Fiancée et insoumise

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Terre Sainte, 1152
Jocelyne de Fortemur tremble. Ainsi, pour assurer la sécurité du royaume, le roi Baudoin voudrait la marier à un vieil émir épris de belles vierges ? Plutôt mourir que d’être cloîtrée dans un harem à la merci d’un vieillard pour le restant de ses jours ! Pour éviter ce terrible destin, Jocelyne sait ce qu’il lui reste à faire : puisque l’émir accorde un tel prix à sa pureté, elle devra tout faire pour s’en débarrasser. Elle préfère encore se faire violence une unique fois, que de subir toute une vie de réclusion... Et le chevalier franc qu’elle a sauvé du marché aux esclaves semble tout désigné pour cette mission. Tâchant de cacher le trouble qui la saisit devant cet homme aussi farouche qu’intimidant, elle lui propose un marché : il sera libre au lever du jour, à la condition qu’il passe la nuit avec elle...

Pour ne pas épouser un monstre, elle est prête à se perdre.

 

Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782280281898
Nombre de pages : 320
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A propos de l’auteur

Plus de trente livres ont affirmé le talent et la créativité de Merline Lovelace, dont les romans figurent régulièrement sur la liste des meilleures ventes d’USA Today et ont été publiés dans vingt-cinq pays différents. Fiancée et insoumise est son neuvième roman publié dans la collection « Les Historiques ».

Chapitre 1

En l’an 1152, au port d’El-Arich sur la frontière très disputée entre le califat fatimide d’Egypte et le royaume franc de Jérusalem.

— Celui-ci !

Le visage entièrement caché derrière un voile, Jocelyne désigna d’un mouvement de tête le misérable qui venait d’être extrait de l’enclos des esclaves et que deux solides gardes armés de piques poussaient vers l’emplacement où il allait être vendu aux enchères. L’homme, enchaîné, était d’une taille et d’une carrure impressionnantes.

— Dame Jocelyne ! fit messire Hugues à voix basse pour n’être entendu que d’elle.

Arrivé en Terre sainte bien des années plus tôt avec messire Guillaume de Fortemur, le grand-père de Jocelyne, messire Hugues commençait à grisonner. Cependant, il n’avait rien perdu de sa force ni de son habileté à manier l’épée.

Pour s’aventurer dans cette région, lieu de la confrontation des deux royaumes aux limites mal définies et souvent changeantes, Jocelyne et lui s’étaient vêtus à l’orientale. Il avait rabattu le capuchon de son vêtement pour dissimuler, lui aussi, une partie de son visage et soufflait quelques mises en garde à l’oreille de celle qu’il avait juré de servir jusqu’à la mort.

— Regardez les meurtrissures qu’il porte aux bras et au visage ! Elles trahissent un caractère entêté et intraitable. Il ne se soumettra jamais à votre volonté.

— Il n’aura pas le choix, s’il désire retrouver la liberté.

Ce n’était que la vérité…

Depuis que saint Bernard de Clairvaux avait prêché la deuxième croisade, six ans plus tôt, à Vézelay, des milliers d’hommes s’étaient croisés. Le roi de France, Louis VII, s’était rendu en personne en Terre sainte avec une armée et en compagnie de la reine, Aliénor d’Aquitaine, dont l’infidélité, outremer, avait défrayé la chronique.

Hélas ! le nombre de ceux qui menaçaient la sécurité du chemin de Jérusalem avait augmenté dans les mêmes proportions que celui des pèlerins. Les marchés aux esclaves, du Caire à Damas, s’étaient enrichis de Francs à la peau blanche tombés entre les mains des pirates qui sévissaient en Méditerranée et des brigands.

Même ici, à la frontière du royaume franc de Jérusalem, vers lequel ils cheminaient depuis des mois ou des années, les pèlerins étaient si nombreux à avoir été capturés que le prix des esclaves avait chuté de façon spectaculaire.

Jocelyne aurait voulu pouvoir tous les racheter. Elle s’y était d’ailleurs efforcée, avec son grand-père, en envoyant certains de leurs gens offrir la liberté à nombre de ces malheureux avant que la tension entre le royaume franc et le califat d’Egypte ne conduise ce dernier à fermer sa frontière, rendant l’opération quasiment impossible.

