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Jayden Cross 1 l'intégrale

De
134 pages

Suivez l'incroyable aventure de Jayden Cross qui, après avoir accepté d'aider son frère, va voir sa vie basculer dans la terreur, le sang et la fuite pour protéger la séduisante et dangereuse Zoé McFee...



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JAYDEN CROSS

 

I - L’intégrale

 

 

 

Angie L. DERYCKERE

 

 

 

 

 

LES EDITIONS SHARON KENA

 

 

 

 

 

Tous droits réservés, y compris droit de reproduction totale ou partielle, sous toutes formes.

 

©2014 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

ISBN : 978-2-36540-546-1

Table des matières

Livre 1

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Livre 2

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Livre 3

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

 

 

 

À toutes celles et ceux qui ont aimé l’interdit…

 

 

 

«  Un amour impossible qui devient possible, c’est tout un monde qui s’écroule. »

François Brunet

LIVRE I

1

Assise à l’arrière de la limousine, Zoé buvait avidement du regard le paysage qui défilait derrière les vitres. Les dernières heures qui venaient de s’écouler avaient été les pires de sa vie, songea-t-elle, refusant de croiser le regard de l’homme assis en face d’elle.

Le cœur serré par la tristesse de la perte cruelle de son garde du corps, tué en la protégeant, elle tentait de refouler son chagrin au plus profond de son âme, mais les images horribles du corps de Jeff gisant dans son sang eurent raison des forces qu’elle consolidait depuis la mort de sa mère, quelques années auparavant.

Zoé McFee venait d’échapper sans doute à une mort atroce ou à un kidnapping organisé avait conclu le policier chargé de l’enquête. Si Jeff n’avait pas été là pour la protéger, comme il le faisait depuis plus de cinq ans, elle ne serait peut-être plus de ce monde, pensa-t-elle, s’apercevant qu’une énième larme venait de s’échapper de sa paupière.

Furieuse de se laisser aller ainsi à ses sentiments, elle effaça, d'un geste rageur, la larme de sa joue avant de lancer un vif regard vers son père.

Harry McFee fut peiné de voir sa fille si triste. Il se sentait déjà responsable pour ce qu’il venait de se passer. Sa fille en faisait les frais… les frais d’une victoire politique, de sa richesse, se dit-il en évitant son regard. Dès qu’il avait été informé du drame qui s’était produit dans l’appartement de Zoé, il s’était rendu immédiatement à l’hôpital où elle avait été amenée en état de choc.

Zoé avait vu le corps de Jeff, gisant dans sa cuisine alors qu’il devait lui rapporter une aspirine pour calmer son mal de tête. La jeune femme ressentait la culpabilité l'envahir à nouveau. Elle serra les poings et ferma les yeux, tentant de penser à autre chose.

Harry poussa un long soupir, puis songea à la sortie de l'hôpital de la jeune femme. Ensemble, ils s’étaient rendus au bureau d’un détective privé, le plus prisé de la ville de Chicago. Bien que Zoé soit restée silencieuse, le détective Malone avait accepté immédiatement le travail que le sénateur lui proposait : retrouver les hommes qui en voulaient à sa fille. C’est ainsi que Malone lui avait remis une carte, l’incitant à faire appel au meilleur garde du corps du pays… Joey Down.

À présent, le sénateur avait pris les dispositions adéquates pour protéger sa fille unique. Il n’y avait pas d’autre alternative que de l’éloigner de la ville, sous la surveillance rapprochée de Down. Mais il devait encore joindre l’homme dont Malone chantait les louanges.

Tandis qu’il sortait la carte de sa veste, Zoé poussa un long soupir de lassitude. Il la considéra un instant, puis leva un sourcil d’un air interrogateur face au regard menaçant de la jeune femme.

Ne l’appelle pas. Je ne veux plus personne, papa.

Zoé, écoute…

Non, le coupa-t-elle d’une voix brisée par une profonde tristesse. Je veux bien que tu me conduises hors de Chicago, mais ne me demande pas d’accepter qu’un autre homme risque sa vie pour la mienne.

Harry soupira longuement, la considérant d’un regard sévère.

Les gardes du corps sont payés pour ça, Zoé ! À l’heure qu’il est, tu serais peut-être morte ou je ne sais où, torturée par des malfaiteurs pour une rançon si tu n’avais pas eu un garde du corps pour assurer ta sécurité !

