Etrangère à son passé - Une innocente à protéger

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Etrangère à son passé, Debra Webb

Lorsque ses rêves prémonitoires aident la police à retrouver un kidnappeur, Darby fait la une des médias. Une popularité qui chamboule toute sa vie et l’oblige à emménager dans une nouvelle résidence, où elle fait la connaissance d’Aidan, son très séduisant voisin. Infiniment troublée à son contact, elle commence bientôt à faire des rêves étranges, qui l’amènent à penser que leur rencontre n’est peut-être pas le fruit du hasard : cet homme mystérieux aurait-il un lien avec son propre passé dont elle ne possède que des bribes ?

Une innocente à protéger, Cassie Miles

Nicole alerte la police : son colocataire a disparu et c’est à elle qu’on demande une rançon. Paniquée, elle l’est aussi à l’idée qu’on fouille dans sa vie, elle qui se cache pour fuir un mari violent. Qui sait si son passé mystérieux et son absence d’attaches dans la région ne vont pas faire d’elle la suspecte idéale ? Seule contre tous, elle trouve cependant un allié en la personne de Mace Sheridan, le ténébreux shérif. Seulement, pour le convaincre de son innocence, Nicole va devoir faire un pas décisif : s’ouvrir à lui en toute confiance...
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280234429
Nombre de pages : 448
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La Nouvelle-Orléans Deux mois plus tard
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Ils venaient la chercher. Un nouveau test, de nouveaux examens. Il ne fallait pas qu’ils sachent… S’ils découvraient ce dont elle était capable… Bloquer les images. Ne pas regarder. Ne pas voir. Ils ne devaient jamais savoir la vérité. L’homme en blouse blanche lui parlait de sa propre ïlle. Il avait l’air gentil — bien plus gentil que l’autre, dont la voix dure et froide la terriïait —, mais, même à lui, elle s’interdisait de faire conïance. Il voulait connaître la vérité, pour pouvoir la dire aux autres. Elle serait alors leur prisonnière sa vie durant, comme elle l’était depuis sa naissance, dans cet endroit secret où ils menaient leurs recherches. Elle voyait ce qui se passait à l’extérieur, mais, s’ils s’en rendaient compte, jamais elle ne serait libre…
Darby Shepard se réveilla en sursaut, la poitrine haletante. Après avoir écarté les mèches de cheveux
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que la sueur avait plaquées sur son visage, elle s’obligea à respirer lentement, profondément. Tout allait bien. Elle était chez elle. Dans son lit. En sécurité. Son cœur ne recouvra pourtant un rythme normal qu’au bout de longues minutes. Elle détestait ces rêves… Non seulement ils la terriïaient sur le moment, mais ils la laissaient en proie à un sentiment d’angoisse qui l’oppressait ensuite pendant toute la journée. Un coup d’œil à son réveil la ït sauter à bas du lit. Déjà 7 h 30… Il fallait se dépêcher. Elle se doucha puis s’habilla rapidement, en s’efforçant de ne plus penser à son cauchemar. En vain. C’était toujours le même : des hommes en blouse blanche sondaient son esprit, et elle devait leur cacher ses visions. Révéler leur existence l’aurait mise en danger. Comme la mettrait maintenant en danger le fait de dire à quelqu’un qu’elle en avait encore. Il ne fallait même parler à personne de ce cauchemar récurrent, sinon les hommes en blouse blanche risquaient d’ap-prendre qu’elle rêvait d’eux, et ils viendraient alors la chercher. Cette peur pouvait paraître aux autres aussi puérile que celles des enfants craignant d’être dévorés par un ogre ou enlevés par le croquemitaine, mais, à ses yeux, il s’agissait d’une menace bien réelle. Elle s’essuya les cheveux avec une serviette et se ït une tresse. Ils étaient encore humides, mais elle n’avait pas le temps de les sécher complètement. Pas le temps non plus de prendre un petit déjeuner, sinon elle arri-verait en retard à l’école, et ce serait un très mauvais exemple à donner à ses petits élèves de CP.
