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1.

La tempête qui faisait rage au-dehors avait endommagé les lignes téléphoniques. Depuis son appartement, Shannon Gilbraith s’efforçait d’activer son téléphone cellulaire.

L’angoisse l’envahissait peu à peu, insidieuse, l’agitant de frissons incontrôlables. Peut-être tremblait-elle. Elle n’en avait cure. Tout ce qui lui importait à présent, c’était d’établir une connexion.

— Allez ! Plus vite…, supplia-t-elle, les dents serrées.

Cinq minutes plus tôt, sortant d’un taxi, elle avait couru vers son immeuble sans autre souci que se mettre à l’abri de la pluie diluvienne. La journée avait été épouvantable. S’étant réveillée en retard, elle n’avait eu que le temps d’attraper l’avion pour Paris, oubliant dans sa hâte son téléphone portable qui lui était indispensable.

Pour comble, elle avait perdu son temps lors de cette entrevue avec le mannequin-vedette. A croire que les stars des défilés de mode ne pouvaient souffrir les conceptrices graphiques ! Dès qu’elle avait jaugé sa silhouette mince et ses longues jambes, la célébrité avait pris la mouche. Comme si ses cheveux roux et son mètre soixante-dix pouvaient rivaliser avec ces nymphes blondes aux traits parfaits ! s’était dit Shannon. N’empêche qu’elle venait de perdre tout espoir de se voir confier la création du site Internet du top model.

Passablement dégoûtée, elle était rentrée à Londres par cette tempête, s’était démenée pour obtenir un taxi et était arrivée chez elle, trempée. Dès qu’elle était entrée, elle avait aperçu son téléphone abandonné sur la table du vestibule. Elle avait reçu une douzaine d’appels en son absence, la plupart émanant de son associé Joshua, qui lui demandait justement pourquoi elle ne répondait pas.

Mais c’était un tout autre message qui l’angoissait en ce moment. « Shannon, appelle-moi à ce numéro dès que possible. Il y a eu… un accident. »

Un accident… A cette pensée, Shannon déglutit avec peine. Même si son interlocuteur n’avait pas laissé son nom, la voix profonde, fluide et teintée d’accent lui était familière. Il s’agissait du mari de sa sœur, Angelo. Et si celui-ci lui laissait un tel message, cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : il était arrivé malheur à Keira !

— Bon sang ! marmonna-t-elle en entendant la tonalité sonner dans le vide.

La sonnette de la porte d’entrée retentit soudain, brève et stridente. Comme dans un état second, Shannon traversa le hall sans même remarquer qu’elle enjambait son sac resté au beau milieu du couloir. D’une main fébrile, elle actionna le verrou, trop préoccupée pour se demander qui pouvait se trouver là. Aussi reçut-elle un choc en découvrant sur le palier la dernière personne qu’elle s’attendait à voir.

Pendant quelques secondes terrifiantes, Shannon se sentit étourdie au point de devoir se cramponner au battant. La force froide et sombre qui émanait de son visiteur semblait emplir totalement le pas de la porte.

— Luca…, dit-elle dans un murmure incrédule.

Il ne prononça pas un mot, tendant seulement la main vers le téléphone qu’elle serrait entre ses doigts glacés. Puis avançant d’un pas, il la força à rentrer dans l’appartement.

La respiration de Shannon s’accéléra. L’état d’hébétude dans lequel elle se trouvait l’empêchait de crier, de hurler à cet homme de sortir de chez elle immédiatement. Elle eut cependant conscience qu’ils traversaient le hall sans se frôler, maintenant entre eux un espace défensif, jusqu’à ce que, affolée, elle bute contre le mur. Alors, son visiteur referma la porte dans un silence oppressant.

Les dimensions du hall parurent se rétrécir soudain et elle eut elle-même l’impression de se recroqueviller, comme pour fuir l’homme qui se tenait devant elle. Luca Salvatore ! Celui qui dominait de sa présence écrasante le vaste empire industriel des Salvatore de Florence, un homme éminemment puissant et passionné. Son ex-amant… et l’homme qu’elle avait projeté d’épouser. Celui dont elle avait partagé la vie pendant six mois merveilleux, avant que tout ne s’écroule.

Il pivota et son regard frangé de longs cils sombres se posa sur elle, la femme vénale, la sœur de l’épouse de son frère Angelo. Puis il remarqua le sac à ses pieds.

— Tu étais en voyage ? s’enquit-il d’une voix neutre.

Il parlait un anglais parfait, avec une pointe d’accent qui jouait sur les sens comme une caresse…

« Non, n’y pense pas ! » s’intima aussitôt Shannon.

— A… A Paris, répondit-elle.

D’un geste il acquiesça, comme si elle venait de confirmer quelque supposition. L’esprit de Shannon était en proie à un tel tumulte qu’elle en oubliait de penser à sa sœur.

Keira… L’angoisse lui serra convulsivement la gorge et elle pressa ses paumes sur le mur derrière elle. Levant vers son interlocuteur un regard bleu démesurément agrandi, elle s’apprêtait à lui demander ce qui était arrivé à Keira quand il la devança :