Il s’appelait Jeff, papa ! cracha la jeune femme en le foudroyant du regard. Elle se demandait comment son père pouvait rester aussi insensible à la mort d’un homme qui, au fil du temps, était devenu son ami.

Zoé, je sais que tu l’appréciais beaucoup, mais… Jeff était payé pour te protéger. Il a fait son travail, lui expliqua-t-il d’une voix plus douce.

Zoé secoua légèrement la tête avant de se tourner vers la vitre. Elle savait que si elle rétorquait à nouveau une dispute éclaterait entre eux comme toujours, songea-t-elle amèrement.

Quelques secondes plus tard, Harry se pencha en avant et prit la main de sa fille dans la sienne.

Je sais que cette situation n’est pas plaisante, ma chérie. Mais, tant que nous n’avons pas retrouvé cet assassin, il vaut mieux que tu restes à l’écart.

Je suis prête à partir de chez moi, à quitter mon travail pour quelque temps, mais je n’ai pas besoin de quelqu’un pour me surveiller, papa ! lâcha-t-elle tout en soutenant son regard.

Dès que tout sera terminé, tu pourras reprendre ta vie, chérie. Mais en ce qui concerne ta protection, tu me laisses gérer ça !

Excédée, Zoé roula des yeux et jura intérieurement, préférant ne pas répondre malgré les paroles protestantes qui lui brûlaient les lèvres. Elle fit mine d’acquiescer d’un hochement de tête, puis se concentra à nouveau sur le paysage qui défilait sous ses yeux.

Pendant le reste du trajet, Zoé resta silencieuse et écouta son père converser avec son ami qui avait accepté de prêter sa maison de vacances pour que Zoé puisse s’y réfugier.

De son côté, Harry McFee avait coupé la communication et contemplait sa fille discrètement. Il sentit son cœur se serrer à la pensée qu’il aurait pu la perdre à jamais. Zoé était une brillante médecin, s’avoua-t-il bien qu’il ait rêvé d'une tout autre carrière pour elle. Mais Zoé était une jeune femme très obstinée, acharnée à sauver la vie des autres au péril de la sienne.

Irrité en repensant aux épreuves tragiques qu’elle avait traversées, il poussa un long soupir. Zoé sortait à peine de désintoxication et voilà qu’elle devait à nouveau endurer une autre difficulté. Oui, la fille du sénateur de l’Illinois, en campagne pour la présidentielle, était une ancienne junkie, actuellement en danger de mort… et tout cela, par sa faute…

 

***

 

À la tombée de la nuit, la limousine s’arrêta devant une immense propriété. Harry McFee soupira de lassitude et se pencha vers Zoé qui s’était endormie depuis un bon moment déjà.

Zoé, murmura-t-il en secouant doucement son bras. Nous sommes arrivés, ma chérie.

La jeune femme battit des paupières avant d’ouvrir complètement les yeux. La vue de l’imposante demeure qui se dressait devant elle la ramena brutalement à la réalité. Elle n’avait donc pas rêvé. Elle serait bien retenue prisonnière dans une cage dorée et tout cela pour qu’il ne lui arrive rien, songea-t-elle, le cœur lourd de regrets.

Quelques minutes plus tard, Zoé suivit son père et la femme qui venait de les accueillir sur le pas de la porte. Ils longèrent un long couloir et malgré la fatigue qu’elle ressentait, Zoé constata avec un sentiment de lassitude que cette maison était aussi luxueuse que celle de son paternel, bien trop à son goût. Dès lors, elle s’avança sans prêter attention au décor des lieux, y étant déjà trop habituée.

Assieds-toi, Zoé, ordonna Harry une fois dans le salon.

Docilement, elle prit place sur le canapé sans quitter son regard. Puis, elle dévisagea un instant la femme qui la gratifiait d’un sourire de compassion.

Voici Anna, elle s’occupe de la propriété avec son mari Clive, l’informa son père en s’installant dans un fauteuil, face à elle.

Zoé leva le regard à nouveau vers la gouvernante et émit un faible sourire par politesse.

Puis-je vous servir quelque chose à manger ou à boire ? lui demanda-t-elle d’une voix douce.

Je n’ai besoin de rien, merci, répondit la jeune femme.

Il faut que tu manges, Zoé, contra son père en se penchant vers elle.

