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Féeries (Tome 3) - La forêt enchantée

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112 pages
Kayleen, originaire de Boston, passe ses vacances en Irlande. Alors qu’elle explore la forêt d’Avondale, elle est surprise par un violent orage. Heureusement, elle trouve refuge dans un château des environs, où elle est accueillie en princesse. La table de la salle à manger regorge de victuailles et la chambre qu’on lui propose est emplie de vêtements somptueux à sa taille, sans oublier Flynn, son hôte au charme irrésistible, qui veille à combler chacun de ses désirs. Mais Kayleen doit se rendre à l’évidence : tout cela semble bien trop beau pour être vrai...
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couverture

 

Nora Roberts est le plus grand auteur de littérature féminine contemporaine. Ses romans ont reçu de nombreuses récompenses et sont régulièrement classés parmi les meilleures ventes du New York Times. Des personnages forts, des intrigues originales, une plume vive et légère… Nora Roberts explore à merveille le champ des passions humaines et ravit le cœur de plus de quatre cents millions de lectrices à travers le monde. Du thriller psychologique à la romance, en passant par le roman fantastique, ses livres renouvellent chaque fois des histoires où, toujours, se mêlent suspense et émotions.

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Présentation de l’éditeur :
Kayleen, originaire de Boston, passe ses vacances en Irlande. Alors qu’elle explore la forêt d’Avondale, elle est surprise par un violent orage. Heureusement, elle trouve refuge dans un château des environs, où elle est accueillie en princesse. La table de la salle à manger regorge de victuailles et la chambre qu’on lui propose est emplie de vêtements somptueux à sa taille, sans oublier Flynn, son hôte au charme irrésistible, qui veille à combler chacun de ses désirs. Mais Kayleen doit se rendre à l’évidence : tout cela semble bien trop beau pour être vrai…

© de-kay / Getty Images - © Tomertu / Shutterstock - © Éditions J’ai lu
Biographie de l’auteur :
Nora Roberts s’est imposée comme un véritable phénomène éditorial mondial avec près de cent cinquante romans publiés et traduits en vingt-cinq langues.

Pour ceux qui croient en la magie.

Prologue


Il n’avait que ses rêves. Sans eux, il était seul, continuellement et pour toujours. Durant les cent premières années de solitude, il avait vécu dans l’arrogance et la colère. Il en avait quantité à revendre.

Durant le second siècle, il s’était réfugié dans l’amertume. Quand l’un de ses secrets le torturait, il bouillonnait et tournait en lui. Au lieu de trouver la voie de la guérison, elle agissait comme un carburant qui le poussait vers le jour suivant, de décennie en décennie.

Le siècle suivant, il tomba dans le désespoir et l’autoapitoiement. Il était devenu de triste compagnie, même pour lui-même.

Son entêtement était tel qu’il lui fallut quatre cents ans pour qu’il commençât à s’installer quelque part, à se battre pour trouver quelque plaisir, quelque beauté, quelque satisfaction dans son travail et son art. Quatre cents ans avant que sa fierté ne s’amenuisât, lui permettant d’admettre qu’il était peut-être en partie responsable de son sort.

Toutefois, avait-il mérité la sévère sentence des Gardiens ? Son erreur, si c’en était une, valait-elle des siècles d’emprisonnement, avec pour seule consolation une unique semaine de vie réelle tous les cent ans ?

Au bout d’un demi-millénaire, il succomba aux rêves. Non, c’était plus fort que ça. Il les étreignait, survivait grâce à eux. Il s’échappait dans le monde onirique quand son âme se languissait du simple contact d’un autre être.

Elle venait à lui dans ces rêves, la jeune femme brune aux yeux semblables à des diamants bleus. Dans ce monde onirique, elle courait dans sa forêt, s’asseyait devant son feu, se couchait dans son lit de son plein gré. Il connaissait le son de sa voix, sa chaleur. Il connaissait sa silhouette, son grand corps mince comme un homme connaît une femme. Il savait que sa fossette s’animait au coin de sa bouche quand elle riait. Et il savait situer précisément la tache de naissance en forme de croissant de lune sur sa cuisse.

