//img.uscri.be/pth/ff03a0d897a80c6421e46a73206ea8a61998cde0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB - PDF

sans DRM

Julia

De
218 pages

Orpheline de père et de mère, depuis sa naissance, Julia a appris à se forger une carapace et à cacher ses émotions derrière l'humour. À l'adolescence, elle s'est jurée de ne jamais faire confiance à un homme. Pourtant lorsqu'elle rencontrera Richard, tous ses préjugés fonderont et elle en tombera éperdument amoureuse.

Malheureusement, il la décevra et elle gardera secrètement en elle ses blessures, pendant plusieurs années. Jusqu'au moment où elle retrouvera Nino, un ancien flirt, qui n'est jamais parvenu à l'oublier. Aura-t-elle le courage de quitter Richard pour cet amour naissant ?


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-81006-9

 

© Edilivre, 2015

Remerciements

Merci à mon beau fils pour son soutien et ses conseils, sans qui ce projet n’aurait pas pu se concrétiser, ainsi qu’à tous ceux qui m’ont donné confiance pour écrire ce livre.

Chapitre 1
Nino

Depuis dix bonnes minutes, Nino piétinait d’un bout à l’autre du trottoir, rongé par l’anxiété. Il avait préféré envoyer Gilles, son meilleur pote, en éclaireur scruter Les résultats du bac affichés aux fenêtres du lycée Corneille. L’ayant déjà loupé l’année précédente, il craignait d’être déçu encore une fois. D’heureux gagnants passaient près de lui, en affichant un large sourire. Certains semblaient regarder leurs chaussures pour cacher leurs émotions. D’autres s’écroulaient en pleurs, dans les bras de ceux qui les accompagnaient. Après de longues minutes d’attente interminable, son cœur se mit à battre plus vite ; Gilles s’approchait de lui, avec un air triomphant.

– Tu es reçu, mec ! lui dit-il en lui faisant une accolade et en lui tapotant dans le dos. Félicitations ! Avec mention bien, s’il vous plaît, Monsieur !

Nino poussa un gros soupir de soulagement.

Nino s’appelait en réalité Antoine. Sa vieille nounou Amélie lui avait donné ce surnom lorsqu’il était tout jeune. Il l’avait gardé, préférant celui-ci à son prénom d’origine. Il l’avait d’ailleurs fait graver sur la gourmette en argent qui ne quittait pas son poignet.

Élancé, et assez musclé, c’était un très beau garçon. De grands yeux bleus dévoraient son visage, et la régularité de ses traits était parfaite. Ses cheveux mi-longs, d’un blond doré, bouclaient légèrement. Il plaisait beaucoup aux filles. Il le savait et s’en amusait. Il venait tout juste de fêter ses dix neuf ans, un mois auparavant.

Il avait une habitude depuis tout petit. C’était plus fort que lui, dès qu’on le regardait, hop ! Il faisait un clin d’œil et souriait de toutes ses dents d’un blanc éclatant, ce qui pouvait surprendre quand on ne le connaissait pas. Il ne pouvait s’empêcher d’agir ainsi à chaque fois qu’il croisait quelqu’un. Certaines personnes lui rendaient son sourire, mais d’autres se retournaient sur lui d’un air méfiant. Si cette habitude plaisait beaucoup aux filles, elle avait le don d’énerver ses copains. En effet, lorsqu’ils sortaient ensemble, les filles ne flashaient que sur lui. Il faut bien avouer qu’il ne se contentait pas d’être très beau, en plus de ça il avait un charme fou. Depuis son plus jeune âge il avait appris comment faire pour attirer l’attention sur lui et charmer son entourage, et il y parvenait sans problème.

Après être retourné avec Gilles savourer le plaisir de lire son nom sur les feuilles placées côte à côte aux fenêtres du lycée, Nino courut annoncer la bonne nouvelle à sa mère.

– Tu vois, je te l’avais dit mon fils, tout effort porte ses fruits ! Je suis si heureuse ! Bravo mon chéri. Tu vas sûrement fêter ça avec tes amis !