Je suis fatiguée, et s’il te plait… arrête de me dire ce que je dois faire ! lâcha-t-elle en se levant d’un bond du canapé.

Harry écarquilla les yeux puis l’observa d’un regard sombre. Gênée, Anna s’avança vers la jeune femme et posa une main sur son bras.

Je vais vous conduire à votre chambre, l’invita-t-elle gentiment.

Merci, fit Zoé à l’adresse de la gouvernante avant de la suivre.

Harry attendit que sa fille se tourne vers lui. Ce qu’elle fit quelques secondes plus tard.

Bonsoir, papa, murmura-t-elle d’une voix faible avant de quitter la pièce.

Harry lâcha un juron presque inaudible, puis il se mit sur ses pieds d’un geste vif. Il tourna en rond dans la pièce pendant plusieurs minutes. Il finit par stopper et sortit de sa poche la carte que lui avait remise Malone dans la matinée.

Il inspira pendant quelques secondes, puis composa le numéro de Joey Down.

Un peu plus tard, il expliqua à l’homme qui lui avait été recommandé, la situation délicate dans laquelle se trouvait sa fille.

Monsieur le sénateur, je conçois très bien la situation difficile dans laquelle vous vous trouvez… mais je suis dans l’impossibilité de me charger de sa protection, expliqua l’homme d’une voix sincèrement désolée.

Écoutez, je vous paierai le double de votre salaire…

Ce n’est pas une question d’argent, monsieur, le coupa Joey dans un murmure d’agacement. J’ai déjà accepté un contrat et quand je le fais, je m’y engage à cent pour cent… je suis sincèrement désolé.

Non, je veux le meilleur pour la sécurité de ma fille. Et vous êtes le meilleur d’après Malone !

Je suis touché, mais comme je vous l’ai dit, il m’est impossible de me charger de votre fille avant trois semaines, monsieur, répéta Joey d’une voix impatiente.

Je vous en prie, insista Harry. Elle est tout ce qu’il me reste…

La voix désespérée du sénateur lui serra le cœur pendant un bref instant. Il se passa une main sur son crâne rasé et poussa un léger soupir. Malone l’avait appelé et mis au courant de la situation deux heures auparavant. Il lui avait expliqué que le docteur McFee refusait toute protection rapprochée, trop peinée, pensait-il, par la mort de Jeff Conrad. Puis, il savait aussi que le sénateur avait reçu des lettres de menaces la concernant, mais cet homme n’avait pas pris la peine d’avertir les autorités, pensant sans doute à un canular. Il soupira une nouvelle fois et voulut réitérer son refus quand une idée lui traversa l’esprit.

Fronçant les sourcils, il inspira quelques instants puis déclara :

J’ai peut-être une solution à vous proposer. Je vous rappelle dans une demi-heure.

D’accord… répondit le sénateur. J’ai toute confiance en vous, monsieur Down.

Joey referma le clapet de son portable et se tourna vers sa cliente. Il lui sourit, puis la raccompagna dans la salle de réception que donnait son père, un homme puissant des États-Unis.

Cinq minutes plus tard, sans quitter la jeune femme dont il avait la responsabilité du regard, il composa le numéro de téléphone de l’homme qui pouvait le sortir de cette situation… son frère.

 

***

 

Épuisé par sa journée remplie de rendez-vous professionnels, Jayden Cross entra dans son appartement luxueux de Chicago dans lequel il venait d’emménager depuis seulement quelques mois. Il dénoua son nœud de cravate et se servit un verre de scotch avant de s’effondrer sur le canapé.

Il poussa un long soupir de soulagement et but une rasade de l’alcool brûlant qui lui serra les poumons. Il ferma les yeux afin d’essayer de se détendre lorsqu’il sursauta légèrement aux deux bras qui vinrent enlacer son cou.

Oh non, pas ce soir, songea-t-il en ouvrant les paupières, constatant l’erreur qu’il avait faite en donnant le double de ses clés à la fille d’un de ces plus gros clients… Wythney Davolton.

Pourtant, un mois plus tôt, il était plus qu'enthousiasmé à la retrouver quelques soirs par semaine. Mais malgré le corps de rêve qu’elle possédait, cette femme était si imbue de sa personne qu’il commençait à attraper des maux de tête faramineux lorsqu’elle lui racontait ses journées fructueuses en shopping ou ses heures passées chez son esthéticienne.

