L'agence de Mme Evensong (Tome 1) - Dans les bras d'une héritière

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Depuis un an, Louisa Stratton sillonne l’Europe au volant de sa voiture. Pour jouir d’une telle liberté, la jeune héritière a dû écrire à sa famille qu’elle s’était mariée. Sauf que maintenant elle doit revenir en Angleterre au bras de Maximilian, l’époux parfait… qui n’existe pas. Heureusement, l’agence Evensong va lui en fournir un : le capitaine Charles Cooper, ex-officier de la guerre des Boers. Louisa déchante en faisant sa connaissance. Comment cet individu imbibé de gin pourrait-il incarner le très aristocratique Maximilian ? Elle ignore que Charles a bien des talents cachés et qu’à Rosemont, le domaine où règne sa terrible tante, il sera son seul rempart contre un terrible complot…
Publié le : mercredi 4 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290090039
Nombre de pages : 416
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Maggie Robinson
Auteure de romance historique légère et sexy, elle écrit égale-ment de la romance historique érotique sous le pseudonyme de Margaret Rowe. Elle a été finaliste pour le prix Romantic Times. Elle vit dans le Maine.
Dans les bras d’une héritière
MAGGIE ROBINSON
L ’ A G E N C E D E M M E E V E N S O N G – 1 Dans les bras d’une héritière
Traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Anne Busnel
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Titre original IN THE ARMS OF THE HEIRESS
Éditeur original The Berkley Publishing Group published by the Penguin Group (USA) Inc. Maggie Robinson, 2013 Pour la traduction française Éditions J’ai lu, 2014
1
Début novembre 1903, Nice, France
Chère tante Grace,
C’est le cœur bien lourd que je vous écris pour vous annoncer que mon époux bienaimé, Maximilian, est mort…
— Vous n’allez quand même pas le tuer ? s’écria Kathleen, horrifiée, dans le dos de Louisa. Sa femme de chambre avait la désagréable manie d’arriver sans crier gare. Contrariée, Louisa Stratton tamponna à l’aide d’un buvard le pâté d’encre qui ornait désormais sa feuille. — Nous parlons de quelqu’un qui n’existe pas, lui rappela-t-elle. Kathleen alla ouvrir la porte-fenêtre de la terrasse qui donnait sur la Méditerranée. La brise humide qui s’infiltra dans la chambre faillit emporter le papier. Le sud de la France était censé bénéficier d’un climat doux, or il faisait un froid de canard. — Comment allez-vous le faire mourir, alors ? s’enquit Kathleen.
7
— Je ne sais pas encore. Avalanche ? Accident ferroviaire ? Pourquoi ce cher Maximilian ne se serait-il pas adonné à l’alpinisme quand il ne visitait pas les musées, superbe dans ses culottes de peau moulant ses jambes puissantes ? Louisa distinguait parfaitement les fines ridules au coin de ses yeux d’un bleu céruléen. À force de plisser les paupières en plein soleil, évidemment. Elle en suivait les sillons du bout du doigt lorsqu’il se penchait sur elle et… Kathleen referma vivement la porte-fenêtre et objecta : — La presse en aurait parlé, non ? — Ah, zut ! Tu as raison, marmonna Louisa. — Cela tombe sous le sens. Vous allez devoir trouver une mort moins sensationnelle. Un souffle au cœur, peut-être ? Ou un panaris mal soigné ? — Oui, excellent ! s’exclama Louisa, ravie. Il cueillait des roses dans le jardin pour me les offrir et il s’est piqué. Une petite épine de rien du tout, mais si dange-reuse. Tu sais comme Maximilian me gâte : un bou-quet par jour, quelle que soit la saison. Il aurait dû penser à mettre des gants. Il avait de si belles mains ! Longues et douces, sans poils sur les phalanges. Oh, il était très doué de ses dix doigts ! ajouta-t-elle avec un sourire entendu. Kathleen fit claquer sa langue d’un air réprobateur. — Non, non, non, ce n’est pas possible. Maximilian Norwich est un homme important. C’est vous qui l’avez voulu ainsi, n’est-ce pas ? Et votre tante n’oublie jamais de lire la rubrique nécrologique. Elle ne comprendrait pas que vous n’ayez pas fait publier l’avis de décès. — C’est juste que j’étais prostrée, l’esprit égaré par la douleur. De toute façon, elle a toujours été persuadée que j’étais à moitié folle. 8