– Oui, maman, nous allons sortir au « black & white » comme d’habitude, mais nous rentrerons peut-être un peu plus tard !

– Tu as raison, profite mon fils, mais pas trop tard quand même !

– Mais non, ne t’inquiète pas ! Mais ne m’attends pas surtout ! Va dormir !

Maria ne savait pas faire autrement, lorsqu’il sortait la nuit, il fallait qu’elle l’attende. Elle s’asseyait dans son fauteuil face à la télé qui marchait en sourdine, entourée de son châle rose. Plus tard, les programmes étant terminés, elle fixait la mire pendant de longs instants, sans bouger. Elle gardait une oreille attentive sur l’extérieur, et patientait là jusqu’à ce qu’il rentre. Bien souvent, son mari à demi saoul était écroulé dans le fauteuil d’en face. Elle ne savait pas se coucher, tant qu’elle n’entendait pas les clés dans la porte qui annonçaient le retour de l’enfant prodigue. Lorsqu’il rentrait, elle se levait, l’observait en silence, l’embrassait, et pouvait alors aller dormir tranquille.

*
*       *

Après avoir passé une demi-heure dans la salle de bains, Nino revêtit un petit pull gris en shetland, qui lui arrivait presque au-dessus du nombril. Il lui collait si bien à la peau qu’on ne pouvait qu’admirer sa musculature dont il n’était pas peu fier. Puis il enfila un pantalon noir à pattes d’éléphant, des chaussettes noires, et des boots couleur cuir, tout en jetant un œil sur sa montre.

« 23 h ! Il faut vraiment que j’y aille », se dit-il. « Gilles va m’attendre ! »

Après s’être installé au volant de son Austin noire, il alluma l’autoradio et démarra sur « Sugar baby love ». Comme tous les vendredis soir, il devait passer prendre Gilles, son meilleur ami, afin de rejoindre les autres.

– Salut ! dit Gilles en jetant son mégot de cigarette, sur le trottoir, et en l’écrasant avec sa grosse chaussure rouge. Ça va chauffer ce soir ! dit-il en riant, tout en grimpant dans la voiture à côté de Nino.

– On commence par le « black & white » comme d’habitude ?

– OK ! répondit Gilles, en mettant sur le côté cette mèche rebelle qui venait toujours lui grattouiller l’œil gauche.

Chapitre 2
Julia

Julia s’apprêtait à sortir de la douche, lorsqu’elle s’aperçut qu’une fois de plus elle avait oublié de se préparer une sortie de bain. « Il faudra encore une foisque je me les gèle ! » pensa-t-elle. Elle enrageait. Elle était très étourdie, et oubliait toujours quelque chose, quelque part. Ce qui l’obligeait bien souvent à retourner récupérer l’objet en question. Cela lui faisait perdre à chaque fois un temps fou.

Plutôt grande et mince, Julia était très jolie. Sa longue chevelure d’un roux flamboyant entourait son visage, parsemé de dizaines de petites taches de rousseur qui lui donnaient beaucoup de charme. Son teint était blanc comme le lait. Sa merveilleuse chute de reins en aurait troublé plus d’un. Un grain de beauté, magnifiquement dessiné, était placé juste à sa base, ce qui la rendait encore plus sexy.

Elle se précipita dans la chambre, tout en grelottant. Puis, elle saisit une grande serviette en éponge rose, dont elle s’entoura. Ensuite, elle retourna dans la salle de bain surchauffée. Étant très frileuse, elle avait pour habitude d’allumer un petit radiateur électrique, chaque fois qu’elle procédait à sa toilette. Elle essuya le grand miroir ovale, tout embué, accroché au-dessus du lavabo. Puis, après avoir allumé le néon, elle commença à se maquiller.

Cela lui prenait un peu plus de temps que pour les autres jeunes filles. En effet, elle était myope, mais bien trop fière, pour porter des lunettes. Elle avait donc beaucoup de difficulté à être précise.

