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ET SI...

De
193 pages
Un drogué attachant, un ludopathe méchant, un employé de banque insignifiant mais aimant, un plombier trop absent, un présidentiable étonnant… Point commun : Félicie. Douze ex de Félicie. Puis Karim, mari aimant et aimé. Et pourtant ! Se souvenir. Imaginer. Se demander pourquoi certains l’ont quittée, pourquoi elle a quitté les autres. Auraient-ils pu continuer ensemble ? Qu’auraient-ils pu vivre ensemble ? Des hommes qu’elle aurait pu aimer jusque dans la douleur, des hommes qu’elle aurait pu détester jusqu’à la rancœur. Des tranches de vie banales ou insolites. Des vies réinventées. Des pensées, rien que des pensées. Et si…
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Les treize vies de Félicie NOUVELLES
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2005 20 rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-4059-1 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-4058-3 (livre imprimé)
VA L E R I EHA D J A B
XIII – KARIM – UN CIEL SANS NUAGES
Vingt ans de vie commune. J’ai fait le bon choix. Et pourtant, j’ai hésité avant de m’engager, j’ai essayé comme on dit. Essayé quoi, me direz-vous ? Des hommes, bien sûr, tout ce qu’une femme rêve d’accrocher à son tableau de chasse plusieurs fois dans sa vie, juste pour montrer et pour se montrer qu’elle peut plaire, aimer, se sentir aimée. Est-il encore possible de plaire après tant d’années ? N’ai-je pas plutôt l’illusion de plaire à ce mari qui m’entretient dans cette même illusion ? Bien compliqué tout ça. Pourquoi se poser autant de questions quand on se sent heureux ? Karim connaît tous les coins et recoins de mon corps comme je connais le sien à la perfection et notre attente mutuelle est autant spirituelle que physique. Notre esprit à nous consiste en des joutes penséiques de tout ordre, des explorations cérébrales tels des spéléologues à la recherche d’une grotte que l’autre réussirait encore à cacher. Tout savoir pour encore mieux se connaître.
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E TS I . . .
Bonheur immédiat. Quelques hésitations. Gaucheries expérimentées. Peur de recommencer ce que nous avions déjà trop vécu l’un et l’autre. Des regards d’inconnus complices. Complicité dans l’inconnu. Nous ne savions pas encore que ces regards complices seraient toujours aussi présents vingt ans après. Nous vivions au jour le jour. Le lendemain viendrait bien assez vite. Nous étions bien. Nous sommes bien. Il m’arrive de penser à ce qu’aurait pu être ma vie si finalement je ne m’étais pas fait jeter par Robert (numéro 2 dans la chronologie de mes souvenirs) ou si je n’avais pas quitté Cyrille (number 6). Karim est le treizième homme de ma vie, l’unique en vérité. Les autres n’ont jamais atteint la même intensité dans l’osmose. Il faut dire que nous n’avons jamais vraiment pris le temps de nous connaître. Nous étions jeunes, frais, naïfs, prêts à révolutionner le monde par la force de notre amour aussi plat que l’électrocardiogramme d’un homme venant de succomber à une crise cardiaque. La comparaison n’est pas heureuse, certes, mais tellement proche de ce que j’ai pu vivre avant l’arrivée de celui à qui j’aurais du mal à donner un numéro. Les mots me manquent pour exprimer la joie que nous avions, Karim et moi, à nous retrouver. Deux êtres parmi tant d’autres qui vivaient une passion. Une passion qui dure comme peu d’autres. Je me rends compte aujourd’hui, en regardant autour de moi, combien nous sommes privilégiés. L’amour semble si compliqué, si ancré dans l’habitude. Pourquoi avons-nous eu la chance d’échapper à cette habitude ?
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Avant lui, j’ai toujours eu du mal à rester plus de six mois avec chacun de ces messieurs, je finissais par les trouver ennuyeux. Je me trouvais instable, incapable de comprendre le fonctionnement masculin, incapable de mettre en cause mon propre fonctionnement. J’étais prête à endosser le célibat si les déconvenues sentimentales que j’enchaînais se répétaient à mon détriment. J’avais l’impression que jamais je n’arriverais à aller de l’avant, obligée de recommencer chaque fois le même processus de séduction, découverte et lassitude. Alors, pourquoi ne me suis-je pas lassée de Karim ? Qu’avait-il de plus que les autres ? Cela semble à première vue difficile de répondre. Je n’ai pas fait d’effort avec les autres, peut-être que si j’avais poussé un peu plus loin l’exploration de ces moitiés temporaires, je tiendrais aujourd’hui le même discours au sujet de l’un ou de l’autre. Je me souviens de notre rencontre avec Karim. Nous étions voisins. Je vivais dans un petit appartement dans une HLM, lui habitait dans l’appartement juste en face du mien, sur le même palier. Rencontres matinales parfois, rencontres le week-end souvent. Invitations amicales et innocentes chez l’un, chez l’autre, pour discuter, juste discuter. Arriva ce qui devait sans doute arriver. Je venais de rompre avec Siméon (numéro 12 évidemment), aujourd’hui député-maire de notre jolie région. C’est marrant parce que je ne le trouvais pas fut-fut à ce moment-là. Comme quoi, avec de l’ambition, on peut arriver à tout. Quand je vois sa voiture et sa maison
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E TS I . . .
aujourd’hui, je me dis que j’aurais pu devenir une des premières dames de la région, une dame du monde qui n’aurait plus eu à se préoccuper de savoir comment elle allait payer telle ou telle facture. Au diable la reconnaissance sociale ! Pas de regret, nous vivons correctement, sans trop d’argent mais suffisamment pour ne pas manquer. Karim semblait différent. Mais, comme toute fille qui vient de vivre une déconvenue, je m’étais bien jurée de ne plus m’y laisser prendre avant bien longtemps. C’était compter sans cette attirance mutuelle à laquelle je ne pouvais résister. Une impulsion. Un besoin. Un manque à combler. Tout me disait que celui-là, je ne devais pas le rater. Ne pas me buter et recommencer. Une croix sur le passé. Jamais je n’ai regretté. Jamais je ne regretterai. Tous ces moments de folie pure qui durent. Par magie. Par amour. Harmonie, un mot à la résonance éternellement douce. Nous n’avons pourtant pas connu que des moments sereins mais nous étions soudés. Karim n’est pas un prénom facile à porter, Félicie un prénom qui n’aurait pas dû s’accorder avec Karim. Ainsi va la vie. Eviction des grincheux pour vivre passionnément ce que des regards parfois proches condamnaient par incompréhension. Je nous revois courir dans les champs comme des gamins, danser dans les blés ou sous la pluie jusqu’à ce que nos étreintes nous unissent à jamais. Nous
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