L'enfant de Dante Fortinari

De
Publié par

Enfant secret 

« Buonasera, Rose. » Cette voix ! Rose retient son souffle. Que fait Dante Fortinari dans cet hôtel du centre de Florence où elle est venue passer quelques jours de vacances ? Dante, c’est l’homme dans les bras duquel elle a vécu la plus belle des nuits d’amour quatre ans plus tôt… avant d’apprendre au matin qu’il était marié. Depuis, elle a tout fait pour l’oublier. Et voilà qu’il se dresse devant elle, plus séduisant que jamais – et visiblement déterminé à reprendre leur relation là où elle s’était arrêtée. Sauf que, cette fois, c’est Rose qui a un secret : sa petite Bea, sa fille chérie aux grands yeux bleus si semblables à ceux de Dante…
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280336727
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
pagetitre

1.

Rose se tenait droite sur son siège, les nerfs tendus à l’extrême, tandis que l’avion décollait de Londres. Trop tard pour faire marche arrière. Pendant des années, elle avait décliné les invitations de Charlotte, expliquant à celle-ci qu’elle refusait catégoriquement d’être séparée de sa fillette ou de l’emmener avec elle. Mais cette fois-ci, dire non avait été tout simplement impossible, et elle était en route pour Florence, où habitait sa plus ancienne et plus proche amie.

— S’il te plaît, viens ! l’avait suppliée celle-ci. Quelques jours, juste toi et moi. Dans un hôtel de luxe. Tu as besoin de faire une pause, et je paie tout. Je t’envoie même le billet d’avion pour que tu n’aies aucun frais à avancer. J’ai vraiment besoin de toi, Rose. Viens. Je t’en prie !

Elle avait fini par rendre les armes :

— Bon, d’accord. Puisque c’est si important pour toi, je viendrai en Italie. Mais pourquoi à l’hôtel et pas chez toi ?

— Parce que je te veux pour moi seule.

— Et ça ne pose pas de problème à Fabio ? C’est pourtant votre anniversaire de mariage.

— Il ne le sait pas encore. De toute façon, il sera en voyage d’affaires à ce moment-là, avait expliqué Charlotte d’un ton amer. Et comme j’ai déjà réservé l’hôtel, il ne pourrait pas faire grand-chose même s’il le voulait — et je sais qu’il ne le voudra pas !

Rose n’en était pas si sûre. Apprendre que sa femme avait organisé un séjour dans un hôtel de Florence avec une amie, même si celle-ci avait été son témoin de mariage, allait forcément poser quelques problèmes au mari possessif qu’était Fabio Vilari…

A partir du moment où Rose avait accepté l’invitation de son amie, celle-ci l’avait appelée tous les jours afin de s’assurer qu’elle n’avait pas changé d’avis. Son dernier coup de fil l’avait quelque peu surprise.

— Je te retrouverai à l’hôtel pour le dîner, avait-elle déclaré. J’ai vraiment hâte de te voir !

Si l’on se fiait à la brochure de l’hôtel que Charlotte lui avait envoyée, le problème de son amie n’était pas pécuniaire. Et si c’était son mariage le souci, Rose ne voyait pas comment la mère célibataire qu’elle était pourrait l’aider, à part en lui prêtant une oreille attentive. Mais peu importait : la note de désespoir qu’elle avait perçue dans la voix de son amie avait été suffisamment alarmante pour qu’elle fasse appel à sa mère — qui n’attendait que cela. Après lui avoir déposé Bea, elle l’avait couverte de baisers et s’était rendue à Heathrow, l’épaule prête à recevoir les pleurs de Charlotte.

Enfin arrivée sur la terre ferme de l’aéroport de Pise, Rose se mit en quête de ses bagages et du train pour Florence. Une fois à bord, le paysage toscan défila sous ses yeux sans même qu’elle s’y attarde. Elle pensait à sa petite fille. Certes, Bea avait l’habitude de passer du temps avec sa grand-mère quand Rose travaillait tard, mais elle était toujours rentrée à l’heure pour la coucher. Imaginer Bea en train de pleurer en l’attendant était difficile. Mais Charlotte avait toujours été là pour elle, et pour une fois que son amie lui demandait de l’aide, comment aurait-elle pu refuser ?

Arrivée à la gare de Florence, Rose tira sa valise au milieu de la foule qui, en cette fin d’après-midi ensoleillée, se déversait sur le trottoir. Le taxi dans lequel elle réussit enfin à monter emprunta des rues étroites emplies de scooters et de voitures. Les bruits, les odeurs, les coups de klaxons, les invectives : quel dépaysement par rapport à Londres ! Ils longèrent les berges de l’Arno, et Rose ne put s’empêcher d’être impressionnée lorsqu’ils parvinrent à l’hôtel. Un large escalier de pierre sur lequel était déroulé un tapis rouge débouchait sur une entrée voûtée, éclairée par un splendide lustre vénitien. Elle paya le chauffeur qui avait monté sa valise en haut de l’escalier et fit rouler celle-ci parmi les statues en marbre et les vases pleins de fleurs, regrettant amèrement de n’avoir rien choisi de plus élégant qu’un jean et une simple veste pour venir ici.

— Buonasera, l’accueillit le réceptionniste après qu’elle eut rejoint l’accueil et donné son nom. Bienvenue à Florence, mademoiselle Palmer. La signora Vilari me fait vous dire qu’elle a réservé une table pour deux, ce soir, au restaurant de l’hôtel.

— Merci beaucoup, répondit Rose, en souriant.

Un garçon d’étage prit sa valise, et ils se dirigèrent vers un ascenseur ressemblant en tout point à une cage à oiseaux en fer forgé. Une fois au deuxième étage, le garçon la conduisit jusqu’à sa chambre et ouvrit la porte. Après lui avoir donné un pourboire, Rose se rendit directement sur le balcon qui surplombait l’Arno. Un sentiment d’appréhension et d’excitation mêlées la saisit lorsqu’elle reconnut au loin le fameux Ponte Vecchio. Elle était à Florence !

Elle envoya un texto à Charlotte pour confirmer son arrivée et appela sa mère.

— Tout va bien, la rassura celle-ci. Bea est en ce moment en train de jouer avec Tom dans le jardin. Veux-tu lui parler ?

— J’en meurs d’envie, maman, mais si elle s’amuse, il vaut mieux la laisser tranquille.

— Tu sais que nous allons bien nous occuper d’elle, alors détends-toi et profite de ton séjour.

Rose promit d’essayer, raccrocha et prit un soda dans le minibar. Puis elle s’installa dans une des chaises longues du balcon et prit une profonde inspiration. Pour la première fois depuis très longtemps, elle n’avait rien à faire à cette heure-ci de la journée.

Ses pensées revinrent à Charlotte. Que se passait-il entre elle et son mari ? Fabio pouvait-il la tromper ? Et pourquoi son amie ne lui répondait-elle pas ? Elle vérifia son téléphone une fois encore, lança un dernier coup d’œil aux eaux scintillantes de l’Arno puis gagna la salle de bains. Elle se fit couler un bain dans lequel elle pourrait, pour une fois, rester aussi longtemps qu’elle le souhaitait !

Charlotte n’avait toujours pas donné de nouvelles lorsque Rose rejoignit la chambre pour se préparer. Elle commençait à se sentir nerveuse. Pour tromper l’attente, elle passa plus de temps que d’habitude à soigner son apparence, prenant même la peine d’arranger ses cheveux tout justes lavés en un chignon un peu compliqué. Elle sourit à son reflet dans le miroir. Pas mal… Sa classique robe noire tombait plutôt bien maintenant qu’elle avait perdu un ou deux kilos.

A cet instant, la sonnerie du téléphone retentit. Enfin !

— Bonjour ! s’exclama-t-elle.

Son enthousiasme retomba immédiatement lorsqu’elle entendit une voix masculine l’informer qu’une lettre l’attendait à la réception…

— Merci, j’arrive tout de suite.

Trop impatiente pour attendre l’ascenseur, elle emprunta le large escalier, qu’elle dévala du plus vite que ses hauts talons le lui permettaient, puis traversa le hall à la hâte. A la réception, l’employé lui tendit une grosse enveloppe, sur laquelle elle reconnut l’écriture de Charlotte, et l’informa que l’homme qui l’avait apportée souhaitait lui parler.

— Buonasera, Rose, entendit-elle alors derrière elle. Bienvenue à Florence.

Son cœur s’emballa dans sa poitrine. Mon Dieu, cette voix… Pour se donner le temps de se ressaisir, Rose se retourna très lentement vers l’homme grand, mince, aux cheveux bruns bouclés, dont le visage aurait pu servir de modèle à un portrait de Raphaël. Un visage qu’elle n’avait jamais oublié — et pourtant elle avait essayé ! Car cet homme si séduisant était la raison pour laquelle elle avait toujours décliné les invitations en Toscane : elle ne voulait pas prendre le risque de revoir le père de sa fille.

— Dante Fortinari, dit-elle d’un ton léger. Quelle surprise !

— J’espère qu’elle est agréable, répondit-il en lui prenant la main. Je suis très content de te voir, Rose. Veux-tu boire un verre pendant que tu lis ta lettre ?

Une lueur dans les yeux bleus de Dante lui donna envie de tourner les talons immédiatement. Sa première pensée fut donc de refuser, et pourtant une force mystérieuse la fit accepter d’un hochement de tête, presque malgré elle.

Dante la conduisit jusqu’à une table du très chic bar de l’hôtel et, quand ils furent assis, lui proposa du vin. Elle aurait pu boire quelque chose de plus fort que du vin après le choc de leur rencontre ; or, désireuse de garder ses esprits, elle choisit de l’eau.

— Pétillante, précisa-t-elle. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, je vais lire la lettre de Charlotte.

Elle sentit le regard de Dante peser sur elle lorsqu’elle décacheta l’enveloppe.

Rose, tu vas me détester quand tu liras ces lignes, et je ne peux pas t’en vouloir. Mais Fabio m’a réveillée hier matin avec un bouquet de fleurs, un superbe bracelet en or et des billets pour New York sur le vol d’aujourd’hui.

Tu ne peux pas savoir comme je suis soulagée ! Il y a quelque temps, je suis tombée par hasard sur les billets et la réservation d’hôtel et j’étais persuadée qu’il emmenait une autre femme en prétextant un voyage d’affaires. Le jour de notre anniversaire de mariage ! Voilà pourquoi j’avais tant besoin de te voir.

Je suis désolée, j’ai vraiment été idiote. Je voulais t’appeler pour m’excuser platement et annuler ta venue ; c’est Fabio qui m’a convaincue qu’un voyage ne pouvait pas te faire de mal. Alors, profites-en, Rose, et prends le temps de goûter à la dolce vita avant de rentrer. Tu le mérites.

Tu trouveras de l’argent dans l’enveloppe, pour aller au restaurant et faire du shopping. Ne le refuse pas, tu vexerais Fabio.

Je viendrai te voir très bientôt.

Je t’embrasse très fort,

Charlotte.

— Mauvaises nouvelles ? demanda Dante.

— Je suis venue ici pour passer du temps avec Charlotte, mais Fabio l’a emmenée aujourd’hui pour un voyage surprise à New York, répondit-elle, essayant de cacher sa déception derrière un sourire vaillant. Mais ce n’est pas grave : j’ai toujours eu envie de visiter Florence.

— Oui mais pas toute seule. Avec ta meilleure amie.

Il plongea alors dans le sien ce regard vif qui avait, par le passé, tellement hanté ses rêves et perturbé ses nuits — et elle devait bien s’avouer que c’était encore le cas aujourd’hui.

Elle haussa les épaules et se donna un air dégagé.

— Cela aurait été mieux, bien sûr. Toutefois je vais visiter le plus de musées possible, apprécier chaque repas, m’arrêter devant chaque boutique.

Elle allait même ravaler sa fierté et utiliser un peu de l’argent laissé par Charlotte.

— Mais ça, c’est demain, dit Dante. Pour l’instant, il est temps de dîner. Puisque Charlotte a réservé pour deux et qu’elle n’est pas là, acceptes-tu que je la remplace ?

— Et à quelle heure ta femme viendra-t-elle nous rejoindre ? demanda-t-elle d’un ton caustique.

— Cosa ? répondit-il, en fronçant les sourcils.Tu ne sais pas qu’Elsa m’a quitté ?

— Non.

— Tu me surprends ! C’était un tel sujet de conversation à Fortino, dans ma famille, que j’ai été ravi que mon travail me mène jusqu’en Californie pendant quelque temps. Alors, mademoiselle Palmer, maintenant que vous savez que je suis de nouveau solo, et ce depuis des années, m’honorerez-vous de votre présence pour le dîner ?

Rose observa Dante en silence. Son instinct lui disait de décliner l’offre, mais l’idée de dîner seule dans un environnement si luxueux ne la séduisait guère. Elle savait qu’il serait plus sage de se faire monter un repas plutôt que d’accepter la compagnie d’un homme qui avait amené tant de remous dans sa vie après leur première et unique rencontre. Son esprit, qui était toujours furieux contre Dante, lui ordonnait de refuser. Son cœur, lui, la suppliait d’arrêter d’être raisonnable — pour une fois. Et, comme une idiote, c’était ce qu’elle allait faire. Elle ne reviendrait plus jamais dans cette ville, alors pourquoi ne pas en profiter ?

images
4eme couverture
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi