Gansett Island - 3 - Fièvre d'amour

De
Publié par

Sydney et Luke ont autrefois été très amoureux.
A l'époque, elle passait ses étés sur l'île de Gansett. Puis elle retournait au lycée sur le continent, tandis que lui restait sur l'île où il vivait avec sa mère. Pour mieux se retrouver l'année suivante.
Un été, Sydney n'est pas venue, brisant le coeur de Luke en mille morceaux.
Dix-sept ans plus tard, elle revient sur l'île, frappée par une épouvantable tragédie. D'emblée, Luke comprend qu'il l'aime toujours. Mais aujourd'hui il ne peut être pour elle qu'une bouée de sauvetage. Dans ces conditions, il serait complètement fou de risquer une fois encore son coeur meurtri.
Sauf qu'une deuxième chance, inespérée, ne se refuse pas. Alors, luttant contre l'amertume et l'incompréhension, il va tout faire pour réconforter la seule femme qu'il ait jamais aimée.
Publié le : mercredi 20 août 2014
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290081662
Nombre de pages : 288
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Fièvre d’amourDu même auteur
aux Éditions J’ai lu
GANSETTISLAND
1 – Cadeau d’amour
Nº 10593
2 – Folie d’amour
Nº 10752Marie Force
GANSETT ISLAND - 3
Fièvre d’amour
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Véronique FourneauxVous souhaitez être informé en avant-première
de nos programmes, nos coups de cœur ou encore
de l’actualité de notre site J’ai lu pour elle ?
Abonnez-vous à notre Newsletter en vous connectant
sur www.jailu.com
Retrouvez-nous également sur Facebook pour avoir
des informations exclusives :
www.facebook/jailu.pourelle
Titre original
READY FOR LOVE
The McCarthys of Gansett Island : Book 3
Published by Marie Force
© 2011 Marie Force
Pour la traduction française
© Éditions J’ai lu, 2014Cette fois-ci, sur Gansett Island, vous allez découvrir
l’his-
toiredeLukeetdeSydney.Entantqu’épouseetmère,celle-ci
m’aparticulièrementémue.LedramedeSydneyesttoutsimplement inimaginable mais, grâce à la dévotion de Luke, elle va
donner une deuxième chance à l’amour. Vous allez aussi
retrouver quelques-uns des personnages que vous avez aimés
dans les deux premiers tomes de la série et en rencontrer de
nouveaux.
J’ai adoré écrire ces histoires que j’ai placées sur une île qui
ressemble à s’y méprendre à ma chère Block Island. Merci
infiniment d’avoir adopté ma famille imaginaire et pour tous vos
chaleureux messages.
Je remercie tout particulièrement mon mari, Mike Myers, qui
a relu la version finale deFièvred’amour. Si vous y trouvez des
erreurs, il faudra s’en prendre à lui. (Je plaisante !)
Chaque jour je vous suis reconnaissante, chers lecteurs, pour
votre enthousiasme et vos encouragements. Vous faites de ma
vie d’auteur un merveilleux parcours. Merci du fond du cœur.
Fièvre d’amour est la suite de Cadeau d’amour et de Folie
d’amour.
Bon retour à Gansett Island !
Marie
Les personnages, fictifs, de ce roman sont le produit de
l’imaginationdel’auteur.1
— Vas-tufinirpardirequelquechose,unjour?
LavoixfamilièreélectrisaLuketoutcommeellelefit
sursauter, alors qu’il était tapi dans l’ombre, non loin
duperrondelamaisonfamiliale.
Le rire perlé qui suivit l’apostrophe lui rappela les
temps les plus heureux de son existence, quand elle
riaitdesesblagues.Avantqu’elles’enailleàl’université
etrencontreuntypequ’elleluiavaitpréféré.
— Luke?
Devait-il être soulagé, ou mortifié de s’être fait
surprendre à la regarder en douce? se demanda-t-il en se
redressantlentement.
— Çafaitlongtempsquetusais?
— Depuis la première fois que tu es venu, l’été
dernier.
Bon, d’accord, mortifié. Carrément mortifié. Il laissa
échapperunpetitrirehésitant.
— EtmoiquimecroyaisrusécommeunSioux.
— Comme si j’avais pu oublier le bruit que fait ton
canotsurlesablequandiltouchelaplage.Jeleguettais
touslessoirs.
Le rappel de ces inoubliables nuits d’été lui fit battre
plus vite le cœur. Quand la rumeur insulaire lui avait
appris sa descente du ferry plus tôt dans la journée, il
s’étaitordonnéderesterchezlui,delalaissertranquille.
9Seulement voilà, sachant qu’elle était là, juste de l’autre
côté,iln’avaitpaspu.Resteréloigné.Commel’étépassé.
— Excuse-moi. Tu dois me prendre pour un pauvre
type. Je n’en suis pas un, je te le jure. Mais quand j’ai
appris ce qui était arrivé… à ta famille… ça a été plus
fortquemoi,ilfallaitquejevienne.Pourêtresûrquetu
allais bien. Enfin, bon, non, évidemment tun’allais pas
bien.
Malàl’aise,ilsepassalesmainsdanslescheveux.
— Bonsang,jeracontevraimentn’importequoi.
— Veux-tuvenirsurleperron?luidemanda-t-elle.
— Oh, je ne voudrais surtout pas te déranger, ni tes
parents.
— Ils se sont absentés quelques semaines. Il y a une
granderéunionfamilialedansleWisconsin.
— Ettoi?Tun’aspasvouluyaller?
— L’été, je préfère être ici plutôt que n’importe

ailleurs.
Ilréussitmiraculeusementàtrouverlaforcedegrimper les quelques marches. Son cœur battait si fort
contre ses côtes qu’il se demanda s’il n’allait pas
carrément exploser. Les mains bien enfoncées dans ses
poches pour qu’elle ne les voie pas trembler, il se
demanda à quand remontait la dernière fois où il avait
été aussi nerveux. Mais parler à l’amour de sa vie pour
la première fois depuis dix-sept ans rendrait n’importe
quinerveux,non?
— Tu as toujours aimé venir ici, n’est-ce pas ?
demanda-t-il.
— Iln’estpasunendroitquejepréfèreaumonde.
— Jemedemandaissituseraislàcetteannée.
— Ilyavaitdeschosesdontilfallaitquejem’occupe
avant de pouvoir venir, répondit-elle, un peu moins
souriante, avant de désigner le fauteuil à bascule près
dusien.Tuveuxt’asseoir?
— Euh,oui.Enfin,jecrois.Justeuneminute.
Illuijetauncoupd’œilfurtifàlafaveurdel’éclairage
duporche, et futsoulagédeconstaterqu’elleavaitbien
10meilleure mine que l’an dernier, un mois à peine après
l’accident.Etmêmemillefoismeilleuremine.
— Tu me présentes ton copain ? demanda-t-il en
désignant le magnifique golden retriever couché entre
lesdeuxfauteuils.
Le chien l’avait longuement observé à son arrivée
maisn’avaitpasaboyé.
— Il s’appelle Buddy, répondit-elle en se penchant
pourluigratterlesoreilles.
Et même si l’animal sembla apprécier l’attention, il
ne lâcha pas pour autant Luke du regard. Un regard
attentifetsolennel.
— On l’avait offert aux enfants pour Noël, le Noël
avant… l’accident. Il les aimait autant l’un que l’autre,
maisjepensequ’ils’étaitnouéunlientrèsspécialentre
Max, mon fils, et lui. J’ai bien cru que le pauvre Buddy
allait se laisser mourir de chagrin après… enfin, après
ce qui est arrivé. Pendant des mois, il s’est à peine
alimentéetpassaitsesjournéesàgémir.
La douleur perceptible dans sa voix et le tableau
qu’elle venait de lui brosser d’un chien désespéré
serrèrentlecœurdeLuke.
— Tunel’avaispas,l’étédernier.
— Jemeremettaisàpeinedemesblessures.Comme
on a tous eu peur qu’il me fasse trébucher ou tomber
sans le vouloir, nos voisins l’ont gardé. Ça me fait
tellementplaisirdepouvoirl’avoiravecmoimaintenant.Le
pauvreatraverséunenfer.
Et toi donc, songea Luke, mais il préféra ne pas
l’énonceràvoixhaute.Commesielleavaitbesoinqu’on
leluirappelle.

Jetedoislesplusplatesexcusesdumonde,repritelle,leprenantparsurprise.
— Commentça?C’estmoiquit’espionnais.
— Tu veillais sur moi, nuance, le corrigea-t-elle en
repliant les jambes sous elle. Ces excuses, ça fait
dixseptansquejetelesdois.
— Oh.Ça.
11— Oui.Ça.
— Sydney…
— Luke…
Il s’éclaircit la gorge et resserra les mains sur ses
genoux. C’était bien plus pénible qu’il ne l’avait jamais
imaginé, et l’imaginer, Dieu sait qu’il l’avait fait. Des
milliers de fois. Ce qu’il pourrait dire. Ce qu’elle
pourrait dire. Enfin, si jamais l’un d’entre eux avait
seulementquelquechoseàdireàl’autre.
— Pardon,vas-y,toi,finit-ilpars’excuser.
— Ce que je t’ai fait était… inconcevable. Je sais que
ce n’est pas une consolation, mais j’ai si souvent pensé
àtoi.Millefois,j’aivoulut’écrire,tetéléphonerouDieu
sait quoi encore, mais que dire dans une telle
situation ? « Désolée d’être partie pour mon année scolaire
et de n’être jamais revenue»?Est-ce
queçaauraitseulementadoucileschoses?
— Çam’auraitaidédesavoirquetupensaisàmoi.

Seigneur,Luke,commentaurais-jepunepaspenser à toi ? Tous ces étés, tout ce temps qu’on a passé
ensemble. Mise à part la naissance de mes enfants, ce
furentlesinstantslesplusmagiquesdemonexistence.
