L'amour… non merci !

De
Publié par

Le séduisant Cade Morgan, célèbre avocat de Chicago, a besoin de l’aide de Brooke Parker pour faire tomber un sénateur corrompu. Brooke, elle-même brillante avocate au sein de la chaîne de restauration huppée Sterling Restaurants, n’aura qu’à placer un micro à la table qu’a réservée le sénateur dans l’un des restaurants 5 étoiles de Sterling.
La rencontre entre Brooke et Cade fait des étincelles et, d’emblée, la coopération s’annonce électrique entre ces deux fortes têtes. Néanmoins, le charme opère… Mais le deal est très clair : il n’y aura strictement rien de sérieux à attendre de cette relation. Ni pour l’un, ni pour l’autre.
Car, comment une femme d’affaires dont les journées ne comptent pas assez d’heures et un homme émotionnellement inaccessible pourraient-ils construire quoi que ce soit de solide ?
Publié le : mercredi 7 janvier 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290086698
Nombre de pages : 288
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

JulieJames
Après des études de droit elle exerce le métier de juriste à la
cour d’appel des États-Unis à Jacksonville en Floride et travaille
en partenariat avec l’une des plus grandes sociétés juridiques du
pays durant plusieurs années. Par la suite, elle se lance dans la
rédaction de scénarios pour le cinéma, et c’est en 2008 qu’elle
publie son premier roman, choisissant ainsi de se consacrer
entièrementàl’écriture.Elleincarnelerenouveaudelaromance
contemporaine, mêlant avec subtilité dans ses livres l’humour, le
suspense et le sentimental. Ses romans sont traduits en seize
langues.L’amour,nonmerci!Du même auteur
aux Éditions J’ai lu
Mon ange gardien
Nº 9600
Conflits, amour et préjudices
Nº 9730
L’homme le plus sexy
Nº 9829
Rendez-vous à risques
Nº 9903
Au péril d’un rendez-vous
Nº 10233JULIE
JAMES
L’amour,nonmerci!
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Carole PauwelsSivoussouhaitezêtreinforméeenavant-première
denosparutionsettoutsavoirsurvosauteurespréférées,
retrouvez-nousici:
www.jailupourelle.com
Abonnez-vousànotrenewsletter
etrejoignez-noussurFacebook!
Titre original :
LOVE IRRESISTIBLY
Éditeur original :
A Berkley Sensation Book,
published by The Berkley Publishing Group,
a division of Penguin Group (USA), New York
© Julie James, 2013
Pour la traduction française
© Éditions J’ai lu, 2014PourElleryRemerciements
Comme pour chacun de mes livres, je veux remercier
plusieurs personnes qui, avec grande gentillesse,
continuent de répondre à chacun de mes mails
enquiquinants dont l’objet est invariablement «Petite
question». Je suis particulièrement reconnaissante à
Kevin
Kavanaughpoursagrandeexpertiseettoutessesanecdotes qui m’ont permis de créer l’univers de Sterling
Restaurants, et aussi à Andy Lansing, qui a
gracieusement pris le temps de discuter avec moi en tant que
conseillerjuridiquedansl’industriedelarestauration.
Ma gratitude éternelle à John, procureur fédéral
adjoint extraordinaire, dont les avis n’ont pas de
prix.
UnementionspécialeàDianaPhungpourm’avoirrendue accro à la série Friday Night Lights qui m’a donné
l’idée de mettre en scène un joueur de football dans ce
livre.MerciaussiàChrisErnstettoutparticulièrement
à Tom Fleming d’avoir partagé avec moi leurs
connaissancesdecejeu.
J’aiaussicettechanceimmensedetravailleravecune
éditricefantastique,WendyMcCurdy,quiacomprisce
que je voulais obtenir avec ce livre et a su m’aider à
atteindre ce but. Merci à Erin Galloway, ma fabuleuse
attachée de presse, et à toute l’équipe de Berkley,
9et aussi à Elyssa Papa et Kati Brown, mes formidables
relectrices, qui ont remonté leurs manches pour
faire
cetravail,enrespectantdesdélaistrèsserrés.
Merciàmesamisetàmafamillepourleursencouragements et à mon mari, mon fils et ma fille de me
donnerenviedesourirechaquejour.
Enfin, merci à vous, chers lecteurs. Vous êtes
formidables. J’aimerais remercier personnellement chacun
d’entrevous
Oh,mais,c’estexactementcequejeviensdefaire!1
— Hé, voici ma cliente préférée! s’exclama le barman
du Shore,alorsqueBrookeParkerseperchaitsurun
tabouret.«MissTacosaupoulet»,c’estcommeçaqueje
vousaisurnommée,ajouta-t-ilavecungrandsourire.
