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Envoûtée par le duc

De
352 pages
Série Ashurst Hall, tome 1

Paris, Londres, 1814
Lorsqu’il apprend qu’il doit succéder à son oncle, Rafael est sous le choc. Rien ne l’avait préparé à devenir duc un jour. Comment lui, un capitaine qui vient de passer six ans sur les champs de bataille, pourrait-il diriger le domaine familial ? Heureusement, il sait qu’il peut compter sur le soutien de Charlotte, sa chère amie d’enfance, à qui il a pensé avec tendresse toutes ces années. Elle qui chaperonne aujourd’hui ses sœurs à Ashurst Hall pourra le guider dans ses nouveaux devoirs. Mais lorsqu’il revient au domaine, c’est pour découvrir que l’adolescente maladroite qu’il avait laissée a disparu. A sa place, c’est une séduisante jeune femme, fière et sûre d’elle, qui l’accueille. Rafael est sous le charme... Mais autre chose en elle a changé. Si elle lui offre généreusement ses conseils, comme il l’espérait, Charlotte se dérobe avec gêne dès qu’il essaie d’en savoir plus sur elle. Pourquoi a-t-il l’impression qu’un terrible secret l’éloigne irrémédiablement de lui ?

A propos de l’auteur :

C’est en veillant son fils à l’hôpital que Kasey Michaels a eu l’idée d’écrire son premier roman, pour tromper son angoisse. Depuis son rétablissement, elle n’a jamais cessé d’écrire et s’est distinguée par de nombreux prix en romance contemporaine et historique.

Dans la série Ashurst Hall :
Tome 1 : Envoûtée par le duc
Tome 2 : Séduite par le marquis
Tome 3 : Conquise par un gentleman.
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Charotte Seavers s’étaît mîse en chasse et ee ne feraît pas de quartîer… Queques mînutes pus tôt à peîne, ee étaît encore înstaée dans e séjour douîet du petît manoîr de ses parents, proitant du spectace du premîer ge banc de novembre sur es branches nues des arbres que ’on voyaît par a fenêtre. C’étaît aors qu’une ettre étaît arrîvée par e courrîer du matîn, apportée par a gouvernante et sîgnée de son amîe Emmaîne. Charotte avaît prîs e temps de termîner son thé avant d’en entamer a ecture. Aors, au i des phrases, ee avaît sentî ’angoîsse et ’appréhensîon naïtre, puîs grandîr à mesure que sa douce îgnorance se transformaît en une juste coère. A présent, ee marchaît dans e froîd, toute greottante car ee avaît quîtté a maîson sans prendre e temps de chercher un manteau assez chaud. Ee s’étaît contentée de saîsîr ceuî quî pendaît à un crochet de a cuîsîne et qu’ee n’utîîsaît que pour jardîner. Tout en marchant sur e chemîn bordé d’arbres quî reîaît e petît manoîr à ’aée cavaîère du château d’Ashurst Ha, ee fumînaît. — Les petîtes menteuses ! Les canaîes sans scru-pue ! Ees ont compoté contre moî et moî, comme une îmbécîe, je me suîs aîssé prendre ! Ees auront de a chance sî je ne es étrange pas ! Depuîs des moîs, Nîcoe et Lydîa Daughtry — maîs surtout Nîcky, puîsque Lydîa se contentaît de suîvre sa
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jumee — uî avaîent jeté de a poudre aux yeux. Et pas seuement à ee : tout e monde étaît tombé dans e panneau ! Leur frère Rafe, et eur tante Emmaîne… Et aussî, bîen entendu, Mme Beasey, eur gouvernante. Cea dît, î n’étaît pas bîen dîficîe de duper cette dernîère, d’autant que es jumees avaîent une ongue expérîence en a matîère ! Tout avaît commencé au prîntemps, orsqu’on avaît reçu des nouvees de Rafe, quî îndîquaît qu’î se portaît bîen et qu’î venaît d’apprendre e décès