En général, Louisa avait réponse à tout. Si Maximi-lian avait existé, elle aurait vraiment été anéantie, elle en était certaine. On ne perd pas de bonne grâce l’amour de sa vie. Effondrée, elle aurait gardé le lit des semaines durant, des mois peut-être. Voire des années. Elle aurait pleuré son cher époux encore plus long-temps que la reine Victoria n’avait pleuré feu le prince Albert. Sauf qu’elle aurait porté des robes de deuil bien plus seyantes. Elle se voyait, dolente au fond de son lit, l’appétit coupé, environnée de montagnes de mouchoirs froissés, tandis que Kathleen s’arrachait les cheveux de désespoir et remportait les plateaux intacts. Rongée de l’intérieur, paralysée par une stupeur mélancolique, Louisa ne répondait même pas à ses réprimandes. Le visage obstinément tourné vers le mur et les motifs du papier peint – flous, bien sûr, à cause des larmes qui lui embuaient les yeux –, elle aurait lutté contre le chant des perfides sirènes qui la poussaient à coudre des pierres dans l’ourlet de sa chemise de nuit pour aller se jeter dans la mer et rejoindre enfin l’être cher… Bien entendu, Kathleen devinerait avant qu’elle ne le mette en œuvre son funeste projet, à cause de ses doigts rougis par les piqûres d’aiguille – Louisa était très mau-vaise couturière, bien que tante Grace se soit évertuée à lui offrir l’éducation d’une vraie dame. On appellerait des médecins à son chevet. Kathleen aurait peut-être même l’idée de faire venir le célèbre Dr Freud de Vienne. — Si vous le tuez, il faudra que vous alliez à Rose-mont en grand deuil, remarqua Kathleen. Et, si je puis me permettre, vous n’ignorez pas que le noir vous donne une mine de déterrée. — Tu te permets toujours tout.
9
L’impertinence était une seconde nature chez sa camériste. Après cinq années passées au service de Louisa, elle était devenue son amie. La meilleure. Et durant la folle année qui venait de s’écouler, grisées de liberté, elles avaient partagé des aventures échevelées – au propre comme au figuré – qui avaient encore ren-forcé leurs liens. Toutefois ces derniers temps Kathleen devenait grin-cheuse. Il y avait un bon à rien là-dessous, Louisa l’aurait parié. Avant leur départ pour l’Europe continentale, cet Écossais, Robertson, qui venait d’être engagé à Rosemont en tant que chauffeur, lui avait fait les yeux doux. Certes, il était plutôt beau garçon, mais Louisa trouvait dommage de renoncer à une si précieuse indé-pendance pour quelques secousses au fond d’un lit. Le sexe était très surfait, somme toute. — Et votre tante veillera à ce que votre vie sociale soit réduite à néant, exactement comme avant, reprit Kathleen, impitoyable dans son rôle de mentor. Deux années d’isolement, vous imaginez ? Pas de visites. Pas de concerts. Pas de conférences. Je doute même qu’elle vous autorise à vous rendre à Londres en journée vous faire arracher une dent. Vous crèverez d’ennui en un rien de temps. En noir de la tête aux pieds, en prime ! — Indéniable, murmura Louisa. Elle se mit à mordiller le bout de son stylo plaqué or, qui portait déjà les stigmates de réflexions intenses. Tout aurait été plus simple si, d’entrée de jeu, elle n’avait pas été obligée de s’inventer un mari. Grace avait été scandalisée quand Louisa avait entrepris ce périple européen au volant de son automobile, avec Kathleen pour seule escorte. Sa tante les avait bombar-dées de télégrammes et de missives en poste restante dans lesquelles elle détaillait les mésaventures sordides qui guettaient deux jeunes femmes innocentes sur les routes périlleuses de la vieille Europe. 10
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