Elle essaya une première fois de tracer un trait bien droit, au ras de ses paupières, avec son petit pinceau d’Ey liner, mais dût aussitôt l’effacer. Elle dut s’y reprendre en trois fois, avant de réussir. Très tenace, elle finissait toujours par y arriver. Elle poursuivit, en passant sur ses longs cils recourbés un peu de mascara à l’aide d’une petite brosse préalablement mouillée sous un fin filet d’eau. Parfois, par maladresse, la brosse frôlait son œil. Il se mettait alors à pleurer et tout était à recommencer. Ensuite, à l’aide d’un gros pinceau, elle se mit un peu de blush rose sur les pommettes. Elle n’avait pas besoin de plus d’artifices. Elle aurait même pu ne pas se maquiller du tout, étant d’une prodigieuse beauté naturelle. Quand elle eut terminé, elle posa délicatement du bout des doigts quelques gouttes de son parfum vanillé à la naissance de son cou. Puis, d’un pas léger et tout en chantonnant, elle se dirigea vers sa garde-robe afin de choisir la tenue qu’elle porterait pour sortir. Elle saisit une petite jupe noire, et un gilet en mohair vert foncé. C’était, avec le rose, sa couleur préférée. Elle prit dans une boîte en carton qui était disposée sur un rayonnage, une paire de collants noirs, qu’elle déposa sur le bout de son lit. Ses sous-vêtements étaient soigneusement rangés dans un des tiroirs de la commode blanche placée sous la fenêtre. Elle possédait les deux premiers tiroirs, et Patricia avait droit aux deux derniers. Amies depuis l’enfance, Patricia et Julia étaient inséparables. Elles louaient ensemble ce petit appartement situé à Étaples. Le petit meuble était recouvert de bougies de formes et couleurs variées que Julia collectionnait avec passion. C’était son péché mignon. Cela déconcertait Patricia qui n’avait plus de place pour déposer ses divers bibelots. Après s’être habillée, Julia se donna un dernier coup de brosse et se précipita vers le vestibule. Elle saisit ses clés, qu’elle déposait toujours dans un vide-poche en forme de coquillage, placé sur un guéridon dans l’entrée. Puis elle ferma soigneusement sa porte à double tour, en vérifiant trois fois si elle l’avait bien fait. Il fallait qu’elle effectue cette opération à chaque fois, vu son étourderie. Elle préférait prendre cette précaution, plutôt que devoir revenir sur ses pas et perdre du temps, comme cela s’était produit maintes et maintes fois auparavant. Ensuite, elle se dirigea vers l’ascenseur. Elle attendit quelques minutes, avant de pouvoir y entrer. Sitôt dedans, elle appuya sur le bouton « RDC », tout en vérifiant son allure dans la glace.

Leur appartement était situé au sixième étage. Au cinquième étage, les portes s’écartèrent, pour laisser entrer un voisin d’une trentaine d’années. Elle l’avait déjà croisé plusieurs fois, et savait à peu près ce qui l’attendait. Elle ne put s’empêcher de soupirer intérieurement. Il ne la quittait pas des yeux, d’un air béat d’admiration. Cela gênait terriblement Julia. Au lieu de garder ses distances, il avait la fâcheuse habitude de presque se coller à elle. Elle n’osait pas poser sa main sur la barre, par crainte qu’il mette la sienne dessus. Elle détourna le regard, fit semblant de regarder ses chaussures. « Il n’y a quequatre étages », pensa-t-elle. Cela lui parut quand même interminable. Si elle avait pu, elle se serait rongé les ongles tellement il l’énervait, mais ses ongles étaient recouverts de vernis. Il avait des dents cariées, ce qu’elle ne supportait pas. Pour le moment, elle se sentait coincée et elle n’aimait pas ça du tout.