— Je pense qu’on a dû me donner de pires surnoms,
rétorquaBrooke,tandisquelebarmansedéplaçaitvers
lacaisseenregistreusepourfacturersacommande.
Situé à quelques centaines de mètres seulement de
son bureau, sur Oak Street Beach, le restaurant était
l’endroitidéalpourunerapidepause-déjeuner.
Etonyservaitlesmeilleurstacosaupouletdelaville,
cequinegâchaitrien.
— Je prendrai également un smoothie
framboisemangue,dit-elleentendantunbilletdevingtdollars.
— Un smoothie? Mais c’est qu’on fait des folies
aujourd’hui!
Âgé d’environ vingt-cinq ans, les cheveux blonds et le
visage hâlé, le barman avait l’apparence d’un étudiant
récemment diplômé, dont les projets pour l’été se
résumaient pour l’essentiel à jouer au volley-ball sur la
plage.
Il transmit la commande en cuisine et reporta son
attentionsurBrooke.
11— Jecommenceàpenserquejedevraisessayerde
mieux vous connaître, Miss Tacos au poulet. Puisque
nous nous voyons toutes les semaines depuis un mois,
précisa-t-ilenlagratifiantd’unclind’œil.
Détaillant d’un regard appuyé le tailleur gris
anthracitequ’elleportait,ilajouta:
— Quelquechosemeditquevousêtes…avocate.
— Bienvu.
— Je le savais. Je parie que vous faites des étincelles
dansuntribunal.
Brooke retint un sourire. Elle aurait pu éviter à ce
pauvre garçon de se ridiculiser, mais elle s’amusait
tellement.
— En fait, je ne plaide pas, dit-elle, décidant de lui
donner un indice. Je conseille une entreprise basée ici,
àChicago.
Ilsemontraexagérémentimpressionné.
— Voyez-vous ça, mademoiselle l’importante! Quel
genred’entreprise?
— Barsetrestaurants.
— Quelle coïncidence ! Nous travaillons dans le
mêmedomaine.
Prenant appui sur ses coudes, il se pencha au-dessus
du bar et lui adressa un sourire trop charmeur
pour
êtretoutàfaitsincère.Visiblement,ill’avaitsoigneusement travaillé pour soutirer de gros pourboires à la
clientèleféminine.
— C’estmonjourdechance,dit-ild’untonenjôleur.
Peut-êtrepastantqueça…
— Est-ce qu’il n’est pas interdit de flirter avec les
clientes?demandaBrookeenlevantunsourcil.
Il balaya cette remarque d’un sourire nonchalant,
assortid’unhaussementd’épaules.
— En principe, si. Mais pour vous, Miss Tacos au
poulet,jesuisprêtàenfreindretouslesrèglements.
Baissantlavoix,ilajoutasurletondelaconfidence:
12— Mais ne le répétez pas à ces coincés du siège
social.
Brookesemorditlalèvrepournepasrire.Impossible
maintenantdedirelavéritéàcepauvregarçon.
Unevoixinterrompitlecoursdesespensées.
— Alors, on sèche les cours pour l’après-midi,
mademoiselleParker?
Brooke pivota sur son tabouret et découvrit Kurt
McGregor,l’undesdirecteursduShore.
— Malheureusementnon.Jemesuisévadéeletemps
d’unecourtepause.
— J’espère que Ryan s’occupe bien de vous, dit Kurt
endésignantlebarman.
— Ryan s’est montré tout à fait charmant,
affirmat-elle.
— Vous vous connaissez ? demanda l’intéressé,
interloqué.
— On peut dire ça, répondit Kurt en riant. Brooke
Parkerestl’avocate-conseildeSterlingRestaurants.
Une expression de panique remplaça le sourire du
barman.
— C’estpasvrai!Sterling…Monemployeur?
— Lui-même,réponditBrooke.
Lebarmanparaissaitsurlepointdes’étouffer.
— Jevousaitraitéedecoincée.
— Etvousm’avezappelée«Mllel’importante»!
— Jevousenprie,nemerenvoyezpas.
Brookefitmined’yréfléchir.
— C’est assez tentant. Mais renvoyer quelqu’un
demandedestonnesdepaperasse,etjen’aipasenviede
m’embêter avec ça un vendredi après-midi. Je vais
plutôtremettrecettecorvéeàlundi.
