L'agence de Mme Evensong (Tome 2) - Accordez-moi une nuit

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La vénérable Mme Evensong dirige la meilleure agence de placement de Londres. C’est pourquoi le baron Alec Raeburn sollicite son aide. Il a besoin d’une actrice pour jouer le rôle d’une héritière ingénue afin de piéger le Dr Bauer qui faisait chanter sa femme et l’aurait tuée. Ce qu’Alec ignore, c’est que sous la perruque de Mme Evensong se cache Mary, la nièce de la vieille dame, qui a repris, en secret, les rênes de l’agence. Elle va donc l’accompagner en Écosse, pour vivre une aventure bien plus trépidante que tout ce qu’il a pu imaginer…
Publié le : mercredi 19 août 2015
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EAN13 : 9782290116555
Nombre de pages : 386
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couverture
MAGGIE
ROBINSON

L’AGENCE DE MME EVENSONG – 2

Accordez-moi une nuit

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Anne Busnel

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Présentation de l’éditeur :
La vénérable Mme Evensong dirige la meilleure agence de placement de Londres. C’est pourquoi le baron Alec Raeburn sollicite son aide. Il a besoin d’une actrice pour jouer le rôle d’une héritière ingénue afin de piéger le Dr Bauer qui faisait chanter sa femme et l’aurait tuée.
Ce qu’Alec ignore, c’est que sous la perruque de Mme Evensong se cache Mary, la nièce de la vieille dame, qui a repris, en secret, les rênes de l’agence. Elle va donc l’accompagner en Écosse, pour vivre une aventure bien plus trépidante que tout ce qu’il a pu imaginer…
Biographie de l’auteur :
Auteure de romance historique, elle écrit également sous le pseudonyme de Margaret Rowe. Elle a été finaliste pour le prix Romantic Times. Elle vit dans le Maine.

Maggie Robinson

Auteure de romance historique légère et sexy, elle écrit également de la romance historique érotique sous le pseudonyme de Margaret Rowe. Elle a été finaliste pour le prix Romantic Times. Elle vit dans le Maine.

Du même auteur
aux Éditions J’ai lu

L’agence de Mme Evensong

 

Dans les bras d’une héritière

N° 10992

 

Accordez-moi une nuit

N° 11170

1

Mount Street, Londres, le 31 mai 1904

Mary Evensong était fatiguée.

Elle en avait assez de ces lunettes à verres fumés qui masquaient ses yeux verts. Assez de cacher ses cheveux auburn sous une perruque grise qui la grattait. Assez de ces tonnes de soucis qui arrivaient par la poste chaque matin.

Et surtout, elle en avait assez de sa tante Mim, qui était la vraie Mary Evensong, l’originale en tout cas, et refusait de prendre sa retraite.

Chaque jour, quand Mary fermait les bureaux de l’agence Evensong pour rejoindre leur élégant appartement, situé à l’étage supérieur, elle devait affronter un déluge de questions de sa tante, que son pied goutteux rendait acariâtre.

C’était à cause de ce maudit pied que tout avait commencé. Après une carrière satisfaisante de gouvernante chez un duc, Mim avait fondé cette agence de placement en 1888. Depuis elle régentait la vie des gens qui requéraient ses services.

Au lieu de se prélasser dans le charmant cottage que le duc, après quarante années de bons et loyaux services, lui avait offert pour son cinquante-cinquième anniversaire, Mim l’avait vendu. Ses économies en poche, elle s’était installée à Londres et avait démarré son affaire, forte de ses années d’expérience qui lui permettaient de satisfaire les exigences des bonnes – et moins bonnes – maisons toujours à la recherche de personnel fiable.

Mim était également la bonne fée des débutantes. Elle avait réussi à trouver un mari aux cinq filles d’un duc, lesquelles étaient pourtant exigeantes. Des nuits entières, elle avait discuté avec ces demoiselles de l’humeur versatile des messieurs. Sa rigueur, sa débrouillardise et son bon sens faisaient d’elle une perle rare, indispensable pour résoudre les problèmes domestiques divers et variés.

Mais un matin de l’année 1900, à l’aube d’un nouveau millénaire, son gros orteil s’était mis à l’élancer douloureusement ; puis bientôt les autres orteils ; et la cheville. Désormais, tante Mim avait beaucoup de mal à quitter son fauteuil. Le simple fait de boitiller jusqu’à la fenêtre lui coûtait beaucoup. Dans ces conditions, il était impensable qu’elle descende au rez-de-chaussée afin d’auditionner un valet en quête d’un emploi, ou de recevoir une matrone atterrée par la tocade de sa fille pour un musicien sans le sou qui s’obstinait à jouer du jazz plutôt que du Strauss.

Quatre ans plus tôt, Mim avait donc invité Mary, sa nièce, qui portait le même nom qu’elle, à venir vivre chez elle pour apprendre le fonctionnement de l’agence et être en mesure de prendre le relais.

À l’époque, Mary avait vingt-six ans et était célibataire, comme sa tante qu’on appelait cependant « madame » à titre honorifique quand elle occupait la fonction de gouvernante chez le duc.

Mary avait accepté de prendre les rênes de l’agence car elle n’avait pas de meilleure perspective en vue. À la mort de ses parents, son frère avait repris l’épicerie familiale et il lui avait demandé de tenir la caisse. Au mieux, l’avenir qui s’annonçait était celui d’une parente pauvre qu’on logeait gratuitement en échange de menus services, en particulier la surveillance de ses neveux, d’insupportables petits diables.

Mary était pragmatique et raisonnable. L’idée d’une nouvelle vie à Londres l’avait séduite. Cela lui épargnerait les grenouilles dans son lit et la présence d’une belle-sœur bavarde et autoritaire. L’odeur du melon pourri et du graillon ne lui manquerait pas, aussi avait-elle raccroché son tablier sans états d’âme.

Mais une fois qu’elle fut arrivée en ville, les projets de Mim lui avaient paru moins mirifiques. Sa tante voulait se convaincre qu’un beau jour un miracle surviendrait et que son pied retrouverait sa taille normale, ce qui lui permettrait de retrouver sa place derrière son grand bureau d’acajou.

Bien qu’ayant dépassé les soixante-dix ans, elle n’envisageait pas que l’agence puisse tourner sans elle et sa remarquable sagesse. Sa présence, estimait-elle, était indispensable pour conserver la confiance d’une clientèle fortunée.

En dépit de son grand front et de son regard pétillant d’intelligence, la jeune Mary ne pouvait prétendre posséder la sagesse d’une vieille dame. De plus, elle était rousse, or certains tenaient les roux pour des gens peu équilibrés. Et sa petite taille était un handicap, même s’il est vrai que tante Mim, qui n’était pas plus haute, intimidait même les plus arrogants.

L’idée du déguisement s’était donc imposée tout naturellement. Si l’agence Evensong devait poursuivre ses activités et prospérer, Mary devait se glisser dans la peau de sa tante. Elle se retrouva ainsi affublée d’une perruque grise et de grosses lunettes fumées. C’était temporaire, bien sûr, lui assura Mim. Dès qu’elle serait de nouveau sur pied – au sens littéral –, elle reprendrait ses fonctions au sein de l’agence. En attendant, personne ne se douterait de la supercherie, Mary n’avait aucun souci à se faire. Il y avait des vieilles dames à chapeau plein les rues, et qui les regardait ?

Une armée de médecins avait été consultée depuis, et il apparaissait que tante Mim n’était pas plus près de danser la valse que de descendre l’escalier qui menait à l’agence.

Mary, elle, n’avait jamais l’occasion de danser. Elle était trop occupée à jouer les vieilles dames et à perfectionner son rôle davantage chaque jour.

Cela ne pouvait plus durer. Il fallait faire quelque chose.

Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui… elle avait d’autres chats à fouetter.

Quelqu’un tapota contre la vitre en verre cathédrale enchâssée dans la porte du bureau. L’instant d’après Oliver Palmer, le jeune assistant, glissa sa tête blonde dans l’entrebâillement :

— Lord Raeburn demande à vous voir, madame.

Le bel Oliver avait des manières irréprochables. Il faisait toujours excellente impression et savait se montrer d’une discrétion absolue. Et s’il soupçonnait Mary de n’être pas celle qu’elle prétendait être, il n’en avait jamais soufflé mot. Lui-même avait ses petits secrets.

Le jour où Mary lui avait accordé un entretien d’embauche, Oliver s’était montré franc. Il n’avait pas un sou en poche et il avait faim. Bien qu’il soit venu postuler à un autre emploi, Mary l’avait engagé pour être son assistant personnel. Et aujourd’hui, elle aurait été incapable de se passer de lui.

Oliver savait prendre le pouls de la haute société en restant à l’affût de la moindre rumeur. C’est lui par exemple qui avait fourni les coupures de presse concernant lord Raeburn, même si Mary n’avait nul besoin de ce pense-bête, car elle se rappelait parfaitement les mauvais clichés entrevus à la une des journaux un an plus tôt.

Il était question d’un « accident » – les guillemets n’y étaient pas mais c’était tout comme. De fenêtre ouverte. De preuves insuffisantes.

— Seigneur ! De quoi ai-je l’air ? s’inquiéta-t-elle.