Hum… tu as passé une bonne journée ? lui demanda-t-elle en déposant des baisers sensuels dans son cou.

Je suis épuisé.

Il venait à peine d’émettre ces paroles qu’elle contourna le canapé et se positionna à califourchon sur lui. Jayden serra les mâchoires à la vue de la tenue légère qu’elle portait. Wythney le gratifia d’un regard malicieux, puis agrippa ses épaules avant de se pencher vers son visage. Il recula la tête pour éviter ses lèvres tout en soupirant de lassitude.

Dure journée, commenta la jeune femme avant de prendre le visage de son amant entre ses mains.

J’ai besoin d’une bonne nuit de sommeil, Wythney, indiqua celui-ci d’une voix froide.

D’accord… consentit-elle à répondre dans un souffle. Mais avant… tu devrais essayer de te détendre, ajouta-t-elle d’une voix suave avant de déboucler la ceinture de son pantalon.

Jayden tenta de repousser sa main, mais son portable se mit à sonner. Il fronça les sourcils en découvrant le nom de son frère sur son écran. Sans prêter une attention particulière à la jeune femme qui continuait de le dévêtir, il décrocha, inquiet :

Joey ?

Salut, p’tit frère ! Comment tu vas ?

Tu as un problème, commenta-t-il, connaissant bien son frère qui l’appelait rarement à cette heure si tardive.

Heu… plutôt un service à te demander.

La dernière fois que je t’ai rendu service, Jo, ça m’a coûté une nuit en prison, lâcha-t-il en repensant au malentendu des policiers qui l’avait pris pour un voleur dans les beaux quartiers de Chicago, alors qu'il inspectait les alentours de la maison d'une cliente de son frère.

Joey émit un faible rire à ce souvenir. Quelques minutes plus tard, il lui narra le problème qu’il rencontrait actuellement.

Je ne peux pas, Jo.

Ta boîte peut bien se passer de toi un moment, Jayden ! Et c’est juste pour trois semaines. Une fois mon contrat terminé et… si la justice n’a toujours pas arrêté le coupable, je prendrai la relève.

Jayden soupira puis, irrité, agrippa le poignet de Wythney alors qu’elle glissait ses doigts dans son caleçon.

La jeune femme lui répondit d’un large sourire et d’une lueur malicieuse dans le fond des yeux, elle se positionna à genoux, sur le sol.

Joey…

S’il te plait Jayden. S’il arrive quelque chose à McFee, je serai responsable…

Jayden roula des yeux.

Arrête ! Tu n’as pas accepté le marché que je sache. Et tu me dis toi-même que cette fille ne veut pas d’un garde du corps !

Cela peut se comprendre, vu ce qu’elle vient de subir.

Elle a été blessée ? demanda Jayden, le regard plissé par l’appréhension.

Non… mais j’imagine très bien l’angoisse dans laquelle elle doit se trouver…

Jayden ferma les yeux. Un soupir d’aise s’échappa de sa gorge malgré lui. Puis, il tenta de repousser une nouvelle fois le visage de la jeune femme, mais celle-ci n’en convenait pas, bien trop absorbée à lui faire tourner la tête avec les caresses des plus érotiques qu’elle lui prodiguait avec ses lèvres.

OK… je te rappelle dans cinq minutes, grogna Jayden avant de couper la communication avant que son frère n’entende quelque chose de plus éloquent qui trahirait sa situation…

 

***

 

Après avoir rappelé Joey, Jayden retrouva Wythney dans la chambre. La jeune femme se redressa sur le lit et l’observa du regard tandis qu’il sortait une valise de l’armoire.

Il se tourna dans sa direction et jeta celle-ci sur le matelas avant de l’ouvrir.

Qu’est-ce que tu fabriques, Jayden ? l’interrogea-t-elle, le regard plissé.

Je dois partir, répondit-il en commençant à la remplir de ses vêtements.

Comment ça, tu dois partir ? Ce n’était pas ton frère au téléphone ?

Jayden soupira, lança une pile de chemises dans sa valise avant de lever la tête vers la jeune femme.

C’était Joey, oui. Il faut que je parte pendant un long moment. Pendant trois semaines pour être exact.

Où vas-tu ?

