L'étau du doute - Au centre du danger

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L’étau du doute, Karen Anders

Le clan des Winston, tome 3

Pour protéger les membres de leur clan, les frères Winston sont prêts à tout

Quel terrible secret se cache au fond de sa mémoire ? Miné par le doute, Sam Winston s’enferme dans la dépression depuis son retour d’Afghanistan où il a été retenu en captivité. Jusqu’au jour où il fait la connaissance d’Olivia, une détective qui enquête sur lui, et qui est convaincue qu’il est au centre d’une conspiration de grande ampleur. Séduit par le charme d’Olivia, qui l’aide à se reconstruire, Sam lève peu à peu le voile qui occulte ses souvenirs de guerre. Mais bientôt il fait une terrible découverte : il a été programmé pour tuer et représente le pire des dangers pour ses proches…

Au centre du danger, Delores Fossen

Le souffle coupé, Rayanne observe l’homme accroupi derrière le muret qui entoure sa propriété. Cette chevelure noire, ces larges épaules… A n’en pas douter, ce sont celles de Blue McCurdy, l’homme avec qui elle a passé une nuit d’amour cinq mois plus tôt et qui a disparu sans un mot d’explication. Mais, alors qu’elle s’apprête à l’interpeller, un bruit de moteur attire son attention. De son poste de guet, elle voit une voiture approcher du ranch et Blue sortir son arme. Elle sent alors la panique monter en elle : pourquoi Blue est-il revenu ? Et se peut-il qu’il représente une source de danger pour elle et l’enfant qu’elle porte ? Son enfant dont il ignore tout…

Publié le : mercredi 1 juillet 2015
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EAN13 : 9782280339223
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1

— Docteur Owens ? appela Sam depuis la salle d’attente.

Pour des raisons de confidentialité, John Owens, psychologue réputé exerçant à Raleigh, en Caroline du Nord, avait accepté de le recevoir en dehors des heures habituelles de consultation. Ce n’était pas la première fois. D’ordinaire, il l’attendait sur le seuil de son bureau, au rez-de-chaussée d’un élégant immeuble abritant diverses entreprises.

Sam consulta sa montre.

7 heures du matin. Pas d’erreur, il était bien à l’heure pour son rendez-vous.

En tant que membre du 7e régiment de rangers des Forces spéciales de l’armée américaine, il avait l’habitude de dormir peu et de se lever tôt.

Debout à 5 heures, il avait déjà fait ses exercices de rééducation. Mais, en dépit de ses efforts, son épaule et sa hanche restaient douloureuses, même au bout de six mois, et il était loin d’avoir recouvré les capacités physiques que l’armée attendait de lui.

Toutefois, c’était surtout sur le plan psychologique que son aptitude au combat posait problème.

Après avoir été enlevé lors d’une mission en Asie centrale et torturé pendant trois mois, il avait des trous noirs, il perdait la notion du temps et il faisait d’atroces cauchemars qui le laissaient hébété et hurlant à pleins poumons au milieu de sa chambre.

Malgré l’insistance de l’armée et de ses proches, il avait toujours refusé de consulter. Mais la tentative d’assassinat contre sa mère, ancienne vice-présidente des Etats-Unis, et le fait que le coupable soit l’un de ses compagnons d’arme, capturé en même temps que lui, avaient profondément ébranlé ses certitudes et l’avaient poussé à chercher un thérapeute.

Comment Mike Harris, un homme d’honneur décoré pour sa bravoure au combat, avait-il pu devenir un assassin ?

Cette image ne cadrait pas avec l’homme que Sam avait connu et, chaque fois qu’il pensait à son meilleur ami, un mélange de douleur, de regret et de colère l’envahissait, le détruisant à petit feu.

Au final, la trahison de Mike et les soupçons à son encontre avaient poussé Sam à quitter le domaine familial — un vaste manoir de plus de neuf cents mètres carrés édifié au milieu d’un parc de dix hectares. Il avait loué une maison beaucoup plus modeste près de Six Forks Road, dans la banlieue nord de Raleigh. Sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi, il ne voulait pas vivre trop près de sa famille, comme si sa présence leur faisait courir un danger.

Traversé par un mauvais pressentiment, Sam s’arrêta à quelques pas du bureau du médecin. La porte en était entrouverte.

— Docteur Owens ? appela-t-il de nouveau.

Mais il le savait déjà : il n’obtiendrait pas de réponse.

Après dix années passées dans les Forces spéciales, il possédait un sixième sens pour la violence. Il pouvait presque la percevoir dans l’air.

Il poussa la porte, s’attendant au pire.

Le bureau avait été mis à sac : tiroirs éventrés, dossiers éparpillés au sol, écran d’ordinateur brisé… et au milieu du chaos gisait le Dr Owens, les yeux ouverts et la tête en sang.

Sam s’agenouilla près de lui et observa le trou bien net au centre de son front. Il avait si souvent côtoyé la mort, l’administrant parfois lui-même, qu’elle ne le touchait plus.

Cependant, un flot d’images brouillées le submergea soudain et sa respiration s’altéra.

Il se releva, le souffle de plus en plus précipité et sifflant, le front couvert de sueur.

Et si le rêve qu’il avait fait la nuit précédente n’en était pas un ?

S’il avait vraiment tué quelqu’un ?

Il recula contre le mur et baissa les yeux vers ses mains, en essayant de faire le tri entre ce qui n’était que le fruit de son pauvre esprit torturé et le réel.

Quand tout cela s’arrêterait-il ?

Quand redeviendrait-il lui-même ?

Une chose était sûre : le Dr Owens ne pouvait plus lui être d’aucune aide.

Il observa de nouveau ses mains, comme si la réponse s’y trouvait. Mais il n’y avait jamais de réponse aux innombrables questions qui le hantaient.

Il aurait pu sans difficulté exécuter un tir aussi net en pleine tête. Mais pourquoi aurait-il tué son psychologue ?

Certes, son propre esprit ne lui appartenait plus tout à fait depuis les événements en Asie centrale. Mais il ne se voyait pas commettre un acte aussi ignoble envers un civil.

Cela n’avait aucun sens, et pourtant son rêve lui revenait en force.

Avait-il tué quelqu’un, ou était-il supposé le faire ?

Il pouvait très bien s’agir de la réminiscence d’une ancienne mission qu’il croyait avoir oubliée.

Le chaos était tel dans son esprit qu’il ne parvenait plus à démêler le vrai du faux.

Il retint un juron. Pour un homme comme lui, à la vie très codifiée, qui avait intégré l’armée à vingt-trois ans et qui était habitué au contrôle, tout cela était très difficile à accepter.

Dans les Forces spéciales, il n’y avait pas de place pour le doute et l’erreur.

Il sortit son portable de la poche de son jean et composa le numéro de son frère, un enquêteur scientifique de la police de Raleigh.

— Thad Winston.

— Thad, c’est Sam. Je veux signaler un meurtre.

* * *

L’inspecteur Evans avait manifestement l’esprit aiguisé, il posait de bonnes questions, mais Sam n’avait aucune réponse à lui fournir.

Il n’avait rien vu, il ne savait rien.

Thad était présent mais, compte tenu de l’implication éventuelle de son frère, il lui était interdit de participer à l’examen de la scène de crime.

— Bon, Sam, tu peux y aller, finit par déclarer Thad. Si l’inspecteur Evans a d’autres questions, il te le fera savoir.

— J’espère que vous trouverez rapidement le coupable. J’appréciais beaucoup le Dr Owens.

— Je te tiendrai au courant, lui promit son frère. Je suis vraiment désolé pour ce qui lui est arrivé. Je sais qu’il t’aidait beaucoup. Tu es sûr que tu ne veux pas retourner au domaine ou passer quelques jours chez moi ?

Sam pressa affectueusement l’épaule de son frère.

— Arrête de jouer les mères poules. Je suis un soldat. Je suis capable de me débrouiller.

— Personne ne dit le contraire, Sam. Mais, après ce qui est arrivé à maman, j’ai tendance à être sur le qui-vive. Et quand je pense à Mike, ça me met dans une rage folle.

— Je ne t’en veux pas de l’avoir abattu, si c’est ce qui t’inquiète.

— J’aurais préféré l’éviter, mais il ne m’a pas laissé le choix. Il allait tuer Lucy et…

Sam toucha de nouveau l’épaule de Thad.

— Tu as pris la bonne décision.

— Mouais… J’ai pourtant l’impression que ce n’est pas terminé. Les deux tentatives d’assassinat contre maman ont été déjouées à temps, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas recommencer. D’autant que nous ne connaissons toujours pas le mobile, et on ne sait pas si les deux actes sont liés, puisque Mike est mort.

— Je pense comme toi que c’est loin d’être terminé. Et, à ce stade, je ne fais plus confiance à personne.

— Même pas aux Services secrets ?

Sam grimaça.

— J’ai l’impression que le gouvernement est impliqué d’une façon ou d’une autre, et les Services secrets dépendent du gouvernement. Je fais toutefois une exception pour l’agent Dan Henderson, qui a mis sa vie en danger pour sauver celle de maman.

Thad hocha la tête.

— Je l’apprécie énormément. Il est intelligent, dévoué… et il a pris une balle pour maman. Je ne pourrai jamais l’oublier.

— Il est certain qu’un type qui tremperait dans des affaires louches ne pousserait pas aussi loin le sens du devoir.

— Exactement, renchérit Thad. Ecoute, je dois y aller, mais n’hésite pas à m’appeler si tu as besoin de quelque chose.

Sam consulta sa montre. Il avait encore le temps de se rendre à son rendez-vous pour un massage thérapeutique. Cela faisait partie des recommandations du Dr Owens, non seulement pour favoriser sa récupération musculaire, mais aussi pour réduire son stress.

* * *

Comme à son habitude, la réceptionniste du spa essaya de flirter avec lui, mais Sam ne répondit pas à ses avances. Sa vie était trop compliquée ces temps-ci pour entamer une relation, même temporaire.

Et, dès qu’il irait mieux, il reprendrait du service, ce qui ne lui laisserait pas le temps d’avoir une vie privée.

Encore que sur ce point il se posait beaucoup de questions. Peut-être devrait-il prendre une retraite anticipée et trouver une autre activité pour occuper son temps ? Servir son pays avait été pour lui un privilège et un honneur, mais après le comportement imprévisible et violent de Mike, il n’était plus certain de vouloir reprendre le service actif.

Il se dirigea vers les vestiaires, se déshabilla, enfila un peignoir et plaça toutes ses affaires dans un casier. Puis il entra dans la pièce que la réceptionniste lui avait désignée, ôta le peignoir et s’installa à plat ventre sur la table de massage en rabattant le drap sur lui.

Quelques instants après, la porte s’ouvrit dans son dos.

— Bonjour Helga, dit-il sans se retourner. J’ai besoin qu’on travaille surtout mon épaule aujourd’hui. Elle me cause pas mal de soucis.

— Je ne suis pas Helga, mais je vais voir ce que je peux faire pour vous aider.

La voix douce et mélodieuse avait quelque chose d’apaisant qui convenait tout à fait à une masseuse.

Par curiosité, Sam tourna la tête.

Vêtue d’un T-shirt blanc avec le logo du spa juste au-dessus de ses seins généreux, et d’un caleçon en élasthanne noir qui épousait ses courbes, la masseuse n’avait rien à voir avec la revêche et vieillissante Helga qui s’occupait d’ordinaire de lui.

Les cheveux couleur caramel tirés en queue de cheval dégageaient un visage légèrement hâlé aux pommettes hautes et ciselées. Les yeux étaient bruns, frangés d’épais cils noirs, la bouche pulpeuse.

Elle ne portait ni maquillage ni bijou, ne cherchant pas à s’embellir ou à attirer l’attention, mais il était difficile de détourner le regard d’elle et de l’ignorer.

Sam se força à se ressaisir : s’investir dans une relation avec une femme à ce stade de sa vie serait une erreur, il le savait pertinemment. Et pourtant, il avait soudain une irrésistible envie de faire des erreurs.

— Helga est malade. Je la remplace. Je m’appelle Olivia Marshall.

Elle diminua l’éclairage de la pièce et diffusa une musique relaxante.Puis elle posa les mains sur les épaules de Sam et commença à malaxer ses muscles trapèzes. Il ne put retenir un soupir. Son toucher était assuré, doux, apaisant.

Gagné par un sentiment de bien-être, il se mit à somnoler. Il s’était levé tôt et avait un peu forcé sur le sport. Surtout, la découverte du cadavre du Dr Owens lui avait causé un choc.

Au bout de quelques minutes, il s’endormit.

Bientôt, une succession d’images vint troubler l’apaisante obscurité.

Des sapins l’entouraient, une odeur de feu de camp venait chatouiller ses narines. Trey, son frère aîné, était là. Il y avait aussi Thad. Ils étaient tous deux adolescents. Etaient-ils à Yellowstone, en train de camper avec leur père ?

Une bouffée de colère contre sa mère le saisit, car elle n’était pas avec eux. Il se tourna vers Trey, mais celui-ci avait disparu.

Soudain, la scène changea. Il était recroquevillé sur le sol, respirant la poussière et l’odeur de son propre sang. Autour de lui, des voix hurlaient dans une langue étrangère.

Des mains brutales le soulevèrent et il gémit de douleur, essayant de s’endurcir face à la souffrance qu’allait de nouveau subir son corps épuisé.

Un de ses tortionnaires approcha son visage du sien pour mieux le narguer. Il écarquilla les yeux, l’esprit égaré.

C’était le visage de Trey.

Il se réveilla en criant et se redressa sur la table de massage, croisant le regard d’Olivia.

— Tout va bien, dit-elle d’une voix apaisante. Vous vous êtes endormi et vous avez dû faire un cauchemar.

— Je suis désolé. J’espère que je ne vous ai pas fait peur.

— Ne vous inquiétez pas, capitaine Winston, je ne m’effraie pas aussi facilement. J’ai été un peu surprise, mais je comprends très bien. Si vous voulez, nous pouvons arrêter. De toute façon, il reste moins de dix minutes.

— Oui, je crois que c’est mieux. Et, appelez-moi Sam, je vous en prie.

— Pensez à boire beaucoup d’eau quand vous rentrerez chez vous. C’est important pour éliminer les toxines.

— Je connais la chanson.

— Je n’en doute pas, mais nous le rappelons toujours à nos clients.

— Merci, Olivia. Ce massage m’a fait beaucoup de bien.

— J’en suis ravie.

Elle lui sourit et quitta la pièce.

Il se leva, renfila le peignoir et retourna au vestiaire, où il se doucha et se rhabilla.

Alors qu’il traversait le hall du spa, Olivia en ouvrait la porte vitrée donnant sur l’extérieur. Il se précipita pour la lui tenir et ils se dirigèrent ensemble vers le parking.

— Sam, voudriez-vous prendre un café avec moi ? demanda-t-elle.

Elle soutint son regard et, sans l’avoir décidé, Sam se pencha vers elle, savourant son parfum. Il se dégageait d’elle une incroyable assurance qui faillit le faire céder. Olivia Marshall était sûre de son charme et de l’effet qu’elle produisait sur les hommes. D’ailleurs, il avait terriblement envie de goûter à ses lèvres gonflées comme un fruit mûr.

Il se ressaisit à grand-peine.

— Je suis désolé, Olivia. Je ne peux pas. J’ai un rendez-vous.

— Rien qu’une petite demi-heure, insista-t-elle.

— Je dois rendre visite à ma mère.

— Je comprends. Comment va-t-elle ?

— Elle est parfaitement rétablie. Ainsi que son garde du corps.

— Quelle terrible histoire. Ça doit encore être difficile pour vous.

Il hocha la tête.

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