L'abri de tes bras - Le prix du passé

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L’abri de tes bras, Molly Rice

Le jour où Krystal Harper, une fillette de huit ans, se présente à son bureau et lui demande de devenir le garde du corps de sa mère, Nico Scalia croit d’abord à une plaisanterie. Détective privé de renom, il est extrêmement sollicité et n’a pas de temps à consacrer à une enfant ! Pourtant, quand l’adorable petite fille, avec ses grands yeux clairs et son air apeuré, lui révèle que sa mère, célèbre procureur, dont Nico connaît l’excellente réputation, reçoit depuis quelques semaines des menaces de mort, il est bien incapable de lui refuser son aide…

Le prix du passé, Rita Herron

Elucider le meurtre de ses parents : telle est l’obsession de Veronica Miller quand, vingt ans après les faits, elle revient s’installer à Oakland, sa ville natale. Mais, loin de l’apaiser, ce retour fait tourner sa vie au cauchemar. Car, dès son arrivée, elle se sent surveillée. Menacée. Pis : en effaçant toutes les preuves du harcèlement dont elle est victime, quelqu’un cherche à la faire passer pour folle… Désemparée et seule face aux ombres de son passé, Veronica n’a qu’un seul allié : l’inspecteur Nathan Dawson, duquel son ennemi invisible semble tout faire pour l’éloigner…

Publié le : lundi 1 septembre 2014
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EAN13 : 9782280320757
Nombre de pages : 432
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Nico Scalia grimpa les marches menant à son bureau deux à deux, impatient de classer l’affaire qu’il venait de conclure pour se consacrer à la suivante.

Avec ses murs blancs, le hall de réception faisait penser à un hôpital. Installée devant la porte d’entrée, Mindy Jacobson, la secrétaire et réceptionniste, s’affairait à la fois auprès du personnel et des clients.

Nico lui adressa un petit signe de la main en passant devant elle, mais ne s’arrêta pas.

— Une seconde, Nico ! s’écria-t-elle. Il y a quelqu’un qui veut te voir.

— Pas le temps, Min, je vais me débarrasser de ce satané rapport pendant que j’en ai encore le courage.

Sur ces mots, il poursuivit son chemin vers son bureau.

Il avait à peine eu le temps d’enlever son manteau que son téléphone sonnait. Il s’assit et décrocha.

— Oui ?

— Nico, cela fait une heure qu’elle t’attend. Elle affirme avoir besoin de tes services, mais refuse de m’en dire plus. Et comme Stella n’est pas là…

« Elle » ? Une femme ?

Il n’avait pourtant remarqué personne dans les fauteuils de la réception, en arrivant. Il tourna la tête et regarda à travers la vitre. Ses yeux glissèrent d’abord sur trois fauteuils vides, puis s’écarquillèrent, s’attardant sur le quatrième. Une femme… ? Dans une dizaine d’années peut-être, mais pour le moment, les pieds de l’enfant ne touchaient même pas le sol.

— Très drôle…, dit-il dans le combiné. Tu diras à Stella que j’ai marché dans sa combine pendant au moins dix secondes.

Et il raccrocha tout en se penchant vers son tiroir.

En relevant la tête, il croisa le regard bleu perçant de la fillette. Mais elle ne bougea pas. Apparemment, la plaisanterie n’était pas encore finie.

Malheureusement, il n’avait pas le temps de rire aujourd’hui, songea Nico. Décrochant énergiquement son téléphone, il appela Min.

— Ne me passe aucun appel pendant une heure, je ne suis là pour personne.

— Et la petite ?

— Elle attendra, répondit-il sur un ton neutre, coupant net à la tentative de sa secrétaire de prolonger le jeu.

Puis il raccrocha, alluma son ordinateur, entra son mot de passe et se plongea dans son rapport.

Dix minutes passèrent, puis quinze. Rien à faire. Il ne parvenait pas à synthétiser son dossier. S’il continuait ainsi, son rapport ferait au moins trente pages et ce n’était pas ce qu’on lui demandait. En même temps, dès qu’il essayait de résumer, il omettait des détails importants. Il tendit la main vers ses cigarettes, mais celle-ci ne rencontra qu’un paquet vide. Quand avait-il fumé la dernière ?

Tapotant nerveusement son stylo contre sa joue, il jeta un regard en coulisse vers l’aire de réception. La fillette était toujours là. Tout en soupirant, il se replongea dans son travail.

Dix minutes plus tard, il se laissait aller en arrière contre le dossier de son siège en pestant. Décidément, ce n’était pas son jour.

Se décalant légèrement vers la gauche, il repoussa ses dossiers et décrocha de nouveau son téléphone tout en évitant soigneusement de regarder la gamine, dont il présumait qu’elle ne l’avait pas quitté une seconde des yeux depuis son arrivée.

Il appuya, agacé, sur le bouton de son Interphone.

— Ecoutez, Mindy, déclara-t-il dès que la secrétaire eut répondu, la plaisanterie a assez duré. Donnez à la petite le dollar que vous lui avez promis et renvoyez-la chez elle.

— Je vous jure qu’il ne s’agit pas d’une blague, Nico. Elle est là depuis le début de l’après-midi et ne veut parler qu’à vous. Vous pouvez me croire !

Il laissa échapper un soupir d’exaspération et tourna son regard vers l’enfant. Quel âge pouvait-elle avoir ? Sept ans ? Huit ? Comme ses nièces. Que faisait-elle, toute seule, à son âge, sans un adulte pour la surveiller ?

— Ecoutez, Min, reprit-il sur un ton patient, je peux comprendre que votre baby-sitter vous ait fait faux bond et que vous ayez été obligée d’amener votre fille au bureau. Cela dit…

— Cette petite n’est pas ma fille ! répliqua Mindy, apparemment aussi exaspérée que lui. Elle prétend s’appeler Krystal Harper et refuse de partir tant qu’elle ne vous aura pas vu.

A cet instant, deux employés traversèrent le hall de réception et jetèrent un regard étonné à la fillette avant de tourner la tête vers Nico.

S’il s’agissait d’une blague, ils n’étaient manifestement pas au courant.

Plissant les lèvres avec agacement, Nico baissa les yeux vers son écran. Il n’avait pas avancé.

— Très bien, Mindy, déclara-t-il dans un soupir, faites-la entrer. Mais je vous préviens, si vous me refaites un coup pareil, je vous renvoie.

— Impossible, répliqua-t-elle avec un calme souverain, puisque ce n’est pas vous qui m’avez engagée.

* * *

Quelques secondes plus tard, Krystal Harper pénétrait tranquillement dans le bureau de Nico.

Elle dut prendre appui sur les bras du fauteuil pour se hisser dedans et, une fois assise, croisa ses petites jambes chaussées de rose.

Nico s’éclaircit la gorge et lui jeta un regard sévère.

— Tu es dans un endroit où tout le monde travaille, tu sais, et je suis moi-même très occupé.

— Je sais, je t’ai vu à la télé, répondit-elle avec un large sourire, révélant un espace vide à la place de ses deux dents de devant. Ils ont dit que t’avais résolu un problème auquel la police ne comprenait rien.

Nico hocha la tête et, pour l’impressionner autant que pour se moquer d’elle, plissa les lèvres à la Humphrey Bogart.

— Et alors, petite ? Tu as un crime à résoudre ? Quelqu’un a tué ta poupée ?

S’il avait voulu la déconcerter, c’était raté, car la gamine éclata de rire. Quelque chose céda alors dans le cœur de Nico. A quoi bon la prendre de haut ? Après tout, elle n’était qu’une enfant et, en temps normal, il aimait beaucoup les enfants.

Se penchant en avant, il posa les coudes sur son bureau et demanda plus gentiment :

— Pourquoi une petite fille comme toi aurait-elle besoin des services d’un détective privé comme moi ?

— Pour être le garde du corps de ma mère, répondit-elle, l’air grave.

— Ta mère ? s’exclama Nico, intrigué malgré lui. Pourquoi penses-tu qu’elle a besoin d’un garde du corps ?

Elle se pencha en avant, l’imitant sans le vouloir.

— Parce qu’elle reçoit des lettres affreuses et des coups de téléphone, et qu’elle n’a rien dit à la police bien qu’elle travaille beaucoup avec elle, et qu’elle est nerveuse et tout le temps effrayée.

— Elle est flic ?

— Non, elle est procureur à la Division criminelle du comté.

La fillette avait parlé sans bafouiller, comme une grande personne.

Une avocate… Nico plissa les lèvres. Ce n’était pas précisément son genre. La plupart d’entre elles ressemblaient à des barracudas, devenant, dès qu’elles s’approchaient de la barre pour plaider, aussi masculines qu’il était possible à une femme de le devenir.

— Ecoute, gamine, si ce que tu dis est vrai, pourquoi ta mère ne va-t-elle pas trouver elle-même la police ? Elle jouirait d’une protection gratuite alors que moi, je ne travaille pas pour rien.

Krystal plissa sa petite bouche avec impatience.

— Parce qu’elle ne veut pas en parler aux gens qui travaillent avec elle.

— Et pourquoi ?

Elle lui jeta un regard impatient.

— A la télé, ils disaient pourtant que tu étais intelligent…

Elle avait l’air si déçue que Nico décida aussitôt de changer de tactique. L’histoire de cette petite fille l’intriguait. De plus, il n’avait rien de prévu pour ce soir et pourrait rattraper son retard plus tard.

— Ma mère, reprit Krystal, travaille avec deux autres dames dans son service, et tout le monde sait que les femmes doivent œuvrer deux fois plus que les hommes pour s’imposer dans leur job. Nous vivons dans un monde fait par les hommes, pour les hommes et où les femmes doivent mener une bataille de chaque minute pour réussir à s’imposer.

Nico resta tout d’abord muet de stupeur, partagé entre le rire et l’admiration. Ce n’était pas possible ! Comment une gosse de huit ans pouvait-elle s’exprimer ainsi ? Il hocha la tête. Dotée d’une bonne mémoire, Krystal avait vraisemblablement répété par cœur un discours entendu à maintes reprises. Mais comprenait-elle ce qu’elle disait ? A son air sérieux et pénétré, il aurait juré que oui.

Pas difficile, en tout cas, d’imaginer la mère : coupe de cheveux ultracourte, tendance à l’embonpoint, vêtue de tailleurs de flanelle et équipée de chaussures pour pieds sensibles. Dommage pour l’adorable petite chose qu’il avait devant lui car elle ne tarderait pas à l’imiter.

— Ecoute, Krystal Harper… C’est bien ton nom, n’est-ce pas ?

— Oui. Et ma maman, c’est Dana Harper.

Nico eut un petit tressaillement. Dana Harper… Bien sûr… Il aurait dû faire le rapprochement. Elle faisait pas mal parler d’elle en ce moment dans les médias, où on la donnait favorite pour succéder à John Yearling au Sénat.

Mais cela ne changeait rien. Signer un contrat avec une gamine de huit ans, fût-elle fille d’une future sénatrice, était totalement impossible.

— Il y a un problème, déclara-t-il gravement.

— Ah ?

— Ici, à l’agence, il n’y a pas de gardes du corps mais des détectives, or…

Il s’interrompit brusquement.

— Mais…, dis-moi, comment sais-tu que ta mère reçoit des lettres de menace ? Elle te l’a dit ?

La gamine se tortilla sur son siège, mal à l’aise.