Irrité, il leva les yeux et soupira avant de murmurer :

Quelque part. Écoute…

Il s’interrompit un instant et s’installa sur le bord du lit, assez loin du corps nu de la jeune femme.

Je vais être sincère avec toi…

Tu me quittes, n’est-ce pas ? demanda-t-elle d’une voix furieuse.

Nous ne sommes pas en couple, Wythney ! Je ne pense pas qu’à un seul moment, je t’ai laissé croire à une quelconque aventure que…

Le sexe ! le coupa-t-elle, furibonde.

Il soutint son regard quelques secondes et acquiesça silencieusement.

Désolé, mais tu savais à quoi t’en tenir avant que j’accepte de coucher avec toi.

La jeune femme se rapprocha de lui et l’enlaça.

Jayden, je t’en supplie… ne me fais pas ça, gémit-elle d’une voix suave.

Wythney… arrête, l’interrompit-il en l’écartant de lui avant de se lever brusquement. Habille-toi, je voudrais que tu me rendes mes clés, s’il te plait.

Vexée par cette demande inattendue, elle se mit sur ses pieds et sortit son trousseau de la poche de sa veste.

Très bien ! Tiens, ta foutue clé ! grogna-t-elle en la lui lançant d’un geste rageur.

Jayden la rattrapa avant qu’elle n’atterrisse sur son visage. Il la foudroya du regard, puis un sentiment de culpabilité l’envahit. Il avait la désagréable impression de s’être servi d’elle uniquement pour le désir physique qu’elle lui offrait et pour assouvir ses envies. Il la contempla quelques minutes tandis qu’elle s’habillait avec hâte avec des gestes tremblants.

Wythney…

N’en rajoute pas, Cross ! Si tu perds un de tes plus gros clients, ne viens pas pleurer à mes pieds !

Outré par cette menace, il l’agrippa par les bras.

T’es sérieuse ?

Soutenant son regard assombri par la colère, il se mit à rire devant l’étincelle de panique qui emplissait ses pupilles vertes.

Va raconter ce que tu veux à ton père, je m’en moque complètement ! Tu penses que tu as le droit d’acheter les gens avec son argent, n’est-ce pas ? demanda-t-il en la secouant légèrement. Si tu penses que la vie se résume à ça, alors on n’a vraiment rien à faire ensemble, même pas pour une partie de jambes en l’air !

Ha oui ? Ce n’est pas ce qu’il me semblait, il y a encore un quart d’heure, répliqua-t-elle en le poussant d’un geste brusque avant de s’écarter de lui.

Jayden garda le sourire aux lèvres malgré le sentiment de s’être fait avoir depuis le début par cette femme.

Ce n’était que physique, ma belle. Et je te rappelle que tu as tout fait pour m’avoir dans ce lit, lâcha-t-il d’une voix calme. Qu’est-ce que tu croyais au juste ? Que tu allais finir par obtenir de moi ce que voulait ton père pour sa fille unique ? Un mari et des enfants, c’est ça ?

La jeune femme le considéra un instant d’un regard empli de haine face à cette vérité qu’il venait d’étaler sans le moindre scrupule, sans la moindre émotion…

Tu es peut-être un bon coup au lit, Cross, mais pour ce qui est de devenir un mari et un père de famille, tu ferais un piètre…

Elle s’interrompit brusquement alors qu’il la plaquait rageusement contre un pan de mur de la pièce. La maintenant par les bras, il la fusilla du regard avant de se pencher vers elle. Les traits durcis de son visage sous l’insulte de la jeune femme se détendirent peu à peu à la vue des larmes qui se formaient dans ses pupilles vertes.

Jamais je n’ai cherché une femme, Wythney. Et si c’était le cas, crois-moi, tu ne ferais pas partie de celles que j’aimerais pour être la mère de mes enfants !

Tu m’écœures, souffla-t-elle en soutenant son regard malgré la peur qu’elle éprouvait face à celui, haineux, de son amant.

Jayden éclata de rire et la lâcha sans ménagement.

Tu peux dire ce qui te chante à ton père, Wythney, mais je ne veux plus te revoir. Sors d’ici ! s’écria-t-il en ouvrant la porte de la chambre.

Tremblante, elle attrapa vivement son sac et sortit de la pièce. Jayden la suivit jusqu’à la porte d’entrée et au moment où elle se tournait vers lui, il lui lança d’une voix railleuse :

Passe le bonsoir à Paul, Wythney !

La jeune femme ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Hébétée qu’il sache pour la liaison qu’elle entretenait avec son ami et associé, elle resta paralysée devant lui tandis qu’il se mettait à rire de plus belle, visiblement satisfait de l’expression béate de son visage.

Furieuse, elle serra la mâchoire et fut sur le point de dire quelque chose, mais Jayden lui claqua la porte au nez.

Toutes les mêmes, murmura-t-il en poussant un soupir de soulagement avant de terminer de préparer ses affaires.

 

***

 

Cinq minutes plus tard, Jayden passa des appels afin d’informer de son départ. Comme son frère le lui avait fait remarquer, ses employés pouvaient bien se débrouiller seuls pendant trois semaines. Sa boîte d’architecture n’allait pas s’effondrer pour si peu en son absence.

Une fois qu’il fut satisfait des réponses de ses responsables de chantiers, il regagna sa chambre et prit sa valise avant de se munir de son arme. Joey la lui avait donnée la première fois où il avait joué le rôle du garde du corps pour lui rendre service.

Mais cette fois, cette affaire était différente sur plusieurs points, pensa-t-il en jetant un rapide coup d’œil autour de lui. Il ne s’agissait pas de remplacer son frère pour une journée ou deux, mais durant trois longues semaines, et ce, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

L’homme s’installa un instant sur le bord de son lit et soupira longuement. Sa future protégée n’était pas n’importe qui… non… la fille du sénateur McFee — en lice pour la présidentielle — était loin d’être la pauvre fille à papa qui était menacée par des petits délinquants de bas étage, songea Jayden en tentant de remettre un visage sur la jeune femme.

Il l’avait déjà vue dans les journaux et à la télévision. Il se souvenait parfaitement avoir été interpellé par l’intensité de son regard, animé par une profonde solitude.

Ce fut alors que toutes les rumeurs sur son compte lui revinrent en mémoire…

Zoé McFee, âgée de vingt-cinq ans, avait fait de brillantes études et travaillait à présent en tant que médecin dans le meilleur hôpital de Chicago. Mais cette jeune femme, qui avait tout pour être heureuse, avait connu l’enfer de la drogue et de l’alcool…

Surpris de s’attarder ainsi sur la vie de la fille du sénateur, Jayden sortit de ses pensées tout en pestant silencieusement avant d’empoigner sa valise. Il sortit de chez lui et se dirigea vers le parking de l’immeuble avant de s’installer dans sa voiture, ignorant qu’à partir de cet instant, toute sa vie allait basculer…

2

Harry McFee s’installa au salon et observa d’un œil sévère l’homme qui lui faisait face. Ce n’était pas l’image qu'il se faisait d'un garde du corps pour sa fille, songea-t-il, craignant que Zoé n’en fasse qu’une bouchée. Oui, car Zoé avait beau avoir un cœur tendre et ouvert, elle possédait également un caractère de cochon.

Contrairement à ce qu’il redoutait, Jayden se trouvait à l’aise devant le sénateur. Lui, qui lors de son arrivée à l'aube était nerveux, avait reçu un accueil chaleureux de la part de Harry McFee. Mais il se doutait que ce ne serait pas le cas de sa petite protégée, pensa-t-il alors que les dires de son employeur revenaient dans son esprit.

Joey Down m’a certifié que vous êtes aussi bon que lui, que vous êtes un homme de confiance et extrêmement consciencieux dans votre travail.

Jayden reposa sa tasse de café sur la table basse et esquissa un faible sourire.

Vous… vous avez beaucoup d’expérience, n’est-ce pas ? demanda à nouveau Harry, l’air soucieux.

Votre fille sera en sécurité, monsieur.

Mm…

Vous n’avez pas d’inquiétude à avoir. Je veillerai sur elle à chaque seconde… je serai comme son ombre, ajouta Jayden en soutenant le regard un peu surpris du sénateur.

Harry hocha la tête silencieusement, puis le considéra un instant avant de lui sourire de satisfaction.

Très bien. Comme je vous l’ai expliqué, je dois repartir pour Chicago dans une heure… je ne pourrai revenir que d’ici une semaine…

Vous pouvez partir tranquille, monsieur. Je veillerai à ce qu’il ne lui arrive rien, le rassura Jayden en se levant.