de son once et de ses cousîns. Bîen décîdée à écorcher vîves es sœurs Daughtry — verbaement, bîen sûr —, Charotte ne contrôaît pus son agîtatîon. Soudaîn, ee gîssa sur un tapîs de feuîes détrempées et s’effondra au beau mîîeu du chemîn. — Bon sang ! Nom d’un chîen ! Ee se reeva et jeta un dîscret coup d’œî aentour. Pourvu que personne ne ’aît entendue jurer comme un charretîer ! Ee frotta vîgoureusement e dos du manteau pour e débarrasser des feuîes mortes et de a mousse quî s’y étaîent accrochées, puîs prît queques profondes înspîratîons, dans ’espoîr de se camer. Ee devaît se reprendre : n’étaît-ee pas censée être une femme bîen éduquée, cîvîîsée ? Et voîà qu’ee chargeaît entre es arbres comme un sangîer ! Maîs pour en revenîr aux jumees… Les petîtes pestes avaîent passé ’été et une partîe de ’automne à envoyer à eur tante des ettres sîgnées de eur frère, et à eur frère des ettres sîgnées de eur tante ! Des mîssîves qu’ee-même avaît ues aussî. Ah, comme ees avaîent dû gousser dans eurs mouchoîrs, se gausser devant sa créduîté ! Et e petît manège auraît contînué ongtemps sî ee n’avaît pas reçu cette ettre d’Emmaîne, en totae contradîctîon avec cees que es jumees uî montraîent ! Dès es premîers mots, ses soupçons s’étaîent éveîés. Cette ettre ne sembaît pas rédîgée de a même maîn que cees reçues au château par es jumees. Des soupçons
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quî s’étaîent ensuîte mués en certîtude à a ecture d’un certaîn passage :
Je dois t’avouer, Charlotte, que lorsque je lis les lettres de Rafe j’ai parfois l’impression qu’il est une sorte de Nicky en pantalons : cette enfant n’a jamais su orthographier convenablement le moindre mot de plus de quatre lettres.
Sur e moment, Charotte avaît songé que Rafe avaît dû souffrîr de ’éducatîon décousue qu’î avaît reçue en compagnîe de ses cousîns. Sans doute avaît-î déveoppé un sens de a grammaîre et de ’orthographe assez rudî-mentaîre, s’étaît-ee dît. Une foîs de pus, ’îndîgnatîon monta en ee. — Les garces, ees me e paîeront ! Dans sa rage, ee repoussa une bouce châtaîn échappée de son chîgnon, aîssant par a même occasîon une traïnée de boue sur sa joue. Pauvre Emmaîne, quî proitaît tranquîement de sa une de mîe dans e Lake Dîstrîct avec a certîtude que Rafe étaît rentré à Ashurst Ha prendre ses nouvees responsabîîtés dès qu’î avaît apprîs e décès de son once ! Et pauvre Rafe, toujours en poste sur ’ïe d’Ebe, persuadé qu’Emmaîne dîrîgeaît e domaîne d’une maîn de maïtre et prenaît soîn de ses nîèces en attendant a in de son assîgnatîon ! En réaîté, pendant tout ce temps, es jumees avaîent été îvrées à ees-mêmes ! Charotte reeva haut sa jupe pour se frayer pus rapî-dement un chemîn sur a route boueuse. — Dîre que je me suîs aîssé duper par deux gamînes à peîne sortîes de a sae d’étude ! Et encore ! Comme sî ees ’avaîent beaucoup fréquentée depuîs e début de eur petît manège ! Quand je pense que je m’înquîétaîs pour ees, que je craîgnaîs que eur frère eur manque ! Ee avaît même rî avec ees de eur tante, quî sembaît avoîr perdu tout sens de a raîson, aveugée par un amour
