Inavouables secrets - Sous étroite surveillance

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Inavouables secrets, Alana Matthews

Rentrez chez vous, vous n’êtes pas la bienvenue ici.
Rachel est déconcertée. En venant passer des vacances à Waterford Point, une petite ville de bord de mer, elle était loin d’imaginer un accueil si glacial de la part du shérif ! Nick Chavaree, qui sait qu’elle est écrivain, a l’air persuadé qu’elle est venue puiser l’inspiration de son prochain roman dans les meurtres survenus depuis peu ici. Mais c’est faux ! Elle n’aspire qu’à une chose : oublier son fiancé, qui l’a quittée quand elle lui a annoncé sa grossesse. Pourtant, quelques jours après sa rencontre avec Nick, quand elle entend pleurs d’une jeune fille dans la nuit, la curiosité de Rachel s’éveille. Sa curiosité et son inquiétude : car toutes les victimes ont entendu des pleurs juste avant leur mort…


Sous étroite surveillance, Paula Graves

Alicia est furieuse : Gabe Cooper va emménager chez elle. Bien sûr, elle admet avoir peur depuis que le tueur en série dont elle étudie le modus operandi lui a envoyé des menaces laissant à penser qu’elle serait la prochaine victime. Et elle admet aussi que bénéficier de la protection de la police la rassure. Mais pourquoi a-t-il fallu que ce soit Gabe, le seul homme qui l’ait troublée depuis des années, qu’on ait chargé de la surveiller ? Alicia s’en fait le serment : pour garder son cœur intact, elle mettra le plus de distance possible entre elle et Gabe…
Publié le : mardi 1 mai 2012
Lecture(s) : 34
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280234665
Nombre de pages : 448
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Alors que le ferry arrivait à quai, Rachel Hudson se sentait un peu nauséeuse. Voyager par bateau ne lui réussissait guère. Bien que la traversée de la baie n’ait pas duré plus d’un quart d’heure, elle avait craint, pendant un moment, que la salade pourtant légère qu’elle avait mangée pour son déjeuner ne la rende malade. Ces derniers temps, elle n’avait pas l’estomac très solide. Dieu merci, ils atteignaient la terre ferme. Rachel n’était jamais venue à Waterford Point. Ni, d’ailleurs, dans la baie de Penobscot. Elle n’était jamais allée plus au nord que le Connecticut. Mais les photogra-phies qu’elle avait vues sur Internet l’avaient convaincue que c’était là où elle devait se rendre. Ce site de Waterford Point était exactement l’endroit qu’il lui fallait à ce moment précis de sa vie. C’était sa planche de salut. Son camp retranché. Son refuge. Waterford Point était une destination touristique, un village de pêcheurs isolé, situé sur une île au large des côtes du Maine. C’était l’endroit idéal pour oublier le chaos où elle s’était trouvée précipitée en Californie et décider enïn de ce qu’elle allait faire de sa vie, maintenant que Dan n’en faisait ofïciellement plus partie. Lorsque la porte du ferry s’ouvrit, elle sortit en compagnie
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des quelques voyageurs qui rentraient chez eux après leur journée de travail. Tirant sa valise à roulettes, elle s’avança sur le quai en cherchant le village du regard. Il était bien plus étendu qu’elle ne s’y attendait et elle ne fut pas sûre de vouloir passer les quelques semaines à venir à le parcourir à pied. Tandis que les autres passagers regagnaient leurs voitures sur le parking, Rachel s’adressa au docker qui manœuvrait la porte. A son visage hâlé et buriné, on devinait qu’il avait passé de nombreuses années sur un bateau de pêche. — Y a-t-il un endroit dans les environs où je puisse louer une voiture ? — Oui, madame. Il lui désigna un groupe de constructions de bois sur le côté droit du quai. — L’agence de location se trouve à l’extrémité de ce bâtiment, juste à l’angle. Vous ne pouvez pas la manquer. Et, qui plus est, les employés seront très heureux de vous voir. — Vraiment ? Pourquoi cela ? — Il n’y a pas eu beaucoup de visiteurs dans le coin ces derniers jours, avec toute cette agitation. — Quelle agitation ? L’homme secoua alors la tête comme pour éluder le sujet. Il en avait trop dit. — Rien qui doive vous inquiéter. Prenez du bon temps et tâchez de dépenser beaucoup d’argent. Il adressa un large sourire à Rachel et celle-ci fut terri-blement tentée de lui soutirer davantage d’informations, mais elle résista à cette impulsion. Elle était venue dans ce lieu pour se ressourcer, pas pour travailler. Le travail était la dernière chose à laquelle elle avait envie de penser. * * *
