L'enfant du souçon (Harlequin Azur)

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L'enfant du soupçon, Michelle Reid

Quand, trois ans après leur rupture, Enrico Ranieri débarque de nouveau dans sa vie, Freya craint le pire. En effet, comment cacher plus longtemps à celui qu'elle aime encore en secret l'existence de Nicky, son fils, qui lui ressemble trait pour trait ? Les retrouvailles se révèlent bien plus houleuses encore que ce qu'elle redoutait. Car Enrico, persuadé que la jeune femme l'a trompé, veut lui faire accepter un odieux marché : devenir son épouse légitime et vivre sous son toit, sans partager son lit ! Prête à tout pour lui prouver sa bonne foi et assurer un avenir digne de ce nom à son enfant, Freya accepte l'inacceptable...

Publié le : mardi 1 juillet 2008
Lecture(s) : 54
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280267076
Nombre de pages : 160
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1.

Perdu dans ses pensées, Enrico Ranieri entra en trombe dans le hall de la société Hannard. Il était en retard pour la réunion qu’il devait diriger et son expression préoccupée reflétait sa contrariété. Tête baissée, il avançait sans même s’apercevoir que lui et le groupe qui le suivait étaient les points de mire du personnel.

C’est alors qu’un léger bruit perça soudain le silence. Un bruit infime, mais qui se répercuta sous son crâne comme un coup de tonnerre. Il leva brusquement la tête et se figea. Plans, projets, tout ce qu’il remuait en pensée se trouva soudain évacué pour ne laisser place qu’à la vision qui se reflétait dans ses yeux sombres.

Elle était là, debout, à cent mètres à peine, devant l’ascenseur dont elle venait de sortir. Il sentit son estomac se contracter, comme lors d’un trou d’air en plein vol. Etait-ce possible ? Ses yeux ne pouvaient le tromper, mais tout son être refusait cette réalité. Cela faisait des années qu’il ne l’avait pas vue. Pourtant, il avait suffi qu’elle exhale un soupir, à peine perceptible dans le brouhaha ambiant, pour qu’il se retrouve cloué sur place, incapable de mobiliser la moindre fonction de son cerveau. La seule information que celui-ci lui communiquait était l’évidence de sa présence…

Incapable de détacher son regard de la svelte silhouette, il la contempla, fasciné. Le chignon sobre qui retenait la somptueuse masse de ses cheveux roux réveilla en lui la folle envie d’y plonger les doigts. Il avait toujours aimé en ôter les épingles, libérer la cascade de ses boucles… Aujourd’hui comme hier, la sévérité affichée de sa coiffure était pour lui un défi, et l’excitation que cela faisait naître se transmit à toutes ses terminaisons nerveuses.

Freya…

L’écho de son nom se propagea en lui comme une traînée de poudre, mettant le feu à ses sens en un mélange inextricable de haine et de plaisir.

Trois ans plus tôt, il l’avait évincée de sa vie. Dans le domaine des affaires comme dans celui du plaisir, il appliquait la même politique, beaucoup s’en souvenaient à leurs dépens. Elle avait travaillé pour lui. Il avait placé en elle toute sa confiance. A aucune, avant ou après elle, il n’avait accordé une telle liberté d’action. Elle avait vécu chez lui, partagé son lit. Il dormait seul à présent et ses relations sexuelles avaient lieu à l’extérieur de chez lui.

D’amour, il n’était plus question. Elle lui avait tout pris… Le sentiment de haine qui grésillait en lui n’avait rien pour l’étonner.

Mais — Dio — qu’elle était belle ! Même dans ce costume gris, peu flatteur et trop grand d’au moins une taille, elle allumait en lui le souvenir précis de ce qui se cachait derrière cette tenue citadine sans éclat.

Cela lui rappela la manière qu’elle avait de s’habiller avant de le connaître… avant qu’il ne transforme la pauvre bergère en princesse de conte de fées.

Le souvenir chemina jusqu’à sa poitrine, l’étreignant d’un étrange inconfort quand il se rappela comment elle l’avait quitté après qu’il lui eut signifié son renvoi : sans sourciller, elle avait laissé derrière elle tous ses atours princiers.

Mais voilà qu’elle se dirigeait vers lui à présent, fendant la foule qui se pressait dans le hall, inclinant la tête comme sous le poids de pensées trop lourdes. Le regard d’Enrico se fit plus perçant. Une fine nuée de gouttelettes perla à son front : la frange dorée des cils de Freya n’allait pas tarder à se relever, lui dévoilant son iris vert que le choc allait assombrir.

Il voulait voir ce choc dans son regard, il en avait besoin, de façon presque vitale, pour se dédouaner de sa propre confusion.

Travaillait-elle ici, chez Hannard ? Se pouvait-il que sa dernière transaction lui donne l’occasion inespérée de faire payer la belle mais traîtresse Freya Jenson ?

Il serra les dents, attendant le moment où elle lèverait les yeux vers lui. Il ne voyait pour l’instant qu’un nuage de boucles rousses. Elle n’était plus qu’à quelques pas… Le corps d’Enrico s’emballa. Bon sang, si elle continuait sur sa lancée, elle allait le heurter de plein fouet ! A cette idée il sentit ses sens s’aiguiser, comme un loup prêt à l’attaque.

Elle pila soudain et le maelström de sentiments contradictoires qui agitait Enrico se figea : avait-elle enfin perçu sa présence ?

Ce fut alors qu’il l’entendit parler.

— Non, Nicky, inutile de te tortiller ! Tu sais que maman ne te lâchera pas la main.

Comme un homme pris dans une tornade et brutalement rejeté à terre, Enrico eut l’impression qu’il allait tomber. S’il avait cru vivre un trou d’air en apercevant Freya, ce n’était rien à côté de ce qu’il ressentait à présent, en découvrant le garçonnet vêtu de jean qui tirait sur la main de sa mère pour lui échapper.

Une touffe bouclée de cheveux noirs couronnait une jolie frimousse. De ses yeux sombres comme l’encre, le garçonnet fixait sa mère d’un regard très déterminé.

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