Grêlon mon amour

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Un jeune journaliste et une jeune chef d'entreprise vivent une toute nouvelle histoire d'amour dans le contexte inédit de la lutte contre la grêle avec un avion révolutionnaire exploité par des professionnels de la météo dans le sud-ouest de la France, à Agen, en 1969. Combattre la grêle et ainsi surseoir aux désastres irréversibles sur les cultures : un rêve ou une réalité ?

Cette aventure est rigoureusement vraie, et pour le plaisir de la lecture, « légèrement romancée ! ».


Publié le : lundi 3 août 2015
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EAN13 : 9782332961129
Nombre de pages : 302
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-96110-5

 

© Edilivre, 2015

Avant-propos

Dans la mythologie Grecque, les Telchires avaient le pouvoir de faire tomber la pluie, la grêle et la neige.

De nos jours, l’omniprésence de la technologie et le savoir des hommes prétendent faire mieux avec la conviction de réussir…

… Afin de protéger les vergers des ravages de la grêle, des scientifiques en météorologie vont exploiter, pour la première fois, un avion révolutionnaire… Toute la région va se mobiliser !

Pierre est journaliste à la Dépêche du Midi, Claire est cadre commercial dans une entreprise de conditionnement de fruits. Ils sont tous deux partie prenante, se rencontrent, s’aiment et leur amour naissant évoluera dans le contexte de cette extraordinaire épopée. Cette histoire vraie mais quelque peu romancée a le mérite de démystifier les idées préconçues, de tordre le cou aux mauvaises croyances tout en démontrant les limites humaines dans la lutte contre les catastrophes naturelles.

Notre histoire se déroule dans le Sud-Ouest de la France, à Agen, en 1969…

MK

Chapitre 1
Déclaration de guerre

A ma sortie de l’école du journalisme, après trois années d’études à Bordeaux, je suis entré comme stagiaire à La Dépêche du Midi d’Agen. Le recrutement se faisant sur des candidats à bac plus deux. Depuis, le journal qui semble apprécier mon travail, me fait suivre régulièrement de la formation au sein même de l’entreprise et sur le terrain avec ou sans collègues. Je suis tout à fait ravi, à ce jour, devant ce qui se trame du côté de « La Garenne », de pouvoir enfin renvoyer la politesse. J’ai, comme qui dirait, des démangeaisons à vouloir décoller avec mes propres ailes… Ce que l’on me propose avec cette guerre des grêlons, est assurément ce qui devrait changer mes rapports avec mon boulot au quotidien. Serait-ce cet ascenseur si désiré ? Et que dire de ce coup de foudre si délicieusement imbriqué avec Claire et Le Pruneau malin… ? Saurais-je entreprendre un tel amalgame sans faire d’impairs ? Percer radicalement au sein de mon boulot et construire un truc génial et solide avec Claire ? Et pourquoi pas ? Les coups providentiels font parfois avancer les choses d’un bond dans une vie ?

J’ai déjà une grande envie de partager tout ça avec mes proches… C’est tellement important. Bien sûr, qu’il est encore bien trop tôt pour vivre ces évènements avec mes parents, ma petite sœur Nicole et mon grand frère Jean… Cet amour qui me dévore et cette nouvelle perspective professionnelle… Mais qu’il est déjà si bon de leur garder au chaud ces nouvelles qui devraient désormais changer ma vie et ravir la leur…

Ce lundi matin, je gare ma DS Pallas sur le parking du journal. Je redescends sur terre et vais directement, la gorge nouée, au fond de la grande salle de la rédaction où se trouve, derrière une baie vitrée, le bureau de mon chef. L’accueil est à son ordinaire. Le boss doit être là depuis déjà un bon moment en regard des dossiers ouverts et étalés sur son bureau. Le nez garni de lunettes, perchées sur son extrémité, fait du rase-motte sur des feuillets dans quelques aller et retour bien appliqués. Je manifeste ma présence par un classique « Bonjour Monsieur ». Un vol rasant des yeux finit son passage et reprend de l’altitude, le fauteuil recule un brin dans un léger crissement et un regard fatigué se pose sur moi.

« Bonjour Pierre !

– ………

– Alors, quelles sont les nouvelles ?