Il connaissait tout ça, même s’il ne l’avait jamais réellement touchée, ne lui avait jamais parlé, ne l’avait jamais vue autrement qu’à travers le voile satiné des rêves.

Même si cette femme aux cheveux sombres l’avait trahi, même si elle était à l’origine de son éternelle solitude, il se languissait d’elle. Avec le temps, il aspirait à la retrouver autant que sa vie d’avant.

Il se noyait dans une immense mer de solitude noire.

1

Elle était supposée être en vacances. Elle aurait dû s’amuser, se détendre, découvrir des choses.

Ça n’aurait pas dû être terrifiant.

Terrifiant, c’était exagéré. Un tout petit peu.

Un terrible orage d’été, une étrange route qui serpentait dans une forêt sombre où les arbres étaient pareils à des géants parés d’une armure de brume. Rien de tout cela n’effrayait véritablement Kayleen Brennan de Boston. Elle avait la peau dure. Elle s’appliquait à se le rappeler, toutes les dix secondes environ, alors qu’elle luttait pour maintenir la voiture de location dans la tranchée boueuse qui était au départ une route.

Elle avait le sens pratique, suivant une décision qu’elle avait prise consciemment à l’âge de douze ans. Pas d’éclats fantaisistes pour Kayleen, pas de rêves romantiques ou de choix farfelus. Elle avait constaté – et constatait toujours – que ces occupations n’apportaient que des ennuis à sa charmante, adorable et perplexe mère.

Des ennuis financiers. Des problèmes avec la loi. Avec les hommes.

Alors Kayleen était devenue une adulte à douze ans et l’était restée.

Une adulte n’avait pas peur d’un bois et de quelques éclairs, ni du brouillard qui s’épaississait puis s’amenuisait comme s’il respirait. Une femme adulte ne paniquait pas parce qu’elle avait pris le mauvais virage, quand la route était trop étroite, comme celle-ci, pour faire demi-tour sans risques. Elle continuerait simplement à avancer jusqu’à ce qu’elle retrouve son chemin.

Et une personne raisonnable ne se mettait pas à imaginer qu’elle entendait des choses dans la tempête.

Des voix.

Maussade, elle se dit qu’elle aurait mieux fait de rester à Dublin au moment où elle tomba dans une ornière. À Dublin, avec ses rues animées et ses pubs bondés, l’Irlande semblait civilisée, moderne, urbaine. Mais non, il avait fallu qu’elle aille à la découverte de la campagne. Qu’elle loue une voiture, achète une carte routière et parte en exploration.

Honnêtement, ça aurait pu être une décision sensée. Elle avait prévu de visiter la campagne durant son séjour et peut-être de dénicher quelques trésors pour le magasin d’antiquités que sa famille tenait à Boston. Elle avait prévu de se balader sur les routes, de rouler jusqu’à la mer, de visiter les jolis petits villages et les ruines majestueuses.

N’avait-elle pas réservé une chambre dans des bed and breakfast certifiés pour chaque nuit de son voyage ? Confirmé les réservations pour parer à tout désagrément à la fin de chacune de ses journées ?

N’avait-elle pas précisément dessiné son parcours et souligné chaque centre d’intérêt, en inscrivant la durée qu’elle comptait consacrer à chaque étape ?

Cependant, elle n’avait pas prévu de se perdre. Personne ne pouvait le prévoir. La météo avait annoncé de la pluie, mais elle était en Irlande, après tout. Aucune chaîne n’avait annoncé l’orage déchaîné, ni les rafales de vent qui secouaient sa petite voiture comme un dé dans un gobelet, plongeant cette lumineuse soirée d’été dans une obscurité étouffante.