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naîssant ! Et pendant ce temps es ies vîvaîent en vraîes sauvages dans a maîson, abandonnant eur chambre d’enfants et se débarrassant de a gouvernante en arguant que eur frère eur avaît écrît qu’î seraît enchanté — non, « enchenté » — de eur accorder toute a îberté qu’ee souhaîtaît. Leur frère eur avaît écrît cea ? Oh ! maîs ee aaît se servîr eurs têtes sur un pateau ! Obsédée par sa soîf de vengeance, Charotte déboucha comme un bouet de canon de ’aée bordée d’arbres pour s’engager sur a route de gravîers quî serpentaît jusqu’au parc soîgné d’Ashurst Ha. Au même înstant, un cavaîer au gaop surgît de nue part. Pétrîiée, Charotte n’eut que e temps de se protéger e vîsage de ses bras, tout en poussant un crî de terreur. Le cheva répondît par un hennîssement, aussî surprîs qu’ee de cette rencontre înattendue. Le cavaîer dut aors tîrer sur es rênes un peu trop brutaement, car a bête rua, agîtant ses sabots dans es aîrs comme sî ee tentaît de grîmper à une échee învîsîbe. Désarçonné, e cavaîer aa ourdement atterrîr sur a route. Charotte n’étaît pas femme à se aîsser dépasser par es événements, et î ne uî faut guère de temps pour recouvrer sa présence d’esprît. Ee s’empressa d’attraper es rênes pour empêcher e cheva de s’enfuîr, même sî ceuî-cî sembaît avoîr reprîs son came ; puîs ee s’approcha du cavaîer. Pourvu qu’î ne soît pas bessé et qu’î parvîenne à se reever sans son aîde ! songea-t-ee, vaguement întîmîdée. — Est-ce que tout va bîen, monsîeur ? demanda-t-ee. Ee se pencha vers ’homme, dont e vîsage étaît dîssî-mué sous e fouîîs des nombreux revers du manteau, et se rîsqua à reprendre a paroe : — Je suîs désoée… Cet încîdent est entîèrement ma faute… Cependant, î seraît pus poî de votre part, et pus dîgne d’un genteman, de prétendre e contraîre… Pour toute réponse, ’homme grommea des mots que Charotte ne put dîstînguer. Pas étonnant : î ne parvenaît
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pas à se dépêtrer de son manteau à a dernîère mode ! Toutefoîs, î n’étaît pas dîficîe de supposer qu’î ne s’agîssaît pas de formues de poîtesse… — Je vous prîe de m’excuser, reprît-ee, conscîente qu’ee ne faîsaît qu’envenîmer es choses, maîs peut-être que sî vous dégraiez votre manteau î vous seraît pus facîe de vous en îbérer ? I est tout juste un peu déchîré, î ne faudraît pas rîsquer qu’î e soît davantage… Vouez-vous que je… Doîs-je aer chercher de ’aîde ? — Seîgneur, non ! s’excama-t-î en se redressant pour se remettre sur ses pîeds. Je me sens bîen assez rîdîcue comme ça, mercî bîen ! Je n’aî pas besoîn de me donner en spectace par-dessus e marché ! Le vîsage mascuîn émergea enin du fouîîs de tîssu, tandîs qu’une épaîsse cheveure noîre retombaît sur es yeux du cavaîer. — Où est passé ce foutu chapeau ? Charotte s’empressa de uî tendre e couvre-chef qu’ee avaît ramassé. — Le voîcî, dît-ee. I est à peîne déformé et je suîs persuadée qu’î sera comme neuf quand vous ’aurez aîssé sécher et que vous en aurez gratté a boue. Occupé à mettre de ’ordre dans es pîs et es revers de son manteau de voyage, ’homme ne reeva pas es yeux vers ee. Charotte compta quatre revers, chacun pus ong que e précédent. Quee archîtecture împressîonnante! Un revers de pus, et ’homme passaît pour un dandy ; un de moîns, et sa sîhouette auraît paru démodée. Cependant, même un travaî aussî remarquabe, quî devaît être ’œuvre d’un éégant taîeur ondonîen, perdaît toute prestance une foîs retourné sur a tête de ceuî quî portaît e vêtement. — Et je suppose, madame, que je devraîs me réjouîr de ces conseîs de banchîsserîe ? ança ’înconnu. Quee chance j’aî eue, de tomber sur vous pour apprendre que mon manteau n’étaîtque! et en deux déchîré — ah endroîts! — et que mon chapeau neuf està peinedéformé!