En voyant le jeune homme écarquiller les yeux
d’effroi,elles’empressad’ajouter:
— Jeplaisante,Ryan.
Kurttoussotaavecinsistance.
13— Ryan, vous pourriez peut-être aller voir où en est
lacommandedeMlleParker?
— Excellenteidée.
Le barman se redressa, visiblement soulagé de
pouvoirs’éclipser.
— Et c’est parti pour la commande de Miss Tac…
hmm,MlleParker.
Dès que Ryan se fut éloigné, Kurt se tourna vers
Brooke.
— Bon,soyonssérieux.Dois-jelerenvoyer?
— Absolumentpas,voyons.C’étaituneplaisanterie.

Vousrestezunpeuavecnous?Jepeuxvoustrouverunetableavecvuesurlelac,siçavousdit.
Tentée par cette idée, Brooke observa la terrasse
ensoleillée.C’étaitunemagnifiquejournéedejuin,etla
vue sur les majestueux gratte-ciel qui surplombaient
la surface bleutée et miroitante du lac Michigan était
indéniablementl’unedesplusbellesdeChicago.
Aujourd’hui,cependant,ledevoirl’appelait.
À vrai dire, le devoir l’appelait tous les jours. Il lui
avait même attribué une touche de numérotation
abrégée.
— Ce serait avec plaisir, mais j’ai une téléconférence
dans… oh, zut, vingt minutes! dit-elle en consultant
sa
montre.
Deretourdelacuisine,Ryandéposaunsacàemportersurlebar,l’airpiteux,ets’empressadedécamper.
— Cette conférence n’aurait-elle pas, par le plus
grand des hasards, quelque chose à voir avec un
certainmarchéquevousseriezentraindenégocieravecle
StaplesCenter?demandaKurtd’untonmatois.
RiennetransparutsurlevisagedeBrooke.
— Je ne peux ni confirmer ni démentir l’existence
d’untelmarché.
— Vousparlezcommeunevéritableavocate.
14Munie de sa commande, Brooke lui adressa un clin
d’œilavantdesedirigerverslaporte.
— Toujours.
Brooke regagna d’un pas soutenu l’élégant immeuble
de huit étages qui abritait les bureaux de Sterling
Restaurants sur Michigan Avenue, poussa la porte à
tambour,fitaupassageunsignedemainàMac,unretraité
de la police de Chicago reconverti en agent de sécurité,
etsedirigeaverslesascenseurs.
Lorsqu’il lui avait offert le poste d’avocate-conseil,
deux ans plus tôt, Ian Sterling s’était montré très
honnêtequant à ses projets. En l’espacede huitans,il était
passé d’un unique bistro situé au cœur du Chicago
branchéàsixétablissementsciblantchacununtypede
clientèle. Outre le Shore, à l’ambiance estivale et
balnéaire,legroupecomptaitnotammentunpubirlandais
dans la partie sud de la ville. Mais la fierté de Ian était
sans conteste le Sogna, qui venait d’obtenir cette année
unetrèsconvoitéetroisièmeétoileauMichelin.
Beaucoup de restaurateurs s’en seraient contentés.
Mais pas Ian. Il était ambitieux, volontaire, et il avait
des projets. De grands projets. Faisant jouer ses
relations, il avait ainsi proposé au propriétaire de l’équipe
de baseball des Chicago Cubs un service de traiteur
pourleslogesVIPdeleurstade,leWrigleyField.
— Votre mission, si vous l’acceptez, lui avait dit Ian
lesoiroùill’avaitinvitéeau Sognapourluiproposerle
poste,imitantunecélèbrerépliquede Mission
impossible,serademeneràbienledossierWrigley.
— Etensuite?avaitdemandéBrooke.
— Vous ferez partie d’une équipe chargée de bâtir la
future division chargée de promouvoir les services
derestaurationdeSterlingauprèsdescomplexessports
etloisirs.
15Tant d’ambition avait impressionné Brooke. À
l’époque, elle était associée dans le cabinet d’avocats auquel
Ian faisait régulièrement appel et elle savait qu’il
envisageaitdecréerunposted’avocat-conseileninterne.
Elleétaitloind’imaginer,toutefois,qu’ilavaitpenséà
ellepouroccupercettefonction.

Jen’aiquecinqansd’expérience,luiavait-ellerappelé.Celanevousinquiètepas?
— Je vous ai vue plusieurs fois à l’œuvre, Brooke.
Vous savez vous montrer impitoyable quand il le faut
etfairepasserdeshommestroisfoisplusexpérimentés
quevouspourdesgaminsenculottescourtes.
