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1

L’agent spécial Jenna Taylor scruta les alentours. Personne : la rue de ce quartier résidentiel était calme et déserte. Elle souleva le ruban jaune installé par la police autour du pavillon, se baissa pour le franchir et remonta l’allée.

C’était un grave délit, elle en avait parfaitement conscience, mais sa visite passerait inaperçue : elle ne toucherait à rien ; la scène de crime resterait intacte.

La porte d’entrée n’était pas fermée à clé, et la jeune femme fronça les sourcils : celui ou celle qui dirigeait l’enquête manquait de rigueur dans son travail.

L’odeur de la mort flottait encore dans le vestibule. Le corps de la victime avait pourtant été enlevé quarante-huit heures plus tôt, Jenna le savait.

La première chose qu’elle vit après avoir refermé la porte fut, accrochée au mur, l’horrible peinture d’une vieille grange rouge avec une mare devant. Et ce tableau faillit avoir raison du contrôle qu’elle exerçait sur ses émotions depuis deux jours.

Elle l’avait réalisé des années auparavant, dans le cadre du tout premier atelier d’arts plastiques qu’elle avait suivi, et son amateurisme y apparaissait clairement : le trait était grossier, les couleurs manquaient terriblement de nuances, et il y avait de graves erreurs de perspective. Jenna était décidée à le détruire, mais Miranda avait déclaré beaucoup l’aimer et vouloir le garder.

Au fil des ans, il était devenu pour elles à la fois un éternel sujet de plaisanterie et le symbole du lien indéfectible qui les unissait. Miranda ne s’était jamais séparée de ce tableau, et elle ne se contentait pas de le ranger dans un placard : où qu’elle habite, il était toujours bien en vue.

Lorsque Jenna pénétra dans le séjour, sa gorge se noua : tout, dans cette pièce, reflétait la personnalité solaire de son amie, depuis les coussins de couleurs vives qui ornaient le canapé jusqu’à la profusion de plantes vertes installées devant les fenêtres. Miranda avait un caractère extraverti et optimiste ; elle ne voyait le mal nulle part et se faisait facilement des amis — tout le contraire de Jenna, mais cela ne les avait pas empêchées de s’aimer comme des sœurs.

Jenna ne possédait que peu d’informations sur le meurtre. Elle savait juste que le corps de Miranda avait été retrouvé dans sa chambre, et elle n’avait pas encore pris contact avec la police locale : elle voulait voir d’abord le lieu du crime, sans personne pour fausser ses premières impressions ou lui présenter une théorie toute faite sur l’assassin.

C’était ainsi qu’elle travaillait le mieux — complètement seule.

L’absence de surveillance de la maison l’avait surprise : quelqu’un aurait dû monter la garde devant, pour éloigner les curieux. Cette négligence, ajoutée au fait que la porte d’entrée n’était pas fermée à clé, n’était pas bon signe ; la police de ce trou perdu du Texas ne devait rien y connaître en matière d’enquête criminelle.

Mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Jenna veillerait à ce que le coupable soit traduit en justice. C’était son métier, et elle se flattait d’y exceller.

En longeant le couloir qui menait à la chambre principale, la jeune femme mit fermement en place la cuirasse d’insensibilité qui lui servait depuis toujours à se protéger de la douleur. Elle cessa de penser à la morte comme à une amie. Il s’agissait d’une victime, rien de plus. S’abstraire de toute considération personnelle était pour elle le seul moyen de bien faire son travail.

Son cœur se serra pourtant quand elle arriva devant la chambre. La porte était fermée, et elle inspira plusieurs fois à fond avant de tourner la poignée.

Les rideaux des fenêtres étant tirés, la pièce était plongée dans la pénombre, mais Jenna résista à l’envie d’aller ouvrir les rideaux ou d’allumer la lumière. Mieux valait ne pas risquer d’attirer l’attention sur sa présence dans la maison.

Son regard se fixa sur le lit. Draps, couvertures et oreillers en avaient été enlevés, et seule une vilaine tache couleur rouille, au milieu du matelas, témoignait du drame qui s’était déroulé là.

Miranda avait choisi cette ville pour refaire sa vie, et c’était la mort qui l’y attendait…

Les pensées de Jenna furent brusquement interrompues par un petit bruit sec, derrière elle, que son oreille exercée identifia comme celui du cran de sûreté d’une arme à feu qui s’abaissait.

Elle se retourna d’un bloc, la main déjà levée pour sortir son revolver de son sac, mais elle se figea en voyant, adossé à la cloison qui séparait la chambre du couloir, un homme à la carrure athlétique. Et qui braquait un pistolet sur elle.

Les meurtriers revenaient souvent sur les lieux de leur crime, c’était bien connu, et cet homme, avec ses cheveux de jais et ses yeux gris acier, semblait capable de lui tirer une balle en plein cœur, puis d’aller boire une bière avec ses copains comme si de rien n’était.