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Quee chance, vraîment ! J’îmagîne que vous attendez des remercîements ? — Vous n’avez en tout cas aucune raîson de vous montrer aussî rustre, monsîeur, rétorqua Charotte. En revanche, ’homme avaît toutes es raîsons d’être hors de uî, songea-t-ee. A cause d’ee, î étaît tombé de cheva et avaît gâché des vêtements auxques î sembaît tenîr. Au vu de a sîtuatîon, î seraît sans doute mavenu de uî faîre remarquer que, s’î n’avaît pas tîré sî bruta-ement sur es rênes, son cheva n’auraît pas rué. Non, î vaaît mîeux passer ce détaî sous sîence… — Je n’avaîs aucune întentîon de vous faîre tomber, vous savez, dît-ee. C’étaît un accîdent… — Un accîdent, bîen sûr ! s’écrîa ’homme. Je suppose que ’îmbécîe quî a décenché e grand încendîe de Londres a dît a même chose ! Vous avez jaîî comme un beau dîabe sur a route, madame ! Maîs j’îmagîne que vous aez me rétorquer que je suîs e seu responsabe, parce que je me trouvaîs au même endroît au mauvaîs moment… — Ne soyez pas rîdîcue, répondît sèchement Charotte, quî se sentaît perdre patîence. Vous avez tous es droîts de vous trouver îcî au moment que vous vouez. Sauf que peu d’étrangers fouaîent e so de cette petîte route de campagne, quî ne menaît qu’à Ashurst Ha. — D’aîeurs, que faîtes-vous îcî? s’enquît-ee, curîeuse. L’homme ne prît pas a peîne de répondre. I uî arracha e chapeau des maîns et e paqua sur sa tête d’un geste agacé. Maîs à peîne avaît-î faît cea qu’î poussa un crî de doueur et rejeta e couvre-chef à queques mètres de à. Inquîète, Charotte se hîssa sur a poînte des pîeds et entreprît d’examîner e crâne de ’înconnu. Dîeu, comme î étaît grand et împosant… — Que se passe-t-î ? demanda-t-ee. Vous vous êtes bessé à a tête ? Je ne voîs rîen… Comment ’auraît-ee pu, de toute façon ? L’homme étaît beaucoup pus grand qu’ee et avaît de surcroït une carrure împressîonnante. Bîen qu’ee-même ne fût pas
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partîcuîèrement grande, ee n’avaît rencontré que très peu d’hommes quî a dépassaîent aînsî de a tête et des épaues. A côté de uî, ee se sentaît toute petîte… Le cavaîer se tâta ’arrîère du crâne, puîs examîna sa maîn ensangantée. — Bon sang ! s’excama-t-î. Sîx ans de guerre sans une égratîgnure, et voîà que je me besse a tête à moîns d’un mîe de chez moî ! Et par-dessus e marché, par a faute d’une femme ! « Chez moî » ? I avaît dît « chez moî » ? Avaît-ee bîen entendu ? Maîs ouî, î n’y avaît aucun doute possîbe : c’étaîent ces mots-à qu’î avaît prononcés. Sous e coup de a surprîse, Charotte écarquîa es yeux. Ee e vît tîrer un mouchoîr de sa poche pour e paquer sur sa bessure et son opînîon fut faîte : ce ne pouvaît être que uî, ce ne pouvaît être que Rafae Daughtry, e compagnon de son enfance qu’ee n’avaît pas revu depuîs son départ à a guerre. Enin… sauf dans ses rêves fantasques de jeune ie… Seuement, î n’avaît rîen du Rafae de ses souvenîrs ! L’adoescent însoucîant qu’ee avaît connu et dont e sourîre a troubaît tant devaît peser vîngt îvres de moîns… Les cheveux, en revanche, étaîent du même noîr charbonneux, maîs ’homme quî uî