus à s’arrêter. De ses doigts, il vient les essuyer, mais de nouvelles viennent prendre leur place.
— Calme-toi, Jade, je t’en prie.
— Je suis tellement heureuse de te voir. Tu n’as pas idée.
Il me sourit.
— Détrompe-toi. Je sais exactement ce que tu ressens.
Je replonge dans ses bras, comme si je ne voulais plus en partir. Trois ans que je le crois mort. Que je pleure sa disparition. Que je vis dans l’angoisse de ne plus jamais le revoir. Puis l’impossible s’est produit.
Alors qu’autour de nous une guerre s’engage, je retrouve ce bonheur que je pensais perdu. Ce sentiment me fait me sentir tellement bien que j’aimerais qu’il dure éternellement.
— J’ai pris tant de risque pour te tenir éloignée de ce lieu, se désole Lucas.
— Je devais venir. Ils ont tué George. Puis Caroline s’est jetée de cette falaise. J’étais seule, je…
Un nouveau sanglot s’empare de moi. Ma présence l’effraie. Mais moi, elle m’apaise.
— Je suis désolé que t’aies dû vivre tout ça, s’enquit Lucas.
— Quand je t’ai vu ce jour-là, sur la falaise, après le saut de Caroline, quand tu m’as sauvé, je ne savais plus quoi penser. Te revoir était la seule chose qui me maintenait encore en vie. Je n’avais pas d’autres choix que de te retrouver. Et peu importent les risques. J’étais prête à tout. Et je ne regrette pas.