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L’aube de l’infection

De
127 pages
Le monde est viré à l’enfer.
Tout ce que nous connaissons a été infecté et transformé en un véritable fléau. La nuit, des créatures ailées et cauchemardesques prennent les bâtisses comme perchoir. Dans les rues, les infectés se ruent en horde sur les malchanceux croisant leur chemin. Le jour, alors que le calme revient et que les monstres se cachent, les derniers humains s’entretuent et se pillent comme de véritables rapaces. Il n’y a plus de moralité, puisqu’elle vous empêchera de survivre. C’est la loi du plus fort, la loi de la survie. Je m’appelle Brynja.
Je vais survivre.
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Copyright © 2013 Pierre-Olivier Lavoie Copyright © 2013 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Direction littéraire : Carine Paradis Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Katherine Lacombe Conception de la couverture : Matthieu Fortin Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89733-406-2 ISBN PDF numérique 978-2-89733-407-9 ISBN ePub 978-2-89733-408-6 Première impression : 2013 Dépôt légal : 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Lavoie, Pierre-Olivier, 1986-Brynja Sommaire : t. 1. L’aube de l’infection -- t. 2. La première lumière.
ISBN 978-2-89733-406-2 (vol. 1) ISBN 978-2-89633-409-3 (vol. 2) I. Lavoie, Pierre-Olivier, 1986- . Aube de l’infection. II. Lavoie, Pierre-Olivier, 1986- . Première lumière. III. Titre. IV. Titre : L’aube de l’infection. V. Titre : La première lumière. PS8623.A865B79 2013 C843’.6 C2013-941922-5 PS9623.A865B79 2013
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Chapitre 1
Claustrophobie
L a jeune femme était assise, ses bras entourant ses jambes et son visage appuyé sur ses genoux. Elle gardait les yeux fermés et tentait de déconnecter son cerveau, et surtout son ouïe, des bruits qu’elle entendait. Évidemment, c’était bien plus facile à dire qu’à faire. Enfermée dans la cabine d’une salle de bain publique du métro, Brynja était perchée sur le réservoir d’une toilette, espérant qu’il finisse par l’oublier. Peut-être qu’en étant entièrement silencieuse, il croirait qu’elle ne s’y trouvait plus. L’endroit était entièrement plongé dans la pénombre et il y régnait une odeur dégoûtante de renfermé et de cuvettes qui n’avaient pas été nettoyées depuis… bien trop longtemps. Seule une faible source de lumière éclairait quelque peu l’endroit ; un néon, juste au-dessus d’un miroir, qui oscillait à intermittences irrégulières. Même si Brynja détestait les endroits clos et la noirceur, être assise sur une toilette qui avait été utilisée et dont la chasse d’eau était brisée s’avérait plus sécuritaire que les corridors du métro. Ce qui se trouvait de l’autre côté de la porte des toilettes publiques était bien pire que sa claustrophobie et sa peur du noir. Une série de chocs sonores et très graves la fit alors sursauter, comme si on avait martelé la porte à l’aide d’une masse. — OUVRE ! cria une voix masculine et enragée. OUVRE LA PORTE ! LAISSE-MOI ENTRER, BORDEL ! L’homme continua de crier en frappant la porte comme un endiablé. Il voulait entrer. Elle ne l’avait pas entendu depuis une trentaine de minutes, ce qui lui avait fait croire qu’il l’avait peut-être finalement laissée tranquille. Mais non. Ce type se trouvait toujours de l’autre côté de la porte. L’homme était finalement parvenu à déranger Brynja, frustrée par ce test de patience assez déplaisant, et elle renonça à ses nombreuses tentatives de sombrer dans un état de tranquillité. À bout de nerfs, dérangée et anxieuse, la jeune femme finit par se lever, poussa la porte de sa cabine et se dirigea au beau milieu de la pièce abandonnée, où elle contempla la porte des toilettes publiques avec un mélange d’effroi et de frustration. Pourquoi s’était-elle levée ? Elle n’allait pas ouvrir cette porte. Elle n’allait pas laisser ce type entrer. — OUVRE ! cria-t-il à nouveau d’une voix qui sombrait de la rage au désespoir et aux sanglots. Allez… ne me laisse pas ici… Tentant d’ignorer l’homme — c’était peine perdue ; elle l’entendait gémir de l’autre côté de la porte —, la jeune femme s’approcha de l’un des lavabos et ouvrit le robinet pour s’y rafraîchir. Par chance, l’eau coulait encore. Elle lava vigoureusement ses mains sales avant d’approcher son visage pour y boire quelques grandes gorgées. La jeune femme aspergea son visage et observa son regard dans le miroir devant elle. Sous la lumière oscillante du néon, elle vit son visage ovale avec une bonne mâchoire, son nez légèrement retroussé et ses yeux verts. Ses traits fatigués et cernés manquaient définitivement de couleur. Elle n’avait plus de maquillage depuis longtemps et, honnêtement, elle s’en foutait. Ses cheveux, d’un brun très foncé tirant sur le noir, étaient attachés en une queue de cheval, révélant l’une de ses tempes entièrement rasée. Son bras gauche, depuis son épaule jusqu’à son poignet, était entièrement recouvert de tatouages asiatiques, qui représentaient un phénix vivement coloré dans un ciel bourré de nuages en spirales.