C’est parfait dans ce cas ! approuva Harry. J’espère que ma fille ne vous donnera pas trop de fil à tordre, avoua-t-il en se levant à son tour.

Je pense pouvoir survivre.

Mm… elle est très….

Intelligente ?

La connaissez-vous ? demanda Harry, l’air surpris.

Non, mais j’ai consulté les informations que Joey m’a envoyées…

Bien sûr, acquiesça l’homme en hochant la tête. Écoutez, ma fille est quelqu’un de bien, mais son caractère lui a valu pas mal de problèmes…

Il s’interrompit quelques instants, puis tourna sur lui-même d’un air nerveux.

Vous avez mon numéro en cas de problème, donc n’hésitez surtout pas à m’appeler.

Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien, répondit Jayden en esquissant un léger sourire, amusé par ses inquiétudes inutiles.

Mm… vous avez ma confiance, Jayden. Ne me décevez pas.

Jayden leva un sourcil impertinent, puis hocha la tête, remarquant les traits sérieux du père de la jeune femme. Soudain, lorsqu'il comprit que la conversation se terminait là, Jayden s’avança vers lui.

Excusez moi, mais votre fille ? Où est-elle ?

À l’étage, juste à côté de votre chambre… elle dort encore pour le moment.

OK… souffla-t-il en posant ses mains sur ses hanches. Vous n’allez pas l’avertir que je suis ici ? osa-t-il demander.

Non. Je n’ai plus le temps, je dois filer.

Mm… sait-elle que vous partez et qu’elle sera seule avec moi ?

Harry se mit à rire légèrement avant de poser une main amicale sur l’épaule du jeune homme.

N’ayez pas peur. Elle a peut-être un foutu caractère et est bornée comme personne, mais elle ne mord pas.

Piqué au vif, Jayden secoua la tête et se mit à rire à son tour.

Je ne m’inquiétais pas pour moi, mais je pense qu’il serait préférable de l’informer de votre départ, répliqua Jayden en soutenant le regard vide d’expression du sénateur.

Je vous l’ai dit, Cross. Je suis pressé et vous ne serez pas seuls, les Quinn vivent ici. Contentez-vous de surveiller ses arrières… À bientôt.

Écarquillant les yeux de stupéfaction, il fixa le sénateur quittant la propriété sans attendre. Soupirant de lassitude devant cette situation plus ou moins étonnante, face au minimum d’intérêt que ce père manifestait pour sa fille, Jayden se tourna vers Anna qui venait de pénétrer dans la pièce.

Vous désirez une autre tasse de café, monsieur Cross ?

Non merci. Mais appelez-moi Jayden, je vous prie, lui dit-il d’une voix douce.

Dans ce cas, appelez-moi Anna.

Le garde du corps échangea un large sourire avec la gouvernante.

Très bien, Anna, répondit Jayden. Monsieur McFee m’a expliqué que vous vivez ici avec votre mari ?

Oui… pas dans cette maison, mais dans la plus petite qui est située dans le fond de jardin.

Celle aux murs roses ?

Oui, acquiesça-t-elle en riant.

Et… pardonnez mon indiscrétion, mais… connaissez-vous…

Le sénateur ? Oui… il est déjà venu passer quelques jours de vacances. Mon employeur et lui sont de très bons amis, expliqua-t-elle, le sourire aux lèvres.

Mm… et Zoé, vous la connaissez ?

Non… hier c’était la première fois que je la voyais. Elle avait l’air complètement bouleversé la pauvre petite, fit-elle en baissant le regard.

Fronçant les sourcils, Jayden enfonça les mains dans ses poches et tenta de repousser le sentiment de compassion qu’il éprouvait pour cette inconnue.

Je suis restée très tard cette nuit, car…

Oui ? l’incita-t-il à continuer après un instant de silence.

Elle n’a pas beaucoup dormi. Je l’ai entendue crier et se débattre dans son sommeil à plusieurs reprises, l’informa la gouvernante.

Mm… elle a vécu quelque chose de terrible, murmura le jeune homme dans un souffle.

Oui. Et elle était très attachée à Jeff d’après ce que j’ai entendu.

Elle n’aurait pas dû, marmonna-t-il sans s’en rendre compte.

Anna le gratifia d’un regard un peu surpris.

Cette fille a un cœur d’or, Jayden.

