L'amour révélé

De
Publié par

Série Le clan des McNeil, tome 2

Sur l’île de Glenmore, les MacNeil sont médecins de génération en génération… Et y trouvent chaque fois l’amour !

Depuis toujours, Evanna Duncan est amoureuse de Logan MacNeil, alors que lui ne lui accorde qu’une attention distraite, ne voyant en elle que l’infirmière avec qui il travaille au Glenmore Hospital, ou, depuis que sa femme est décédée, une baby-sitter occasionnelle pour sa fille. Mais, aujourd’hui, Evanna en a assez, et elle est décidée à l’oublier, à vivre sa vie... Bref, à sortir avec d’autres hommes, ce qui, bizarrement, semble beaucoup contrarier Logan.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280280075
Nombre de pages : 150
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
pagetitre

1.

Evanna Duncan quitta le ferry au volant de sa petite voiture dont les roues heurtèrent le ciment du quai dans un bruit sourd familier. Elle salua de la main Jim, le capitaine, puis longea South Quay pour aller se garer dans le parking qui dominait le port. Quand elle ouvrit la portière et sentit la brise lui caresser la peau, elle poussa un soupir de soulagement.

Après un mois d’absence, elle était enfin de retour à Glenmore.

Chez elle.

Même s’il n’était pas toujours facile d’être infirmière sur une île écossaise isolée, elle adorait cette vie et ne pouvait en imaginer d’autre.

En ville, sur le continent, il faisait très lourd, et pas un souffle d’air ne s’infiltrait entre les immeubles. Elle avait dû patienter des heures dans les embouteillages pour atteindre le bateau, ne supportant la fatigue et la chaleur qu’en rêvant à son cottage sur la falaise, véritable havre de paix.

Mais avant de pouvoir se délasser sous une douche fraîche, elle avait rendez-vous avec une amie.

— Vous avez fait bon voyage, mademoiselle Duncan ? lui demanda un garçon d’une douzaine d’années qui dégustait une grosse glace en équilibre précaire sur son cornet.

Une casquette de base-ball vissée sur le crâne, il portait un short, un T-shirt délavé et des vieilles baskets. Deux de ses copains attendaient un peu plus loin, hésitants.

— Bonjour, Fraser. Tu profites bien de tes vacances ? Comment va ta blessure ?

Le garçon ôta son couvre-chef et écarta ses cheveux pour la lui montrer.

— Qu’en pensez-vous ? Le Dr MacNeil m’a dit que ce serait la plus belle des cicatrices. C’est génial !

C’était bien typique de Logan MacNeil de rendre positive une chose négative, songea Evanna, en ignorant son cœur qui s’accélérait à la simple mention du médecin.

— Il a raison, c’est impressionnant, dit-elle en admirant les points réguliers de Logan qui faciliteraient une cicatrisation rapide. J’espère que tu te tiens à distance du château, maintenant.

— Plus ou moins… Vous ne devinerez jamais ce qui se passe ! C’est trop cool. Ils ont décidé d’ouvrir les oubliettes, pour des fouilles archolo… archéléo… des fouilles, quoi. Quelqu’un de très important doit venir. Ils pensent qu’ils vont trouver des vieux trucs, peut-être un trésor, du temps des Celtes ou des Vikings. On va aller les observer, ajouta-t-il en enfonçant sa casquette sur son crâne.

Evanna verrouilla la portière et rangea les clés dans son sac.

— C’est super, Fraser, mais sois prudent. Tu sais que ces ruines sont dangereuses. Tu nous as fait assez de frayeurs cette année. Hé, ta glace est en train de fondre. Dépêche-toi de la manger.

Le garçon s’exécuta en donnant un grand coup de langue puis lui sourit.

— Ne vous inquiétez pas, je ferai attention.

— Je l’espère bien, répondit Evanna en se remémorant la difficulté qu’avaient eue les secours à le dégager des souterrains, quelques semaines auparavant. J’ai rendez-vous avec l’infirmière Walker. L’aurais-tu vue, par hasard ?

— Elle est dans le café, en train de manger un énorme banana split. Elle m’a fait jurer de ne le raconter à personne parce qu’elle dit qu’il est difficile de recommander à ses patients un régime quand on se gave de sucreries.

— Quel comportement scandaleux pour une infirmière ! répondit Evanna en riant. Si j’allais la gronder ?

— Ouais. Mais ça avait quand même l’air très bon. Au revoir, mademoiselle Duncan. A bientôt.

— Au revoir, les garçons. Ne faites pas de bêtises.

Quelques instants plus tard, elle poussait la porte du café pour rejoindre son amie installée à une table ronde, près de la devanture, qui offrait une vue sur le port et les allées et venues des habitants ou des touristes.

— Tu pourrais au moins t’asseoir au fond de la salle ou te cacher derrière un journal pour manger ce concentré de glucides… Fraser a déjà vendu la mèche.

Kyla MacNeil se leva pour l’étreindre affectueusement.

— Tu l’as croisé ? C’est un petit chenapan. Je ne serais pas surprise s’il allait se fourrer dans un autre guêpier d’ici la fin des vacances d’été, dit-elle d’un air mi-amusé, mi-indulgent. Je suis si contente de te revoir. Tu nous as manqué.

— Je suis sûre que tes occupations de jeune mariée ne t’en ont pas laissé le temps, répondit Evanna en posant son sac par terre avant de s’asseoir. Je suis encore stupéfaite de la vitesse à laquelle tu es tombée amoureuse de notre nouveau médecin. Tu n’as pas perdu de temps.

Kyla, qui s’était rassise, plongea sa cuillère dans la chantilly.

— Pourquoi attendre ? Ethan est parfait. Et mon frère est très content d’avoir un autre médecin au cabinet.

— Je sais, répondit Evanna d’un ton qui se voulait désinvolte. Comment va-t-il, alors que c’est la pleine saison ?

— Je crois qu’il va bien. Mais j’ignore comment il tient le coup, depuis le décès de son épouse, il y a un an, et j’aimerais qu’il me parle un peu plus.

Il s’était confié à elle, songea Evanna en se rappelant leurs longues conversations vespérales.

— Je suppose que chacun fait face à sa manière.

— Logan a toujours été solide, et son métier lui permet de continuer… sans oublier Kirsty, bien sûr ; un nourrisson de treize mois ne laisse guère le temps de chômer, répondit Kyla en levant les yeux vers le comptoir. Tante Meg, pourrais-tu nous apporter une autre cuillère, s’il te plaît ? Evanna lorgne sur ma glace.

— Pas du tout ! De toute manière, je n’ai pas ta chance. Tu ne prends jamais un gramme, alors qu’il me suffit de contempler un dessert pour prendre un kilo.

— C’est ridicule… Et si les friandises pouvaient me donner tes courbes merveilleuses, j’en mangerais à chaque repas. Avec tes yeux, tes cheveux noirs et ce petit haut rouge, tu as l’air d’une danseuse de flamenco… Mais pour que le tableau soit parfait, tu devrais les lâcher, plutôt que de les rassembler avec une barrette.

— Il fait bien trop chaud, répondit Evanna en se passant une main sur la nuque.

— Et en ville ?

— C’était insupportable ! Je ne comprends pas comment on peut vivre dans un tel endroit. Je me sentais oppressée, entourée par cette foule affairée et ces forêts d’immeubles où ne circule pas un souffle d’air. L’espace et la nature de Glenmore m’ont manqué.

— Tu n’as pas apprécié ton séjour ?

— J’ai adoré mes journées à l’hôpital, en salle de travail. Tu sais que je n’ai guère l’occasion de pratiquer l’art d’être sage-femme, ici.

— Je me demande de quoi tu te plains… Sonia Davies et Marie Tanner sont enceintes, et le bébé de Lucy Finch n’a que quatre jours, ce qui signifie encore de nombreuses visites pour toi.

— Je sais. C’est moi qui l’ai mis au monde, à la maternité. C’était fantastique… Bien sûr, je suis très contente de la grossesse de Sonia et Marie, mais cela ne suffit pas à remplir une journée de travail.

— A dire vrai, Sandra King arbore un air rêveur depuis une semaine, et sachant qu’elle et Paul essayent depuis des lustres de faire un bébé, je ne serais pas étonnée de la voir bientôt en consultation. D’ailleurs, nous n’avons pas besoin de toi juste pour tes compétences de sage-femme. Je sais que ce domaine est ta passion, mais cette île a besoin de deux infirmières. Tu n’as pas intérêt à me laisser tomber !