Mais tout allait bien. Parfaitement bien. Elle avait juste pris du retard sur son planning et c’était en partie sa faute. Elle s’était un peu trop attardée à Powerscourt Demesne en roulant vers le sud. Et elle avait aussi passé plus de temps que prévu dans l’église qu’elle avait découverte en se dirigeant vers l’ouest.

Assurément, elle était toujours dans le comté de Wicklow, quelque part dans la forêt d’Avondale, et le guide touristique précisait que cette région boisée était peu peuplée, que les villages étaient rares et éloignés les uns des autres.

Elle s’était attendue à trouver cette région charmante et pittoresque, à apprécier le trajet jusqu’à l’auberge d’Enniscorthy, destination qu’elle avait prévu d’atteindre avant 19 h 30. Elle jeta un regard à sa montre et grimaça ; elle avait déjà une heure de retard.

Ce n’était pas très grave. Ils n’allaient pas fermer la porte avant son arrivée. Les Irlandais étaient réputés pour leur hospitalité. Elle allait le vérifier dès qu’elle tomberait sur un village, un bourg, ou même une maison isolée. Ensuite, elle retrouverait ses repères.

Mais pour l’instant…

Elle s’arrêta brusquement, prenant conscience qu’elle n’avait pas croisé une seule voiture depuis plus d’une heure. Son sac à main, aussi organisé que sa vie, était posé sur le siège passager. Elle prit son téléphone et l’alluma.

Et elle jura en découvrant qu’elle n’avait toujours pas de réseau. C’était le cas depuis qu’elle s’était suffisamment enfoncée dans la forêt pour se perdre.

— Pourquoi n’ai-je pas de réseau ?

Agacée, elle faillit taper le téléphone contre le volant. Un geste qui aurait été complètement irrationnel.

— À quoi bon louer des téléphones aux touristes s’ils ne peuvent pas s’en servir ?

Elle le rangea et inspira profondément. Pour se calmer, elle ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et s’accorda deux minutes de repos.

La pluie fouettait les vitres et le vent continuait de pousser son hurlement sauvage. À intervalles réguliers, l’épaisseur de la nuit était transpercée par une nouvelle lance bleu électrique. Mais Kayleen restait pondérée, ses cheveux noirs attachés soigneusement par un élastique, ses mains croisées sur ses genoux.

Sa bouche pincée, aux lèvres pleines et charnues, se détendit peu à peu. Quand elle rouvrit les yeux, aussi bleus que les éclairs qui déchiraient le ciel, ils étaient de nouveau calmes.

Elle roula les épaules, prit une dernière inspiration apaisante puis redémarra. Soudain, elle entendit quelqu’un, ou quelque chose, murmurer son nom.

Kayleen.

Instinctivement, elle jeta un regard sur le côté, par la vitre martelée par l’averse. Et dans l’obscurité, brièvement, elle distingua une ombre qui prenait la forme d’un homme. Des yeux, d’un vert bouteille, luisaient.

Elle écrasa la pédale de frein et fut projetée en avant alors que la voiture dérapait dans la boue. Son cœur s’emballait, ses doigts tremblaient.

As-tu rêvé de moi ? Rêveras-tu de moi ?

Contrôlant sa peur, elle baissa rapidement la vitre et passa la tête sous la pluie.

— Vous pourriez m’aider ? Je suis perdue.

Mais il n’y avait personne. Personne qui puisse répondre d’une voix grave et triste Moi aussi.

Évidemment, il n’y avait personne. Son doigt gelé appuya sur le bouton pour refermer la vitre. Juste mon imagination, la fatigue qui me joue des tours. Il n’y avait pas d’homme dans la forêt sous l’orage. Encore moins d’homme qui connaissait son nom.

C’était exactement le genre d’absurdité qui aurait pu naître de l’imagination de sa mère. La femme perdue dans la forêt enchantée, dans la tempête déchaînée et le bel homme, probablement un prince guidé par un envoûtement, qui volait à son secours.

Eh bien, Kayleen Brennan était capable de s’en sortir seule. Et il n’y avait pas plus de princes envoûtés que d’ombres sous la pluie.