Hors de portée

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Sa spécialité ? Fuir toute relation. Et on peut dire que Scarlett est docteur ès « disparition au petit matin ». Inutile de lui parler relation sérieuse, confiance et stabilité, elle en est incapable. Si investissement il y a, c’est dans la société de décoration d’intérieur qu’elle vient de créer avec sa cousine, ancienne mannequin déjantée, et qui lui prend le plus clair de son temps. Pourtant, face à son nouveau client, le très entêté et séduisant M. Mufle-Connard, plus connu sous le nom d’Aidan Stern, le savoir de Scarlett ne lui sera d’aucun secours. Mais parviendra-t-il vraiment à guérir les blessures du passé ?
Publié le : mercredi 4 juin 2014
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290086520
Nombre de pages : 480
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Hors de portée
Du même auteur aux Éditions J’ai lu
LES LARMES ROUGES
1. Réminiscences
2. Déliquescence
GEORGIA CALDERA
Hors de portée
© Éditions J’ai lu, 2014
Prologue
Encore une de ces soirées merdiques… et la décep-tion qui allait de pair, évidemment. Puis ce tourment, ce supplice ensuite. Mon Dieu, elle n’y arriverait donc jamais ? Avec per-sonne ?! Rien. Pas un frisson, pas une once d’émotion, pas l’ombre d’un début de sentiment… rien. Scarlett prit un instant pour observer l’inconnu étendu à côté d’elle, plongé dans un heureux sommeil. Il n’était pas mal pourtant, cette fois. Et il était gentil. Ce qui était pour elle – juste après un physique décent et une hygiène irréprochable – essentiel. Elle y avait presque cru. Décidément, il n’y avait rien à faire. Elle ne pouvait pas, tout simplement. Scarlett s’écarta doucement, repoussa prudemment les draps et se leva sans bruit. Elle ramassa discrètement ses fringues, éparpillées au sol comme emportées par l’élan d’une étreinte passionnée – ce qui n’était, malheu-reusement, absolument pas le cas – et quitta la chambre sur la pointe des pieds. Lentement, elle referma la porte, prenant mille précautions pour ne pas réveiller l’inconnu.
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Elle excellait à ce petit jeu. Enfin… petit jeu, c’était vite dit. Ce n’était pas comme si ça l’amusait vraiment… Ce pincement au cœur, toujours le même, cette espèce de honte amère, était tellement désagréable. Scarlett s’en voulait hor-riblement de devoir se comporter de cette façon, mais elle n’avait pas réellement le choix. Navrée messieurs, mais c’est une question de survie ! En fait d’inconnu, le type dans sa chambre ne l’était pas exactement. Non, en vérité, elle n’avait pas le droit de l’appeler ainsi… Mais c’était cet affreux sentiment de culpabilité qui la poussait à grossir le trait. À se juger elle-même comme ce qu’elle n’était pas. Au fond, se contenter simplement de baiser avec un inconnu et se tirer ensuite, une fois l’affaire terminée, aurait été nettement moins dégueulasse. Non, Scarlett, elle, n’était pas ce genre de fille… elle était pire. Elle accordait à lavictimerencards, ni plus ni trois moins – c’était la norme après tout, c’était même très convenable, finalement – à l’issue desquels elle se lais-sait séduire – comprenez : conduire au lit –, puis s’enfuyait à toutes jambes et rompait tout contact. Certains, passé la surprise de se voir plantés de la sorte par une femme, puis ignorés, de la même façon que l’auraient fait bon nombre d’hommes, y trouvaient leur compte, évidemment. D’autres se révélaient par-ticulièrement collants. Et stupides, au point d’insister des semaines durant et de ne pas vouloir admettre qu’un petit bout de femme comme elle puisse agir de la sorte. Elle avait d’ailleurs essuyé pas mal de réflexions assez peu reluisantes. Quand ce n’était pas carrément des insultes. Mais qu’y pouvait-elle ? Pour réduire les risques au maximum, elle ne don-nait jamais son adresse et s’appliquait à livrer, au
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cours de ces fameux trois rencards, que très peu d’informations sur elle. Le compte de ses pseudo-conquêtes n’était du reste pas si élevé. En tout cas, loin d’être démentiel. La pêche aux hommes n’était pas franchement sa passion. Elle ne faisait que tenter sa chance, comme tant d’autres, imaginant que, peut-être, le dernier serait le bon. Cet homme unique, si spécial, qui lui était des-tiné, et qui, d’un coup de baguette magique, effacerait toutes ses angoisses et accomplirait l’exploit de par-venir à la faire rester. Mais même dans ses rêves, ça n’arrivait pas ! Elle craignait d’être irrécupérable… Ce soir, c’était monsieur numéro dix. Enfin, si l’on mettait de côté le numéro un. Celui-là ne comptait pas, il ne le méritait pas. Cette histoire était trop pathétique. D’ailleurs, elle l’avait oublié, cet abruti. Dix, donc. Et pas un seul avec lequel elle avait réussi à passer la nuit. La vieille dame aux chats, voilà ce qui la guettait. La sorcière, la folle solitaire qui sort dans la rue en robe de chambre et engueule ses voisins, rien que pour avoir un semblant de compagnie. Ça lui pendait au nez ! Bon, d’accord, elle n’avait pas de chat. Mais qui sait ? Dans un moment de faiblesse, elle finirait peut-être par y venir. Scarlett leva les yeux au ciel à cette pensée. Il fau-drait qu’elle y prenne garde tout de même. Puis elle referm a la p o rte d ’en trée d e l’ap p artem en t d e l’inconnu-qui-ne-l’était-pas-vraiment numéro dix et pressa le pas pour rejoindre sa voiture, garée un peu plus loin dans la ruelle à peine éclairée. Elle s’assit derrière son volant, jeta son sac à main sur le siège passager et poussa un long soupir de sou-lagement.
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Ouf ! Elle avait réussi ! Et merde… elle l’avait encore fait.
Elle se garait devant chez elle, pressée de se doucher et d’aller s’effondrer dans ses draps à elle, quand, tan-dis que l’aube commençait timidement à se lever, son téléphone portable vibra. Re-merde, aucune chance pour que ce soit numéro dix. Et si ce n’était pas lui, à une heure pareille, ça ne pouvait être que… Oh non… Alors, on y était ? Cette fois, c’était certain, on allait lui annoncerla mauvaise nouvelle. Celle qui n’avait que trop tardé. Inévitable. Cruelle et douloureuse. Mais une délivrance malgré tout. La peine, déchirante, de ne pas avoir été là à cet instant précis lui broya le cœur. En même temps qu’une honte, plus profonde encore que toutes les autres, s’insinuait lentement en elle, comme un poison toxique se répandant dans ses veines. Celle de devoir reconnaître qu’elle éprouvait bien malgré elle un certain soulagement. Après tout, le cal-vaire prenait fin. Même si un nouveau, tout à fait différent, allait y succéder. Scarlett prit son courage à deux mains et décrocha.
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