À la sortie de l’ascenseur, elle ne fut pas tranquille pour autant. Il la laissa passer devant lui. Elle sentait son regard qui la détaillait des pieds à la tête, et qui la pénétrait. Cela la hérissait. Il ne lui plaisait vraiment pas. D’un air nonchalant, il se mit à émettre un sifflement d’approbation. Il lui avait déjà fait le coup plusieurs fois, et cela avait le don de mettre Julia hors d’elle. Un jour, elle s’était retournée, et l’avait fusillée du regard. Cela n’avait apparemment eu aucun effet sur lui, puisqu’il recommençait à chaque fois qu’ils se croisaient. Elle feignait alors de l’ignorer, mais elle le trouvait très lourd. « Un jour je vais le gifler ! » se disait-elle, mais elle se retenait.

*
*       *

Patricia, qui s’était préparée bien plus tôt, était sortie en ville chez des amis. Julia devait la rejoindre en bas de l’immeuble pour vingt-trois heures quinze. Elles sortaient ensemble de temps en temps en boîte de nuit, mais ce n’était pas un fait coutumier. Elles avaient toutes deux en commun une passion pour le théâtre ou les spectacles circassiens. Cela leur plaisait davantage que de sortir dans des endroits enfumés. Il leur arrivait aussi, de temps à autre, de se rendre au bowling. C’est d’ailleurs à cet endroit que Patricia avait rencontré David, avec lequel elle venait de rompre. Une collègue l’avait surpris en flagrant délit d’infidélité, et c’était fait un plaisir de le rapporter à Patricia. Cela eut l’effet d’un coup de poignard dans le cœur de Patricia. Elle n’avait jamais de chance avec les garçons. Celui-là, elle y avait cru. Elle le trouvait différent. Ils sortaient ensemble depuis plus de six mois. Elle avait mis tous ses espoirs en lui. Depuis leur rupture, elle errait comme une âme en peine. Julia qui aimait beaucoup son amie ne supportait pas de la voir si triste. En début de soirée, elle décida de la faire réagir.

– Écoute ma chérie, tu ne vas pas continuer à pleurer comme ça tout le week-end ! dit-elle à Patricia, qui se remit à pleurer de plus belle, complètement désespérée. S’il a fait ça, il ne te mérite pas ! Il y en a d’autres, plein d’autres, qui seront capables de t’aimer beaucoup plus que lui ! Tu vaux bien mieux que çà ! Crois-moi !

– Je l’aimais tellement ! Tu ne peux pas comprendre ! – Mais si, bien sûr que je comprends, mais il faut que tu te changes les idées, que tu arrêtes de penser à lui. Tu crois qu’il pleure et qu’il pense à toi, lui, en ce moment ?

Cette dernière phrase fit réagir Patricia. Elle cessa de pleurer aussitôt, et se frotta les yeux et le nez avec un kleenex.

– Oui, c’est vrai dit-elle, avec un nouveau sentiment de vengeance. Que me proposes-tu ?

– On pourrait sortir au Black & White, il paraît que c’est une boîte super !

Patricia acquiesça. Julia embrassa son amie qui partit se préparer sur le champ. Elle avait rendez-vous chez des amis avant de sortir avec elle, en fin de soirée.

Comme convenu, Julia récupéra son amie pour vingt-trois heures quinze en bas de l’immeuble.

Elles se dirigeaient maintenant toutes les deux vers le « black &white » situé au centre-ville d’Étaples. Cet endroit leur était totalement inconnu. Julia en avait beaucoup entendu parler par ses collègues qui l’avaient informée que la musique y était très bonne, et le lieu assez sympa.

Chapitre 3
Un sentiment inconnu

Après avoir roulé pendant un bon quart d’heure à travers la ville, Nino et Gilles aperçurent l’enseigne bleue lumineuse de la boîte de nuit. Nino se gara sur le parking, face à l’entrée. Les deux amis s’apprêtaient à descendre de voiture, lorsqu’une fine pluie se mit à tomber. Ils aperçurent une jeune fille qui se dirigeait vers l’entrée en courant.

