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Génial général président

De
109 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 292
EAN13 : 9782296324527
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Abdoul Ali WAR

Génial

Général Président

L'Harmattan 5-7, rue de 1':ÉcolePolytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Abdoul Ali WAR est mauritanien. Il réside en France où il a fait des études de cinéma. Il fut collaborateur de «PANORAMA» à France Culture. Il a essentiellement travaillé avec Med Hondo comme assistant, et co-adapté avec lui le roman de Abdoulaye MAMANI "SARRAOUNIA" (Ed L'Harmattan).

Copyright L'Harmattan 1996 ISBN: 2-7384-4565-9

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N.B
Cette pièce est une fiction que je déroule dans un pays réellement imaginaire. Le Président Général n'a jamais existé. Cependant, il se pourrait bien que vous ayez entendu parler de son sosie, ou même pourquoi pas, croisé son double, subi ses foudres. Hasard fortuit, ou bien pure illusion. Et de nos illusions qui se sont transformées en cauchemards, ont surgi des dictateurs. Bien souvent en Afrique, ils sont là, tapis à la lisière de la réalité, guettant notre faiblesse provisoire, notre absence de vigilance.

PERSONNAGES

Le Général Président Le 1er Des Ministres Le Conseiller Très Spécial (Sidi) Le Chef du èabinet Militaire Abdel Weddoud (Relations Extérieures) Le Ministre du Renseignement Le Colonel Le Ministre de l'Administration Territoriale Le Chef d'Etat Major Général L'Officier Stratège L'Homme ter Chômeur 2ème Chômeur Le Marabout La Femme Le Vieux -Fistonter Soldat 2ème Soldat L'Interpellateur Le Président Nouveau Le Nouveau Conseiller Très Spécial Le Représentant de l'Amère Marianne L'Extraordinaire de l'Unkal Sam Le Plénipotentiaire de la Grandourse L'Héritier de Bismarck L'Empereur Le Nouveau Chef du Le Choeur Masqué du Yen Cabinet Militaire et Le Peuple

PROLOGUE

Avant l'arrivée du Général Président. Tout au fond de la scène, deux soldats armés en tenue dépenaillée vont et viennent. Ils veillent. Une grande banderole sur laquelle est écrit: "FAISONS ENSEMBLE NOTRE PATRIE" est déployée. Hors scène, deux voix qui se répondent: - celles de L'HOMME DU PEUPLE et du MAîTRE DE CEREMONIE annoncent l'arrivée des dignitaires. D'abord LE FISTON, puis les deux plus proches collaborateurs du Général Président sont les premiers qui s'installent. Les deux sont habillés comme des gangsters, portent des lunettes noires et mâchouillent du chewing-gum. Ensuite arrivent les ministres et le chef d'état-major général. Tous sont en tenue militaire, exceptés Abdel Weddoud et le Premier des ministres. LE GENERAL PRESIDENT est le dernier annoncé. L'HOMME DU PEUPLE Ils sont pourtant comme vous et moi: humains. Le pouvoir disent-ils, y'a pas plus gros gain! Alors éclairés par les feux de la rampe, Dedans des complots, nos pauvres corps, ils trempent. Dès lors, projetés au-devant de la scène, Sans regret, à la mort ils nous mènent. LE MAITRE DE CEREMONIE Eh bien donc, mesdames et messieurs! Lumière! Ouvrez grands vos gros yeux, Sur nos illustres conseillers!

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L'HOMME DU PEUPLE Admirez l'apparence de nos deux dévoyés. Mais quand sonne l'heure de la castagne, Prêts ils sont, pour les basses besognes. LE MAITRE DE CEREMONIE Le ministre des relations avec l'extérieur! L'HOMME DU PEUPLE Ce dangereux intellectuel infiltré Sera le premier à se faire éjecter. Mal assis! Lui manquait le gros postérieur. LE MAITRE DE CEREMONIE Colonel! Ministre de la défense! L'HOMME DU PEUPLE Paré pour nous faire un sort! Au chalumeau, il brûle les corps. "Fossoyez!! Ces hères sont une offense!" LE MAITRE DE CEREMONIE Le ministre du renseignement! L'HOMME DU PEUPLE Il nous aura tous mis en fiche. Et il a, notre boucleur de bouche, Tout, pour vous faire un saignement. LE MAITRE DE CEREMONIE L'administration territoriale!

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L'HOMME DU PEUPLE Loin des mers, il vit, ce gros squale. Pour nous digérer, nous les petits poissons le soir, Il a fait grillager tout notre territoire. LE MAITRE DE CEREMONIE Le premier, premier des ministres! L'HOMME DU PEUPLE C'est bien lui, le second sinistre. LE MAITRE DE CEREMONIE La fidélité aux grands principes: L'HOMME DU PEUPLE "Oui chef, oui notre grand maître, Commandez, et moi j'anticipe! Derrière vous je suis, de tout mon être."

L'HOMME DU PEUPLE Et lui, c'est l'homme à la dégaine facile. Le courage? Il l'a plutôt fragile. Il a bien toute l'allure d'un gros veau. Mais... LE MAITRE DE CEREMONIE ...C'est le futur président nouveau!! L'HOMME DU PEUPLE Et avec lui c'est la mort, la mort facile, sans râle! LE MAITRE DE CEREMONIE Voici, Le GENIAL PRESIDENT GENERAL!

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Qui arrive sur la scène. Il est en tenue militaire. Il porte un pantalon assez court qui tombe dix centimètres au-dessus des chevilles. A l'entrée du GENERAL PRESIDENT, tous les dignitaires se lèvent. LE GENERAL PRESIDENT se dirige vers un pupitre sur lequel est posée une bouteille d'eau minérale et un verre. Un petit drapeau est accroché. Il pose sa casquette et son sceptre, puis commence sa conférence de presse.

LE GENERAL PRESIDENT BISMILLAHI RAHMANI RAHIM!! Dictateur. Dictateur, moi qui ai mis ~ bas une dictature! Laissez-moi rire. En tout cas, je ne le suis pas plus qu'un autre, ni plus que n'importe qui; même si je ne suis pas devenu n'importe qui. Cela mes ennemis ne le supportent pas! LE BAN DERRIERE LUI Meerehbê!2 LE GENERAL PRESIDENT J'ai vécu jeune chez moi, avec beaucoup d'autres de mon âge, mais moi j'ai voulu aller loin, me dépasser. On dit maintenant réussir, arriver. Vous admettrez que cela n'est pas donné à tout le monde, et ne sera pas donné à un quelconque quidam.

1Au nom de Dieu, le clément et miséricordieux! 2 A considérer ici, comme une expression pour louer. "Vive!"

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Surtout pas à ceux qui complotent contre l'existence de mon pays. N'est-ce pas? A lOans, j'étais maigre comme un clou, turbulent comme un diable. Malgré ma petite taille voyezvous, j'étais dans toutes les querelles et tous les coups tordus des gosses du quartier. On se façonne très tôt vous savez. Ma mère avait déjà perçu la graine d'exception qu'elle avait mise au monde. Elle n'était pas une intellectuelle vous savez, mais elle avait bien vu qu'à quinze ans l'école ne me réussissait pas. Elle avait compris qu'il me fallait autre chose. Du concret, du brut, du fougueux. Alors, je me suis engagé dans l'armée, à 18 ans. Je m'y suis trempé et forgé. Jour après jour, nuit après nuit, j'y ai gravi les échelons. On m'appelait «baroudeur». Ma carrière, je l'ai construite seul,
avec la simple bénédictionde mes parents.

Et c'est à quarante ans, âge où l'on découvre les saints, que je me suis donné cette casquette... de GENERAL. Un onze - onze! Un onze novembre, j'ai ramassé un Etat à la dérive, après avoir réussi un coup d'état. Sans effusion de sang, sans mort ni blessé. Proprement! "Le peuple entier était derrière moi. N'en déplaise à mes détracteurs professionnels, je n'ai pas utilisé les sentiments les plus bas des hommes, tels que le racisme et le tribalisme." J'engageais à ma façon une guerre contre la gabégie, le laisser-aller, la cOITUption,la ~oncussion et le népotisme. Mes galons étaient mérités. Bien plus que ceux de certains froussards qui se targuent d'avoir fait la 2ème guerre mondiale, Madagascar, l'Indochine ou l'Algérie. Que sais-je encore! Vu l'intensité des combats qu'il y eut là-bas, s'ils en

Il

sont revenus, c'est qu'ils étaient tous à l' arrièrefront. Dans les cuisines! Un temps Puis il sort de derrière le pupitre et marche, s'adressant au public, le prenant de temps en temps à témoin. Arrive un photographe qui le mitraille, puis s'en va. Depuis que je suis le guide de ce peuple, figurezvous que moi aussi j'ai des «refuznik» 3, des adeptes du dazibao. Quelqu'un qui n'a rien, et à qui on offre tout, a-t-il le droit de refuser, réfuter, contester toujours? Finalement, ceux qui n'ont rien, ne seraient-ils pas les plus grands irresponsables sur cette terre? Je les ai toujours à l'oeil. Depuis que le monde est monde, et que I'homme est homme, où a-t-on trouvé l'égalité? Nulle part! Et un beau jour, piqués par on ne sait quelle mouche, ces fous à lier viennent vous déverser la litanie de leurs revendications interminables. Une liste que même la FEDERAL - comment qu'ils l'appellent encore?- la F.R. BANK américaine ne peut satisfaire. Et c'est à nos pays en développement, qu'on demande l'impossible. Mon devoir est de sauver mon peuple infiltré par des agents étrangers. On retrouve toujours et partout les mêmes partisans de ce système qui est, et reste foncièrement pervers. Un système condamné par I'histoire, dont ils continuent pourtant à nous rabacher les théories éculées.

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A considérer ici, comme "contestataires".

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