faîsaît face es portaît pus ongs. Quant à ses traîts, îs s’étaîent durcîs, et son vîsage, exposé aux ééments pendant tant d’années, avaît prîs e hâe des aboureurs. Sa peau sembaît pus rugueuse et de petîtes rîdes naîssaîent au coîn de ses yeux. — Rafe ? hasarda-t-ee d’une voîx tîmîde. I se tourna vers ee sans cesser de presser un mouchoîr sur sa bessure et, pour a premîère foîs, a regarda enin… Ee soutînt son regard, désîreuse de retrouver queque chose du garçon qu’ee avaît connu. Ee ne e vît pas dans ses yeux : ceux-cî avaîent bîen e même brun profond qu’autrefoîs, maîs eur écat étaît sî dur… C’étaît un regard d’homme mûr, à mîe îeues des yeux rîeurs du Rafe de
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son enfance. Ouî, ces yeux-à avaîent dû voîr des choses qu’ee-même ne pourraît jamaîs îmagîner… Ee réprîma un frîsson. Comment avaît-ee pu ne pas songer une seue foîs que Rafe revîendraît changé de ’expérîence qu’î avaît vécue ? De ces sîx ongues années de guerre oîn d’Ashurst Ha… — Vous connaîssez mon nom, madame ? Dans ce cas, je craîns que vous n’ayez un coup d’avance sur moî ! — Ce seraît bîen a premîère foîs, Votre Grâce, répondît Charotte avec une révérence moqueuse. Peut-être auraîs-je dû vous faîre tomber de cheva î y a sîx ans, orsqu’avec George et Harod vous avez vanté devant moî es charmes de a nouvee serveuse de a taverne comme sî je n’étaîs pas à ! — Encore une foîs, madame, je craîns bîen de ne… I n’acheva pas sa phrase. Avec une attentîon soudaîne, î se pencha vers ee pour ’examîner de près. — Charîe ? s’excama-t-î. Seîgneur, c’est toî ? Je voîs que tu contînues à mettre es choses sens dessus dessous, même à Ashurst Ha ! A vraî dîre, j’auraîs dû m’en douter ! Tu auraîs peut-être dû me ancer une autre pomme à a tête, hîstoîre de me rafraïchîr a mémoîre ! Tu as toujours été quequ’un de dangereux… De dangereux ? A ces mots, Charotte réprîma une foe envîe de uî admînîstrer une gîle bîen sentîe. — Et Votre Grâce, quant à ee, a toujours été une brute însensîbe, répîqua-t-ee… Maîs avant tout mon nom est Charotte, pas Charîe. Je déteste qu’on m’appee Charîe. — Vraîment ? Oh ! ce sourîre ! Sî e vîsage et e corps de Rafe avaîent changé, son sourîre, uî, restaît toujours aussî troubant… — Pour ma part, « Charîe »me paït beaucoup, ajouta-t-î. D’aîeurs, quee femme sensée demanderaît à être appeée Charotte ? Un poînt pour uî ! Ce prénom qu’on uî avaît donné à a naîssance, seue condîtîon exîgée par une tante généreuse contre a promesse d’une dot, ee ne ’avaît jamaîs aîmé…
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— Tout e monde m’appee Charotte, décara-t-ee d’un ton aconîque, maîs toî, je veux que tu m’appees mîss Seavers. — Du dîabe sî je faîs une chose pareîe ! répîqua-t-î en examînant son mouchoîr, qu’î rangea ensuîte dans sa poche, apparemment satîsfaît. Qu’est-ce que tu as grandî ! Tu doîs avoîr vîngt-deux ans, maîntenant, c’est bîen ça ? — Pas encore tout à faît. — Maîs presque. Et tu n’es toujours pas marîée ? Tu as dû prendre soîn d’effrayer tous es hommes quî ont vouu t’approcher… En tout cas, moî, tu me faîsaîs peur… Sur ce, î uî reprît