— C’est vrai. Mais j’essaie de ne pas en abuser. C’est
très étrange de négocier dans une salle de classe, vous
savez.
— J’aime votre style, avait commenté Ian en
souriant. Et surtout, je vous apprécie. Je n’ai donc qu’une
seule question à vous poser : pensez-vous avoir les
épaulespourlejob?
La question était directe, mais Brooke n’avait jamais
étédugenreàmâchersesmotsnonplus.
La perspective d’intégrer une jeune entreprise en
plein développement était une opportunité incroyable,
et ce fut avec assurance qu’elle répondit, en regardant
Iandroitdanslesyeux:
— Absolument.
Deuxansplustard,Brooken’avaitaucunregret.
Après avoir finalisé les négociations avec le Wrigley
Field, elle s’était attaquée avec la dream team de Ian,
composée du directeur des ventes et du directeur des
opérations, à l’United Center, quartier général des
ChicagoBullsetdesBlackhawks.
La signature du contrat avait donné lieu à une fête
digne de celle du passage à l’an 2000 au siège de
Sterling.
16Quelques mois plus tard, ils s’étaient rendus à Dallas
etavaientconcluunaccordaveclesCowboys,avantde
convaincreégalementleprestigieuxDodgerStadium.
Durant les négociations avec le Dodger, leur
avocateconseil, une jeune femme avec qui Brooke était
rapidement devenue amie, avait laissé entendre que les
administrateurs de la L.A. Arena Company (qui
possédait le Staples Center, où jouaient à domicile les Los
Angeles Lakers, les Clippers, les Kings et les Sparks)
étaient eux aussi mécontents de leur fournisseur et
avaient décidé d’en changer à l’expiration de leur
contratencours.
La dream team avait donc battu le fer pendant qu’il
étaitchaud.
Etaujourd’hui,àsupposerqu’iln’yaitpasd’anicroche
dans le contrat qu’elle devait signer avec les avocats
représentant la L.A. Arena Company, le Staples Center
allaitvenirs’ajouteràlalistedéjàlonguedeleursclients.
Enrésumé,ilsallaientdesuccèsensuccès.
Travailler chez Sterling Restaurants était tout à la
fois passionnant et absolument épuisant. Brooke ne
comptait plus ses heures, mais elle croyait en cette
compagnieetencequ’elleyfaisait.
En sortant de l’ascenseur au troisième étage, Brooke
emprunta le long couloir qui menait aux bureaux de
Sterling. Poussant la porte en verre dépoli, elle salua la
réceptionniste et, se fiant à la pendule murale, calcula
qu’il lui restait quinze minutes pour déjeuner avant sa
conférencetéléphonique.
— Je suis rentrée, lança-t-elle en passant devant le
bureaudeLindsey,sonassistante.
— Justinaappelé.Ilademandéquevouslerappeliez
dèsvotreretour.
Brooke fut surprise par le message. Cela faisait un
peuplusdequatremoismaintenantqu’ellesortaitavec
17Justin, surnommé « le beau gynéco » et elle pouvait
compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où
ill’avaitappeléeaubureau.
— Oh, j’espère qu’il n’a pas l’intention d’annuler
notre soirée. Nous avons réservé au Rustic House,
ajouta-t-elle, faisant référence à un restaurant
n’appartenant pas au groupe Sterling et connu pour son
interminablelisted’attente.
— Traîtresse ! commenta Lindsey avec un sourire.
VousavezégalementreçuunappeldeCadeMorgan,du
bureau du procureur, ajouta-t-elle en lui tendant
un bout de papier où elle avait inscrit un numéro
detéléphone.
Comme quiconque suivant les informations locales,
Brooke savait qui était Cade Morgan. Brillant
procureur adjoint de Chicago, il s’était fait un nom en
plaidantpourleministèrepublicdansplusieursaffairesde
corruptionauseindugouvernement.
Il avait la réputation d’être intelligent, d’un charme
désarmant face aux juges et aux jurés, et plus coriace
qu’unpitbullàl’encontredelapartieadverse.
Quoi qu’il en soit, Brooke n’avait pas la moindre idée
decequ’ilpouvaitluivouloir.
— A-t-il dit de quoi il s’agissait ? demanda-t-elle à
Lindsey.
— Non.Seulementqu’ilvoulaitquevouslerappeliez
leplusrapidementpossible.
Ce message inattendu procura à Brooke une étrange
sensationdemalaise.
Les affaires traitées par Cade Morgan provoquaient
systématiquement l’intérêt des médias, et son intuition
lui soufflait qu’il ne s’agissait pas d’un appel de
courtoisie.
— Merci,Lindsey.
Elle entra dans son bureau et ferma la porte derrière
elleenessayantdeneplusypenser.
18Pour le moment, elle ne savait pas ce que lui voulait
Morgan,etilétaitinutiledes’inquiéterpourrien.
S’asseyant à son bureau, elle déballa l’un des tacos
et, fidèle à son habitude d’accomplir plusieurs tâches à
la fois, y mordit à pleines dents tout en composant le
numérodeJustinsurhaut-parleur.
— Salut, dit-elle lorsqu’il répondit sur son portable.
Jen’étaispassûrederéussiràtejoindre.
Pour l’avoir souvent vu dans sa blouse blanche, tard
le soir après ses consultations, elle n’avait aucun mal à
l’imaginerdébordantdeséductiondanscettetenue.
— Je suis sorti un instant du bureau pour prendre
l’air,réponditJustin.
Son cabinet d’obstétrique se trouvait à quelques
centaines de mètres du bureau de Brooke, ce qui était
pratique s’ils voulaient déjeuner ensemble. Encore qu’ils
ne l’avaient fait qu’une seule fois, au tout début de leur
relation.
— Je viens de faire admettre une de mes patientes à
l’hôpital, dit-il. Elle a quarante et un ans et souffre de
diabète gestationnel. Comme il s’agit de son premier
enfant, la nuit risque d’être longue. Désolé de devoir
annulerauderniermoment.

Fichusbébés,répliquaBrookesurletondelaplaisanterie.Quelqu’undevraitleurapprendreàcorrigerce
manqued’à-propossystématique.
Malgré sa déception à l’idée de ne pas passer la
soirée avec Justin, Brooke comprenait que des
contretemps professionnels puissent surgir. Elle-même avait
dû décommander deux dîners rien que ce mois-ci à
caused’urgencesdedernièreminuteaubureau.
— Mouais, marmonna Justin, avant de toussoter,
comme s’il hésitait sur la suite à donner à cette
conversation. On dirait que nous avons du mal à nous
retrouvercestemps-ci…
19— Nous pouvons toujours y remédier ce soir, même
sinous ne dînons pas ensemble,
suggéra-t-elle.Envoiemoi un texto dès que tu auras terminé à l’hôpital, et
vienschezmoi.
— Ce ne sera probablement pas avant 2 heures du
matin.
— Jesais.Mais,commec’estleseulmomentoùnous
seronstouslesdeuxdisponibles,c’estçaourien.
— Comment se fait-il que nous soyons incapables
d’accordernosagendas?Lesautresyarriventpourtant.
Un sentiment de malaise envahit Brooke lorsqu’elle
perçutlafrustrationdanslavoixdeJustin.
Çan’allaitpasrecommencer!
— Écoute, je sais que je n’ai pas été très disponible
dernièrement, dit-elle dans un effort pour apaiser la
situation. Mais, tu es médecin et ton emploi du temps
esttoutaussichargéquelemien.
À dire vrai, elle se sentait un peu sur la défensive et
ressentaitlebesoindeprécisercepoint,histoirequeles
chosessoientbienclaires.
— Jesais,soupiraJustin.Cesoir,c’estmafaute.Etla
prochainefois,c’esttoiquiaurasunempêchement.
— Nous en avons discuté quand nous avons fait
connaissance,luirappelaBrooke.
La longue liste de ses échecs en matière de relations
amoureuses l’avait incitée à se montrer franche dès le
débutquantauxexigencesdesontravail.
— C’est vrai, reconnut Justin. Et d’ailleurs, j’ai cru
toucher le jackpot. Je trouvais ça génial que tu ne
t’énerves jamais quand je devais annuler nos plans,
ousij’avaisoubliédet’appeler.Jenet’aipasinvitée
souvent au restaurant et je ne t’ai jamais entendue t’en
plaindre. D’une certaine façon, c’était un peu comme
sortiravecunhomme.
Ehbien,voyons !
20— Je n’ai pas besoin qu’on m’invite, Justin. Je peux
me présenter sans réservation dans huit restaurants
différentsetavoirlepersonnelàmespieds.
— Je suis désolé, Brooke. Mais ça ne me convient
plus. Je t’apprécie beaucoup. Tu es une fille
formidable.Ettuastoujoursdesplacessensationnellespourles
matchs des Cubs. J’adore la farandole des desserts
qu’ilsserventenlogeVIP…
Quellechancedemarquerdespointspourdesdétails
aussivitaux!