– Je viens vous rendre compte de ma visite faite à l’aérodrome ce week-end en ce qui concerne la lutte anti-grêle.

– Raconte… »

Là, je lui débite tout ce que je sais. Il semble boire ce que je lui narre et ne m’interrompt pas. Cela dure un petit moment tout de même et une fois au bout de l’exposé, re-crissement quand il se recule encore un peu de son bureau et m’invite à m’asseoir… Enfin ! Il me pose quelques questions auxquelles je réponds de mon mieux. Puis, sur un ton assez paternaliste, il me donne son sentiment sur cette affaire. Il me fixe quelques garde-fous d’usage, me remémore quelques éléments concernant la déontologie du métier et m’annonce royalement me confirmer son feu vert et carte blanche tout en me souhaitant prudence et bonne chance.

« Bien entendu, vous me rendrez compte de tout au fur et à mesure. Je veux tout savoir en temps réel… Vu ?

– Oui… Merci… Monsieur ! »

Je quitte les lieux et rejoins mon bureau à l’autre bout de la rédaction. Dans la grande salle commune que je partage avec mes collègues, il n’y a pas grand monde. Ils sont sans doute sur le terrain. De mon petit bureau en bois, j’extirpe mon Nikon F2, de la pellicule et mon kit journalistique. Un collègue vient vers moi, intrigué par autant d’empressement.

« Alors Pierre, tu me racontes…

– Je suis allé aux nouvelles ce week-end, tu sais… Cette histoire de guerre déclarée aux orages… Tu es forcément au courant ?

– Oui, justement… Alors ?

– Le boss me confie l’affaire sans doute en regard de ma toute légère expérience des avions…

– Oui, c’est ça : nous avions, les collègues et le boss, pensé que toi seul était susceptible de prendre ce truc en main… Tu sais, nous et les avions…

– C’est sympa, nous aurons l’occasion d’en reparler mais là, il faut que je file, justement aux avions.

– Bien… Alors bon vent.

– Merci et à plus tard. » (Je pensais en moi même : bonjour les courageux)

Il n’y a plus à hésiter. Les choses étant bien claires, il est largement tant de filer sans retard vers l’aérodrome de la Garenne.

Gonflé à bloc, me voici devant le chalet en bois de l’AssociationClimatologique de laMoyenne vallée de laGaronne et du Sud-Ouest ; il est 9 heures. Plusieurs voitures sont déjà garées. Je me propulse vers l’intérieur du bâtiment à la recherche de la personne rencontrée samedi après-midi. En fait je tombe directement sur un Monsieur d’une quarantaine d’années qui s’étonne de ma présence et vient à ma rencontre…

« Bonjour, vous désirez voir quelqu’un ?

– Bonjour, je suis passé samedi après-midi et l’on m’a alors conseillé de revenir ce matin. Je me présente, Pierre Blanchet de La Dépêche du Midi. Voici ma carte…

– Bonjour Monsieur Blanchet, Monsieur Delbourne ; je suis le Directeur de cette station météo, j’ai trouvé votre carte avec un petit mot ce matin sur mon bureau… Soyez le bienvenu, que puis-je pour vous ? »

Ce Monsieur Delbourne, doit avoir la quarantaine, des cheveux grisonnants, tirés vers l’arrière au ras du cuir chevelu et légèrement sur un côté. Il est petit, sec, nerveux et doté d’un solide accent du large Sud-Ouest. Son parlé strident est si rocailleux et si pointu que j’ai du mal à tout comprendre… il parle si vite… con ! (Comme ponctue le bon gascon du coin… avec… l’accent !)

Je ne me déconcentre pas pour autant et j’embraye :

« Il est arrivé aux informations de mon journal, que vous seriez sur le point d’intensifier votre lutte contre les ravages de la grêle avec des moyens tout à fait nouveaux ?

– Oui c’est exact !

– Est-il vrai aussi qu’un nouvel avion serait attendu à cet effet ?

– Oui, tout a fait. Mais il serait peut-être préférable d’attendre un moment que nos spécialistes météo en provenance de Toulouse arrivent. Vous avez de la chance car justement nous devions finaliser le sujet ce matin même. Voulez-vous assister à la réunion ?

– S’il vous plaît, juste le temps de téléphoner au journal afin de disposer de ma matinée et je serai bien volontiers ravi d’être des vôtres…

– Pour le téléphone c’est par ici… Suivez-moi.

