Feu noir

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Le Feu : symbole contradictoire de rassemblement et de destruction, de passion et de néant. Autour de lui, quatre personnages tentent de se parler dans l'espace désolé d'un chantier du métro, par une nuit d'hiver ; parmi eux, une jeune fille sans nom qui garde son secret. Ils forment ainsi une ronde imaginaire, à la recherche d'un espace commun dans l'attente du lever du jour.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
Lecture(s) : 242
EAN13 : 9782296928855
Nombre de pages : 144
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SCÈNE I

L’action prend placelanuit, dans un tunnelqui
sertdechantier aux travauxdumétro.Quatre lampes
sontdisposéesà chaquecoin de lascène, éclairant
celle-ci d’une lumière orangevirantau rouge.Au
milieude lascène, deuxhommes vêtus d’une
salopettebleue etportant uncasqueblancsontassis
surdescaissesenbois.Du sable est répandu surle
sol.
L’un d’eux a le visage effilé, les yeuxnoirs, lesbras
longsetmaigres. L’autre est plus gros et trapu.Ils
ont touslesdeuxlatêterenfoncée entre lesépaules,
leregard dirigéverslebas.

ED : Lesautresarriventàquelle heure ?

NICK: Quatre heures, comme d’habitude…

ED: Je voudrais partir…

NICK: Je sais, moi aussi…(Silence.Ed tâte le
sol. On a l’impression qu’il dessine une forme vague
aveclebout des doigts).Je ne t’avais jamais vu,
avant.

ED : Avant quoi?

NICK : Et bien,avant cette nuit.

ED :Jesuis sûr que tu m’avais déjàvu(Un
temps) mais quetuasoublié matête (Un temps)c’est
tout…des types comme moi, il y enades tas qui
travaillentici.

NICK :Des tas, des tas, n’exagère pas! (Nick se
redresse, posant sesmains sur sesgenoux.Ilregarde
autourde lui).

ED(continuantàenfoncer sesdoigtsdansle
sable):Si j’avais su qu’ilfallait rester,je n’auraispas
soudéaussivite.

NICK(haussantlégèrementleton): Il estoù,ton
chalumeau ?

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ED (d’un ton qui marque l’indifférence): Derrière.

NICK : Oùça, derrière?

ED : Dans uncoin.

NICK(soupçonneux): Tunerangespas tesoutils,
quandtuasfini?

ED : Moi?

NICK : Quiveux-tu quecesoit ?

ED: Quelqu’un.

NICK: Qui d’autre?On est tous seuls, ici.

ED : Bon,alorsc’est bien moi à qui tu parles.(Un
temps).Dans uncoin, jete dis.

NICK : Tunesais rien.

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ED(haussant les épaules): Mais si, jesais quelque
chose.

NICK : Quoi,alors ?

ED : Quetume posesdes questionsinutiles.

NICK : Etnosoutils,alors,àquoi ils servent ?

ED : Àme donnerdu souci.Sinon,àrien.Comme
lereste.

NICK(glissant lamain dans une des poches
extérieuresdesa salopette): Bonsang...

ED(quitourne le dos à Nick): Ilyaquelque
chosequi nevapas ?

NICK : Jecherche. (Untemps)Mescigarettes. (Un
temps) je ne lesai pas.

ED(seredressant à sontour,un peu surpris): J’en
ai, moi,situ veux.

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NICK : Ah oui! J’en veux bien une, fils.

ED(agacé): Arrête de m’appelerfils! Je n’aime
pasça.Je nesuispas ton fils.

NICK: Je n’ai jamais pensé ça, fils.Nous, on dit
ça àunami,àuncopain.Tucomprends ?

ED : Non.

NICK :Caneveutpasdirequetuesmon fils,
évidemment. (Un temps)c’est…(Il hésite).

ED: C’est quoi?

NICK :Non,rien.Laissetomber! (Edbaisseà
nouveau latête).Alors,tulesas,tescigarettes ?

ED(un peu distrait): Ah oui.

NICK(fronçant les sourcils, comme s’il se méfiait
des paroles d’Ed. Celui-ci fouillesespocheseten
sort un paquet qu’il lui tend).Tues untype distrait!

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ED : Distrait ?Non.

NICK :Si,tuesdistrait.Çaseremarquetoutde
suite.

ED(d’un ton sec): Pas quand jetravaille.Jesuis
trèsconcentré.

NICK(sceptique): Oui.Trop, peut-être. (Ilallume
sa cigarette avec une allumette qu’il jette aussitôt par
terre).CesontdesGauloises, et sansfiltre, en plus.

ED : Oui.

NICK(esquissant une moue de dépit): Je n’aime
paslesGauloises sansfiltre !

ED : Personne ne t’oblige à la fumer.

NICK: J’espère bien. Ilne manqueraitplus queça.
(Ilsortla cigarette desa bouche etentire lentement
unebouffée).Enfin,tantpis! (Untemps).Et toi,tu
n’en prendspas ?

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ED : Non, pas maintenant.Plus tard.

NICK(souriantdu coin deslèvres): C’est
marrant.Moi, je n’aime paslesGauloises et j’en
fumeune.(Untemps)Et toi, tu les aimes, et tu n’en
fumespas.

ED(tournantla têtevers Nick): Rienà ajouter.
(Nickse met à rire et sonrireressembleà un
toussotement).(Untemps). J’ai les mains gelées.(Il
se lesfrotte).

NICK: Tu n’aspasde gants ?

ED : Non.

NICK :Lanuit, ici, il fait
toujoursfroid.Croismoi.

ED :Toi,tueshabituéaufroid. (Untemps)Moi
pas!

NICK:Oh, tu t’habitueras vite.

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ED :Tuas vu la couleurde mapeau ?Elle est
presquerouge.

NICK(remarquant la main qu’Ed lui tend): C’est
unecouleurnormale !

ED : Ilvagelerencore longtemps ?

NICK(un peu ironique): Là, je ne peuxpas te
dire.L’hiver, il gèle, c’est tout.Cairamieuxau
printemps.

ED(presquerésigné): Encore deuxmois,quoi !

NICK : Oui,sansdoute.Tucompteslesjours ?

ED : Non, les semaines.

NICK: Moi, j’ai arrêté de compter. J’accepte.
C’est l’hiver, c’est l’hiver!Ilyaquatresaisons.Il
faut s’y faire.Ellesfinissent toutesparpasser.

ED : Jesaisbien !Mais ça m’énerve, moi !

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