— Mais?
— Mais tu sembles ne vouloir te consacrer qu’à ta
carrière pour le moment, ce qui est très bien, ne te
méprends pas, mais tu vois, j’ai trente-quatre ans… Je
commence à penser au mariage, aux enfants… Enfin,
ce que j’essaie de te dire, c’est que je ne vois pas une
femmecommetoimenercegenredevie.
Unefemmecommetoi.
Blessée par ces mots, Brooke resta un instant sans
voix.
— Désolé,jenevoulaispasledireaussibrutalement,
reprit Justin. Mais tu es tellement indépendante que je
me demande parfois si tu ne cherches pas uniquement
desaventuressanslendemain.Jemedemandemêmesi
tuasenvied’avoirunjourdesenfants…
— Une petite minute, ça, c’était la version non
brutale?
— Désolé, répéta-t-il, l’air contrit. Je pense
simplement que nous ne recherchons pas la même chose. Ce
quejeveux…
— C’est une épouse et une mère, l’interrompit
Brooke.J’aicompris.
Tandis qu’un silence embarrassé s’installait, Brooke
consultal’heuresursontéléphone.
— Au risque de passer pour une fille qui ne pense
qu’à son travail, je dois te laisser. J’ai une conférence
21téléphonique avec une équipe d’avocats de Los Angeles
dansquelquesminutes.
— Je comprends. Fais ce que tu as à faire. Au revoir,
Brooke.
Après avoir raccroché, elle fixa un long moment le
téléphone.
Unefoisencore,ellevenaitdemordrelapoussière.
C’était sa troisième rupture depuis ses débuts chez
Sterling Restaurants. Toutes ses relations semblaient
suivre le même schéma. Au début, tout était
formidable. Puis, aux alentours du quatrième mois, les choses
commençaientàmaltourner.
L’interphone grésilla sur le bureau de Brooke,
interrompantsespensées.
— J’ai Jim Schwartz, Eric Keller et Paul Fielding
en ligne, annonça sa secrétaire, faisant référence à
l’avocat-conseil d’Arena et aux deux avocats d’un
cabinetextérieurquilesreprésentaient.Jevouslespasse?
Bien. Il était temps de se remettre au travail. Elle se
lamenteraitsursonsortplustard.
Tandis qu’elle écartait son repas auquel elle avait à
peine touché et tendait la main vers son téléphone,
Brooke remarqua la note sur son bureau et réalisa
qu’elleavaitoubliéderappelerlebureauduprocureur.
Tantpis!CadeMorganattendrait.
Invitant sa secrétaire à lui transférer l’appel, elle
insufflaunenoteréjouieàsavoix.
— Commentvontmesconfrèrescalifornienspréférés?
Que le spectacle continue, comme on disait à
Hollywood…2
Cade traversa le hall jusqu’à la réception et présenta
à l’agent de sécurité son accréditation de procureur
adjoint.
— Cade Morgan, accompagné des agents spéciaux
Seth Huxley et Vaughn Roberts, dit-il en désignant les
deux hommes en costume derrière lui. Nous venons
voirBrookeParker,chezSterlingRestaurants.
L’agentdesécurités’emparadesalistedevisiteurs.
— Ellenenousattendpas,précisaCade.
— Ah… bien, dit le vigile en observant les trois
hommesd’unairhésitant.
Cadenes’émutpas,attendantlasuiteetsachantdéjà
comment cela se terminerait. Après huit années
d’exercice au bureau du procureur, il savait pertinemment
qu’aucun accès n’était interdit à un homme flanqué de
deuxagentsduFBI.
Au bout de quelques secondes, le vigile désigna le
registre de présence posé sur le plateau de marbre gris
ducomptoir.
— Jevaisvousdemanderdebienvouloirsigner…
— Naturellement.
Cade prit le stylo et griffonna rapidement son nom
et celui des deux autres personnes. Après avoir reposé
23le stylo, il remarqua que l’agent de sécurité le
dévisageait avec curiosité. Il avait l’habitude de ce genre de
comportement. Beaucoup de gens en ville
connaissaient son nom, et pas nécessairement en raison des
affaires criminelles très médiatiques qu’il avait
plaidées.
— Cade Morgan, répéta le vigile. Quarterback dans
l’équipe universitaire de Northwestern, je ne me
trompepas?
— C’estexact.
— Ça remonte à combien de temps? Douze ans?
Je
mesouviensdevotrederniermatch.Cen’estpassisouvent que Northwestern remporte le Rose Bowl, hein ?