Non, décréta-t-il, c’était infiniment plus pénible que
cequ’iln’auraitjamaispuimaginer.
— Si c’est réellement ce que tu éprouvais, alors
pourquoi…
— J’aiétéuneimbécile.
Interpellé, et même choqué, par sa franchise, il cessa
de faire comme s’il n’essayait pas de la regarder.
L’épaisse chevelure roux clair, presque blonde, dans
laquelle il adorait faire courir ses doigts, était plus
courte, mais les taches de rousseur que le soleil faisait
apparaîtresursonnezétaienttoujourslà.Lesyeuxd’un
bleu vif si désespérément vides et si tristes l’année
dernièreavaientretrouvéunpeudeleuréclat.
— J’avaisuneidéebienarrêtéesurcequemavie
devait être, tu comprends. Sur ce que mon mari devait
12être.Surl’endroitoùnoushabiterions.Jen’étaisqu’une
pauvreimbécilesnobinarde.

Etjesupposequelegarçonquetuavaislaisséderrière toi sur l’île, celui qui travaillait à la marina
et
n’avaitpasréussiàallerfairedesétudes,necorrespondaitpasàcescritères«bienarrêtés».
Lukefitdesonmieuxpournepaslaisserparaîtreson
amertume, mais s’entendre confirmer ce qu’il avait
soupçonné, redouté, des années durant, n’apaisait pas
vraimentlefeudesesplaiesencoreouvertes.
— Je sais bien que rien de ce que je pourrais dire ne
changera ce qu’il s’est passé à l’époque, mais je tiens à
ce que tu saches que j’ai regretté la façon dont je t’ai
traité.Jel’aitoujoursregretté.
Même entendre cela ne l’aida en rien, contrairement
àcequ’ilavaitpensé.
Ellebaissalesyeux,pensive.
— Parfois,jemedemandesicequis’estpassé,cequi
m’estarrivé,n’étaitpasunepunition.
— Ne dit pas ça. Personne ne mérite ce qu’il t’est
arrivé.
— Le karma peut être cruel, repartit-elle avec
tristesse.Peut-êtrequej’aitropdemandé,vasavoir.
— Je ne crois ni en un Dieu ni en aucun autre
pouvoir supérieur qui serait capable de prendre la vie
d’enfants innocents pour punir leur mère d’avoir traité
les sentiments d’un ex-petit ami d’une façon aussi
incivile.
— «Incivile». Ouille, ça fait mal, lui fit-elle
remarqueraprèsavoirrépriméuntressaillement.
— Commentqualifierais-tutonattitude?
— Odieuse. J’ai été odieuse avec toi, répondit-elle
avant de laisser aller sa tête en arrière contre
l’appuietête et de le dévisager. Tu n’as pas changé du tout. Je
t’auraisreconnun’importeoù.
— Tu as les cheveux plus courts, mais à part ça, toi
nonplus,tun’aspaschangé.
13— Dis-moiquetuastrouvétonbonheurailleurs,que
tut’esmarié,quetuasunetripotéedegamins.Dis-moi
quetoutabienmarchépourtoi.
— Pas de femme, pas d’enfants, mais une belle vie.
Uneviequimesatisfait.
— L’aspectfemmeetenfants,jel’aibousillépourtoi,
c’estbiença?
Il s’efforça de conserver une expression neutre, de ne
surtoutpasluilaisserdevinersasouffrance.
— N’exagérons rien. Tu n’étais pas si importante
queça.
Sonriredanslanuitluifitpapillonnerlecœur.
— Commetuvoudras,grosdur.
Iln’avaitjamaispulaberner.
— Tupermetsquejeteposeunequestion?
— Biensûr.
— Tonmari?
— Seth.
— Tuétaisheureuse,aveclui?
— Compliquée,taquestion.Trèscompliquée.
Illaissaéchapperunsoupir.
— Allez. Dis-moi que ça valait la peine, au moins
pourundenousdeux.
Unsilenceinconfortables’appesantitunbonmoment
sureux.
— Seth était un homme bien, un père merveilleux,
unmaridévoué,etjel’aimais.
— Mais?
Elle se tourna vers lui, leurs yeux entrèrent en
contact,etlareconnexionfuttellequ’ileneutlesouffle
coupé.
— Ce que j’éprouvais pour lui était différent de ce
quej’avaiséprouvépourtoi.
Différent comment? brûla-t-il aussitôt de lui
demander. Qu’entendait-elle par là? Différent, mieux?
Différent, moins bien ? Mais ces questions, il se retrouva
incapable de les formuler, aussi dut-il se contenter de
cequ’elleluidonnait.
14— Je ne devrais pas avouer de telles choses, surtout
devant toi. Tu vois ce que je voulais dire quand je
parlaisdukarma?
— L’univers ne fonctionne pas ainsi, vraiment pas,
répondit-il.
— Il y a des jours où j’ai un mal fou à croire que ça
ne me pendait pas au nez. Je n’ai pas toujours été
irréprochable.
— Non mais, sérieusement, tu ne peux pas croire ça.