– Merci Monsieur. »

Je le suis vers ce qui ressemblerait au secrétariat de l’association. Je retrouve, là, la personne déjà vue samedi. Nous échangeons des sourires discrets quand elle me passe le combiné du téléphone. Monsieur Delbourne s’éclipse par la même occasion.

La communication est vite obtenue et le feu vert de mon chef est tout aussi rapide. Je m’adresse aussitôt à cette charmante personne afin d’obtenir enfin une photo de l’avion en question. Le cliché tant convoité m’arrive sans détour et instantanément entre les mains sous la forme d’une enveloppe marron clair au format 21x27. Le temps d’en extraire la photographie et de la mettre dans le bon sens, vu l’étrangeté de ce que je découvre. Mais, moi qui suis un peu au courant des machines volantes du moment, je n’en crois pas mes yeux. L’engin aurait tout l’air d’une caisse à savon avec des ailes carrées, une queue verticale en forme de cheminée de transatlantique, un nez pointu, très long et une hélice au bout. Le tout posé sur un train d’atterrissage lui donnant l’apparence d’une sauterelle prête à bondir !

Rustique à souhait ou encore taillé à la hache. Du jamais vu. La secrétaire qui m’a suivi du regard semble s’amuser de mon étonnement. Elle ne croirait pas si bien penser… Puis elle vient vers moi avec l’intention de me donner des informations… sur cet avion.

« Il emporte 10 personnes et il grimpe très haut en un temps record ! J’ai à votre disposition la fiche des caractéristiques techniques et des performances de l’avion. Je vous confirme que son nom est bien « Pilatus ».

– Vous êtes vraiment très aimable, merci. »

A cet instant, Monsieur Delbourne revient vers moi et m’invite à faire le tour de la station météo avec lui. Nous passons d’un bureau à l’autre. Il y aurait bien une dizaine de personnes qui officieraient en ces lieux. Dans une grande pièce, il y a des téléscripteurs ou autres engins de télécopie ou télex qui font du bruit par intermittence et des cartes météo en quantité sur les murs et sur de grandes tables, sans doute prévues à cet effet. Il y aurait comme une petite odeur qui semble celle de l’ammoniaque flotte dans la pièce d’ammoniaque… forcément, avec tous ces tirages de cartes…

Une petite grappe de trois ou quatre personnes s’intéresse de très près à une grosse documentation qui semblerait être liée directement aux données de ces différentes cartes suspendues aux murs et aussi, étalées sur les tables.

Il règne ici une certaine effervescence. Je suis finalement invité à entrer dans une salle un peu plus petite où il y a déjà quelques personnes assises autour d’une desserte rectangulaire de bonne taille. Un écran de cinéma sur pied trône dans le fond et un paper-board dans un coin semble lui aussi prêt à l’emploi. Je salue discrètement et me cantonne sur un tabouret dans un coin. J’en profite pour jeter un coup d’œil à la fiche technique du Pilatus. Ce qui me frappe, en y regardant de plus près, c’est le type de moteur dont il est équipé : ce serait un turbo réacteur doté d’une hélice, un turbopropulseur de 520 chevaux ! Tu parles, on est loin des 65 chevaux de mon Jodel D 112… pardi, il n’est pas étonnant qu’il grimpe haut et vite… même en charge… le bougre ! Quelle bête tout de même… mais attendons d’en savoir davantage, suite à cette réunion.

Je ne reste cependant pas inactif avec mon Nikon, surtout après avoir eu l’approbation du directeur des lieux. Depuis tout à l’heure, tout y passe…

Dans cette petite pause en attente de la suite, je ne peux m’empêcher de revenir un instant sur cet incroyable week-end. J’ai tout bonnement l’impression d’avoir rêvé. Tout s’est enchaîné comme par magie… un vrai enchantement. Rien ne semblerait se pointer pour faire obstacle. Les choses se sont mises en place d’elles-mêmes : notre premier rendez-vous place des Laitiers, le lendemain au restaurant du buffet de la gare, notre inoubliable nuit, notre visite aux avions et au champ de course et notre seconde nuit de bonheur…

Ce matin au bureau, le feu vert de mon patron a été l’apothéose… pourquoi tout d’un coup, tout arriverait en vrac, sans préavis ? Pourquoi autant de chances ? Je constate l’imbrication de nos intérêts communs : Claire et son entreprise et moi avec mon journal… une sorte de passion commune, naissante, nous lie d’une façon prépondérante. Que dire de notre relation amoureuse, forte et déjà si intime ?

Le volume du petit brouhaha s’amplifiant subitement, je sors de mes rêveries. Le nombre de participants semble au complet : nous voici à six plus moi. Après quelques recommandations d’apaisement, Monsieur Delbourne prend la parole. Les formules de politesse et de bienséance débitées et après m’avoir présenté, il entre dans le vif du sujet.

« Un grand virage s’amorce enfin avec l’arrivée du Pilatus, enchaîne Monsieur Delbourne. Cet avion va dorénavant nous permettre de concrétiser nos théories et mettre en pratique ce dont nous sommes convaincus dans cette lutte contre la grêle. »

La présentation des choses s’adresse à un auditoire, acquis, de scientifiques hyper motivés. Je ne comprends pas tout ce qui se dit, cependant je capte clairement que l’avion en provenance de Chambéry en Savoie est attendu ici au tout début de juin : c’est-à-dire, dans quelques jours.

Je constate clairement l’importance de cette réunion pour le patron de l’ACMG. En fait, ce matin, en gros, c’est la finalisation d’un projet mis en route de longue date, élaboré et étudié dans ses moindres détails. L’ACMG devrait enfin trouver la pérennité de ses études avec la mise en place de cet avion. La crédibilité de l’association serait en jeu.

Il est précisé que la veille de l’arrivée de l’avion, un briefing sera organisé pour l’ensemble des parties liées au nouveau challenge, que nous serons avertis en temps utile.

Monsieur Delbourne arrive vers moi, accompagné d’un de ses collaborateurs.

« Voici l’homme dont vous aurez besoin… Il répondra à toutes vos interrogations. Je vous laisse faire plus ample connaissance.

– Bonjour, je me présente, Max Maroda, ingénieur météo !

– Bonjour, Pierre Blanchet de La Dépêche du Midi.

– Mon patron m’a rapidement mis au parfum et m’a demandé de me mettre à votre disposition…

– Je suis preneur, merci. »

Cet homme, jovial mais sans doute assez réservé, un peu plus petit que moi, un peu enveloppé, brun, la figure ronde paraît cependant assez communicatif et avenant.

« Je suis dans la place depuis quelques années, ce qui veut dire que vous devriez pouvoir puiser dans mon expérience une infinité de renseignements liés directement à nos travaux… ceci dit, je suis plus spécialement au fait de tout ce qui touche de près ou de loin à l’exploitation aéronautique liée aux interventions opérationnelles. Je peux aussi répondre à tout ce qui gravite autour des tirs de fusées paragrêles.

– Je ne pouvais pas espérer mieux. Il est vrai que de se retrouver au centre d’une réunion entre pro de la météo, je l’avoue, est assez déroutant pour le novice en la matière que je suis. J’ai noté pas mal de choses mais des questions sont là.

– Par quoi voulez-vous que nous commencions ?

– Par l’historique, résumé si possible.

– Ok, mais allons dans une autre pièce car nous pourrions gêner… »

« L’autre » pièce est exigüe mais nous avons chacun un siège autour d’une petite table me permettant de poser mon bloc-notes.

Callé en coin sur son tabouret, Max Maroda enchaîne… :

« Depuis la nuit des temps, les hommes tentent de se protéger et de se battre avec les moyens dont ils disposent pour vivre ou survivre. Ils essaient de se prémunir des risques et aléas de toutes sortes émanant de la complexité des facteurs naturels dont ceux liés à la météorologie. Il y a les catastrophes naturelles ou occasionnées par l’homme : les conflits et les guerres… les sécheresses, les incendies, les inondations, le gel, la neige, les tremblements de terre, les maladies, les volcans, les raz-de-marée, le vent, les tornades, les cyclones, la foudre, la grêle… etc… etc…

Se battre et gagner reste cependant bien présomptueux. Disons que la tendance, contre ce qui est naturel, serait plutôt de s’en accommoder tant bien que mal et d’essayer de s’en prémunir, si possible, en essayant de biaiser ou de ruser… pour limiter les dégâts vaille que vaille !

En ce qui concerne plus précisément la grêle, les hommes ont tout d’abord tenté de pallier à s’en protéger, surtout pour ceux affectés aux travaux des champs, du moins pour les bergers et les cultivateurs. A cet effet, en l’absence de maisons ou de grottes à proximité, ils construisirent des abris de type Cazelles (sorte d’igloo en grosses pierres plates). Malheureusement le danger a toujours été total pour les troupeaux de bêtes. Que dire des cultures directement exposées au bon vouloir de cette si puissante dame nature ? Que dire de toutes ces peines et de toutes ces misères résultants d’un seul orage dévastateur ? Tous ces arbres fruitiers, ces vignes, ces champs de fraises, de feuilles de tabac… dévastés, irrémédiablement impropres à la consommation ? »

Eberlué, en prise totale de conscience avec l’énormité des choses… (Je n’ai pas de racines paysannes et je découvre des hommes à la peine)… J’écoute et ne dis rien. Juste une microseconde de flash vers Claire à qui je vais avoir la grâce d’ouvrir toute mon émotion et essayer de lui transmettre ce que je découvre.

« Que de ravages, de drames, que de famines, que de misères… !

Quant à la lutte contre ces énormités, faisant référence à Aristote (350 ans AV/JC), les anciens étaient convaincus que le bruit intense pouvait faire dévier les nuages d’orage. Nos précurseurs ont tout d’abord lancé des pierres vers les lourds nuages menaçants, ensuite ils ont fait du bruit en tapant sur des engins de fortune, puis ils ont fait sonner les cloches des églises, ou encore ils ont prié le Tout Puissant… on a même, encore aujourd’hui, disséminé dans certaines campagnes, des batteries d’obusiers spécialement conçues à cet effet. Le vacarme de chaque déflagration devant hypothétiquement détourner les trajectoires des cumulonimbus, donc, d’écarter tout risque de grêle pour l’endroit en question. Il va sans dire des réclamations, et le mot est faible de ceux des alentours qui sont quand même grêlés… rejetant ipso facto la responsabilité sur le dos des détenteurs de ces fameux canons… les CRS sont même parfois appelés à la rescousse. Je ne veux pas entrer ici dans le débat des riverains, totalement étrangers aux problèmes de l’agriculture, qui de pétitions en cortèges organisés, se révoltent eux contre ces détonations déclenchées pour un oui ou pour un non à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit y compris les dimanches et les jours fériés !

Plus discret cependant mais tout aussi inefficace, certains opportunistes se sont appropriés en parallèle, un marché encore plus lucratif : celui des brûleurs à iodure d’argent. Ces brûleurs étant vendus en faisant croire que l’iodure d’argent grimperait ainsi jusqu’aux entrailles de l’orage pour le désarticuler et l’empêcher de dévaster les contrées avec son venin de grêle. Sauf que pour réaliser ce tour de force il eut été absolument nécessaire que ces particules salvatrices atteignent au moins l’altitude comprise entre 5000 et 7000 mètres. Chacun aura vite compris la supercherie alors que la performance d’un de ces engins se limite à quelques sauts de puces… ou encore, mis en fonctionnement sous les parties les plus sombres des orages… justement là où se trouvent les courants descendants les plus violents… comment voulez-vous que cette iodure d’argent puisse trouver le bon chemin autre que directement vers les pâturages… cherchez l’erreur ! »

« Si je comprends bien, l’homme possèderait la formule mais pas les moyens de l’exploiter…

– C’est à peu près ça, Monsieur Blanchet, nous sommes sur le point de savoir comment y arriver… Mais pour finaliser mon exposé, écoutez ceci :

– OK, mais ensuite vous m’éclairerez sur ce qu’est l’iodure d’argent et pourquoi son utilisation…

– C’est promis. »

« Le progrès étant ce qu’il est, plus récemment, des fusées paragrêles nous ont été proposées. Mais très vite, nous nous sommes rendus compte que les résultats étaient très proches de zéro. Même en évitant les zones de courants descendants sous l’orage, ces engins ne sont capables que de faibles performances en regard de la réalité des éléments. Sachant que l’altitude idéale d’ensemencement de l’orage se situe entre 5000 et 7000 mètres, vous aurez vite admis qu’il n’est pas possible, avec l’éclatement des bombes d’iodure d’argent à seulement 1800 mètres en général, de pouvoir, même partiellement inséminer l’orage.

Les bruits de ces déflagrations sont cependant restés, assez paradoxalement, familiers des exploitants agricoles et autres, car donnant l’impression qu’enfin l’homme commençait à maîtriser le sujet… ce qui est encore totalement faux !

Là aussi, nombre de polémiques entre voisinage… :

« Eh ! T’as vu, ils ont fini par faire dériver la grêle jusqu’à chez nous… les cons ! »

En URSS, dès les années 1960 et encore aujourd’hui (1969), gérées par le centre NALCHICK en Oural, des fusées guidées par des radars de précision ont, semble-t-il, obtenu des résultats. D’une portée de 12 à 15 kilomètres, guidées en site et en azimut (hauteur et largeur) par de puissants radars jusqu’à l’endroit où le nuage d’orage, le fameux cumulonimbus, se régénère. Ces fusées finissent par exploser précisément au cœur du poumon du monstre. L’insémination y serait très précise.

La petite histoire ne donne pas le prix de tels engins et de la logistique qui va avec, mais le plus terrible c’est que l’on ne nous dit pas ce que deviennent les débris de ces fusées en retombant au sol ?

Une autre question pour notre Sud-Ouest, par exemple : Pour une protection digne de ce nom, combien de ces fusées seraient-elles nécessaires pour une bonne efficacité ? Combien de fusées sur une saison et combien de monde pour servir cette armada… de plus, imaginons les morceaux de ces fusées retombant ça et là et pourquoi pas sur une école, une maison de retraite ou en pleine ville… Ou encore dans la propriété d’un fermier, qui en plus de se prendre la grêle du voisin, « chassée » par ces fusées, recevrait en prime, des morceaux de ferraille émanant de ces tirs… ?!

Là, il y aurait à coup sûr le bon terreau pour une vraie guerre civile.

Des Suisses auraient tenté de vérifier la véracité de ces résultats et en conclusion, auraient donné la loufoque définition suivante :

« En l’absence de témoin, comment savoir si cette porte se sera fermée avant ou après le courant d’air ??? »

Mon stylo bille reste scotché sur la page blanche, quasiment vierge de mon calepin ! Ce que je viens d’entendre me laisse pantois tant le récit paraît irréel. Les bras m’en tombent. Je ne m’attendais pas à un tel exposé !

Je me demande déjà comment je vais devoir m’y prendre dans mes articles : expliquer la complexité du phénomène au plus grand nombre sans que ce soit un tantinet indigeste ?

Max revient à la charge :

« Toujours dans la même logique des choses, pour ne pas rester les bras ballants et attendre que le ciel ne nous tombe sur la tête, L’ACMG, croyant dur comme fer en ces théories, a décidé de passer enfin de ses théories à la pratique.

Pour mener à bien cette ambitieuse entreprise, Monsieur Delbourne possède un budget conséquent et bien adapté. Il lui est octroyé par ses pairs pour effectivement entreprendre cette nouvelle lutte sur un territoire sensiblement triangulaire. Cela, allant de la limite Est de la forêt des Landes jusqu’à Montauban et Limoges… pour faire simple ! Mais ce budget bien que conséquent restera de toute façon bien modeste en regard de ceux octroyés pour d’autres missions, dans d’autres domaines telle que la lutte contre les incendies de forêt par exemple.

Cependant, l’ACMG a à sa disposition, outre une station météorologique sur l’aérodrome, des liaisons privilégiées avec tout un réseau national et européen, lui permettant d’affiner au mieux les prévisions orageuses. L’AssociationClimatologique de laMoyenne-Garonne et du Sud-Ouest possède, également, du matériel du type radar et toute une panoplie de moyens appropriés et directement liés à ces types de travaux : des véhicules lance fusées, Renault Juva 4 et 4L pour satisfaire les traditions. Elle exploite aussi deux avions Gardans GY 80. Ces deux machines, équipées de moteurs à pistons de 160 chevaux, quadriplaces et bien que très fiables, maniables et rustiques, pilotées par des équipages de grande valeur, semblent cependant ne plus correspondre aux exigences et à l’évolution des paramètres de lutte. Des résultats cependant, en petites améliorations, seront enfin constatés, laissant entrevoir que les théories de lutte seraient assez proches d’être concrétisées… En effet, il est prévu, pour aller au-devant des prévisions théoriques, de monter au-dessus de 5000 mètres d’altitude pour enfin traiter correctement les orages. Or, les Gardans, malheureusement, mettent beaucoup trop de temps pour ne grimper finalement qu’à 3500, voire 4000 Mètres (le plafond théorique constructeur, la Socata, est donné pour 4700 mètres, l’avion à vide). Dans ce type d’intervention urgente, le combat est singulier entre les détections des cellules cumuliformes dangereuses, le chronomètre et l’intervention quasi instantanée. L’espoir de déstabiliser le monstre n’est possible qu’au travers du respect de cette règle. Le temps imparti doit être le plus court possible mais aussi le mieux ajusté, en collant au plus près des souhaits et exigences des calculs des ingénieurs de la météorologie.

L’escadrille des Gardans se compose en réalité de quatre appareils affrétés par Monsieur Delbourne, au travers d’une société sous-traitante qui loue les avions à l’ACMG. Le fait qu’il y ait quatre avions assure la pérennité des missions vis-à-vis des impondérables tels que, pannes ou autres complications mécaniques ou encore pour le respect des calendriers de maintenances purement réglementaires de l’aéronautique. L’atelier de maintenance se tient sur l’aérodrome, jouxtant le hangar de l’aéro-club pour l’entretien courant et les gros travaux se font dans une sous-traitance de la Socata qui se situe non loin de là, sur l’aérodrome de Tarbes-Ossun-Lourdes.

Cette escadrille, depuis maintenant quelque temps, sous la responsabilité de son chef pilote, René Ridour, secondé de Messieurs Alain Lalande et de Alain Faret, a obtenu très largement ses lettres de noblesse… Tous ces vols, faute de pouvoir grimper plus haut, ont été exécutés en tout ou partie sous les orages… là où justement il est très dangereux de s’aventurer… Ils m’ont donné cependant que de faibles résultats, avec des retours au bercail souvent hors limites du possible.

Ces pilotes et ces avions très appréciés sont, désormais, nouvellement affectés à d’autres missions quasiment exclusives… pour des vols de reconnaissance et de relevés spécifiques pour la station météo : des données qui renforcent celles déjà disponibles pour l’affinement des prévisions de grêle des cellules orageuses. Il est évident que ces avions, en dehors de ces nouvelles missions, restent en renfort pour seconder les missions du nouvel arrivant qu’est ce Pilatus. »

A suivre les raisonnements de tous ces inconditionnels de la lutte anti-grêle, nous serions à l’aube de la solution : protéger enfin et de façon efficace toute une région qui est depuis toujours totalement impuissante devant de telles catastrophes.

Tornades, foudre et grêlons allaient-ils enfin être relégués aux oubliettes ?

Max est interrompu dans son exposé par un mouvement généralisé des conférenciers qui se dirigent vers ce qui semble être une cafetière gros débit.

Scotché sur mon modeste tabouret, je cherche à comprendre ce qui se passe… ah, oui, la réunion… et quelle heure peut-il bien être ? Midi moins le quart ! Diable…

Max revient vers moi après une courte absence et me propose de continuer son exposé dès cet après midi. Je lui communique mon enthousiasme bien entendu, mais ma réponse arrive après avoir appelé mon chef pour savoir si c’était possible.

Finalement Max et moi, les gobelets de café à la main, sommes ravis du feu vert de mon journal pour peaufiner mes connaissances. Les cafés dégustés, je prends congé et confirmation de Max pour notre rendez-vous dès 14 heures.

Une fois dans ma demeure et après un repas assez expéditif, j’appelle Claire chez elle. Bien entendu elle attendait mon coup de fil et elle est, comme je m’en doutais, totalement ravie de la tournure des événements. Elle me rappelle qu’elle prend le train de 22 heures 14 ce soir pour Paris. Ce à quoi je confirme de la retrouver dès 20 heures comme prévu au buffet de la gare… pour une dînette.

Il est 14 heures quand je gare mon auto sur le parking ombragé de l’ACMG. Il y a peu de voitures sinon celles présumées de Max et de la secrétaire. Je ne croyais pas si bien dire puisque le groupe de ce matin m’est annoncé comme étant encore au restaurant. Max m’encourage à écouter la seconde partie de son exposé dans le calme de ce début d’après midi de fin de printemps.

Nous voici à nouveau assis autour de cette petite table dans ce petit bureau dérobé de ce matin… et il fait presque chaud !

« Pourquoi l’iodure d’argent, à quel moment et pourquoi faire ?… »

Max Maroda explique :

« Un orage arrivant à maturité contient en moyenne plus de 4 000 tonnes d’eau sous forme de pluie, de neige ou de grêle. » J’apprends aussi que ce cumulus bourgeonnant se transformant en cumulonimbus, se nourrit par un côté et se meurt par un autre côté, justement là où se situent les précipitations. C’est fondamental. De cette constatation, voici la nouvelle orientation que prendrait la lutte anti-grêle. Avec ce nouvel avion, la mission deviendrait tout à fait possible.

Dans ce cycle de naissance, de formation, de vie et de mort, le monstre ainsi arrivé à maturité absorbe 700 000 tonnes d’air et 9 000 tonnes de vapeur d’eau en une seule seconde… !

L’observateur au sol croit voir l’orage local se déplacer et ce n’est pas exact. Cette illusion n’est due qu’au cycle de vie et de mort. La masse cumuliforme ne fait que se régénérer par son « poumon » et se dégénérer par ses précipitations. L’orage se fait et se défait dans un mouvement, dirions nous de « roulant » quasi imperceptible, donnant l’illusion « de son déplacement ». En fait il vit son processus selon un schéma bien à lui en fonction d’un tas d’éléments naturels : l’état de l’humidité au sol, la température de l’air et son instabilité en sont ses moteurs principaux.

Des chercheurs ont mit en évidence le fait que la quantité d’eau déversée par un orage durant son activité est plusieurs fois supérieure à ce qu’il serait capable de contenir. C’est bien la preuve de vie et de mort du processus. C’est en partant de cette vérité fondamentale que la stratégie de lutte allait pouvoir enfin, avec ce nouvel avion, être appliquée de façon efficace et sans délais. »

Max me rassure en me précisant qu’à l’issue de cet exposé, j’aurai une doc pour m’y retrouver…

« Dans un nuage, comme en ciel clair, il est tout à fait normal de trouver des gouttelettes d’eau à des températures ambiantes largement négatives… et à très haute altitude. Il a été observé que ce phénomène pouvait perdurer et qu’il n’était pas rare de le constater jusqu’à des températures qui avoisinent les moins cinquante degrés centigrade vers 9 000 mètres.

Cette eau reste sous forme d’eau tant qu’il règne dans son environnement immédiat une parfaite stabilité de l’air. Dès lors qu’un élément perturbateur vient rompre ce bel équilibre, l’eau se transforme instantanément en glace. C’est ce que l’on peut observer au passage d’un avion à haute altitude laissant derrière lui une trainée blanche. Cette trainée, dite de condensation n’est due qu’aux moteurs dégageant des particules de poussières qui viennent déstabiliser l’endroit. La trainée n’est désormais constituée que de paillettes de glace. Ces paillettes apparaissent dès lors que ces gouttelettes d’eau en surfusion entrent en contact avec ces particules considérées comme des noyaux glaçogènes.

Les passagers de l’avion sont cependant loin de se douter que leur avion est en train de fabriquer de la glace… donc, quelque part, des grêlons… certes très petits, mais des grêlons tout de même… et artificiellement de surcroît !

En ciel clair, l’atmosphère est réputée peu saturée en eau, mais le contraire donne naissance à un nuage. Pour ce qui nous concerne, ce nuage est du type cumulus. Un cumulus de beau temps comme l’on dit. Dans certaines conditions d’instabilité de l’air, ce même cumulus se développera et donnera naissance à un gros cumulus puis à un cumulonimbus. Du coup, dans cette masse compacte nous avons une très grande quantité d’eau, avec apparition de violents courants d’air verticaux… ascendants et descendants, d’électricité statique qui peut donner de la foudre et de fortes précipitations d’eau, de neige ou de grêle.

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