— Loin de moi cette idée. J’adore Glenmore et la diversité de notre travail.

— Mais tu préfères les bébés par-dessus tout… Dis-moi, ce stage en maternité ne t’a pas donné envie d’en avoir un toi-même ?

— Bien sûr que non… Je n’ai pas de petit ami, et tu sais que j’aime faire les choses dans l’ordre.

— Tu as toujours été de la vieille école, répondit Kyla en levant les yeux à l’approche de sa tante, une femme replète à la chevelure blonde et au sourire généreux. Mon amie d’enfance a besoin de se sustenter, Meg.

— Je suis ravie de te voir de retour, Evanna, dit cette dernière en s’essuyant les mains sur son tablier avant de prendre son carnet de commandes. Que veux-tu ? La même chose que Kyla ?

— Non merci. Un déca, noir.

— C’est tout ? J’ai un gâteau au chocolat à faire se damner un saint.

Evanna repoussa la tentation.

— Une tasse de café suffira.

— Ce n’est pas suffisant pour affronter une longue journée, répondit Meg en rangeant son carnet dans sa poche. Tu as besoin de te remplumer, ma petite.

— Pas du tout. Comment puis-je conseiller à mes patients de perdre du poids si j’ai des kilos en trop moi-même ? Je veux continuer à rentrer dans mes vêtements, et surtout dans mes maillots.

Meg sourit puis elle rejoignit un client qui lui faisait signe.

— Pourrais-tu cesser un moment d’être aussi parfaite ? intervint Kyla. Tu m’empêches de savourer mes dernières cuillerées de glace, Mais, dis-moi, as-tu rencontré un apollon pendant ta formation ?

— Plus ou moins.

Kyla se pencha vers elle avec curiosité.

— Ah bon ? Raconte-moi tout.

— Il n’y a rien à dire. C’était un interne en obstétrique, très sympa.

— Avec ça, je suis bien avancée. Etait-il beau ? Sexy ? Intelligent ?

— Les trois à la fois. Nous avons pris quelques verres ensemble.

— Et alors ?

— Alors, rien.

— As-tu couché avec lui ?

Evanna jeta un coup d’œil embarrassé autour d’elle, mais elle fut rassurée de constater que les clients étaient plongés dans leurs propres conversations.

— Kyla ! Non, voyons ! répondit-elle à voix basse.

— Dommage. Si tu veux mon avis, une aventure ne te ferait pas de mal.

— Je me porte très bien ainsi, répondit Evanna avant de remercier Meg qui venait de lui apporter son café. Nous sommes allés au pub ensemble, c’est tout, mais cela m’a donné à réfléchir. J’ai pris une décision.

— Laquelle ?

— Je vais arrêter de gâcher ma vie à me morfondre pour un homme qui ne m’accorde pas un seul regard.

Le visage de Kyla s’assombrit.

— Tu parles de mon frère…

— Evidemment. Qui d’autre ? répondit Evanna avec un rire amer. J’aime Logan depuis l’école primaire. Mais à quoi bon, puisqu’il ne sait même pas que j’existe.

— Ce n’est pas vrai, tu le sais.

— Quand il s’agit de recevoir ses patients, de lui préparer à dîner ou de garder sa fille, il me remarque, mais pas en tant que femme. Sur le plan personnel, je suis invisible.

— Il a perdu son épouse, Evanna.

— C’était il y a un an, et je sais que, tôt ou tard, il trouvera une autre compagne. Et j’aurai beau rêver, ce ne sera jamais moi. Alors, finies les idées noires, la mélancolie, les illusions. J’ai décidé de mettre en route le plan A : je passe à autre chose.

— Ce sera difficile. Il est généraliste et tu es son infirmière. Nous exerçons tous ensemble.

— Evidemment, je devrai le côtoyer au travail, et je continuerai à l’aider avec Kirsty. Après l’épreuve qu’il a traversée, il me serait impossible de cesser de m’occuper de sa fillette. Mais j’ai l’intention de mener ma propre vie.

En prononçant ces mots, Evanna se sentit plus forte, plus déterminée. Après tout, elle avait bien survécu un mois sans voir Logan. Elle s’était amusée, et de temps en temps, pendant quelques secondes, elle avait même réussi à l’oublier. Il lui suffirait de convertir les secondes en minutes, puis en heures.

images
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi