L'épouse révoltée

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Rattrapée par son passé, Grace est prête à tout pour protéger son enfant.

Quand la haute silhouette de l’homme qui est encore son époux se dresse devant elle, Grace sent une profonde angoisse l’envahir. Que fait Luca Mastrangelo chez elle, dans cette maison perdue de la campagne anglaise où elle s’est réfugiée pour lui échapper ? Terrifiée, Grace sait qu’elle doit pourtant garder son calme et tout faire pour que Luca reparte de chez elle avant qu’il ne découvre la véritable raison de sa fuite : leur petite Lily d’à peine trois mois, qui dort à l’étage. Leur fille qu’elle s’est juré de protéger des mensonges de cet homme qu’elle croyait connaître, et d’élever aussi loin que possible de la puissante et dangereuse famille Mastrangelo…

Publié le : mercredi 1 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280335904
Nombre de pages : 160
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1.

Au bas de l’escalier, Grace, pieds nus, se dirigea vers le boîtier de l’alarme. Par un réflexe devenu automatique, elle tapa le code pour désamorcer les capteurs installés au rez-de-chaussée. La seule fois où, encore à moitié endormie, elle avait oublié de le faire, une sirène stridente s’était déclenchée avant même qu’elle n’arrive dans la cuisine. Elle avait dû appeler le centre de surveillance pour éviter leur intervention.

Avec un bâillement, elle mit la bouilloire en marche. Elle avait besoin d’un bon café.

Pendant que l’eau chauffait, elle souleva le rideau de la porte-fenêtre, à l’arrière de la maison. Aveuglée par la lumière, elle plissa les yeux. La gelée blanche qui recouvrait le jardin étincelait sous les rayons du soleil matinal. Dans un frisson involontaire, elle se retourna pour allumer son ordinateur portable. Pendant qu’il démarrait, elle prépara son café, ajouta une pointe de lait et porta la tasse à ses lèvres. Avant même qu’elle boive la première gorgée, on sonna à la porte d’entrée.

Aussitôt, un froid glacial, sans rapport avec la température extérieure, l’envahit jusqu’à la moelle. Ses cheveux se hérissèrent sur sa nuque. Son cœur se mit à cogner dans sa poitrine. Elle chancela et renversa du liquide brûlant sur sa main. Elle poussa une exclamation, grimaça de douleur, mais reprit promptement ses esprits.

Reposant sa tasse sur la paillasse, Grace ouvrit un grand placard, enfouit les doigts sous une pile de torchons rangés dans un panier en osier et sortit un petit revolver.

Un deuxième coup de sonnette retentit.

L’ordinateur était lancé. Elle cliqua sur une icone et le programme relié en continu aux quatre caméras de surveillance qui couvraient le périmètre autour de la maison s’ouvrit. Sur l’écran, seule l’image en haut à droite signalait une anomalie : une petite silhouette emmitouflée dans une grosse parka, avec un bonnet de laine et une écharpe assortie, se tenait sur le seuil. Dansant d’un pied sur l’autre, elle serrait son sac contre son ventre et semblait grelotter de froid.

Partagée entre une extrême prudence envers les inconnus et un mouvement de pitié bien naturel, Grace traversa le couloir sur la pointe des pieds et repoussa la lourde tenture accrochée devant la porte vitrée. On ne voyait rien au travers à cause du givre. Cachant le revolver derrière son dos, elle ouvrit maladroitement les trois verrous de la main gauche, sans ôter la chaîne de sécurité, et entrouvrit la porte de quelques centimètres.

— Je suis vraiment désolée de vous déranger, dit la visiteuse en claquant des dents.

Elle brandit son téléphone portable.

— Ma voiture est tombée en panne. M’autoriseriez-vous à appeler mon mari de chez vous ? Je n’ai pas de réseau.

Cela n’avait rien d’étonnant. Les communications passaient mal dans ce petit village des Cornouailles. Heureusement, la ligne fixe fonctionnait très bien.

Au mépris de la politesse élémentaire, Grace scruta attentivement l’inconnue. Plus petite qu’elle d’une bonne dizaine de centimètres, elle paraissait assez chétive sous son gros manteau et avait le visage rougi par le froid. Elle ne pouvait raisonnablement pas constituer une menace. Malgré tout…

Grace se chercha des excuses pour refuser de l’aider. Rien ne l’y obligeait. Elle pouvait très bien lui indiquer la ferme au bout du chemin. Mais ce ne serait pas très charitable. La pauvre femme, déjà exténuée, en avait au moins pour dix minutes de marche supplémentaires.