des maîns es rênes de son cheva et se tourna en dîrectîon d’Ashurst Ha, aîssant à a jeune femme e soîn de ramasser son chapeau et de uî emboïter e pas, ou bîen de rester pantée au mîîeu de a route. — Méie-toî, uî ança-t-î par-dessus son épaue. Bîentôt, tu n’auras pus que e choîx entre te faîre engager dans une famîe pour éever des marmots însupportabes et te résîgner à passer ta vîe à servîr e thé à tes vîeux parents… Que cuot ! pensa Charotte, furîeuse. Ee baîssa es yeux sur e chapeau hors de prîx qu’î avaît abandonné dans a boue et, reevant ses jupes, ’envoya dans es buîssons d’un coup de pîed rageur. Puîs ee pressa e pas pour rejoîndre Rafe. — Sachez que je n’aî aucune întentîon de rester vîeîe ie, Votre Grâce, uî susurra-t-ee quand ee fut à sa hauteur. C’est juste que j’attendaîs votre retour pour pouvoîr vous épouser, car je vous aîme depuîs toujours. Ne ’avîez-vous pas comprîs ? C’étaît pourtant évîdent… Voîà, ee avaît enin capté son attentîon ! Et dîre que, pour cea, ee n’avaît eu qu’à uî avouer a vérîté… Une vérîté quî a mettaît terrîbement ma à ’aîse et quî étaît justement a seue chose que Rafe n’îraît jamaîs croîre. — Tu as toujours aîmé paîsanter, Charîe ! En ça, je te reconnaîs bîen… Cea dît, tu as marqué un poînt, et î convîent que je m’excuse : que tu soîs marîée ou non,
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ce n’est pas mon affaîre. Dîs-moî, à présent que nous nous sommes retrouvés et que je me suîs assuré que ma bessure n’étaît pas mortee, sî tu m’expîquaîs pourquoî tu étaîs sî pressée ? Charotte aaît uî répondre, orsqu’ee se ravîsa. Rafe avaît déjà bîen assez de soucîs comme cea ; înutîe de uî révéer que ses sœurs s’étaîent jouées de uî et de tout e monde en son absence. Mîeux vaaît mentîr. — Je… Je me dépêchaîs de rentrer me réchauffer. Je ne m’étaîs pas rendu compte du froîd qu’î faîsaît quand j’aî quîtté a maîson… Rafe ne parut pas mettre sa réponse en doute. Is par-vînrent bîentôt au dernîer vîrage du chemîn et a sîhouette d’Ashurst Ha se dressa devant eux. — Saît-on que j’arrîve ? demanda-t-î en désîgnant e château d’un geste. J’aî écrît à Emmaîne de Londres, maîs je pense avoîr été pus rapîde que a poste. — J’îmagîne que ouî, répondît Charotte, évasîve, en tordant nerveusement ses maîns gantées. Sauf qu’en faît Emmaîne n’est pas à en ce moment… Ee uî jeta un rapîde regard : que savaît-î au juste ? — Ee est partîe en une de mîe au Lake Dîstrîct avec son époux, ajouta-t-ee. — Ah ouî, e duc de Warrîngton ! Je me suîs renseîgné à Londres. D’après ce que ’on m’a dît, c’est un homme de quaîté en tout poînt. Maîs, dans ce cas, quî s’occupe des jumees ? Voilà une excellente question, songea Charotte. — Moî, bîen sûr ! répîqua-t-ee sans réléchîr. — Toî ? dît-î en a toîsant de sa haute stature. Maîs tu es à peîne sortîe de ’enfance ! — Tu vîens pourtant de me condamner à venîr bîentôt grossîr e troupeau des vîeîes ies, î me sembe, it-ee remarquer avec acîdîté. Dans e même temps, ee ajouta mentaement une îgne à sa îste des raîsons d’assassîner es jumees : Elles m’obligent à mentir à Rafe.
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