C’estunchauffardivrequiatuétafamille,pastoi.
— C’est ce que mon thérapeute s’efforce de me faire
comprendredepuisquinzemois.
— Ettuyarrives?
— Ilyadesbonsetdesmauvaisjours.
— J’espère que ma venue n’aura pas fait
d’aujourd’huiunmauvaisjour.
— Ta venue, te voir, c’est un cadeau du ciel. Des
années durant, j’ai espéré avoir un jour l’occasion de te
dire à quel point je regrettais de t’avoir plaqué sans un
mot.Parfois,quandonvenaitpasserl’étéici,jepensais
allerjusquechezMcCarthypourtevoir.
— Pourquoinel’as-tupasfait?
— Ça aurait été trop injuste pour toi que
j’apparaisse tout d’un coup après tout ce temps, uniquement
pour que, moi, je me sente mieux après t’avoir traité
commejel’avaisfait.
— J’aurais bien aimé te voir quand même, connaître
tes enfants. Ce qui m’a manqué plus que tout, c’était
mon amie Sydney. La meilleure amie que je n’aie
jamaiseue.
— Je suis tellement désolée, Luke, murmura-t-elle,
lesyeuxpleinsdelarmes.Tellement,tellementdésolée.
Est-cequ’unjourtupourrasmepardonner?
— Ça fait des années que je t’ai pardonné. Tu avais
dix-neufans;etpuis,tunemedevaisrien.
Elletenditlamainpourlaposersurlasienne.
— Jetedevaistant,bienplusquecequetuasobtenu
demoiaprèscesquatreétésmagiques.
15Lecontactdesapeaucontrelasiennefitremonterun
flot de souvenirs, les plus doux des souvenirs. Il
enferma sa main entre les siennes, et une émotion si
intense s’empara de lui qu’il en eut le souffle coupé.
Encoreunefois.Etilcompritqu’ildevaits’enallertout
de suite avant de dire ou de faire quelque chose qu’il
regretterait.
— Çaaétésympadeterevoir,Syd.
— Mercid’avoirveillésurmoi.
Ilfitlagrimace.
— Veiller,c’estunbienplusjolimotqu’espionner.
Elleluipressalamain.
— Tu sais, ça m’a touchée l’an dernier de savoir que
tu étais là, que tu t’inquiétais pour moi en dépit de ce
quejet’avaisfait.Tucomprends,j’espère,quejen’étais
pasencoreprête.
— Jet’enprie.Biensûrquejecomprends.
— Reviendras-tu?
Surprisparlaquestion,ilrépondit:
— Enas-tuenvie?
— Mon ami Luke m’a manqué. Il m’a toujours
manqué.
Ilneputtrouversesmots.
— Je vois que je viens de te prendre de court,
reprit-
elle.Çam’arrivesouventcesdernierstemps,avecbeaucoup de personnes. Depuis l’accident, je ne vois plus
trop de raisons de cacher ce que je pense. La vie est
courte.Oùestl’intérêtdetournerautourdupot?
— Nullepart,jecrois.
— Jenevoudraispastechoquer.
— Tum’asplusdonnéàréfléchirquechoqué.
— Acceptes-tumesexcuses?
— L’ardoiseesteffacée.
— C’estinfinimentplusquecequejemérite.
— Ardoiseeffacée,d’accord?
Elleluisouritcommeelleluisouriaitquandelleétait
amoureusedelui,etilcrutquesoncœurallaits’arrêter
dansl’instant.
16Il s’obligea à lui lâcher la main, à se lever, à
descendre les quelques marches du perron, à fuir tant qu’il le
pouvait encore. Il traversait la pelouse en direction de
laplagequandellelerappela:
— Reviens,Luke.S’ilteplaît,reviensvite.
D’ungestedelamain,illuifitcomprendrequ’ilavait
entendu, et poursuivit vers le chemin conduisant au
rivage. Sa vieille barque, celle-là même qu’il avait à
l’époque, l’y attendait pour retraverser la baie en
directiondelamêmevieille,etpetite,maisonqu’ilpartageait
alors avec sa mère. La maladie de celle-ci l’avait cloué
surl’îlealorsqueSydneyetsesautresamisallaient
faireleursétudessurlecontinent.
Il n’avait jamais regretté d’avoir consacré ces années
charnière à la femme qui s’était battue pour l’élever
seule, mais il s’était souvent demandé si les choses
auraient pu tourner différemment pour lui et Sydney,
s’il avait été en mesure d’accepter la bourse qu’on lui
proposait, grâce à laquelle il aurait pu devenir
chercheur en biologie marine. Cette profession aurait-elle
été suffisante pour Sydney ? La Sydney qu’elle était à
l’époque?
Probablement pas. C’était un banquier qu’elle avait
épousé.Untypequiétudiaitlesalguesetlesécumesde
mer n’aurait certainement pas fait l’affaire. Oh, et puis
après, à quoi cela servait-il de spéculer maintenant ?
Quelle différence cela faisait-il? Elle avait pris sa
décisionuneéternitéauparavant,etlui,iln’avaiteud’autre
choixquedel’accepter.
À ceci près que, alors qu’il ramait en se guidant à la
lune et aux étoiles, il était plein d’une émotion qu’il
avait quasiment oubliée, l’espoir. Cela faisait si
longtemps qu’il ne l’avait plus éprouvée qu’il avait presque
eudumalàlareconnaître.Ellenel’avaitjamaisoublié.
Elle avait pensé à lui, il lui avait manqué, elle avait
regretté leur séparation. Mon Dieu, qu’est-ce que cela
voulait dire ?
17Ellen’étaitplusmariée.Sonmari,sesenfantsavaient
disparu depuis plus d’un an. Ce soir, il lui avait suffi de
la regarder pour comprendre qu’elle commençait à
accepter le sort atroce que la vie lui avait alloué. Au
contrairedel’étédernier,quandladouleurétaitsi
fraîche.
— Oh, ça va, mon gars. Ne t’engage surtout pas dans
cette voie, tu veux ? C’est fini, terminé, on n’en parle
plus depuis des années. Laisse le passé où il est,
pestat-ilàvoixhauteenramantplusvigoureusementencore.2
Depuis l’accident, Sydney s’éveillait chaque matin
avec le rappel omniprésent de ses blessures : les
dou-
leursdanslebassin,lapalpitationdanssonfémurgauche et la déchirure insupportable de revivre encore et
encore ce souvenir, ces pertes. Chaque jour, les
premières minutes étaient les plus pénibles, aussi
avaitelle pris l’habitude de prendre le temps de maîtriser sa
douleur, autant physique que morale, avant de trouver
laforcedeselever.
Ce matin, et l’espace d’un bref instant, elle ne sut où
elle se trouvait. Comme très souvent depuis le jour

elles’étaitréveilléeàl’hôpitaldansunbrouillardd’analgésiques,réclamantsesenfantsetsonmari.Et,comme
très souvent depuis lors, elle repoussa à toute force ces
épouvantables souvenirs, puis prit le temps de faire
visuellementletourdelajoliechambredesesvacances
d’enfantàGansettIsland.Vraimentsoulagéed’avoirpu
revenirsurl’île,elletenditlebraspourcaresserBuddy,
dont la présence et la dévotion la consolaient à chaque
instant. Avant, elle ne lui aurait jamais permis de
dor-
mirdanslelitqu’ellepartageaitavecSethmaismaintenant, il dormait contre elle chaque nuit. Une manière
commeuneautredeseréconforterl’unl’autre.
Elle était venue sur l’île bien décidée à prendre des
décisions pour son proche avenir. Après le premier
19Noël déchirant sans sa famille, elle avait repris son
travail d’institutrice en pensant qu’un retour à la routine
quotidienne l’aiderait à reprendre le contrôle de son
existence. Il ne lui avait cependant pas fallu longtemps
pourdécouvrirqu’êtreenpermanenceavecdesenfants
del’âgedessiensn’étaitenrienlacatharsisqu’elleavait
espérée.C’étaitmêmeunevéritabletorturedevoirdans
sasalledeclassetouscespetits,quiluirappelaientjour
après jour que les siens, ses magnifiques enfants,
avaient disparu à jamais. Elle avait vaille que vaille
fait
sontravailjusqu’àlafindel’annéescolaireetseretrouvait à présent à la croisée des chemins, devant de
lourdes décisions à prendre. Elle avait d’ores et déjà
averti l’école qu’elle ne reprendrait pas son
poste
l’annéesuivante.Ledirecteurl’avaitpresséedes’accorder un été de réflexion avant de prendre la moindre
décision.
Toutefois, elle ne voyait pas l’intérêt de conserver un
emploi que quelqu’un d’autre assumerait infiniment
mieux qu’elle. Comment retourner, année après
année,
enseigneràdesélèvesdel’âgedesonfilsalorsquelavie
desonenfantavaitbrutalementprisfin?Ellenelepouvaitplus,ellequiavaitpourtantadorésontravail.Aussi
avait-ellefaitl’effortdesupporteraveclesourirelafête
qu’avaient donnée ses collègues en son honneur, avant
deviderunedernièrefoissoncasier.
Elle serait bien venue dès le lendemain sur l’île, seul
endroit au monde où elle savait pouvoir trouver la
séré-
nitédontelleavaittantbesoinàcecarrefourdesonexistence. Cependant, une audience au tribunal avec le
chauffard ivre l’avait obligée à rester à Wellesley jusqu’à
fin juillet. Pour finalement apprendre à la dernière
minute qu’elle était ajournée et repoussée à début
septembre.
Ses parents n’avaient pas été ravis de la savoir seule
dans la grande maison tout le mois d’août, mais elle
lesavaitrassurés;elleavaitBuddyavecelle,etelleleur
avait aussi promis de les appeler tous les jours.
20Promessequilesavaitapaisésetleuravaitpermisdese
rendre dans le Wisconsin pour une réunion de famille
prévue de longue date. De là, ils partiraient pour la
Californie. Depuis leur mariage, ils rêvaient de
traverser le pays en voiture d’est en ouest. Après le long et
rudehiverquiavaitsuivil’accident,ilétaitgrandtemps
qu’ilsrecommencentàvivre,euxaussi.
Sydney s’était donné le mois pour décider de la suite.
Grâce au pragmatisme et à la prévoyance de Seth, elle
avait reçu une très confortable indemnité
compensatoire qui, ajoutée à leurs économies, lui laissait
largement de quoi voir venir. Peut-être allait-elle reprendre
ses études, ou voyager, où déménager dans une autre
ville où personne ne la connaissait. Le choix lui
appartenait. Il fallait seulement qu’elle décide ce qu’elle
voulait,etoùellevoulaitêtre.
À en croire son psychothérapeute, dresser des plans,
faire des projets, était signe de guérison. Mais elle
n’était pas certaine de vouloir entendre ça. Comment
une mère peut-elle jamais « guérir » de la perte de ses
enfants ? Après la naissance de Max, un ami lui avait
offert un coussin sur lequel était brodée la phrase «En
prenant l’enfant par la main, on prend la mère par le
cœur ». Si ça, ce n’était pas la vérité. Et puis, quand
Malena était arrivée, elle lui avait donné ce qu’il restait
de son cœur. Leur perte était une chose dont elle
pensaitnejamais«seremettre».
Cependant, la vie a une façon agaçante de forcer les
vivants à faire avec quand il serait si facile de se laisser
aller. Après l’accident, elle avait entretenu longtemps
lesidéeslesplusnoires,elleavaitflirtéavecl’envied’en
finir une bonne fois pour toutes, de mettre un coup
d’arrêtdéfinitifàladouleurquilatenaillaitnuitetjour.
Une seule et unique chose l’avait empêchée de franchir
lepas.Ellenepouvaitetnevoulaitpasinfligerunetelle
douleur à ses parents qui étaient déjà dévastés de
chagrin.
21Elleseretournaetétudiaunbonmomentlaphotode
Seth et des enfants qu’elle avait posée sur la table
de chevet. Souvent, c’était encore déchirant de
réaliser
qu’ilsn’étaientréellementpluslà.Ilsn’étaientpasquelque part, ensemble, à faire des courses ou assister à un
match.Ilsnerentreraientplusàlamaison.
Puis elle porta les yeux vers la porte-fenêtre et
contempla la baie, au loin. Pas grand-chose n’avait
changé depuis les étés de son enfance. Des rangées de
bateaux à l’ancre, d’autres naviguant de-ci de-là sur
l’immense baie de Gansett. Et, tout comme les matins
denaguère,ellesedemandasiLukeétaitenmerous’il
travaillait à la Marina McCarthy, comme il le
faisait
depuisl’adolescence.
Quandellel’avaitvulaveilleausoirunefouledeprécieux souvenirs étaient remontés en elle. Elle n’avait
pas été étonnée de constater qu’il était aussi beau à
trente-six ans qu’il l’était à dix-neuf. Avec sa peau
perpétuellementbronzée,sescheveuxbrunssoyeuxquilui
retombaient sur le front, ses yeux bruns si doux, ses
lèvresfaitespourembrasser…
Même si elle ne le voyait que l’été, il avait été le
centredesaviependanttantd’années.Etilsétaientobligés
desecacher,carsesparentsvoyaientd’untrèsmauvais
œilcetamourpassionnéentredeuxadolescents.
Le recul lui fit prendre conscience avec douleur
combien elle s’était laissée influencer par le point de
vue de ses parents. À quel point elle s’était laissée
gouvernerdanssesdécisionspardesconsidérationsfutiles
comme le statut social, l’argent et bien d’autres tout
aussi ridicules. Le souvenir de la façon dont elle avait
traité un jeune homme correct et adorable l’emplissait
de honte. Même après toutes ces années, même après
lui avoir présenté ses plus plates excuses, elle était
encoreettoujourspétriederemords.
Cela ne voulait pas dire non plus que, si elle devait
recommencer, elle changerait quelque chose à sa vie
passée. Ses décisions lui avaient apporté Seth, Max et
22Malena, et jamais au grand jamais elle ne regretterait
qu’ilsfassentpartiedesavie.Maisseschoixavaientfait
souffrir Luke, et ça, elle ne se le pardonnait pas. Elle le
regretteraittoujours,maiselleavaitlasagessedesavoir
que tous les regrets du monde ne peuvent changer le
passé.Etqu’ilfallaitseconcentrerplutôtsurleprésent,
surl’instant.
— Qu’allons-nous faire de cette splendide journée,
Buddy?
Lechienaboya,ets’étirasurlecouvre-lit.
Sydneyéclataderire.
— Gagné.J’étaissûrequetuvoteraispourlaplage.
Après quelques heures passées sur sa plage préférée,
Sydney reprit la voiture pour regagner la maison.
