7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
ou

Partagez cette publication

SCÈNE I

L’action prend placelanuit, dans un tunnelqui
sertdechantier aux travauxdumétro.Quatre lampes
sontdisposéesà chaquecoin de lascène, éclairant
celle-ci d’une lumière orangevirantau rouge.Au
milieude lascène, deuxhommes vêtus d’une
salopettebleue etportant uncasqueblancsontassis
surdescaissesenbois.Du sable est répandu surle
sol.
L’un d’eux a le visage effilé, les yeuxnoirs, lesbras
longsetmaigres. L’autre est plus gros et trapu.Ils
ont touslesdeuxlatêterenfoncée entre lesépaules,
leregard dirigéverslebas.

ED : Lesautresarriventàquelle heure ?

NICK: Quatre heures, comme d’habitude…

ED: Je voudrais partir…

NICK: Je sais, moi aussi…(Silence.Ed tâte le
sol. On a l’impression qu’il dessine une forme vague
aveclebout des doigts).Je ne t’avais jamais vu,
avant.

ED : Avant quoi?

NICK : Et bien,avant cette nuit.

ED :Jesuis sûr que tu m’avais déjàvu(Un
temps) mais quetuasoublié matête (Un temps)c’est
tout…des types comme moi, il y enades tas qui
travaillentici.

NICK :Des tas, des tas, n’exagère pas! (Nick se
redresse, posant sesmains sur sesgenoux.Ilregarde
autourde lui).

ED(continuantàenfoncer sesdoigtsdansle
sable):Si j’avais su qu’ilfallait rester,je n’auraispas
soudéaussivite.

NICK(haussantlégèrementleton): Il estoù,ton
chalumeau ?

8

ED (d’un ton qui marque l’indifférence): Derrière.

NICK : Oùça, derrière?

ED : Dans uncoin.

NICK(soupçonneux): Tunerangespas tesoutils,
quandtuasfini?

ED : Moi?

NICK : Quiveux-tu quecesoit ?

ED: Quelqu’un.

NICK: Qui d’autre?On est tous seuls, ici.

ED : Bon,alorsc’est bien moi à qui tu parles.(Un
temps).Dans uncoin, jete dis.

NICK : Tunesais rien.

9

ED(haussant les épaules): Mais si, jesais quelque
chose.

NICK : Quoi,alors ?

ED : Quetume posesdes questionsinutiles.

NICK : Etnosoutils,alors,àquoi ils servent ?

ED : Àme donnerdu souci.Sinon,àrien.Comme
lereste.

NICK(glissant lamain dans une des poches
extérieuresdesa salopette): Bonsang...

ED(quitourne le dos à Nick): Ilyaquelque
chosequi nevapas ?

NICK : Jecherche. (Untemps)Mescigarettes. (Un
temps) je ne lesai pas.

ED(seredressant à sontour,un peu surpris): J’en
ai, moi,situ veux.

1

0

NICK : Ah oui! J’en veux bien une, fils.

ED(agacé): Arrête de m’appelerfils! Je n’aime
pasça.Je nesuispas ton fils.

NICK: Je n’ai jamais pensé ça, fils.Nous, on dit
ça àunami,àuncopain.Tucomprends ?

ED : Non.

NICK :Caneveutpasdirequetuesmon fils,
évidemment. (Un temps)c’est…(Il hésite).

ED: C’est quoi?

NICK :Non,rien.Laissetomber! (Edbaisseà
nouveau latête).Alors,tulesas,tescigarettes ?

ED(un peu distrait): Ah oui.

NICK(fronçant les sourcils, comme s’il se méfiait
des paroles d’Ed. Celui-ci fouillesespocheseten
sort un paquet qu’il lui tend).Tues untype distrait!

1

1

ED : Distrait ?Non.

NICK :Si,tuesdistrait.Çaseremarquetoutde
suite.

ED(d’un ton sec): Pas quand jetravaille.Jesuis
trèsconcentré.

NICK(sceptique): Oui.Trop, peut-être. (Ilallume
sa cigarette avec une allumette qu’il jette aussitôt par
terre).CesontdesGauloises, et sansfiltre, en plus.

ED : Oui.

NICK(esquissant une moue de dépit): Je n’aime
paslesGauloises sansfiltre !

ED : Personne ne t’oblige à la fumer.

NICK: J’espère bien. Ilne manqueraitplus queça.
(Ilsortla cigarette desa bouche etentire lentement
unebouffée).Enfin,tantpis! (Untemps).Et toi,tu
n’en prendspas ?

1

2

ED : Non, pas maintenant.Plus tard.

NICK(souriantdu coin deslèvres): C’est
marrant.Moi, je n’aime paslesGauloises et j’en
fumeune.(Untemps)Et toi, tu les aimes, et tu n’en
fumespas.

ED(tournantla têtevers Nick): Rienà ajouter.
(Nickse met à rire et sonrireressembleà un
toussotement).(Untemps). J’ai les mains gelées.(Il
se lesfrotte).

NICK: Tu n’aspasde gants ?

ED : Non.

NICK :Lanuit, ici, il fait
toujoursfroid.Croismoi.

ED :Toi,tueshabituéaufroid. (Untemps)Moi
pas!

NICK:Oh, tu t’habitueras vite.

1

3

ED :Tuas vu la couleurde mapeau ?Elle est
presquerouge.

NICK(remarquant la main qu’Ed lui tend): C’est
unecouleurnormale !

ED : Ilvagelerencore longtemps ?

NICK(un peu ironique): Là, je ne peuxpas te
dire.L’hiver, il gèle, c’est tout.Cairamieuxau
printemps.

ED(presquerésigné): Encore deuxmois,quoi !

NICK : Oui,sansdoute.Tucompteslesjours ?

ED : Non, les semaines.

NICK: Moi, j’ai arrêté de compter. J’accepte.
C’est l’hiver, c’est l’hiver!Ilyaquatresaisons.Il
faut s’y faire.Ellesfinissent toutesparpasser.

ED : Jesaisbien !Mais ça m’énerve, moi !

1

4