Seule la situation désespérée dans laquelle elle se trouvait avait pu la convaincre de prendre le risque de venir sur le marché d’El-Arich pour y acheter un esclave, dont elle se proposait d’utiliser les services à une fin bien particulière.

Mais le stratagème qu’elle souhaitait mettre en place ne fonctionnerait qu’à condition que l’esclave dont elle ferait l’acquisition observe scrupuleusement ses recommandations. Messire Hugues semblait très dubitatif à ce sujet.

— Regardez-le mieux, insista-t-il. Ses innombrables blessures ne semblent même pas l’avoir affaibli. Il est tout en muscles. Je vous le répète, il sera indomptable.

Il était musclé, en effet. A travers la fente de son voile, Jocelyne examinait l’homme exhibé sur l’estrade. Ses guenilles, ses cheveux en bataille et sa barbe ne parvenaient pas à cacher l’homme fort qu’il avait dû être. Il n’avait rien d’un simple pèlerin ni d’un laboureur ou marchand ayant répondu à l’appel à la croisade dans l’espoir de gagner la vie éternelle.

Ces épaules carrées, ce ventre plat, ces cuisses musculeuses témoignaient d’années d’entraînement rigoureux et de discipline de fer. Cet homme avait porté une épée, Jocelyne n’en doutait pas un instant, et il ne s’en était pas servi qu’une fois.

C’était son attitude, surtout, qui l’intriguait. Les épaules rejetées en arrière, le menton levé, les pieds aussi écartés l’un de l’autre que le lui permettaient les chaînes passées à ses chevilles, il regardait avec mépris, de ses yeux étonnamment bleus, la foule bruyante se pressant autour de lui.

Si elle devait recourir aux services d’un esclave pour arriver à ses fins, celui-ci, au moins, ne serait pas un couard habitué à courber l’échine.

Le regard de l’homme se posa tout à coup sur elle. La colère, visible sur ses traits, provoqua une contraction de ses lèvres. Jocelyne pensa déceler un sourire mêlant mépris et raillerie.

Bien que consciente du fait que cette expression moqueuse ne s’adressait pas à elle, mais à la femme orientale, cachée sous un grand manteau, qu’elle incarnait, elle se hérissa sous son voile. Pour lui, comme toutes les autres femmes composant la foule bruyante, elle était venue observer et se gausser des captifs francs vendus aux enchères.

Jocelyne se demanda si c’était cet air hautain qui avait scellé le destin de cet homme à l’allure martiale, tout comme cette même attitude hautaine qu’elle adoptait souvent avait scellé le sien. A moins que ce ne soit l’esprit de contradiction qu’elle avait manifesté très tôt et qui avait charmé son grand-père autant qu’il désespérait les religieuses chargées de son éducation ? Quoi qu’il en soit, elle avait fait son choix à l’instant même où elle avait croisé, ou cru croiser, le regard de l’esclave. Et, dans la foulée, elle avait fait le vœu qu’il se conformât à son attente que ce soit de bon ou de mauvais gré.

Malgré ses cheveux emmêlés et ses vêtements en lambeaux, elle devait reconnaître que ce grand esclave insoumis était plus agréable à regarder que la plupart des mâles présents. Et il était assurément plus séduisant que le premier homme auquel elle avait été promise en mariage.

Le visage sévère et la mine sombre, messire Renaud devait avoir quarante ans et elle cinq quand ils avaient été fiancés. Il avait néanmoins apporté des gâteries et des colifichets à la petite fille qui avait accepté sans sourciller d’épouser, le moment venu, un homme d’un âge plus proche de celui de son grand-père que du sien.

Mais n’était-ce pas son devoir d’épouser un chevalier capable de défendre le château dont elle avait hérité ? A partir du jour où elle avait été assez grande pour comprendre ces choses, Jocelyne avait estimé qu’il lui fallait contracter mariage avec un homme assez fort et vaillant pour tenir sa terre et assurer la défense de la puissante forteresse, dominant la Méditerranée, que lui avait léguée son grand-père. Or, messire Renaud, redoutable guerrier, répondait parfaitement à ces critères.

Cependant, lorsqu’il avait reçu une flèche dans l’œil en essayant de fermer la route d’Antioche à un lieutenant de Zengî, l’émir d’Alep, le grand-père de Jocelyne avait été obligé de lui chercher un autre fiancé.

Son choix s’était porté sur un chevalier bien plus jeune mais non moins vaillant, le très gai et enjoué Geoffroy de Lusignan, qui s’était révélé l’incarnation de tous les rêves enfantins de la petite Jocelyne. Elle s’était fiancée à lui avec enthousiasme, bien qu’encore trop jeune pour consommer le mariage. Geoffroy ayant été tué, lui aussi, au cours d’une bataille, l’opportunité ne s’en était jamais présentée.

Après cette épreuve, Jocelyne avait gagné rapidement en maturité. A tel point que son grand-père avait considéré qu’elle était mûre pour partager le lit du mari qu’il lui donnerait. Alors qu’il était en train de négocier une nouvelle alliance, il avait succombé à une hémorragie ; sa petite-fille avait été naturellement placée sous la protection du roi de Jérusalem, Baudouin III.

Or, au même moment, le royaume était l’objet d’un déchirement sans précédent. Depuis un an, des luttes intestines l’agitaient alors qu’il était assailli de toutes parts à ses frontières.

A peine plus âgé que Jocelyne, le roi Baudouin avait passé presque tout son temps, au cours de la dernière année, à combattre les ennemis qui menaçaient son royaume, tout en luttant avec acharnement pour arracher le pouvoir des mains de sa mère ambitieuse. La reine Mélisende, en effet, était régente du royaume depuis la mort accidentelle de son mari le roi Foulques, en novembre 1143, soit quelque dix ans auparavant.

Lorsque Baudouin avait atteint l’âge de dix-sept ans, il aurait dû prendre les rênes du pouvoir. Mais sa mère se refusant à le laisser monter sur le trône, il avait été forcé d’assiéger Jérusalem, où elle s’était retranchée, avant de trouver une solution pacifique.

Etant l’une des plus riches héritières du royaume, Jocelyne n’était qu’un pion ballotté entre ces deux formidables adversaires. Elle avait eu le choix entre plusieurs maris avant de passer sous la protection du souverain, qui partageait le point de vue de sa mère au sujet de l’alliance qu’il souhaitait la voir contracter.

Et quelle alliance !

Pour comble de malchance, la mère et le fils, qui étaient en désaccord sur presque tous les sujets, s’entendaient sur ce point !

Un frisson courut dans le dos de Jocelyne à la pensée de cette politique aberrante qui, au sein d’un royaume qui luttait pour sa survie, dressait une mère contre un fils, des chrétiens contre d’autres chrétiens. Elle la comprenait cependant, elle qui était née et avait grandi dans cet Orient traversé d’intrigues et de rivalités de toute sorte. Elle approuvait même les alliances avec les infidèles lorsqu’elles se révélaient nécessaires pour faire face à la menace d’un adversaire redoutable.

Quoi qu’il en soit, elle préférait être damnée plutôt que d’accepter d’entrer dans le lit de l’émir de Damas. Le goût pour les jeunes vierges de Mu’în al-Dîn Unur, le vieux capitaine turc, était bien connu. Dès qu’il les avait déflorées, il les consignait dans son harem et ne les conviait que rarement, voire jamais, dans son lit. Plus de trois cents concubines, déjà, se languissaient dans le luxe amollissant de son gynécée.

Jamais elle ne consentirait à subir un tel traitement ! Le roi Baudouin et sa mère n’avaient qu’à trouver une autre vierge à livrer en pâture à l’émir. Et Jocelyne comptait bien utiliser cet esclave pour échapper au harem…

— Celui-ci, dit-elle à messire Hugues. Faites vite ! Offrez de l’or au vendeur avant qu’il n’ouvre les enchères. Je veux que nous ayons franchi la frontière avant la nuit.

— Madame…

— Dépêchez-vous !

Le ton impérieux de Jocelyne ne laissait place à aucune discussion. Même messire Guy de Bures, qui était le capitaine de la garnison de Fortemur depuis le décès du grand-père de Jocelyne, savait à quoi s’en tenir quand la jeune châtelaine s’adressait à lui sur ce ton.

— Bien, ma dame.

Messire Hugues fit un signe aux écuyers qui les accompagnaient. Il avait choisi lui-même avec beaucoup de soin chacun de ces hommes, orientaux de naissance, qui portaient le costume traditionnel pour dissimuler le fait qu’ils avaient juré fidélité à messire Guillaume de Fortemur. Celui-ci les avait pris à son service avec beaucoup d’autres et, à sa mort, ils étaient restés inféodés à dame Jocelyne à laquelle ils étaient dévoués corps et âme.

Il était d’une importance capitale d’avoir confiance en ses vassaux à cette époque et en ces lieux où les alliances changeaient de jour en jour.

— Sulim ! fit-il. Toi et Omar, venez avec moi. Hanrah, escorte dame Jocelyne jusqu’aux chevaux, et attendez-nous là.

Jocelyne lança un dernier regard à l’esclave dont elle se proposait de faire l’acquisition. Le soleil déclinant l’enveloppait d’une lumière orangée qui lui donnait l’aspect d’une statue de bronze avec ses larges épaules et ses cuisses musculeuses.

Le doute soudain la traversa comme une lance, accompagné d’une autre sensation, quelque chose qui lui oppressait la poitrine et provoquait une sorte d’échauffement inhabituel dans son ventre.

Toute vierge qu’elle soit, elle reconnaissait la nature de l’étrange sensation. Quand on avait grandi dans un donjon surpeuplé, on ne pouvait ignorer ce qui poussait les filles de ferme à relever leurs jupes pour s’offrir aux vachers ou les chevaliers à forniquer avec les servantes dans les recoins sombres du château.

Il ne s’agissait que de luxure, pure et simple, qui lui vaudrait une sévère pénitence lorsqu’elle s’en confesserait au chapelain de Fortemur.

Si elle s’en confessait… Ce qu’elle prévoyait de faire était si risqué et choquant que mieux valait, sans doute, que personne n’en sache rien, à l’exception de messire Hugues qui était déjà au courant. De plus, elle ne se sentait pas autorisée à impliquer dans son stratagème d’autres personnes qui risqueraient d’avoir à en subir les conséquences.

L’énormité de ce qu’elle envisageait lui apparut tout à coup, lui coupant presque le souffle. Seigneur tout-puissant ! Etait-elle folle pour croire qu’elle réussirait à changer le cours de son histoire ? Qu’elle pourrait s’opposer à la volonté d’un roi ?

Pendant un instant, elle fut à deux doigts d’abandonner le projet déraisonnable, vivement condamné, d’ailleurs, par messire Hugues, qui le considérait comme téméraire et hasardeux à l’extrême.

Le capitaine de sa garde s’était éloigné d’elle et se frayait un passage parmi la foule en direction de l’estrade des enchères. Jocelyne se mordit la lèvre, hésita encore une seconde, puis tourna les talons.

* * *

Au mépris de la douleur lancinante que lui causaient ses blessures, Simon de Rhys se tenait droit et, malgré la honte qu’il éprouvait, conservait fière allure. Les mouches qui volaient autour de lui se posaient sur les marques suintantes laissées par le fouet dans son dos et sur les plaies que les chaînes avaient creusées dans sa chair aux chevilles et aux poignets.

Il ne dit pas un mot quand un homme au visage tanné par le soleil et couvert d’un grand manteau, le capuchon rabattu sur la tête, glissa des pièces dans la main de l’esclave au service du vendeur. De toutes les indignités qu’il avait eu à subir depuis sa captivité, celle-ci était la pire.

Il avait obéi, bien que de mauvais gré, quand il avait été prié de se rendre au chevet de son père dont les procédés malhonnêtes avaient entraîné la perte de leurs terres et déshonoré leur nom.

Et c’était avec un certain cynisme qu’il avait entendu son père lui dire d’une voix rendue rauque par la maladie qu’il regrettait ses nombreuses erreurs et que, en guise de pénitence, il le donnait, lui, son plus jeune fils, aux Templiers.

Simon avait fait de son mieux pour ignorer cette décision jusqu’au jour où son confesseur, l’abbé Bernard de Clairvaux, l’avait mis en garde contre le risque de damnation éternelle s’il n’accomplissait pas le vœu d’un père repentant.

Embarqué sur un navire en partance pour la Terre sainte où il envisageait de rallier l’ordre de chevalerie auquel son père l’avait destiné, il avait été victime d’un abordage par un bateau pirate, tout comme ses compagnons de traversée, des pèlerins en chemin vers Jérusalem. Il s’était battu comme un fauve contre les barbaresques qui, pour tenter de le soumettre, l’avaient attaché et fouetté avec des lanières armées de plomb.

Mais ce qu’il vivait, en ce moment, était encore bien pire…

Se voir vendu comme un animal le privait du peu d’orgueil qu’il lui restait !

Serrant les dents pour s’interdire de hurler son indignation, il s’efforça de ne pas penser aux riches butins que son bras invincible lui avait gagnés dans les tournois, ni aux rançons versées par les chevaliers qu’il avait vaincus au combat.

Le Simon de Rhys, vainqueur dans plus d’affrontements qu’il ne pouvait se souvenir, n’était plus. Tout ce qu’il avait gagné à la pointe de l’épée et du tranchant de sa hache, il l’avait donné à l’ordre des Templiers, les Pauvres Chevaliers du Christ comme ils s’appelaient au moment de la fondation de l’ordre, en 1119, par un chevalier champenois, Hugues de Payns. Ils n’avaient pris le nom de Templiers que plus tard, lorsque le roi de Jérusalem, Baudouin II, leur avait donné un palais situé à côté de l’ancien Temple de Salomon.

Il s’était défait de ses biens en faveur de l’ordre monastique auquel il se destinait bien qu’il n’ait pas eu le temps de se livrer à son rituel d’introduction avant de s’embarquer pour le royaume franc de Jérusalem.

A présent, il n’était plus qu’un esclave aux mains des infidèles dont il s’était juré de débarrasser la Terre sainte ! Ce constat amer le torturait comme s’il était livré au bec acéré de corbeaux lui arrachant les entrailles.

Stoïque, il resta de marbre au milieu des cris des enchérisseurs et pendant que les pièces d’or passaient de main en main. Indifférent à la douleur de ses blessures, il ignora tout de ce qui se déroulait autour de lui jusqu’au moment où on lui intima l’ordre de retourner dans l’enclos où étaient parqués les captifs.

Il obéit, sans toutefois courber l’échine, et le garde-chiourme s’approcha de lui pour le débarrasser de ses chaînes. Il s’interdit de grimacer quand l’homme défit sans ménagement les goujons maintenant les fers autour de ses chevilles ensanglantées.

Grinçant des dents contre la douleur, il joignit les mains en réfléchissant à l’occasion, la dernière sans doute et désespérée, qui lui était donnée de tenter de recouvrer sa liberté. En raison de la malnutrition qu’il avait eu à endurer depuis sa capture, il était trop faible pour livrer un véritable combat armes à la main, mais il lui restait la possibilité d’utiliser la chaîne qui reliait ses poignets pour étrangler son geôlier…

Il ne pourrait pas aller loin au milieu de cette foule mais, du moins, mourrait-il en combattant comme il avait juré de le faire en acceptant de payer pour les péchés de son père. Il s’apprêtait à passer à l’action quand son nouveau maître s’adressa à lui en termes laconiques :

— Suis-moi !

Simon cligna les yeux. Avait-il bien entendu ? L’homme s’était-il vraiment adressé à lui dans sa propre langue ? Sans accent, qui plus est, ce qui indiquait qu’il était né franc.

— Qui êtes-vous ?

— Tu l’apprendras plus tard. Viens… Nous n’avons pas de temps à perdre.

Il aurait pu user de ses chaînes pour tuer quelques-uns de ces infidèles avant d’être occis à son tour, mais la curiosité fut plus forte. Où cet homme allait-il le conduire ?

Ils rejoignirent une petite troupe armée jusqu’aux dents, qui attendait dans l’ombre de la muraille d’enceinte de la cité. Le cœur de Simon fit un bond dès que son regard se posa sur un splendide coursier arabe d’un noir d’ébène, qui donnait l’impression d’être rapide comme le vent. Et il se mit à battre plus vite encore quand il vit qui le montait.

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