— Je, j’en ai vu une. Je sais aussi qu’elle reçoit des appels parce que, quand elle raccroche, elle a l’air effrayée même si, après, elle fait comme si de rien n’était.

— Je vois. Malheureusement, je ne peux pas t’aider. Tu n’es pas majeure et il faut l’être pour engager un détective privé.

Là-dessus il se tut, ravi de sa sortie. L’argument était imparable.

Mais son contentement fut de courte durée. Car aussitôt, la petite fille fondit en larmes.

Il la considéra, complètement dérouté. Une larme, la plus grosse qu’il ait jamais vue, déborda de l’œil de Krystal et roula sur sa joue veloutée sans presque la mouiller.

— Ecoute, petite… Krystal… S’il te plaît, ne…, je…, voyons…

Il quitta son siège et s’accroupit près d’elle.

— Je ne supporte pas de voir pleurer un enfant. Si tu arrêtes, je te promets de trouver un moyen de t’aider.

Il poussa vers elle la boîte de mouchoirs en papier posée sur son bureau.

— Tu… vas m’aider ? demanda-t-elle entre deux hoquets.

— Oui. D’abord, je vais te raccompagner chez toi et parler à ta maman. Après tout, c’est elle que tout cela regarde.

Krystal hocha la tête.

— D’accord. Elle va être contente d’avoir quelqu’un comme toi pour la protéger.

Nico retint une petite moue. Quelque chose lui disait que Dana Harper n’avait pas besoin des hommes ou, du moins, qu’elle en était persuadée. Et il n’avait guère envie de se confronter à sa misandrie. En même temps, il n’avait pas le choix.

Il prit la main de l’enfant avec résolution.

— Allez, viens. On va arranger ça.

* * *

— Partie ? Comment cela « partie » ? Partie où ?

Dana Harper agrippa le rebord de la table avec colère.

— Madame Johnson, s’il vous plaît, je vous demande de me dire où est Krystal.

La gouvernante s’écroula sur l’un des sièges de la cuisine et secoua la tête, ses yeux bleus noyés de détresse.

— Elle a dit qu’elle allait chez les Halyard pour jouer avec Kim et qu’elle serait de retour avant vous. Mais quand l’horloge a sonné six coups, elle n’était toujours pas rentrée. Je suis donc allée la chercher car je vais à mon club de bridge ce soir, vous vous rappelez…

— Oui, oui, madame Johnson, je m’en souviens, mais Krystal ?

— Eh bien, elle n’était pas là-bas.

— Vous voulez dire qu’elle était déjà partie ? Elle devrait donc être ici…

Mme Johnson enfouit les mains dans son tablier et secoua la tête. Une mèche de cheveux gris s’échappa de son chignon.

— Ce n’est pas cela. Mme Halyard m’a dit que Krystal n’était pas venue chez elle.

— Pas du tout ?

— Pas du tout.

— Mais… où… ?

— Je ne sais pas. J’allais appeler chez son autre amie quand vous êtes arrivée.

— Oh, mon Dieu ! s’écria Dana en se ruant sur le téléphone. Je vais appeler chez les Montford. Pendant ce temps, allez voir si elle n’est pas chez les Barnes, de l’autre côté de la rue.

Elle venait d’obtenir une réponse négative de la part du père de Terri Montford et s’apprêtait à composer le numéro des Smalley quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. Elle raccrocha en hâte et se précipita vers la porte, le cœur battant à se rompre.

Le visage de son visiteur disparaissait presque sous les bords de son Stetson. Il était grand et bouchait complètement la vue. Dana était si surprise qu’elle mit quelques secondes avant d’apercevoir Krystal.

Le soulagement, la peur, la rage et l’hystérie s’emparèrent d’elle tout à la fois. Elle souleva Krystal de terre, ne songeant qu’à l’éloigner de l’inconnu, et la serra contre elle.

— Maman ! s’écria alors la petite, tu m’étouffes, je ne peux plus respirer !

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