Elle était suivie d’un pas alerte, par une autre jeune fille, toute menue, brune aux cheveux courts, qui se protégeait la tête avec son sac. Après s’être abritée près de la porte d’entrée, la première secoua légèrement sa longue chevelure, afin de remettre ses boucles en place. Puis elle jeta un regard furtif sur le parking, et aperçut Gilles et Nino. Elle se retourna une seconde fois, en observant avec insistance Nino qui venait de descendre de voiture. Puis elle entra dans le dancing. Ce coup d’œil n’échappa pas à Nino. Bizarrement il en fut très troublé. Il ne comprenait pas. D’ordinaire il n’était pas très sentimental avec les filles et ce n’était jamais qu’un simple regard. Il n’avait même pas eu le temps de lui faire son sourire charmeur, ni son clin d’œil habituel. Il était très intrigué par cette jeune fille qu’il n’avait jamais rencontrée auparavant. C’était pourtant un habitué du lieu, il connaissait pratiquement tout le monde. Il pensa « C’est sans doute lapremière fois qu’elle sort ici »,

Les deux amis passèrent en vitesse sous les gouttes, et pénétrèrent dans la boîte branchée aux lumières tamisées. François le barman s’adressa à Nino.

– Deux rosés comme d’hab.

– C’est ça ! répondirent en cœur les deux amis. Nino y rajouta un clin d’œil, et un large sourire Alors qu’ils trinquaient pour fêter le diplôme de Nino, Tony, Julien et Michel s’avancèrent vers eux.

– Salut !

– Salut les mecs, alors pas encore en train de draguer ? demanda Tony toujours aussi spirituel.

– Non on t’attendait répondirent les autres hilares.

– C’est ma tournée, vous prenez quoi ? demanda Nino.

Tony et Julien répondirent « un whisky coca » et Michel « un rosé comme vous » ! Puis les quatre compères levèrent leur verre, suivis de Nino, et lui lancèrent en chœur : « A ta réussite ! ».

Le Disque Jockey lança le rock préféré de Nino, It’s only Rock’n’roll » des Rollings stones. Nino était réputé pour être le meilleur danseur de la bande. Il ne put s’empêcher de se précipiter sur la piste pour entamer ce rock endiablé avec Linda. Il dansait avec elle tous les week-ends, depuis plus de deux ans ; c’était devenu incontournable. Ils formaient un couple de danseurs exceptionnels, et forçaient l’admiration des habitués. Il y avait entre eux une grande complicité et une réelle amitié. Linda dansait toujours pieds nus sur le plancher verni. Elle clamait à qui voulait l’entendre, qu’elle devait ressentir le contact du sol pour bien danser. Elle avait les cheveux châtain foncé et avait adopté la coupe au carré de la chanteuse Sandy SCHOW dont elle était fan, qui avait été gagnante de l’eurovision quelques années auparavant. On l’appelait à cette époque « la chanteuse aux piedsnus ». Depuis, Linda essayait à tout prix de lui ressembler.

Il y avait une ambiance particulière dans cet endroit feutré ; les chemises des garçons, et les vêtements blancs des filles étaient bleuis par les lumières tamisées. On ne distinguait pas totalement les visages. Les discussions étaient masquées par la musique qui résonnait dans les tempes. Des odeurs de tabac émanaient d’un peu partout. On ressentait un mélange de bien-être, et de mal-être. Au bout d’un moment on s’y habituait, et heureusement le bien-être prenait le dessus. Quelques jeunes gens dansaient sur les baffles.

– Oh ! Pardon ! La jeune fille rousse venait tout juste de bousculer Nino en passant prés de lui avec son citron pressé. Il en fut tout éclaboussé.

– Ce n’est pas grave, lui dit-il en souriant. Il sentit subitement son cœur se mettre à battre la chamade et en fut lui-même tout surpris. « Qu’est-ce qui me prend ? N’importe quoi ! » Pensa-t-il. Puis il poursuivit sa danse avec sa partenaire.

La jeune fille inconnue alla s’asseoir près de son amie et le fixa avec un petit sourire timide. Nino ne savait pas faire autrement que de regarder dans sa direction. Cette jeune fille provoquait en lui quelque chose d’indéfinissable. Le rock se termina, un autre débuta. Il se fit violence pour aller inviter la jeune fille, avec la peur au ventre qu’elle le renvoie d’où il était venu. Lui, pourtant habituellement si sûr de lui.

– Vous dansez ? demanda Nino en souriant.

– Elle acquiesça en rougissant. En le voyant de plus près « elle le trouva trop beau ! » Excusez-moi encore pour tout à l’heure ! lui dit-elle, rougissante.

– Oh ! Vous savez j’en ai vu d’autres ! lui répondit-il, tout en pensant « Elle a dit oui ! YES ! » Il lui fit un large sourire, et hop un clin d’œil.

Ils entamèrent le premier rock. Elle dansait assez bien, et il ne bouda pas son plaisir en continuant sur Living in American de James BROWN. Il la fit tournoyer, elle le suivit. Il était extrêmement fier de lui montrer les passes qu’il connaissait. Il savait très bien guider ses partenaires. Il en était conscient et il employait les grands moyens pour l’épater.

Le disc jockey entama une nouvelle série de slows. Nino assez intimidé par cette belle inconnue, n’osa pas l’inviter à continuer à danser tout de suite. Il la remercia. Elle alla s’asseoir près de son amie, et lui rejoignit Gilles au bar.

– Dis donc ! Quel spectacle ! Pas mal la gonzesse !

– Ah ! Ça va ! Ne parle pas d’elle comme ça !

– Oh ! Pardon Monsieur serait-il déjà amoureux ?

– Laisse tomber !

Il n’osait plus regarder vers elle. « Mince je ne lui ai même pas demandé son prénom ! » pensa-t-il.

Nino ne comprenait pas ce qui lui arrivait. C’était bien la première fois qu’une fille l’intimidait autant, et lui faisait perdre son assurance. Au bout d’un moment, il ne put s’empêcher de lancer furtivement un regard vers elle. Elle n’était plus à côté de son amie. La cherchant du regard, il l’aperçut un peu plus loin, entamer un slow avec un autre partenaire. Il fut fou de rage contre lui-même. « Mais que je suis » c ». Il fut soulagé de voir qu’elle regagnait assez vite sa place. Un autre slow débuta. Nino se dirigea vers elle, bien décidé à ne plus céder sa place à quiconque. Il la fixa droit dans les yeux. Ensuite il lui tendit la main sans rien lui demander, en l’attirant vers lui avec douceur. Ils entamèrent alors un slow langoureux. Nino sentit les effluves de son parfum délicat, légèrement vanillé. Il lui rappelait la bonne odeur de crème que lui confectionnait sa nounou. Cela rajouta encore une touche au bien-être qu’il ressentait déjà dans ses bras. Elle se rapprocha de lui, il la serra un peu plus. Ils se regardèrent longuement dans les yeux puis Julia posa sa tête sur son épaule.

– Comment t’appelles-tu ? Lui demanda Nino.

– Julia, chuchota-t-elle à son oreille, et toi ?

– Nino, lui dit-il en retenant son souffle pour ne pas trop laisser paraître son émotion.

Ils dansèrent ainsi collés l’un contre l’autre pendant un bon moment. La série de slows se termina, laissant place à du Jerk. Nino invita Julia à s’asseoir près de lui sur une banquette basse, recouverte de gros coussins rouges. Elle était placée au fond de la pièce, côte à côte avec d’autres fauteuils du même style. L’endroit était assez douillet et peu éclairé, afin que les amoureux y soient plus tranquilles. Elle accepta de le suivre. Lorsqu’ils furent installés, il lui offrit un verre. Ils discutèrent pendant plus d’une heure. Nino la dévorait des yeux. Il tenta de la prendre dans ses bras, et approcha ses lèvres des siennes tout doucement. Elle entrouvrit les siennes il l’embrassa alors délicatement, amoureusement. Julia accepta ce doux baiser. Ils s’étreignirent un long moment très tendrement, Nino ressentit un bien-être inconnu jusqu’alors, et un élan incroyable vers cette belle inconnue. Tous ses sens étaient en éveil. Tout son corps était transporté et il avait de la peine à se contrôler. Il sentit immédiatement que ce n’était pas comme d’habitude. Il tombait réellement amoureux, et se sentait heureux, comme jamais auparavant. Ils restèrent blottis dans les bras l’un de l’autre plusieurs heures.

Presque à l’aube, Julia, un peu désemparée, et confuse, se souvint qu’elle avait laissé son amie toute seule. Prise de remords, elle se leva subitement, et partit à sa recherche, suivie de Nino. Patricia roucoulait dans les bras d’un garçon accoudé au bar. Elle le regardait d’un air subjugué. Julia fut immédiatement soulagée, son amie n’allait pas lui en vouloir, elle ne s’était pas ennuyée. Les deux amies décidèrent de rentrer, l’heure étant déjà très avancée. Julia promit à Nino, de le rappeler, en notant son numéro de téléphone sur le dos de la main afin de ne pas l’oublier. Chacune embrassa une dernière fois sa nouvelle conquête, et toutes les deux s’empressèrent de sortir. Une fois assises côte à côte dans la voiture de Julia, sans savoir réellement pourquoi, comme cela leur arrivait très souvent, elles furent prises d’un fou rire. Cela étant certainement dû en partie à la fatigue.

– Arrête ! dit Patricia à son amie,

– je ne peux pas répondit Julia, la tête posée sur son volant tellement elle n’en pouvait plus.

– Tu es grave toi ! On sort pour que je rencontre quelqu’un et tu me laisses toute seule, comme une vieille chaussette !

– Je sais, je suis impardonnable ! dit Julia en éclatant de rire. Excuse-moi, c’est nerveux ! Je t’assure que j’ai eu des remords, puis elle termina sa phrase en riant de plus belle « tu me pardonnes ma petite trifougnette ? »

– Oui, puisque j’ai fait la connaissance du Dieu du stade !

répondit Patricia, qui venait de se venger de David, avec un garçon bâti comme un rugbyman !

– Ah ! Tu me rassures, dit Julia toujours morte de rire. Un instant elle pensa à dire qu’elle n’avait pas perdu au change, mais elle se retint pour ne pas raviver la blessure.

– Moi c’était, comment dire, tu sais le prince de Blanche Neige ! Très beau, comme tu as pu le remarquer, très tendre aussi ! Nous allons vivre ensemble dans un château et avoir beaucoup d’enfants !

Continua-t-elle en étant de plus en plus affalée sur son volant tellement elle riait. Les larmes coulaient et son rimmel fondait à vue d’œil !

– Enfin, pour le moment je pense que nous avons surtout besoin de repos ! dit Patricia, on perd la boule !

– Tu as raison ! Ils nous ont fait perdre la tête ces beaux garçons ! Mais que ça fait du bien ! dit Julia, dont les yeux étaient maintenant encerclés de noir.

– Oh oui ! Mais on le vaut bien ! dit Patricia ! En la regardant et en pouffant à nouveau. Regarde-toi dans le rétroviseur ! Julia s’exécuta et se remit à rire de plus belle. Enfin, elle mit le contact, et elles crièrent en démarrant « YAOU BANANIA ! » c’était leur cri de rébellion depuis qu’elles étaient toutes petites. De temps à autre elles le ressortaient, en souvenir des fous rires qu’il avait provoqués chez elles auparavant. Les jours suivants, Nino attendit en vain l’appel de Julia. Il patienta une semaine, deux semaines, toujours rien. Nino compris, « elle ne désirait pas lerevoir ». Il n’était pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Bien qu’il fût extrêmement déçu, il refusa de se l’avouer. Il préféra penser qu’il s’était sans doute fait des idées, et que les autres filles ne manquaient pas !