Puis elle se mordit la langue. Jamais elle ne posait une question pareille à son assistant quand elle recevait un client, fût-il un aristocrate de très haut rang. Et lord Raeburn n’était que baron, après tout. De surcroît, vu les événements relatés dans la presse, quelle femme convenable se serait souciée de son opinion ?

— Vous êtes parfaite, comme toujours, madame Evensong. Ce chapeau vous va à ravir.

C’était certes ridicule de garder son chapeau à l’intérieur, mais les épingles judicieusement placées maintenaient la perruque bien droite.

— Faites-le entrer. Et servez-nous du thé, s’il vous plaît.

— À votre place, je lui proposerais un whisky.

— Vous avez sans doute raison. Faites donc, Oliver.

Il y avait une carafe de pur malt quelque part, dans un placard. À l’agence Evensong, on parait toujours à toute éventualité. Durant les quatre années écoulées, Mary avait déniché des maris à des héritières, des valets à des vicomtes, et même une vachère à une marquise qui, au grand désespoir de sa cuisinière, avait décidé d’installer une vache Hereford dans sa cuisine. L’agence Evensong était connue pour réussir là où les autres échouaient, ainsi que le proclamaient ses encarts publicitaires : Pour vous et depuis 1888, l’agence Evensong réalise l’impossible !

Certains membres de l’aristocratie, telle cette marquise amateur de lait frais, étaient célèbres pour leurs excentricités. Lord Alec Raeburn appartenait à une autre catégorie. Et les raisons de sa célébrité alimentaient à juste titre l’appréhension de Mary. Cet homme ne se serait pas déplacé en personne s’il avait eu un simple problème d’ordre domestique. Sa visite devait donc être de nature plus personnelle.

Mary doutait qu’il soit à la recherche d’une nouvelle épouse. Son veuvage était trop récent et le scandale qui en avait découlé n’était pas près de s’apaiser. Elle n’avait certes pas la naïveté de croire qu’il vivait dans la chasteté, mais qu’il vienne requérir ses talents de marieuse lui semblait prématuré.

Elle se racla la gorge, pianota du bout des doigts sur le plateau du bureau. Dans ses gants de chevreau, ses paumes étaient moites. Mais elle n’avait pas le choix, elle était obligée de cacher ses mains lisses.

Dans la pièce voisine, le cliquètement des machines à écrire s’interrompit. L’entrée de lord Raeburn n’avait pas dû passer inaperçue des dactylos, devinait-elle ? « Pourvu que ces sottes ne se pâment pas », se dit-elle. Puis Oliver ouvrit la porte du bureau pour introduire le visiteur, et elle faillit bel et bien se pâmer.

Comment ne pas remarquer un tel homme ? Il aurait fallu être aveugle ou morte pour ne pas réagir à sa présence physique. Tout d’abord parce qu’il avait presque la stature d’un géant, au sens le plus fascinant du terme.

Un jour, à la foire, Mary avait vu une attraction intitulée « L’homme le plus grand d’Angleterre ». Mais ce dernier aurait également pu concourir pour un premier prix de laideur. Alors qu’il n’y avait rien de laid chez lord Raeburn. Sauf peut-être sa tenue.

Il portait un kilt coupé dans le tartan de son clan, un mélange pas très heureux de jaune et de noir qui évoquait un essaim de guêpes en colère. Toutefois sa veste noire soulignait ses épaules massives et s’harmonisait avec ses cheveux plutôt longs et sa barbe bien taillée.

Mary se méfiait des hommes à barbe, mais son instinct lui soufflait que celle de lord Raeburn n’était pas là pour dissimuler un menton fuyant.

Il posa sur elle un regard sombre, aussi perçant qu’inquisiteur, tandis qu’elle se levait en trébuchant pour lui tendre la main.

— Bonjour, lord Raeburn, articula-t-elle d’une voix brusque censée lui redonner de l’assurance. Asseyez-vous, je vous en prie. Oliver, voulez-vous nous apporter des rafraîchissements ?

Elle-même n’aurait pas refusé à un petit remontant. Elle se sentait un peu comme une écolière gloussant devant un bellâtre. Sauf que le baron était magnifique. Pas étonnant que les femmes tombent à ses pieds comme des mouches.

Et par la fenêtre.

Lord Raeburn prit place dans le fauteuil en cuir réservé aux clients qui se révéla un peu étroit pour quelqu’un d’une telle carrure.

— Merci de me recevoir au débotté. Je dois rentrer en Écosse d’ici quelques jours, et je dois absolument savoir auparavant s’il vous sera possible de m’aider.

— Et que pouvons-nous faire pour vous, milord ?