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L’agence de location de voitures était un bureau de trois mètres sur quatre. Un jeune homme dégingandé se tenait au comptoir. Le vieil homme rencontré sur le quai avait raison. Apparemment, l’arrivée de Rachel représenta, aux yeux de l’employé, l’événement de la soirée. Il lui loua avec empressement une petite Ford qui était stationnée sur le côté du bâtiment au milieu d’une douzaine d’autres véhicules semblables. Malgré la jovialité du jeune homme, Rachel crut déceler une fausse note dans son attitude, une certaine nervosité derrière son sourire engageant. Il en faisait un peu trop, songea-t-elle, intriguée. De nouveau, elle fut tentée de se renseigner. Mais cette fois encore, elle résista. Il n’était ni le témoin d’un crime ni un détenu qu’elle interrogeait, retranchée derrière un mur en plexiglas. Il n’était qu’un employé d’agence de location à l’enthousiasme excessif et elle se laissait encore une fois emporter par sa curiosité naturelle. Ce qui se passait dans la tête de ce jeune homme ne la regardait absolument pas. Elle avait besoin de se détendre et d’oublier pour un temps qui elle était et ce qu’elle faisait. Du moins le devait-elle au bébé.
La grossesse de Rachel l’avait totalement prise au dépourvu. Une nuit de sexe insouciant — qui plus est protégé — n’en-traîne pas souvent des conséquences aussi inattendues. Et, bien que porter un enfant ait été un rêve qu’elle avait caressé pendant de nombreuses années, elle avait toujours écarté cette idée pour privilégier sa carrière.
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Mais désormais cette maternité serait bientôt une réalité, et elle en était enchantée. Malheureusement, Dan n’avait pas partagé sa joie. — Tu esquoi? avait-il rétorqué lorsqu’elle lui avait appris la nouvelle. Elle lui avait proposé qu’ils se retrouvent pour dîner, mais il avait préféré opter pour un simple café. Un repas entier lui avait sans doute paru trop d’engagement. Ils avaient pris place dans un restaurant branché d’Hol-lywood un mardi après-midi et, au milieu du brouhaha des conversations, la voix de Dan s’était élevée, tranchante, atteignant Rachel en plein cœur. — Enceinte, avait-elle répété, contrariée par sa réaction. Faut-il que je te l’épelle ? Mais, de la même manière qu’il lui avait signiïé sans détour qu’il ne l’aimait plus, Dan lui avait expliqué tout aussi clairement qu’être père ne l’intéressait pas, et il avait simplement refusé de croire que l’enfant qui grandissait en elle était le sien. Bien entendu, Rachel savait que personne d’autre ne pouvait être le père de ce bébé. Elle n’avait couché avec aucun autre homme depuis son divorce et n’avait même fréquenté personne. Par conséquent, que cette idée lui plaise ou non, Dan était vraiment le père de cet enfant. Elle pourrait facilement l’en convaincre, à l’aide d’un test de paternité, mais quel en serait l’intérêt ? S’il n’avait pas la moindre envie d’aimer leur enfant et de prendre soin de celui-ci, aucun test sanguin au monde ne pourrait le faire changer d’avis. Ni ne changerait ses sentiments, ce qui était le plus important. Elle savait donc qu’elle devrait se débrouiller seule. Emotionnellement parlant, la situation n’était pas idéale,
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mais elle était forte et avait sufïsamment bien réussi d’un point de vue professionnel pour ne pas avoir à s’inquiéter pendant plusieurs années. Et, bien qu’elle n’exulte pas à l’idée d’élever seule son bébé, elle savait qu’elle pourrait l’assumer. Même si cela l’obligeait à mettre son travail entre parenthèses pendant un certain temps. Toutefois, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu seule et perdue, et elle regrettait de ne pas avoir un partenaire avec qui partager cette joie. Un homme qui l’aimerait d’un amour inconditionnel et accueillerait son enfant à bras ouverts. Il n’était pas interdit de rêver.
Il lui fallut moins de dix minutes pour rejoindre l’hôtel de Waterford Point. C’était une imposante demeure victo-rienne située à l’extrémité d’un long pâté de maisons que bordait un coteau parsemé d’arbres. Il était déjà tard et, où que Rachel posât le regard, ces arbres lui apparurent noyés dans la brume. Avec un peu de chance, le lendemain, le soleil brillerait. Elle s’avança vers l’hôtel. Fraîchement repeinte en bleu pastel, la maison lui sembla à la fois engageante et accueillante. Mais lorsque Rachel sortit de sa voiture et en verrouilla la portière, elle ne se sentit absolument pas la bienvenue. Ayant la sensation que quelqu’un l’observait, elle se retourna et découvrit que deux femmes la dévisageaient depuis l’autre côté de la rue. Elles se dirigeaient à pied vers le centre-ville. Leurs visages exprimaient de la défiance, et leur expression la mit instantanément mal à l’aise. Etait-ce
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l’hostilité ordinaire des gens du pays envers les touristes, ou cela cachait-il autre chose ? De l’avis de Rachel, cela ressemblait davantage à de la méïance. Peut-être même de la peur ? Les deux femmes avaient détourné leurs regards d’elle. Elles bavardaient paisiblement en marchant. Elle n’eut pas la moindre idée de ce qu’elles pouvaient se raconter et ne tenait d’ailleurs pas à le savoir. Ce n’était sans doute rien d’intéressant. Elle prit le parti de les ignorer, sortit sa valise du coffre et monta les marches menant à l’hôtel. L’instant d’après, elle se retrouva dans un vestibule pittoresque, au charme désuet, comportant d’un côté le petit comptoir de la récep-tion et de l’autre des étagères remplies de livres. Au-delà, une entrée dégagée débouchait sur un petit salon, et un escalier de bois ciré menait au premier étage. Rachel entendit un faible gémissement et elle s’avança vers le comptoir. Une femme d’environ quarante-cinq ans était accroupie derrière celui-ci et fourrageait dans l’un des tiroirs du bas, totalement absorbée par cette tâche. Rachel s’éclaircit la gorge et la femme releva vivement la tête, l’air interdit. Elle porta une main à sa poitrine sous l’effet de la surprise. — Oh, mon Dieu ! s’exclama-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs ! Rachel lui adressa un sourire compatissant. — Je pensais que vous m’aviez entendue entrer. — Je n’entends absolument rien lorsque je suis concentrée. Elle désigna le tiroir ouvert. — Et il semble que je sois également incapable de retrouver mes ciseaux. Vous n’en auriez pas une paire sur vous par hasard ? Rachel secoua la tête et lui sourit.
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— C’est la seule chose que j’ai oublié d’emporter. — Je ne sais pas où ils sont passés. Peut-être sont-ils revenus près de mon lit. Je n’aime pas dormir sans avoir à portée de la main quelque chose pour… Elle jeta un regard à la valise de Rachel et fronça les sourcils. — Qui êtes-vous exactement ? Ce fut au tour de Rachel d’être surprise. — Rachel… Rachel Hudson. J’ai fait une réservation. Il fallut un moment à la femme pour comprendre puis elle haussa les sourcils. — Vous n’avez pas eu mon message ? — Quel message ? — Celui dans lequel je vous prévenais de ne pas vous déranger, ma chère. Nous ne recevons plus de clients pendant une période indéterminée. — Comment ? Pourquoi ? La femme s’apprêtait à lui répondre lorsque son regard se focalisa sur un endroit derrière le comptoir. — Les voilà ! Elle brandit une paire de ciseaux de couture. — Je n’ai reçu aucun message, reprit Rachel. Et j’ai besoin d’un endroit où dormir. L’hôtelière tenait maintenant les ciseaux juste en dessous des anneaux, les doigts refermés autour des branches comme s’il s’agissait d’un poignard. Elle ït mine d’en donner quelques coups dans le vide, les yeux ïxés sur les lames, comme fascinée par elles. Elle semblait avoir oublié jusqu’à la présence de Rachel. — S’il vous plaît ! La femme reporta brusquement les yeux sur elle. — Je sais que vous venez de loin, poursuivit-elle, s’excusant à peine, mais si vous aviez ne serait-ce qu’un