Après avoir scruté son reflet dans les yeux pendant de longues secondes, la jeune femme prit une bonne inspiration et recula. — S’il te plaît, laisse-moi entrer, gémit l’homme. Je… je te taquinais, tout à l’heure… S’il te plaît… la porte… La jeune femme s’approcha de la porte — qu’elle avait elle-même verrouillée plus tôt —, l’observant, la respiration saccadée. Il était impossible de savoir où l’homme se trouvait exactement, mais à en juger par ses jérémiades, il devait être adossé contre celle-ci. — LA PORTE ! hurla-t-il alors à pleins poumons. Brynja sursauta, lâchant presque un cri qu’elle parvint à étouffer au dernier moment. Ses mains et ses doigts furent traversés de faibles tremblements, l’incitant à serrer les poings. Elle n’ouvrirait pas la porte à cet homme. Il avait tenté de la toucher, croyant qu’elle n’était qu’une pauvre idiote sans défense, mais quelques bons coups de poing au visage et à la gorge l’avaient vite repoussé. Brynja s’était ensuite barricadée dans ces toilettes publiques, non pas par peur de l’homme, mais bien des autres… Elle s’y trouvait depuis plus de quatre heures. L’homme hurla de rage, criant comme un dément et pilonnant la porte de coups qui résonnèrent si fort que la jeune femme crut que celle-ci finirait par céder. C’est alors qu’un rugissement animal rappelant étrangement celui d’un félin sauvage vibra à travers le métro jusqu’à l’endroit où se trouvait Brynja. L’homme se tut. Un frisson d’effroi traversa la jeune femme. — S’il… s’il te plaît, madame, gémit l’homme d’une voix éteinte. Ce n’est… ce n’est plus drôle, ou… ouvre-moi la porte… Le salaud l’avait attirée. Il n’avait pas cessé de cogner et de crier comme un débile ; c’était évident qu’il attirerait quelque chose. Mais… pasça. Brynja recula jusqu’à la cabine où elle avait passé les dernières heures et ferma les yeux, dans le maigre espoir de se calmer. — Madame… la porte… s’il vous plaît, sanglota l’homme à travers ses pleurs. Comment une créature comme celle-là pouvait-elle se retrouver dans le métro ? C’était… généralement bien trop gros pour s’y aventurer. Brynja devait foutre le camp de cet endroit. Elle le devait. Mais… comment ? — Ouvre la porte, bordel de merde ! lui envoya l’homme d’une voix frustrée. Ça s’en vient jusqu’ici ! Rouvrant les yeux, Brynja chercha du regard un moyen de sortir de cette pièce. Plus tôt, elle avait repéré une grille de ventilation en hauteur, sur le mur entre sa cabine et la cabine voisine, mais sa claustrophobie l’avait empêchée de l’atteindre. Cette fois, elle allait devoir faire quelque chose. Si la créature au grognement si particulier s’aventurait jusqu’ici, elle défoncerait la porte après avoir senti l’odeur de Brynja. Elle devait le faire. Elle enfila son manteau de cuir brun, qu’elle avait déposé sur son sac à dos, puis fouilla ensuite celui-ci pour en sortir sa fidèle lampe de poche. Elle avait éclairé sa voie depuis plus de trois semaines. Il ne fallait pas qu’elle cède. Après avoir passé son sac à dos sur ses épaules, Brynja mit le pied sur la cuvette de la toilette avant de se hisser sur son réservoir. Depuis cette position, elle pouvait presque atteindre la grille. Elle se hissa ensuite sur le muret de la cabine et, assise en équilibre, se traîna jusqu’au bout, bousculant les panneaux du plafond au passage. Elle pouvait toucher à la grille, sur le mur du fond. Après avoir passé le faisceau lumineux de sa lampe de poche à travers le grillage bloquant l’accès au conduit d’aération, Brynja vit qu’elle pourrait s’y glisser, même avec son sac à dos. Par chance, ces installations étaient toujours équipées de vieux conduits d’aération surdimensionnés. Cependant, l’idée même de s’y engouffrer enduisait déjà son visage de sueurs