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L’air vif de ce matin d’octobre la revigora. Elle enfourcha sa bicyclette et pédala aussi vite qu’elle le pouvait à travers les rues de La Nouvelle-Orléans. Dans à peine plus de quinze jours, ce serait Halloween, mais lutins, fantômes et vampires seraient de sortie bien avant : toutes les créatures imaginaires associées à cette fête, des plus inoffensives aux plus effrayantes, étaient à La Nouvelle-Orléans ce que le Père Noël était au pôle Nord. La jeune femme tourna à droite dans South Claiborne Avenue, puis s’engagea dans Jefferson Avenue, mais sans prêter attention à ces vieilles rues pavées qu’elle aimait tant, ni aux touristes, marchands ambulants et diseuses de bonne aventure qui s’y trouvaient déjà. D’habitude, elle prenait le temps de s’imprégner d’une atmosphère, d’une histoire et d’une architecture qui, même après des années d’exploration, la fascinaient encore. La Nouvelle-Orléans était le genre d’endroit où il y avait toujours quelque chose de nouveau à découvrir, que ce soit dans le centre historique du Vieux Carré, dans les nombreux cimetières de la ville ou dans les ruelles de ses quartiers mal famés. Le bien et le mal se côtoyaient à La Nouvelle-Orléans, et seul l’avenir dirait lequel des deux ïnirait par l’emporter. Mais peut-être était-ce cette dualité qui la rendait si captivante aux yeux de ses visiteurs comme de ses habitants… Des enfants âgés de six à dix ans franchissaient en courant l’entrée principale de l’école Iris Goodman quand Darby descendit de sa bicyclette et l’enchaîna au râtelier installé contre le trottoir. Cet établissement privé où elle enseignait depuis quatre ans était très réputé ; fondé près d’un siècle plus tôt, il comptait peu
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d’élèves par classe et dispensait un enseignement riche et diversiïé. La sacoche battant contre sa hanche, elle gravit deux à deux les marches du perron. Elle s’arrêta le temps de reprendre son soufe, pour ne pas arriver hors d’haleine dans sa classe. Ses élèves ne l’auraient peut-être pas remarqué, mais elle se devait de leur montrer un visage calme et serein en toutes circonstances. La joyeuse animation qui régnait dans le hall lui arracha un sourire. Elle adorait son métier, considérait comme sa vocation de favoriser l’épanouissement des enfants, de les protéger… Cette dernière pensée la mit mal à l’aise. S’efforçant de maîtriser la sourde angoisse qui lui nouait l’estomac, elle entra d’un pas ferme dans sa classe. Quatre de ses petits élèves y étaient déjà assis. — Bonjour, les enfants ! leur dit-elle en posant sa sacoche sur le bureau. — Bonjour, maîtresse ! répondirent-ils en chœur. Le sourire de Darby revint, et elle regarda la salle se remplir peu à peu. Certains parents s’attardaient devant la porte, l’air inquiet ou malheureux. Pour un père ou une mère, songea-t-elle, il était parfois difïcile d’être séparé de la chair de sa chair pendant toute une journée, surtout au début… Connaîtrait-elle un jour les joies — et les tour-ments — de la maternité ? Ferait-elle jamais sufïsam-ment conïance à un homme pour créer une nouvelle vie avec lui ? Le seul mot de « famille » lui causa un serrement de cœur. Elle se rappela un article de journal qu’elle avait lu, qui expliquait qu’une femme enceinte sur huit attendait au départ des jumeaux, mais que l’un des deux
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ne survivait même pas assez longtemps pour que son existence soit détectée. Et, toujours selon cet article, celui qui se développait normalement éprouvait ensuite sa vie durant un sentiment de manque, comme si la perte de son jumeau était restée gravée dans son inconscient. C’était peut-être son cas, se dit Darby. Elle ït un effort pour se reprendre, puis sortit de sa sacoche les devoirs qu’elle avait corrigés la veille, après le dîner. Les gens croyaient que seuls les élèves rapportaient du travail chez eux le soir… Comme ils se trompaient ! Dans cinq minutes, la sonnerie retentirait, marquant le début d’une nouvelle journée bien remplie… Elle n’avait pas le droit de laisser ses pensées vagabonder : douze couples lui avaient conïé non seulement la sécurité de leur enfant, mais aussi la tâche de leur enseigner tout ce qu’ils avaient besoin de savoir pour passer en classe supérieure et suivre une scolarité censée leur permettre d’avoir plus tard un bon métier. Et avec une crise économique que rien ne semblait pouvoir endiguer, il était essentiel d’aborder la vie active avec le plus de bagage possible. — Tu es au courant ? Darby se tourna vers la porte et vit s’approcher d’elle Sandra Paige, l’institutrice responsable de la classe de CP située de l’autre côté du couloir. C’était la personne qui l’avait accueillie le plus chaleureusement, quatre ans plus tôt, et elles étaient vite devenues amies. — Au courant de quoi ? demanda Darby. Son instinct lui dit qu’il ne s’agissait pas d’une bonne nouvelle, mais rien, elle le savait, ne pourrait empêcher sa collègue de la lui apprendre. Quoi qu’il en soit, il devait s’agir de quelque chose d’important, pour que Sandra quitte sa classe juste avant le début des cours.
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Cette dernière l’entraîna vers la fenêtre et murmura d’une voix bouleversée : — Un troisième enfant a disparu. Le sang de Darby se ïgea dans ses veines, et des images se mirent à déïler dans son esprit. Il fallait les occulter… Ne pas regarder. Ne pas voir. — Comment s’appelle-t-elle ? — Allison Cook, et elle fréquentait l’école primaire Isidore Newman, mais je n’avais pas précisé son sexe… Comment l’as-tu deviné ? Cela avait commencé avec Christina Fairgate. Depuis qu’elle avait été retrouvée morte, deux autres enfants avaient disparu — un garçon et une ïlle. La police n’avait encore identiïé aucune caractéristique commune aux victimes des trois enlèvements. Deux avaient de riches parents, l’autre était élevée par une mère célibataire dans une cité ouvrière. Deux étaient de race blanche, l’autre, de race noire. Ces enfants étaient sensiblement du même âge, et tous avaient été kidnappés en plein jour, alors qu’ils jouaient dehors, avec un de leurs parents, ou les deux, à proximité. — J’ai dit ça au hasard, déclara Darby pour couper court aux questions de son amie. Les enquêteurs ont une piste, cette fois ? Des témoins ? — Rien ! Mme Cook ne sait même pas comment les choses ont pu se passer : une minute, sa ïlle était en train de jouer dans le jardin, et la minute d’après elle avait disparu. Une odeur de cookies aux pépites de chocolat tout frais sortis du four monta soudain aux narines de Darby. L’image d’une petite ïlle blonde en train de tourner autour d’un cercle de peluches et de poupées lui apparut ensuite.
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Dansons la capucine Y a pas de pain chez nous… Darby ferma la porte de son esprit aux autres images, aux autres bruits, qui tentaient de s’y introduire. Depuis la découverte du corps de Christina Fairgate, ils rôdaient à la périphérie de sa conscience, et elle ne parvenait pas à les chasser complètement. — Ça va ? La voix de son amie la ramena au présent. — Oui, ça va, mentit-elle. — Bon, si tu le dis… Il faut que je retourne dans ma classe, maintenant… On se retrouve à la récréation, d’accord ? Un petit hochement de tête fut tout ce que Darby réussit à produire en guise de réponse. Trois enfants avaient disparu en l’espace d’un mois… Où sont les autres ? Cette question résonna comme un cri dans sa tête et lui donna la chair de poule. Parce qu’il y avait eu avant d’autres enlèvements, dont la police n’avait pas encore connaissance. Cinq ou six, peut-être plus… Darby le sentait depuis le début, mais d’où lui venait cette intuition ? Pourquoi ces percep-tions extrasensorielles avaient-elles attendu la mort de la petite Christina pour se manifester ? Pourquoi lui était-il impossible d’y mettre un terme, ou, au moins, d’en apprendre quelque chose d’utile pour les enquêteurs ? La sonnerie retentit, ramenant Darby à son bureau. Elle plaqua un sourire sur son visage, puis ït signe à un élève retardataire de fermer la porte derrière lui et de se dépêcher d’aller s’asseoir. — Nous sommes aujourd’hui lundi, commença-t-elle quand un silence total se fut installé dans la pièce, alors
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prenez vos cahiers et recopiez en haut d’une nouvelle page la date que je vais écrire au tableau…
A 17 heures, Darby arrêta sa bicyclette devant une belle demeure de style colonial située dans le Lower Garden District, l’un des plus beaux quartiers de La Nouvelle-Orléans. Elle posa son pied droit sur le trot-toir, mais laissa le gauche sur la pédale aïn de pouvoir partir vite si cela s’avérait nécessaire. D’élégantes colonnes corinthiennes supportaient la galerie à deux étages adossée à la façade, et de grandes fenêtres reétaient les rayons du soleil déclinant. La jeune femme n’avait pas besoin de descendre de sa bicyclette et de contourner la maison pour savoir qu’un grand jardin s’étendait derrière, avec une fontaine et des allées bordées de massifs de eurs. Seuls éléments incongrus dans ce cadre rafïné : un portique de balançoire peint en couleurs vives et, surtout, le ruban jaune de scène de crime qui barrait l’entrée de la propriété. C’était la maison d’Allison Cook, le jardin d’où elle avait disparu. Une forme surgit soudain de derrière un buisson. Un homme — Darby en eut la certitude immédiate, bien qu’elle ne distingue pas ses traits. Puis elle perçut sa voix, un peu assourdie mais dure et froide, comme l’une de celles qu’elle entendait dans son cauchemar. Personne ne peut sauver les enfants. Ils m’appar-tiennent. Un, deux, trois, promenons-nous dans les bois. Quatre, cinq, six, pendant que le loup n’y est pas. La jeune femme ferma les yeux, les rouvrit… Il n’y avait plus aucune silhouette aux alentours, mais
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la vision qu’elle avait eue n’en reétait pas moins une réalité passée. La police savait-elle que le malfaiteur s’était caché dans ce buisson, à guetter le meilleur moment pour enlever la ïllette ? Mais comment l’avait-il empêchée d’appeler au secours ? « Concentre-toi ! » s’exhorta Darby. Une odeur de chloroforme… Il lui avait appliqué un mouchoir imbibé de cet anesthésique sur le visage. Rapide, indolore… Sa victime n’avait pas eu le temps de crier. Darby sentit ses mains se crisper sur le guidon de sa bicyclette. Pendant combien de temps le ravisseur observait-il les enfants avant de fondre sur eux ? Où les emmenait-il ensuite ? Si elle réussissait à visualiser cet endroit, si elle s’obligeait à en faire durer l’évocation, peut-être pourrait-elle sauver ceux qui n’étaient pas encore morts ? Allison Cook était toujours en vie, elle le sentait, mais la perception qu’elle avait des autres restait oue. — Circulez, madame ! Cet ordre lancé sur un ton autoritaire la ït sursauter. Elle tourna la tête. Un agent de police la ïxait d’un air sévère. — Un peu de respect pour la famille ! reprit-il. Circulez ! Il n’y a rien à voir ! Son uniforme et la voiture de patrouille garée le long du trottoir d’en face achevèrent de la ramener à la réalité. — Oui, je… Excusez-moi…, bredouilla-t-elle. Je m’en vais… Mais elle eut le tort de jeter un dernier coup d’œil à la maison… Un bruit de sanglots retentit dans son
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esprit, lui transperçant le cœur et la replongeant dans son rêve éveillé. — Vos papiers, s’il vous plaît ! Une autre voix. Masculine. Puis des yeux noirs, qui l’examinaient de la tête aux pieds. Ceux d’un homme en complet veston — un policier en civil, comprit-elle lorsqu’il se présenta : — Je suis le lieutenant Willis. Vos papiers, madame, s’il vous plaît ! L’esprit confus, elle sortit son portefeuille de sa sacoche, montra à Willis son permis de conduire, puis attendit les questions qu’il n’allait pas manquer de lui poser. — Qu’est-ce qui vous amène dans le Lower Garden District, madame Shepard ? lui demanda-t-il en effet juste après. MademoiselleShepard, précisa Darby pour se donner le temps de trouver une excuse valable à sa présence en cet endroit précis. — Peu importe… Alors ? — Je rentrais chez moi, en faisant un détour pour acheter de quoi dîner au Sardi’s Deli. C’était un traiteur réputé qui était situé à quelques rues de là. Il y en avait d’aussi bons dans son quartier, mais Willis ne pouvait pas prouver qu’elle n’avait aucune raison particulière de préférer celui-là à un autre. Il continua de la ïxer tandis qu’elle remettait son portefeuille dans sa sacoche. Il se demandait visi-blement si elle avait dit la vérité, ou s’il devait continuer à l’interroger. La lumière se ït alors dans son esprit : n’ayant pas l’ombre d’une piste, les enquêteurs espéraient que le
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