— Peut-être pas grand-chose. Mais j’aimerais au moins que vous essayiez. Je ne tournerai pas autour du pot. Pensez-vous que j’aie assassiné ma femme ?

Mary retint son souffle, puis gagna un peu de temps en demandant à son tour :

— Mon avis sur la question importe-t-il vraiment ?

— Cela se pourrait. Si vous vous contentez de prendre mon argent sans traiter ma demande, il n’est pas utile que je vous engage, pas vrai ? Nous autres Écossais n’aimons pas perdre notre temps. Ni notre or.

Mary se raidit.

— Je peux vous certifier que l’agence Evensong n’accepte pas les dossiers de ses clients simplement pour leur faire plaisir et remplir son compte en banque. Si c’est dans le domaine du possible, nous ferons tout pour remplir notre mission.

— Vous ne me direz donc pas si vous avez des soupçons à mon égard.

— Je crains de ne pas être suffisamment familiarisée avec l’affaire en question, mentit Mary.

En réalité, Oliver avait constitué un dossier qui était rangé avec les autres sous son bureau. Lord Raeburn en avait un à lui seul.

Son assistant choisit cet instant pour revenir avec un plateau en argent sur lequel se trouvaient une carafe de whisky et une jolie théière. Dans le silence qui était retombé, il fit le service. Mary, qui préférait garder les idées claires, opta pour une tasse d’oolong. À sa grande surprise, lord Raeburn l’imita.

— Merci, Oliver. Ce sera tout.

— Je reste à côté au cas où vous auriez besoin de moi, madame. Juste à côté, précisa Oliver.

Lord Raeburn lui adressa un sourire narquois.

— Ne vous inquiétez pas, mon garçon, je ne vais pas me jeter sur votre patronne. Je suis peut-être un soudard aux yeux du monde, mais je respecte certains critères de sélection.

Pouvait-on se montrer plus mufle ?

Mary n’aurait pas dû se sentir offensée – après tout, elle était grimée et fagotée pour ressembler à une vieille rombière. Il n’empêche que la femme de vingt-neuf ans cachée sous cet énorme chapeau était quand même un tantinet vexée.

Elle reposa sa tasse d’un mouvement un peu vif et quelques gouttes éclaboussèrent la soucoupe.

— Peut-être pourriez-vous m’exposer l’objet de votre visite.

— Il me faut une femme, pour un mois.

Frémissante d’indignation, Mary se dressa de toute sa modeste taille.

— Nous ne sommes pas ce genre d’agence ! Je vous souhaite une bonne journée, lord Raeburn.

— Inutile de monter sur vos grands chevaux. Asseyez-vous. Je me suis mal exprimé. Je souhaite engager une jeune femme pour infiltrer la clientèle de ce nouveau centre d’hydrothérapie, le Forsyth Palace Hotel. Il se trouve en Écosse. En avez-vous entendu parler ?

Évidemment. À l’ouverture de l’établissement, l’année passée, des annonces publicitaires pleine page avaient envahi les journaux londoniens. L’hôtel, dont l’architecture copiait celle des baronnies écossaises, avait une capacité d’accueil de deux cents personnes, auxquelles il offrait de luxueuses prestations, dont divers traitements d’hydrothérapie pour les clients à la santé précaire.

Mary avait même songé à y envoyer sa tante, mais jamais cette dernière ne l’aurait laissée seule à la tête de l’agence. Il fallait admettre qu’elle lui dispensait des conseils avisés. Elle était d’une redoutable perspicacité, surtout en ce qui concernait les clients les plus retors. Et lord Raeburn allait peut-être rejoindre cette liste, si Mary parvenait à comprendre ce qu’il souhaitait exactement.

— Vous avez employé le mot « infiltrer ». Pourquoi ne pas engager un détective ? Je connais plusieurs agences de bonne réputation dont je peux vous communiquer les coordonnées.

— Ce sont tous des hommes, madame Evensong. J’ai besoin d’une femme afin de piéger le médecin qui fait partie de la direction de l’établissement. L’homme qui est responsable de la mort de ma femme.

Mary fit tourner sa tasse entre ses mains. Dieu qu’elle aurait aimé être capable de lire dans les feuilles de thé…

— Pourquoi ne pas vous adresser aux autorités pour leur faire part de vos suspicions ?

— À quoi bon ? La police me croit coupable. Si on ne m’a pas arrêté, c’est uniquement par manque de preuves. Mais je sais, moi, que ma femme a été séduite par ce fils de p… par cette ordure, ce Josef Bauer, cracha-t-il. Edith tenait un journal intime dans lequel elle a tout raconté. Il l’a séduite, puis l’a fait chanter et lui a extorqué une fortune.

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