froides. — Merde, gémit-elle lorsqu’elle constata, sans trop de surprise, que la grille était verrouillée. Comment ouvrir cette foutue grille ? En continuant d’analyser le grillage à l’aide de sa lampe de poche, la jeune femme remarqua quelque chose. Il n’était pas tout à fait enfoncé dans le mur, dévoilant un interstice assez large. Peut-être qu’elle pourrait y glisser un objet qu’elle utiliserait comme levier afin de déloger la grille de ses gonds ? C’est ce qu’elle allait voir. Elle tira un pied-de-biche de son sac à dos ; elle l’avait récupéré deux semaines plus tôt, et avait d’ailleurs dû l’utiliser à plusieurs reprises. Elle l’avait presque entièrement entouré de bandes de tissu, sauf sur l’une de ses extrémités, pour éviter de se couper et d’attraper une maladie comme le tétanos. Elle glissa le pied crochu de la barre de fer dans l’interstice et parvint à la décrocher du mur, arrachant et égrainant des plaques de céramique au passage. Sans se soucier du bruit qu’elle causait, elle laissa tomber la grille au sol, avant de ranger son pied-de-biche dans son sac à dos. La barre de fer n’entrait pas entièrement dans le sac, et son extrémité enrobée de tissu en dépassait. — Qu’est-ce… qu’est-ce qui se passe !? gémit l’homme depuis l’autre côté du mur. Allô ? Merde, je t’en prie, réponds-moi ! RÉPONDS ! Ne me laisse pas… Oh merde… oh merde, sanglota l’homme dont la voix était prise de panique. OUVRE LA PORTE ! Combattant intérieurement pour ignorer les plaintes de l’homme qui avait tenté de l’agresser, la jeune femme se glissa, quoique contre sa volonté, dans l’embouchure du conduit d’aération. L’homme se mit à hurler, cette fois si fortement que Brynja se retrouva complètement immobilisée par la culpabilité. Mais avant même qu’elle puisse penser à revenir sur ses pas, la porte de la salle de bain publique vola dans les airs et s’écrasa au sol dans un nuage de poussière. Brynja aurait dû prendre ses jambes à son cou et s’enfoncer dans le conduit d’aération, mais un sentiment tordu de fascination et d’épouvante la figea momentanément. À travers le nuage de poussière, elle vit l’homme gesticuler dans tous les sens, coincé au sol par la silhouette d’une énorme créature. Suite à un bruit d’os brisé dégoûtant, les plaintes de l’homme s’éteignirent finalement. Quand le nuage opaque se dissipa, Brynja vit le cadavre de l’homme, dont le visage était dévoré par une créature dont la tête ressemblait au mélange infernal entre une chauve-souris et un lion. Ses crocs déchiquetaient la chair avec aise, tandis que sa langue fouettait le sang dans tous les sens. Cette tête, aussi grosse qu’un fauteuil, était munie de longues oreilles de chauve-souris presque entièrement dénuées de poils, sauf pour un petit duvet. Au-dessus de son nez retroussé aux grandes narines, deux gros yeux blancs et presque aveugles fixaient sa proie. La créature retenait son poids sur une paire de pattes munies de trois longues griffes, lesquelles maintenaient son repas en place. À la jonction de ses pattes se trouvait une énorme paire d’ailes membraneuses et rabattues, à travers lesquelles Brynja apercevait, même dans l’obscurité, de nombreuses veines et terminaisons nerveuses. C’était une gargouille ; ces créatures avaient fait leur apparition quelques mois plus tôt et avaient pris pour nids les toits des immeubles des grandes métropoles. Jamais Brynja n’aurait pensé voir l’une de ces créatures dans un souterrain comme le métro. Revenant à elle, la jeune femme se rendit compte que le faisceau lumineux de sa lampe torche, qui pointait vers les ténèbres du conduit d’aération, n’avait pas été éteint. C’était une chance que la créature ne l’ait pas remarqué. D’un geste rapide, Brynja ferma sa lampe de poche et, tentant de respirer le moins possible, s’enfonça dans le conduit d’aération. Malgré sa
peur étouffante des espaces restreints, elle devait continuer d’avancer vers les ténèbres, même si elle ne savait pas où ces conduits pourraient bien mener. En plein combat avec ses démons intérieurs, Brynja s’efforçait tant bien que mal de limiter le bruit qu’elle faisait, mais c’était une mission impossible. Le conduit se déformait et ondulait continuellement sous le poids de ses mains, ses genoux et ses coudes, résonnant bruyamment. Entendre tout ce bruit fit que son état de panique augmenta grandement et, bientôt, elle se mit à gémir, le visage crispé dans une grimace d’inconfort poussé à son maximum. Brynja avait l’impression que le conduit se refermait de plus en plus sur elle et qu’éventuellement, elle ne pourrait même plus reculer et serait enfermée dans un cube métallique et suffocant. Tandis qu’elle poursuivait sa lente et bruyante progression dans le conduit, ses mains devinrent moites et ses mouvements, de moins en moins précis. L’impression que le conduit rétrécissait ne faisait qu’augmenter ; elle pouvait jurer que les parois se rapprochaient. Comprenant qu’elle allait finir par craquer et se mettre à crier d’un moment à l’autre, la jeune femme s’immobilisa finalement et jeta un regard derrière elle, vers la salle de bain. Apercevoir un point de repère dégagé et ouvert allait certainement l’aider à regagner un peu la maîtrise sur elle-même. Toutefois, ce qu’elle vit lui fit plutôt lâcher un cri de terreur aigu. La tête de la chauve-souris géante s’était engouffrée dans le conduit et sa gueule claquait dans le vide, comme si elle tentait d’attraper sa proie à l’aveuglette. Même si une distance de quatre ou cinq mètres la séparait de la créature, Brynja recula vivement, se projetant vers l’arrière en pédalant fébrilement dans le vide. L’énorme créature produisit des petits grognements irrités et tenta, malgré sa taille impressionnante, de pénétrer entièrement dans le conduit d’aération. Incapable de se retenir, Brynja lâcha un cri d’effroi qui eut un effet étrangement libérateur sur elle. Reprenant son calme et passant outre sa claustrophobie, la jeune femme saisit sa lampe de poche et l’alluma, pointant son faisceau lumineux vers la grosse tête hideuse de la créature. Le faisceau réfléchit sur ses gros yeux blancs globuleux et aussitôt, la chauve-souris géante se rua vers l’arrière dans un grognement de douleur terrifiant. La créature heurta le miroir de la salle de bain publique ainsi que le néon qui se trouvait juste au-dessus. Ce dernier se fracassa, plongeant la pièce dans la noirceur absolue. Disparu, le mince réconfort de cette faible luminosité ; Brynja comprit qu’elle devait bouger et affronter ses propres démons. C’était ça, ou elle se laissait aller à une crise cardiaque. Pivotant sur elle-même, la lampe de poche dans sa main droite, la jeune femme s’enfonça rapidement dans le conduit d’aération dans un vacarme constant. Ne sachant absolument pas où elle aboutirait, son seul espoir était qu’elle ne finisse pas au bout d’un cul-de-sac qui la forcerait à rebrousser chemin. Le visage reluisant de sueurs froides, ses pommettes et ses yeux rougis par l’émotion, Brynja se hasarda dans les ténèbres poussiéreuses du conduit d’aération dans le seul but de s’éloigner de la créature dont les grognements semblèrent finalement s’éloigner d’elle. Son cœur battait la chamaille dans sa poitrine et ses tempes lui donnaient l’impression qu’elles allaient exploser, mais pendant un court moment, elle fut en mesure d’oublier sa claustrophobie. Le rayon lumineux de sa lampe de poche éclaira finalement une paroi scintillante, qui indiquait sûrement une intersection. Cependant, en s’approchant, le pire cauchemar de Brynja se réalisa ; il s’agissait bel et bien d’un cul-de-sac, qui déviait vers le haut. Malgré les larmes de frustration qui menaçaient de couler du coin de ses yeux, la jeune femme se rendit tout de même jusqu’à la paroi, où elle put se relever entièrement. Le simple fait de se redresser, même dans un espace
aussi restreint, allégea tout de même son cœur contracté. Qu’allait-elle faire ? Il ne lui restait plus qu’à rebrousser chemin et à espérer que la créature n’y était plus. Et ensuite, quoi ? Retraverser les couloirs abandonnés du métro de Montréal en sachant, cette fois, que l’un de ces monstres avait fait son nid dans les parages ? C’était du suicide. Jamais elle n’aurait le courage d’affronter tout ça. Elle s’était réfugiée dans ce métro dans le simple but d’y passer la nuit, après deux semaines à errer dans la grande métropole. Malheureusement pour elle, Brynja était tombée sur cet homme qui avait tenté de profiter d’elle. Quel merdier ! Bien décidée à trouver une autre issue à cette situation infernale, Brynja leva les yeux, tentant d’évaluer où le conduit pouvait bien déboucher. À deux mètres environ se trouvait une autre grille derrière laquelle Brynja aperçut une hélice qui ne tournait pas. À droite de l’hélice, une embouchure semblait mener à un autre conduit. Peut-être qu’en coinçant son poids avec ses bras et ses jambes, elle pourrait réussir à atteindre le conduit ? N’étant pas une fille très physique de nature, cette prouesse allait être des plus ardues, mais Brynja n’avait pas le luxe du choix. Serrant sa lampe de poche entre ses dents, la jeune femme coinça ses pieds et ses mains de chaque côté du conduit et, appliquant le plus de force et de pression possible, elle se hissa doucement. Évidemment, le poids de ses membres faisait des bosses dans les parois, mais heureusement pour Brynja, cela ne gêna aucunement sa montée. Sauf, bien sûr, lorsqu’elle tenta de s’agripper au rebord supérieur du conduit ; ses pieds ont glissé. Par chance, les doigts de sa main gauche s’agrippèrent au rebord et soutinrent son poids juste assez longtemps pour qu’elle ramène son autre main. Grognant, chignant et pédalant contre le conduit, Brynja finit par se hisser, quoiqu’avec difficulté. À son grand désarroi, le conduit dans lequel elle venait de s’engouffrer était bien plus petit ; si elle voulait s’y glisser aisément, elle serait forcée de retirer son sac à dos qu’elle pousserait devant elle. Sa phobie des espaces confinés revint la frapper de plein fouet et, sentant la crise d’hystérie monter en elle, Brynja n’eut d’autre choix que de fermer les yeux et tenter de déconnecter son cerveau. Seule, coincée dans un conduit d’aération qui la forçait à rester à plat ventre, la jeune femme se mit à sangloter, son visage tordu dans une grimace d’inconfort. Sa respiration devint si frénétique qu’elle allait bientôt manquer d’air. Malgré tout, Brynja demeura immobile, les yeux fermés, tentant de reprendre sur elle. Si ces conduits menaient à sa fin, alors tout serait perdu. Ses maigres chances de revoir ses parents, son petit frère, sa sœur et son neveu seraient réduites à néant. Il fallait qu’elle se calme. Il le fallait. Elle tenta de visualiser le souvenir d’un souper de famille, dans son petit quartier tranquille de Keflavík, en Islande, mais son cerveau était constamment agressé par sa phobie des espaces restreints. En gardant les yeux fermés, en fronçant des sourcils et en grinçant des dents, Brynja parvint à maîtriser ses démons intérieurs et bientôt, sa respiration se calma. Ayant fait le vide dans sa tête, Brynja pointa sa lampe torche vers l’avant et, tirant son sac de la même main, rampa le long du conduit. Ce dernier était entièrement plongé dans la pénombre et la poussière. Dans un combat psychologique contre sa propre santé mentale, la jeune femme rampa de plus en plus vite, n’ayant pour compagnie que les bruits du métal ondulant sous son poids. Au bout d’une trentaine de secondes, qui parurent une éternité, Brynja remarqua la présence d’une nuée de poussière en stase, flottant sous ses yeux. La poussière provenait d’une grille d’aération située au-dessus du conduit. Y voyant une éventuelle issue à son calvaire, Brynja