— Attendez une seconde.

Grace referma la porte pour ôter la chaîne de sécurité et fourra le revolver dans la poche de sa robe de chambre.

« Que tu es bête ! s’admonesta-t-elle intérieurement. Tu es devenue complètement paranoïaque. Tu te caches depuis trop longtemps. Tu as peur de tout, maintenant. »

— Merci beaucoup, dit la femme en tapant ses pieds sur le paillasson avant d’entrer. Je commençais à désespérer de trouver une habitation. Les routes sont dans un état épouvantable, par ici !

Réprimant une gêne inexplicable, Grace força un sourire poli sur ses lèvres.

— Le téléphone est juste là, dit-elle en indiquant l’appareil sur une console. Allez-y, je vous en prie.

La femme décrocha, couvrit son oreille d’une main et parla à voix basse pendant quelques minutes. A la fin, elle reposa le combiné en inclinant la tête.

— Encore merci. Je ne vais pas vous embêter plus longtemps.

— Vous pouvez attendre votre mari ici, suggéra Grace, qui répugnait à mettre quelqu’un dehors par ce froid.

— Non, c’est gentil. Il ne va pas tarder.

— Vous êtes sûre ? La température est vraiment glaciale.

La visiteuse recula. Elle avait déjà la main sur la poignée.

— Absolument. Merci encore !

Et elle disparut sans même dire au revoir.

Perplexe, Grace la regarda s’éloigner pendant quelques secondes avant de se cadenasser de nouveau. Elle frissonna. Une sensation désagréable courut le long de son dos, comme un signal d’alarme.

Il y avait quelque chose de bizarre…

Immobile, elle tendit l’oreille, mais sans entendre autre chose que la pulsation de son sang contre ses tempes.

« Tu es ridicule, paranoïaque. »

Néanmoins, le comportement étrange de la femme continuait à la tracasser. Pourquoi était-elle repartie aussi vite ?

Elle retourna dans la cuisine. La surprise provoquée par le coup de sonnette ne fut rien comparée à sa terreur lorsqu’elle découvrit que trois hommes s’y trouvaient.

* * *

— Bonjour, bella.

Bella… La façon caressante dont Luca avait prononcé ces deux syllabes paralysa littéralement Grace, même si son cœur avait bondi au son de cette voix sensuelle, dont le fort accent sicilien faisait chanter l’anglais. Elle se rappelait encore la première fois qu’elle l’avait entendue…

— Allez m’attendre dans la voiture, ordonna-t-il à ses deux sbires.

Ils obéirent immédiatement et sortirent par la porte de derrière, qu’elle avait pourtant fermée à clé. Presque en même temps, elle recouvra ses esprits et, dans un sursaut, tira le pistolet de sa poche.

— Je te donne cinq secondes pour sortir de chez moi.

Luca fronça très légèrement ses sourcils noirs et leva les mains en l’air d’un air moqueur.

— Sinon quoi ? Tu vas me tirer dessus ?

Il fit un pas en avant.

— Ne bouge pas ! ordonna-t-elle.

Grace suffoquait de peur alors que Luca, pourtant désarmé, affichait un calme imperturbable. Il ne fallait surtout pas paniquer. Elle avait toujours su que ce jour viendrait et s’y était préparée, mentalement et physiquement.

— Recule !

Les bras tendus, elle essaya de réprimer les tremblements qui l’agitaient.

— Est-ce ainsi que tu accueilles tes visiteurs, bella ?

Il pencha la tête de côté et continua à avancer, en la fixant intensément. Elle se souvenait avec émotion de la profondeur des yeux fascinants du bel Italien, très noirs et frangés de cils épais. De près ils étaient plutôt bleu foncé, comme une belle nuit d’été. Inoubliables…

Des réminiscences très vives affleurèrent à sa conscience. C’était au moment précis où elle avait découvert leur couleur extraordinaire qu’elle était devenue éperdument amoureuse de cet homme. Elle avait alors eu l’impression de naître à la vraie vie.

Beaucoup de temps avait passé depuis. Et son amour était mort dix mois plus tôt, lorsqu’il était devenu impossible de cacher la vérité.

— Seulement les visiteurs que je juge indésirables, répondit Grace en ôtant ostensiblement le cran de sécurité. Pour la dernière fois, Luca, je te demande de sortir de chez moi.

Il était si près, maintenant, qu’elle voyait le sang battre à ses tempes. Il fallait qu’il parte. Tout de suite.

— Jette cette arme. Tu ne sais pas t’en servir.

* * *

Luca avait imaginé bien des scénarios, mais pas celui-ci. L’adrénaline faisait pulser le sang dans ses veines. Grace n’oserait pas tirer sur lui, mais il ne voulait pas l’affoler.

Il avait du mal à croire qu’il l’avait enfin dénichée, après une si longue traque. Dès qu’il l’avait identifiée sur la photo, il était monté à bord de son jet privé pour se rendre en Angleterre.

— Tu ignores ce dont je suis capable, déclara-t-elle d’une voix atone. Comment m’as-tu retrouvée ?

Il réussit à maîtriser la colère que lui inspirait son ton indifférent, dénué d’émotion — elle aurait aussi bien pu parler à un inconnu…

— Difficilement, je l’avoue. Maintenant, pose ce revolver. Je veux seulement te parler. Rien de plus.

Elle ne dissimula pas son scepticisme.

— Tu as fait tout ce chemin juste pour cela ? Si tu voulais simplement me parler, il suffisait de frapper à ma porte comme quelqu’un de normal. Ce n’était pas la peine de monter ce stratagème ridicule et malhonnête.

— C’est toi qui as compliqué les choses, ma chère Grace, en jouant à cache-cache avec moi dans toute l’Europe.

Elle l’avait rendu fou à toujours disparaître mystérieusement dès qu’il découvrait une nouvelle piste. Cette fois-ci, il avait dépêché ses hommes avant même d’authentifier la photo, juste pour le cas où… Il avait décidé que Grace ne lui filerait plus entre les doigts.

— Ce n’était pas un jeu, répliqua-t-elle calmement.

Elle essuya sa main gauche, moite, sur son peignoir. Luca comprit alors que le détachement de la jeune femme n’était qu’apparent… Son sang s’échauffa dans ses veines car dans le mouvement, le peignoir s’était entrouvert, découvrant la longue silhouette presque androgyne de Grace, qui dégageait une sorte de douceur inconnue — démentie pourtant par la dureté de ses yeux noisette.

La bouche sèche, il continua à l’examiner avec attention.

Elle avait tellement changé… Il ne l’aurait peut-être pas reconnue s’il l’avait croisée dans la rue, ce qui était évidemment le but qu’elle recherchait. A tel point qu’il avait failli rejeter la photo que ses enquêteurs lui avaient soumise, prise au moment où elle relevait son courrier dans la boîte aux lettres. On distinguait à peine ses traits. Mais quelque chose d’indéfinissable l’avait alerté : Grace penchait toujours la tête ainsi, sur le côté, lorsqu’elle réfléchissait debout devant sa toile, le pinceau dans la bouche, avant de commencer à peindre. A l’époque, elle avait les cheveux longs et blonds ; maintenant, elle les portait très courts, à la garçonne, et les avait teints en rouge — ce que Luca aurait trouvé abominable sur n’importe qui d’autre. Incroyablement, ce style lui allait très bien. C’était même très sexy.

— Tu devais bien te douter que je te chercherais, déclara-t-il froidement. Ne serait-ce que pour te demander des explications. Tu es partie sans dire au revoir à personne. Tu n’as même pas eu la courtoisie de me laisser un mot d’adieu.

— Je voulais couper net. Le silence me paraissait préférable.

Comment n’aurait-il pas remué ciel et terre pour retrouver cette femme qu’il avait promis d’aimer jusqu’à la fin de ses jours ?… D’autant qu’il ignorait complètement comment et pourquoi elle avait subitement disparu de son existence.

— Tu n’as rien emporté, même pas de vêtements.

Elle était juste partie se promener, avait enjambé la clôture et s’était volatilisée.

— Tes sbires se seraient méfiés s’ils m’avaient vue dans les vignes avec une valise.

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