À côté d’elle, Buddy avait passé la tête par la vitre
ouverte et le vent faisait battre ses oreilles. Elle n’avait
jamais été folle des animaux, jusqu’à ce que Seth
réussisse à la convaincre que les enfants ne pouvaient pas
grandir sans un chien. Et aujourd’hui, elle se
demandait comment elle aurait pu tenir le coup ces quinze
derniersmoissanslaprésencedeBuddyàsescôtés.
Elle avait délibérément choisi une plage isolée où il
pourrait jouer à loisir dans les vagues sans s’attirer
aucun des regards désapprobateurs qui n’auraient pas
manqué sur la plage de la ville. Il fut un temps, pas si
lointain, où elle aussi n’aurait pas apprécié, où elle
aussi aurait fusillé chien et maîtresse du regard. Un
tempsrévolu.
Unefoisenvuedelamaison,elleeutunpetitcoupau
cœur et ralentit en découvrant un 4 × 4 noir garé dans
l’allée. Même dans le quartier tranquille et excentré de
Boston où elle vivait en famille, elle aurait eu un
mouvement de recul en apercevant un véhicule inconnu
arrêté devant chez elle. Mais rien n’arrivait jamais à
Gansett Island, aussi immobilisa-t-elle la voiture près
del’autreetcoupa-t-ellelemoteur.
23La portière du 4 × 4 fut aussitôt ouverte et son amie
d’enfanceMaddieChester,MaddieMcCarthyàprésent,
endescendit.
Sydney poussa un cri de joie, descendit elle aussi de
voiture et en fit le tour au petit trot pour étreindre son
amie.
— Mais regarde-moi ça. Oh, Maddie… s’écria-t-elle
en posant une main sur le ventre rond de la jeune
femme.
Elles s’étreignirent une fois encore, toutes deux le
visagebaignédelarmes.
— Çamefaittellementplaisirdeterevoir,Syd.
— Etmoidonc.
Maddie avait des cheveux couleur caramel et un
visagedetop-modèle.
— Quanddois-tuaccoucher?
— Pas avant novembre, enfin, si je n’explose pas
avant, répondit Maddie en riant, en tirant sur une des
mèchesdeSydney.Jet’aimebeaucoupaveclescheveux
pluscourts.
— Merci, ils sont nettement plus faciles à entretenir
commeça.
Elle fut reconnaissante à Maddie d’éviter le sujet
terrible. Son amie lui avait écrit plusieurs fois et elle avait
l’intentiondelacontactercetété.
— Excuse-moisijenet’aipasappeléel’andernier.
— Tun’aspasàt’excuser,éludaMaddieenagitantla
main. Mais quand j’ai appris ton retour, je me suis dit
qu’il fallait que je te voie. J’espère que ça ne te dérange
pasquejesoispasséesansprévenir.
— Bien sûr que non, rétorqua Sydney en passant le
brassous celui de Maddie pourl’entraîner à l’intérieur,
Buddy sur les talons. Que veux-tu boire? Je pense bien
avoirquelquechosesanscaféinequelquepart.
— Unverred’eaufraîche,ceseraparfait.
ElleprésentaBuddyàMaddie,puisallachercherdes
rafraîchissementsetemmenasonamiesousleporche.
24— Raconte-moi tout. J’ai appris que tu avais épousé
MacMcCarthy.Mazette,toutsimplementlecélibataire
le plus convoité de l’île. Qui l’aurait cru? Allez, je veux
toutsavoir.
Maddie s’empourpra, tout comme elle le faisait
quand Sydney lui racontait jadis à voix basse qu’elle
passaitsesnuitsavecLukesurlaplage.Apparemment,
certaines choses sont immuables. Maddie et elle
avaient vendu des glaces pendant trois étés d’affilée et
noué un solide lien d’amitié. Même si elle avait
quelques années de plus que Maddie. Avant l’accident,
Sydney veillait toujours à voir son amie quand elle
venaitenfamillepasserlesvacanceschezsesparents.
— Oh,jesuissûrequ’ont’aracontél’histoire.
— Pastoi,ripostaSydneyensouriant.
— Eh bien, Mac arrivait tout droit de Floride pour
rendre visite à ses parents. Il s’est engagé sur
MainStreetetjel’aipercutéàvélo.
— Tuasétésalementblessée,àcequ’ilparaît.
— Et pas qu’un peu. Une véritable épave durant des
semaines. Pendant que je récupérais, il s’est occupé de
Thomas, qui avait tout juste neuf mois, et de moi.
Depuis,ilcontinue.
— Je vois ça, la taquina Sydney en baissant les yeux
sursonventretoutrond.
Maddieémitunpetitrire.
— Ilestfabuleux.D’ailleurs,j’aimeraisbeaucoupque
tufassessaconnaissance.
— Ça fait longtemps que je le connais. On se croisait
régulièrementquandj’allaischercherLukeàlamarina.
Sijemesouviensbien,ilétaitplutôtbeaugarçon.
— Ilestencoreplusbeaumaintenant.
— J’ai pensé la même chose de Luke en le revoyant
hier soir. C’est étonnant la façon dont les hommes d’ici
vieillissentbien.
Maddielacontemplauninstant,bouchebée.
— TuasvuLuke?Maisoù?
25— Ici même, répondit Sydney avant de raconter les
«visites»vespéralesdeLuke.
— C’est si gentil d’être venu aussi souvent pour
veillersurtoi,commentaMaddie.
— C’était bien plus que je ne méritais, après la façon
dontjel’aiplaquésansunmot.
— Jesuissûrequ’ilavaitcompris.
— Je ne crois pas, non. Bien sûr, je lui ai présenté
mes excuses, mais elles n’étaient plus franchement de
miseaprèstoutescesannées.
— Comptes-tulerevoir?
— Je n’en sais rien. Je l’espère. Avant tout, on était
surtout de très bons amis. Il m’a longtemps manqué
quandças’estterminéentrenous.
— Si je me souviens bien, ça ne s’est jamais
réellementterminé.
— Pasdelafaçondontçaauraitdûêtre,ça,c’estsûr.
Maddieluipritlamain:
— Comment vas-tu ? Franchement ? J’ai si souvent
penséàtoi.
— Ça va. Aujourd’hui a été une bonne journée. Hier
aussi. Il y a deux semaines, j’en ai connu une vraiment
mauvaise. Ça arrive. Plus aussi souvent qu’avant, Dieu
merci.
— C’étaitprévisible,jecrois.
— C’estcequ’onmedit.
— J’espère pourra passer du temps ensemble,
tant que tu es là. J’aimerais que tu viennes à la maison,
que tu voies Mac et que tu fasses la connaissance de
Thomas.
Maddie s’interrompit net et s’empourpra une fois
encore.
— Désolée.
— Pourquoi?
— Je n’aurais pas dû. Tu n’as peut-être pas envie de
voirThomas.
— Oh, Maddie, bien sûr que si, je veux connaître ton
fils.Çameferaitextrêmementplaisir.
26— Je pense très souvent à Max et Malena, reprit
Maddie, les yeux embués. Ils étaient si beaux, si bien
éduqués.
Lagorgeserrée,Sydneys’obligeaàluisourire.
— Ilsfaisaientmafierté.
— Et ils le méritaient. Alors, viendras-tu à la maison
bientôt ? Pour dîner ? Janey, la sœur de Mac, va se
marier à la fin du mois, alors l’ambiance est à la fête
danslecoin.J’aimeraisbienque,toiaussi,tuensois.
— Jenevoudraispasêtreunpoidsmort.
— Ne sois pas ridicule. Les McCarthy sont si
nombreux qu’un de plus ou de moins, personne ne verra la
différence,décrétaMaddieenselevant.
— Ces McCarthy ont de la chance de t’avoir, lui dit
Sydney en se levant elle aussi pour la serrer dans ses
bras.
— Lachanceestmutuelle.Tum’appelles?
— Promis.
Après le départ de Maddie, Sydney nourrit Buddy et
se prépara à dîner, une salade avec des crevettes
achetées du jour qu’elle fit griller. Elle ouvrit une bouteille
de vin blanc et s’installa à la table de la cuisine
donnant sur la baie. Chez elle, à Boston, l’heure du dîner
était un des moments de la journée les plus difficiles à
supporter, celui qui lui rappelait le plus son
irrémédiablesolitude.Souvent,elleneprenaitmêmepaslapeine
de cuisiner et se contentait d’un sandwich ou d’une
soupeenboîte.Quelintérêtdefairelacuisinequandon
estseul?
C’était différent, ici, dans la villa de ses parents. Elle
y était seule mais ce n’était pas pareil que dans sa
grande maison trop vide et trop calme qui résonnait
naguère des cris des enfants. Oh, ses enfants avaient
aussi vécu ici, cet endroit où ils adoraient passer leurs
vacances d’été, mais c’était… oui, différent. Ici, elle
pouvaitrespirer.
27Sonrepasterminé,ellenettoyalacuisine,seversaun
deuxième verre de vin et l’emporta sur le porche pour
regarder le coucher de soleil. Elle y resta longtemps,
bien après que la nuit fût tombée, bienaprès que
l’activité portuaire se fût ralentie, à se bercer dans son
fauteuil à bascule. Buddy somnolait, couché en rond à ses
pieds.
Non, elle n’attendait pas Luke, se disait-elle. Il ne lui
avait pas promis de revenir. Ils s’étaient dit tout ce
qu’ils avaient à se dire la veille au soir. Qu’ajouter
d’autre?
À l’instant où elle allait rentrer lui parvint le son
caractéristique de la barque touchant le sable. Un petit
sourire fleurit sur son visage et son cœur battit plus
vite.
Ilétaitrevenu.10813
Composition
FACOMPO
Achevé d’imprimer en Italie
par GRAFICA VENETA
le 20 juillet 2014.
Dépôt légal : juillet 2014.
EAN 97822900 81686
OTP L21EPSN001049N001
ÉDITIONS J’AI LU
87, quai Panhard-et-Levassor, 75013 Paris
Diffusion France et étranger : Flammarion

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi