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L'enfant du milliardaire

De
160 pages
Ginny n’en revient pas, elle qui a toujours été si sage, si responsable… pourquoi a-t-il fallu que son premier faux pas soit de tomber dans les bras d’André Duchard ? Cet homme dont elle a pourtant toutes les raisons de se méfier. Quelques heures de passion qui vont changer sa vie à jamais, car son amant d’une nuit ne prend pas l’éventualité d’une grossesse à la légère. Il exige qu’elle le suive en France, où ils se marieront dès qu’ils sauront si elle porte son héritier. Bien que révoltée, Ginny sait qu’il est inutile de s’opposer à la volonté du richissime homme d’affaires : elle n’est pas de force à lutter contre cet homme implacable et puissant.
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1.

Il faisait un froid humide et mordant en ce triste après-midi de janvier. Ginny referma la lourde porte sur le dernier invité et, avec un soupir las, s’adossa au chambranle : avec un peu de chance, le pire était passé.

Beaucoup de monde s’était réuni dans la chapelle du crématorium : avant son décès, son beau-père, Andrew Charlton, était un notable très apprécié dans le village où on le respectait aussi comme employeur — l’entreprise qu’il avait créée avait donné du travail à bien des habitants de ce coin de l’Angleterre, nul ne l’avait oublié.

Pourtant, ils étaient peu nombreux ceux qui, à l’issue de la cérémonie, avaient accepté l’invitation de sa veuve à venir au manoir partager le somptueux buffet qu’elle avait fait préparer. Et les rares qui étaient venus ne s’étaient pas éternisés.

Ils nous considèrent encore comme des intruses, Rosina, Cilla et moi, songea Ginny avec tristesse. Ils estiment sans doute qu’Andrew aurait dû être enterré à côté de sa première épouse. A moins que les projets de maman n’aient déjà fait le tour du village…

Aujourd’hui, Rosina avait donné le change, toute de noir vêtue, arborant l’expression accablée d’une châtelaine en grand deuil. Pourtant, la veille au soir, elle avait affirmé haut et fort vouloir se débarrasser du manoir de Barrowdean au plus vite, et quitter ce « trou de province » — tels avaient été ses mots. Sa mère voulait vivre dans un endroit plus gai, plus distrayant.

— Sans doute le sud de la France, avait-elle lancé. Je me vois bien dans une de ces belles villas de la Riviera, avec vue sur la mer et une grande piscine. Ce serait idéal pour mes petits-enfants, quand ils viendront me voir.

Lucilla l’avait aussitôt contrée :

— Pitié, maman ! Jonathan et moi venons seulement de nous fiancer. Pas question d’avoir des enfants tout de suite, je veux d’abord m’amuser.

Comment en vouloir à Cilla de se comporter comme une enfant gâtée ? Elle était la plus jeune, la fille adorée de leur mère, qui trouvait que Ginny ressemblait trop à feu son père. Ginny avait pourtant un teint de blonde, une silhouette longiligne, mais ses cheveux étaient châtains et ses yeux gris, pas bleus comme ceux de Cilla. Bref, elle avait un visage quelconque tandis que l’enfant chérie était ravissante… et pourrie gâtée !

Même leur beau-père avait été sensible à sa beauté. Ainsi, quand Cilla avait refusé de chercher un emploi à son retour de ce pensionnat suisse — une école privée affreusement chère où leur mère avait tenu à l’envoyer —, Andrew n’avait pas protesté. Et quand le fils unique de sir Malcolm et lady Welburn avait remarqué Cilla, les choses n’avaient pas traîné : en quelques semaines, on parlait déjà fiançailles. Andrew s’était contenté de hocher la tête d’un air résigné, comme s’il soupesait déjà ce qu’allait lui coûter le mariage.

Un événement qu’il ne verrait pas, hélas… La gorge de Ginny se serra comme lui revenait le souvenir de cet homme si bon, si généreux, qui, ces dix dernières années, leur avait assuré confort et sécurité. Pourquoi ne leur avoir pas dit qu’il souffrait du cœur ? Sa mort subite la laissait en état de choc, et elle n’avait pas encore eu le temps d’entamer son travail de deuil. La réaction hystérique de sa mère et de sa sœur, en apprenant le drame, l’avait obligée à s’occuper d’elles avant de penser à son propre chagrin. Puis la décision de Rosina de vendre la propriété pour aller vivre ailleurs avait été un nouveau coup dur.

Plus rien ne la retenait dans ce trou perdu, avait clamé sa mère. Cilla allait épouser ce cher Jonathan Welburn qui saurait prendre soin d’elle.

— Quant à toi, Ginny, avait-elle ajouté, tu as un job dans ce petit salon de thé du village. Il suffira que tu trouves une chambre à louer.

Ginny avait failli lui répliquer qu’elle avait un projet professionnel plus ambitieux concernant ce « petit salon de thé », mais s’en était abstenue.

Depuis la salle à manger lui parvinrent des murmures de voix entrecoupés de bruits de vaisselle. Elle devina que Mme Pelham, la vieille gouvernante d’Andrew, débarrassait les restes du buffet. Il y aurait à manger pour trois jours tant Rosina avait vu les choses en grand, songea Ginny avec un peu d’agacement.

Mme Pelham était un autre sujet de préoccupation. Du jour où Rosina s’était installée au manoir, elle avait tout fait pour se débarrasser d’elle, mais Andrew avait tenu bon. En plus de l’affection qu’il lui portait, elle faisait pour lui partie du manoir, dont elle s’occupait à la perfection. A présent, il faudrait la licencier, et ce serait bien entendu à Ginny de s’occuper de la sale besogne…

Un nouveau soupir lui échappa. Chaque chose en son temps. Pour l’instant, il fallait s’assurer que tout était prêt dans le bureau d’Andrew pour l’ouverture du testament. Me Hargreaves, le notaire d’Andrew, avait déclaré que, pour respecter la volonté du défunt, il se présenterait au manoir à 16 heures.

— Que de complications inutiles ! s’était écriée Rosina en apprenant la nouvelle. Que vient-il faire puisque nous sommes seules bénéficiaires ?

Ginny avait toujours aimé le bureau d’Andrew, avec ses murs tapissés de livres. Souvent, quand il travaillait, elle le rejoignait et s’installait devant le feu. Depuis sa mort, elle n’y était pas retournée. Elle dut se faire violence pour ouvrir la porte. Dire qu’elle ne le verrait plus lever la tête à son entrée, ni lui adresser ce bon sourire qui lui faisait si chaud au cœur…

Barney, le labrador d’Andrew, un beau chien d’à peine cinq ans, était étendu sur le tapis devant la cheminée. Il se dressa à demi et remua la queue ; mais, contrairement à son habitude, il ne se précipita pas à sa rencontre pour nicher le museau au creux de sa main. Lui aussi avait du chagrin que son maître adoré ne soit plus.

— Pauvre vieux, murmura Ginny en s’approchant, tu croyais que je t’avais oublié ? Je te sortirai tout à l’heure, sitôt cette histoire de testament terminée.

Barney était un problème de plus. Rosina, qui détestait les chiens, avait déjà déclaré son intention de le faire piquer. Ginny en était malade. Elle l’aurait volontiers pris avec elle, mais tant qu’elle n’était pas sûre que son projet professionnel aboutisse, elle ne pouvait pas s’engager.

Après avoir remis une bûche dans le feu, elle alluma les lampes et vérifia qu’il y avait assez de sièges. Puis elle tira les rideaux des hautes fenêtres. Ce fut alors qu’elle vit les phares d’une voiture qui approchait. Elle consulta sa montre. Se pouvait-il que Me Hargreaves soit en avance ? Sans doute cette lecture de testament lui était-elle pénible et voulait-il en finir au plus vite.

Quelques instants plus tard, on sonna. A sa grande surprise, Barney la suivit dans le vestibule, tout joyeux. Pauvre animal ! Sans doute croyait-il qu’Andrew revenait enfin. Ginny en eut le cœur serré et saisit le chien par le collier. Le notaire n’apprécierait peut-être pas que Barney l’accueille avec l’exubérance incontrôlable qu’il réservait autrefois à son maître.

— Bonsoir, lança-t-elle en ouvrant la porte.

Elle allait ajouter « maître », mais resta bouche bée, les yeux écarquillés.

* * *

Vêtu d’un imperméable noir ouvert sur un costume gris foncé, le visiteur portait une sacoche de cuir en bandoulière. Il avait des cheveux très sombres, brillants comme des ailes de corbeau, un peu trop longs et plutôt mal coiffés. Grand, il avait un visage long au teint mat et des yeux bruns. Sa bouche était mince, son nez un peu busqué et son menton volontaire. Cet homme était beau, mais il possédait surtout un charme indéfinissable, une séduction brute. Ginny était d’autant plus troublée que ce visage, qu’elle n’avait jamais vu pourtant, ne lui était pas inconnu.

Barney ne se tenait plus et gémissait de bonheur. Il réussit à lui échapper et, d’un bond, appuya les pattes avant sur les cuisses de l’inconnu pour mieux lui faire la fête.

— Barney, couché ! lança-t-elle.

Elle perçut le léger tremblement dans sa propre voix, mais le chien obéit, tout en levant sur le nouveau venu des yeux éperdus d’adoration.

— Je suis navrée, dit-elle. D’habitude, il ne se comporte pas ainsi quand il ne connaît pas les gens.

Le visiteur se pencha pour flatter la belle tête au pelage clair.

— Il n’y a pas de mal. Au contraire.

Sa voix était grave, virile, avec un accent étranger marqué.

A son tour, il la détailla. Son visage ne trahissait rien, pourtant elle devina qu’elle ne lui faisait pas forte impression. Tant pis, elle le lui rendait bien !

— Excusez-moi, commença-t-elle d’une voix mal assurée, mais… vous étiez censé venir ici aujourd’hui ?

— Me Hargreaves m’a donné rendez-vous.

De plus en plus troublée, Ginny hocha la tête et invita alors l’inconnu à la suivre jusqu’au bureau. Le chien leur emboîta le pas, toujours joyeux. Si c’est un voleur de grand chemin ou un détrousseur de veuves, nous te remercierons pour ta vigilance, Barney, songea-t-elle.

— Si vous voulez bien attendre ici. Me Hargreaves ne devrait pas tarder, dit-elle. Désirez-vous boire quelque chose ? Un café ?

— Non merci, c’est gentil.

La manière dont l’inconnu promenait son regard autour de lui, comme s’il évaluait ce qu’il découvrait, accrut la gêne de Ginny. Puis il posa sa sacoche, avant d’enlever son imperméable. Il portait sous son costume une chemise d’un gris très pâle, dont le col était ouvert sur une cravate noire au nœud desserré.

Ginny bafouilla quelques mots au sujet de sa mère et de sa sœur qu’elle devait aller retrouver. L’homme inclina la tête pour toute réponse. Elle quitta le bureau et rejoignit le salon. Lorsqu’elle en ouvrit la porte, Rosina se leva, lissant sa jupe noire.

— Me Hargreaves est arrivé, n’est-ce pas ? Il était temps ! Plus vite nous en aurons terminé avec cette mascarade, mieux cela ira.

— Ce n’était pas lui, non, dit Ginny d’une voix hésitante. Un clerc de son étude, semble-t-il…

Elle se souvint des mains puissantes et bronzées de l’homme, quand il avait caressé la tête de Barney. Des mains de travailleur manuel, pas celles d’un gratte-papier. Qui pouvait bien être cet homme, grands dieux ?

La sonnette la tira de ses supputations. Elle s’apprêtait à aller ouvrir quand sa mère l’arrêta :

— Ne bouge pas, Virginia, ce n’est pas à toi d’introduire notre visiteur. Mme Pelham est là pour ça. Tant qu’elle est encore chez nous, ajouta-t-elle d’un ton qui en disait long sur ses intentions.

Quelques instants après, la vieille gouvernante apparut dans le salon, s’appuyant lourdement sur sa canne.

— Me Hargreaves vient d’arriver, madame. Je l’ai fait entrer dans le bureau.

— Nous le rejoignons tout de suite, affirma sa mère sans même regarder Mme Pelham.

Sur quoi, elle disparut, suivie de Cilla — sans doute allaient-elles rafraîchir leur maquillage. Ginny, qui se trouvait plutôt présentable dans sa jupe grise et son tricot de laine beige façon polo, fila chercher un siège de plus pour leur visiteur.

* * *

Entrant dans le bureau d’Andrew avec la chaise, Ginny découvrit l’inconnu en grande conversation avec le notaire. Ce dernier d’habitude si impassible, semblait préoccupé.

— Toutes mes condoléances, mademoiselle, dit-il à mi-voix. Vous étiez, je le sais, très proche de votre beau-père. Cette mort brutale nous a tous surpris, on a vraiment du mal à croire…

Sans achever sa phrase, il lui tapota le bras, puis s’installa dans le fauteuil d’Andrew. Au même instant, Rosina et Cilla firent leur entrée, leurs chevelures blondes rendues plus spectaculaires encore par leurs tenues de grand deuil.

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4eme couverture