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peu de sens commun, vous feriez tout de suite demi-tour et vous rentreriez chez vous. — Mais pourquoi ? Elle abaissa les ciseaux et se pencha en avant, invitant d’un geste Rachel à s’approcher. Cette dernière hésita. Elle soupçonnait cette femme de ne pas avoir toute sa tête. Puis elle s’exécuta et la femme chuchota : — C’est pour votre bien, mon petit. Cet endroit n’est pas sûr en ce moment. Elle ne trouvera le repos que lorsque nous serons tous morts. Rachel eut du mal à comprendre. — Qui cela, elle ? Son interlocutrice se redressa, oubliant totalement l’apparente nécessité de devoir parler à voix basse. — Vous n’avez pas entendu parler d’elle ? — De qui ? — De Weeping Willow, c’est… — C’est bon, Maddie. Cela sufït ! Rachel se retourna et vit un homme portant un jean et une chemise de travail descendre l’escalier. Elle estima qu’il pouvait avoir dans les trente-trois ans. Il était du style beau ténébreux avec apparemment quelques gouttes de sang amérindien dans les veines. Il mesurait près d’un mètre quatre-vingt-dix, ses épaules étaient larges, ses mains, celles d’un travailleur. Ses yeux marron au charme ravageur ïrent s’emballer le cœur de Rachel en dépit de ses bonnes résolutions. « Reprends tes esprits, ma ïlle », se dit Rachel. — Cesse d’effrayer les clients, ordonna-t-il à Maddie. Comment espères-tu faire marcher ton affaire si tu n’ar-rêtes pas de faire fuir les gens ? — Il faut qu’elle sache ce qui se passe ici.
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— Il ne se passe rien qu’une enquête policière bien menée ne puisse résoudre. Il tendit la main à Rachel qui la lui serra. — Je suis Nick Chavaree, le shérif de cette ville. Je réside ici le temps que ma maison soit… Il marqua soudain une pause, fronça les sourcils et retira sa main. — Votre visage me semble familier. Est-ce que je vous connais ? Rachel était certaine qu’elle se souviendrait de lui si elle l’avait déjà rencontré. Il était tellement séduisant ! — Non, je ne pense pas. — Attendez, reprit-il. Il se dirigea alors vers la bibliothèque. Il chercha pendant un moment et y prit ïnalement un livre de poche usagé que Rachel ne connaissait que trop bien. Un esprit pervers Son premier best-seller. Retournant le livre, Chavaree étudia la photographie qui se trouvait sur la quatrième de couverture — elle était ancienne et aurait eu besoin d’être mise à jour —, puis reporta les yeux sur Rachel. — Dites-moi que ce n’est pas vous ! — Parfois, j’aimerais pouvoir le faire. Même après trois ouvrages classés parmi les dix meilleures ventes de livres, elle n’avait toujours pas l’habitude qu’on la reconnaisse. La plupart des auteurs demeuraient anonymes toute leur vie. Mais elle avait été sufïsamment présente sur les chaînes câblées et les talk-shows matinaux pour être devenue en quelque sorte une célébrité. Elle s’attendait presque à ce que Chavaree lui demande de dédicacer le livre, mais, brusquement, son attitude, jusque-là amicale, devint hostile. — Vous êtes ici à cause des meurtres, n’est-ce pas ?
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— Quels meurtres ? — Ne jouez pas l’étonnée. Il s’avançait maintenant vers elle. — C’est la raison pour laquelle vous avez choisi de séjourner ici. Vous pensiez qu’en habitant sur place, il vous serait plus facile de me soutirer des informations de première main. Elle n’avait pas la moindre idée de ce à quoi le shérif faisait allusion, mais elle eut le sentiment que cela expli-quait bien des choses. Ces meurtres avaient manifestement un rapport avec cette « agitation », selon la formule du docker — et probablement avec la manière dont l’avaient dévisagée les deux femmes à l’extérieur —, mais cela ne l’intéressait pas d’en apprendre davantage. — Je suis seulement venue ici me détendre et me reposer un peu, répliqua-t-elle. Rien de plus. — Bien sûr. Sans prendre la peine de dissimuler son scepticisme, Chavaree jeta le livre sur le comptoir, puis prit une veste dans le placard. — J’admire votre talent, mademoiselle Hudson. Vos livres sont toujours passionnants. Mais je ne le dirai qu’une fois, entendu ? Rachel fronça les sourcils. — Entendu… — Votre présence ici n’est pas souhaitée. J’ai assez de problèmes à gérer sans que vous veniez vous mêler de ce qui ne vous regarde pas. — Je viens de vous expliquer que j’étais ici en vac… — N’espérez pas me convaincre, lui asséna-t-il. Puis il enïla sa veste et sortit.
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