Je pensais que vous ne la connaissiez pas ? lui fit-il remarquer en sortant les mains de ses poches avant de croiser les bras sur son torse.

Il suffit de la regarder dans les yeux pour s’apercevoir qu'elle ne demande qu’à aimer et à être aimée… Mais… elle possède en elle beaucoup de tristesse. À mon avis, c’est cela qui la freine…

Jayden émit un faible rire, remarquant que cette femme avait un cœur d’or également pour parler de cette façon d’une inconnue.

Et comment vous savez tout ça, Anna ?

Ma mère disait toujours que si l’on voulait connaître quelqu’un, on devait regarder ses yeux. Elle disait que c’était les fenêtres de l’âme…

Charmant… lâcha-t-il d’une voix emplie de sarcasmes.

Ne vous moquez pas, Jayden, fit-elle d’une voix autoritaire.

Je n’oserais pas, Anna. Mais vous savez, les gens peuvent laisser les autres penser des choses complètement fausses à leurs sujets.

Anna sourit de plus belle à cette remarque et s’avança vers lui. Intrigué par l’insistance du regard gris de la gouvernante, il fronça les sourcils.

Ne me dites pas que vous essayez de lire en moi, Anna ? Vous n’y verrez rien, râla Jayden avant de soupirer.

Anna garda le silence un instant, continuant de fixer les pupilles brillantes qui dansaient devant elle. Souriant légèrement, elle remarqua la couleur profonde de ses yeux bleus, pailletés d’un vert émeraude. Jayden perdit patience.

Alors ? demanda-t-il, prenant un air amusé.

C’est bien ce que je pensais.

C’est-à-dire ? insista le jeune homme.

Sans lui répondre, elle lui offrit un sourire éclatant et fit volte-face en riant doucement. Jayden la considéra d’un air dubitatif tandis qu’elle se retournait vers lui pour lui lancer d’une voix sérieuse :

Le petit déjeuner de Zoé est prêt dans la cuisine. Je pars faire quelques courses pour préparer le dîner. Si vous pouviez aller la réveiller, ce serait gentil à vous.

Jayden ouvrit la bouche pour protester, mais Anna s’éclipsa vivement. Hébété, il fixa la porte qu’elle venait de refermer et jura dans un murmure.

N’était-il pas censé jouer le garde du corps irréprochable ? pensa-t-il en soupirant, se demandant si réveiller cette jeune femme faisait partie des attributions d'un garde du corps envers sa protégée…

 

***

 

Dans la cuisine, Jayden tournait en rond depuis quelques minutes d’un pas nerveux. Devait-il vraiment se rendre dans cette chambre pour réveiller cette femme ? Non, ce n’était pas son travail, pensa-t-il en soupirant longuement, essayant de se concentrer davantage.

Il fouilla la pièce du regard, puis s’avança vers le plan de travail. Plissant les paupières, il analysa rapidement le contenu du plateau qui était posé à côté de la cafetière.

Sans plus réfléchir aux responsabilités du poste pour lequel le sénateur l’avait engagé, il le prit dans les mains.

OK, allons réveiller cette petite princesse, murmura-t-il en se dirigeant vers la porte de la cuisine.

Au moment où il pivota sur le côté afin d’ouvrir la porte d’un coup d’épaule, celle-ci s’ouvrit brusquement, envoyant le plateau — qu’il ne sut rattraper — voler dans les airs.

Pestant à voix basse, Jayden fixa les dégâts sur le sol de la cuisine, puis tourna le visage vers la personne responsable de cette maladresse.

 

L’air quitta son corps et la pièce se mit à tourner autour d’elle. Sans qu’elle n’ait le temps de comprendre ce qui se passait, quelqu’un l’agrippa par les bras. La panique l’envahit, pensant que l’assassin de Jeff l’avait déjà retrouvée. Brutalement, elle essaya de se libérer des bras puissants qui la serraient contre son torse.

Calmez-vous, Zoé… je ne vous veux aucun mal, fit Jayden en essayant de la maintenir.

Lâchez-moi ! Où est mon père ? s’écria-t-elle en cognant le torse, de cet étranger, à l’aide de ses poings.

Votre père est reparti à Chicago pour ses affaires… il m’a engagé pour veiller sur vous… Je ne vous veux aucun mal, répéta Jayden d’une voix plus douce, tentant vainement de calmer la jeune femme.