Maisvousavezemmenévosgarsàlavictoire.
Cadehaussalesépaules,l’airmodeste.
— C’était une bonne équipe. Nous avons eu affaire à
des adversaires particulièrement coriaces cette
année-là.
— La dernière phase de jeu était magnifique. Ça
restera un des meilleurs moments de l’histoire du football
universitaire. Quel dommage pour votre épaule.
À l’époque, on disait que vous auriez pu devenir
professionnel.
En effet, Cade auraitpuavoirunebellecarrière siun
linebacker de cent kilos ne l’avait pas violemment
plaqué au sol, pesant de tout son poids sur son épaule
droite.Avantmêmed’êtreconduitauxurgences,ilavait
deviné que la situation était grave. Les radios avaient
confirmé qu’il souffrait d’une fracture de la clavicule et
dupoignet.
— Quel étage pour Sterling? demanda-t-il en
désignantlarangéed’ascenseurs.
— Ah oui, bien sûr… Troisième. Les bureaux sont
surladroite,toutaufondducouloir.
Cade le remercia et se dirigea vers les ascenseurs,
escortéparlesdeuxagentsduFBI.
24— Çafaitunbail,non?demandaVaughn,tandisque
lesportesdelacabineserefermaientsureux.
— C’estlegenred’événementsportifdontlesgensne
se lassent pas de parler, répondit Cade avec un
haussementd’épaules.
Jetantuncoupd’œilaugobeletdecaféStarbucksque
transportaitVaughn,ilchangeadélibérémentdesujet.

Tuasencoretrouvélemoyendemontrertoninsigneàlamignonnepetiteserveuse?
Sept ans plus tôt, Vaughn et lui avaient été amenés à
travailler ensemble dans une affaire de cambriolage de
banque,etunesolideamitiéenavaitdécoulé.
— Tu lui as dit ? demanda Vaughn en lançant un
regard réprobateur à l’agent Seth Huxley, son
coéquipier depuis un an dans la lutte contre le crime en col
blanc.
— Jen’allaispasm’enpriver!Jecroisbienquec’était
la première fois que je voyais une entrée en matière
aussipeusubtile.
ImitantVaughn,Sethsortitleporte-cartescontenant
soninsigne.
— Bien sûr que j’ai la carte de fidélité Starbucks. Je
medamneraispourvoscafésaulaitvanillé.Oùai-jepu
la mettre ? Ah, la voici, juste à côté… Oh, eh bien ça
alors, quelle coïncidence… à côté de mon insigne du
FBI!
— Ça ne s’est pas du tout passé comme ça, protesta
Vaughn.C’estellequiademandéàvoirmoninsigne.
— Et comment savait-elle ce que tu fais dans la vie?
demandaCade.
— Je l’ai peut-être mentionné involontairement,
prétenditVaughn,avecunsourireinnocent.
— Biensûr…
— Eh bien quoi ? Ce métier impressionne toujours
lesfemmes.
25— Si tu le dis, répliqua Cade, tandis que l’ascenseur
arrivait au troisième étage. Je suis sûr qu’elle a dû te
prendrepourunvraiduravectoncaféaulaitvanillé.
Cade sortit de la cabine et ouvrit la marche aux deux
autreshommeslelongducouloir.
Rapidement, l’ambiance entre eux se fit davantage
professionnelle.
— Comment croyez-vous que Brooke Parker va
réagir?demandaSethHuxleyàCade.
SiCadeavaitétédugenreàprendredesparis,ilaurait
émis l’hypothèse que l’avocate-conseil de Sterling
Restaurants allait se montrer un tantinet déstabilisée
par l’apparition inattendue d’un assistant du procureur
etdedeuxagentsduFBI.
En réalité, c’était une situation que probablement
peu de gens apprécieraient. Mais le temps leur était
compté. Il leur restait quarante-huit heures pour tout
mettreenplace,etildevaitabsolumentparleràBrooke
avant qu’elle ne s’absente pour le week-end. Il n’avait
doncd’autrechoixquedebousculerlesévénements.
— Quand je lui aurai expliqué la situation, je suis
certain que Mlle Parker comprendra l’intérêt de
coopéreravecnous.
— Et si ce n’est pas le cas? demanda Seth en
haussantunsourcilinterrogateur.
— Ehbien,jeréitéreraimesexplications.
Naturellement, Cade avait conscience de l’aspect
quelque peu… inhabituel de sa demande. C’est
pourquoi il avait l’intention de se montrer tout
particulièrementaimableetsympathiquedurantl’entretien.
Encore qu’il ne doutait pas un instant de la bonne
volonté de Brooke Parker qui, comme tout citoyen
respectueux des lois, mettrait certainement un point
d’honneuràaccomplirsondevoircivique.
Certes, c’était là son côté idéaliste qui parlait, mais
il savait aussi que même la plus déraisonnable des
26personneséviteraitdesefairemalvoirparlebureaudu
procureuretlesinstancesduFBI.
Cade poussa la porte en verre dépoli gravé au nom
deSterlingRestaurantsetentradanslebureaupavéde
marbre beige. L’endroit était moderne, épuré, et très
lumineux grâce aux baies vitrées qui occupaient tout
unpandemur.
Face à lui, une réceptionniste assise derrière un
bureau à piétement métallique et plateau en verre
trempé semblait les attendre. Sans doute avait-elle été
avertiedeleurarrivéeparl’agentdesécurité.
— VousdevezêtreCadeMorgan,dit-elle.
Son regard se porta sur les agents Huxley et Roberts,
entrésàsasuite.
— Et voici les deux autres personnes. Je préviens
Mlle Parker, ajouta-t-elle en soulevant le combiné de
sontéléphonedebureau.
Cade la remercia et les trois hommes se dirigèrent
vers l’espace d’attente, où Seth et Vaughn prirent place
côteàcôtesurdeschaisesdedesignerencuircrème.
Cade resta debout, les mains négligemment glissées
dans ses poches. Apercevant une rangée de photos
encadréessurl’undesmurs,ils’enapprochaetvitqu’il
s’agissait de clichés pris dans les salles des huit
restaurantsSterling.
Il balaya les photos du regard, jusqu’à ce qu’il trouve
celle prise au Sogna, l’établissement phare de Sterling
Restaurants situé dans l’immeuble même où se
trouvait actuellement Cade, juste un étage en dessous des
bureaux de la compagnie. Si tout se passait comme
prévu, ce serait dans ce restaurant qu’il obtiendrait la
dernièrepreuvedontilavaitbesoinpourcloueraumur
unpoliticiencorrompu.
L’hiver précédent, le FBI avait été informé que
le sénateur de l’Illinois, Alec Sanderson, avait accepté
27des pots-de-vin en échange de faveurs politiques.
Compte tenu de la nature très sensible de ces
allégations, le FBI avait porté l’affaire jusqu’au bureau du
procureur de Chicago, et Cade avait été désigné pour
instruireleprocès.
Après cinq mois d’enquête, la véracité de
l’information avait été confirmée. Ils avaient rassemblé des
preuves établissant que le sénateur Sanderson avait
reçu pour plus de six cent mille dollars de
gratificationsdiverses,etCadeétaitprêtàsoumettrel’affaireau
grand jury, chargé de prononcer ou non une
inculpation formelle. Il ne lui manquait plus pour cela que de
prendrelepoliticienenflagrantdélit.
Grâce aux écoutes téléphoniques installées par
le FBI, ils avaient eu connaissance d’échanges entre le
sénateur et Charles Torino, l’administrateur de
l’hôpital Parkpoint, situé dans la banlieue ouest de la ville
et
figurantsurlalistedesétablissementsdesantésusceptibles d’être fermés par la municipalité. Au cours de
leurs discussions, Torino avait suggéré au sénateur
deréfléchiràunesolution«mutuellementprofitable».
Puis,lanuitprécédente,leFBIavaitinterceptéunautre
appelaucoursduquelTorinoavaitproposéausénateur
de dîner le dimanche suivant au Sogna afin de discuter
devivevoixdesdétailsdeleur«arrangement».
RejoignantCade,Vaughnexaminaàsontourla
photoduSogna.
— Joli restaurant, murmura-t-il, afin de ne pas être
entendu par la réceptionniste. Un établissement pareil
estsansdouteéquipédecamérasdesurveillance…
Cadecompritaussitôtoùilvoulaitenvenir.
— Ce serait formidable si nous pouvions enregistrer
la rencontre en vidéo. Même le plus rusé des
politiciensnepeutéchapperàunecondamnationaprèsavoir
étéfilméentraind’accepterunpot-de-vin.
2810962
Composition
FACOMPO
Achevé d’imprimer en Italie
par GRAFICA VENETA
le 7 décembre 2014.
Dépôt légal : décembre 2014
EAN9782290086704
OTP L21EPSN001261N001
ÉDITIONS J’AI LU
87, quai Panhard-et-Levassor, 75013 Paris
Diffusion France et étranger : Flammarion

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi