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Extrait
Valentine

Dans la famille des gens que je dois supporter pour ce voyage professionnel de trois jours à New York, je demande : mon géniteur adoré, qui a eu la bonne idée de virer mon bodyguard préféré (et le seul que j’aie jamais pu supporter). Bonne pioche ! Je demande aussi le tout nouveau remplaçant du fameux bodyguard préféré (qui me pompe déjà tout mon oxygène rien qu’en existant). Quant au bodyguard susmentionné, il est évidemment aux abonnés absents, puisqu’il n’a pas daigné s’opposer à son éviction pure et simple de ma vie. OK, Nils s’est brûlé les mains. Et comme d’habitude, il n’a pas fait semblant. OK, il n’est plus vraiment en état de remplir son contrat pour le moment. Mais il aurait au moins pu marquer sa désapprobation par un de ces grognements d’ogre dont il a le secret. Apparemment, me voir partir avec un colosse brun n’a fait ni chaud ni froid au blond. Très bien.


Alors que moi, il me suffit de dire « susmentionné » dans ma tête pour avoir des vapeurs et des flashs torrides.
Rapport à la première syllabe du mot. Bref. Qu’on m’apporte un verre d’eau ! Glacé !

Il faut que j’arrête d’avoir l’esprit mal placé. Normalement, ça, c’est la spécialité d’Aïna. Et la seule chose qui me console ce matin, c’est sa présence à elle dans le jet privé du groupe Cox. Elle profite du trajet pour se rendre à New York aux frais de la princesse (c’est-à-dire moi), et je peux profiter d’elle pour déverser toute ma mauvaise humeur et mes soupirs de contrariété.


– Il est raton ! articule-t-elle silencieusement.
– Quoi ???
– Il est camion !
– Non, ça c’est un avion… bougonné-je sans rien comprendre.
– Il est gagnant ! insiste-t-elle en ouvrant exagérément la bouche, les yeux, les narines et tout ce qu’elle peut.
– Parle plus fort, Nana ! Il est nul ton jeu !
– IL EST CANON ! braille-t-elle enfin depuis son siège, le pouce dirigé vers mon nouveau garde du corps.

Assis tout seul, un peu plus loin, Zian tourne la tête vers nous, sans la moindre trace de sourire sur son visage carré. Aïna lui adresse un petit signe de la main, amusée, pas le moins du monde gênée par son aveu hurlé, mais elle n’obtient en retour qu’un mouvement du menton qui veut à peu près tout et rien dire.

– Comment on peut être aussi inexpressif ? chuchoté-je en direction de ma copine.
– On ne lui demande pas de s’exprimer avec son visage. Avec son corps, ça m’ira très bien, ricane-t-elle à voix basse.

– Il a l’air tellement raide dans son costard… ronchonné-je encore. Je suis sûr que c’est un psychorigide qui plie ses fringues avant l’amour.
– Il peut plier tout ce qu’il veut. « Raide », c’est exactement ce qu’on lui demande ! lâche Aïna avec son petit air malicieux.
– Depuis quand tu es devenue une nympho, toi ?
– Depuis que tu fais la gueule parce que papounet t’a privée de ton joujou norvégien, se marre-t-elle.
– Mon jouet est cassé, avoué-je dans un soupir dépité.
– Et on vient de t’en offrir un tout neuf, mais tu ne veux même pas le déballer !

– Je suis une foutue princesse capricieuse, tu te rappelles ?

Et le Viking envahit à nouveau mon esprit : sa voix rauque, ses surnoms railleurs, sa façon de me provoquer… Je m’ennuie sans lui. Et ce n’est pas le pingouin robotique en costume noir et chemise blanche qui va pouvoir me changer les idées.

– On aurait des enfants magnifiques, non ? renchérit Aïna en se tournant discrètement vers Zian. Il ressemble carrément à Tom Hardy !
– Tes ovaires sont complètement aveuglés, ma pauvre Nana. Ce mec, c’est le sosie de Keanu Reeves. En jeune. Et deux fois plus musclé.
– T’as raison… Je crois que je suis amoureuse… se pâme-t-elle en s’éventant de la main. C’est quoi déjà, son prénom ?
– Kane.
– Dis-le plus fort pour qu’il se retourne encore !
– Non.
– T’es nulle ! Tu crois qu’il a des origines japonaises ? Hawaïennes ? Ah non, je sais, c’est un Maori ! Tu viendras me voir en Polynésie quand tu te seras installée en Barbarie ?
– Aïna, contente-toi de lui donner un rencard dans les toilettes du jet et oublie le mariage ! soupiré-je. Et surtout, laisse ce maudit Barbare en dehors de ça !

– Il va te rappeler, Valentine ! Vous êtes deux idiots incapables de dire « Attends ! » quand l’autre s’en va. Tu es convaincue que Nils t’a laissée partir avec un autre sans broncher. Et lui doit être persuadé que tu t’es déjà jetée dans les bras de son successeur. Alors que ce beau brun est à moi !

L’immense sourire de ma meilleure amie et son analyse sans doute assez proche de la vérité me font un bien fou. Mais une petite voix me force quand même à penser au pire. Et à ressasser sans cesse la scène d’hier.
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