L'été où tout a changé

De
Publié par

Une saison à Crescent Cove tome 3/3

L’amour d’un été peut durer toute une vie

Après des mois de correspondance avec la charmante Skye Alexander, qu’il n’a pas revue depuis l’enfance, Gage n’a qu’une envie : la voir en chair et en os. Il a alors une idée : pourquoi ne pas louer l’un des bungalows qu’elle gère à Crescent Cove, leur ville natale, et lui faire la surprise de son arrivée ? Mais, à son grand étonnement, leurs retrouvailles ne sont pas aussi joyeuses qu’il l’avait imaginé... La froide réserve de la belle jeune femme à son égard lui paraît incompréhensible alors qu’ils se sont tant liés par écrit, et que Skye semblait partager ses sentiments naissants… 

A propos de l'auteur : 
Christie Ridgway est la reine incontestée de la romance contemporaine. Auteur de plus de trente-cinq romans, elle est réputée pour sa plume pleine d’émotion qui fait passer du rire aux larmes, et pour ses magnifiques histoires d’hommes et de femmes au caractère bien trempé qui finissent par trouver l’amour, le vrai.
Publié le : lundi 1 février 2016
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280359368
Nombre de pages : 368
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
pagetitre

A PROPOS DE L’AUTEUR

Christie Ridgway est la reine incontestée de la romance contemporaine. Auteur de plus de trente-cinq romans, elle est réputée pour sa plume pleine d’émotion qui fait passer du rire aux larmes, et pour ses magnifiques histoires d’hommes et de femmes au caractère bien trempé qui finissent par trouver l’amour, le vrai.

Belle rêveuse, au loin sur les flots

Les sirènes chantent la sauvage Lorelei ;

Sur le ruisseau naissent des vapeurs

Qui attendent de s’effacer devant le jour radieux à venir.

Belle rêveuse, rayonn ce sur mon cœur,

Tout comme le jour sur le ruisseau et les flots ;

Alors se dissiperont tous les nuages de chagrin,

Belle rêveuse, éveille-toi pour moi !

Belle rêveuse, éveille-toi pour moi !

— STEPHEN FOSTER, Beautiful Dreamer, strophe 2

1

Dix ans déjà que Gage Lowell carburait au danger comme d’autres à la caféine — une dose le matin pour se réveiller, une autre à midi pour le coup de fouet, une dernière en soirée comme digestif. Alors d’où diable lui venait cette appréhension croissante à l’approche de la belle et paisible Crescent Cove ? Mystère.

Cette baie californienne n’était pourtant pas la ligne Durand, frontière poreuse entre Afghanistan et Pakistan où il avait bravé tous les risques, des balles des talibans aux taureaux semi-sauvages. Quant aux autochtones, ils seraient moins méfiants que les rebelles syriens qu’il avait photographiés le printemps précédent. Et si le cottage qu’il avait loué donnait directement sur la plage, à quelques pas de l’océan Pacifique, il n’imaginait pas une seconde que ses vacances s’achèveraient comme ce fameux hiver, quelques années auparavant, où il avait dû courir comme un dératé vers les hauteurs pour sauver sa peau en tenant ses appareils-photo très haut au-dessus de sa tête.

Evidemment, personne n’aurait pu prévoir ce tsunami-là. Reste qu’il ne voyait vraiment pas comment Crescent Cove pourrait lui réserver de telles surprises.

Il n’empêche que… une sensation d’attente fébrile, presque jubilatoire, l’habitait.

— Arrête-toi ici, ordonna-t-il à son frère jumeau alors que la voiture quittait la Pacific Coast Highway pour s’engager sur la route étroite menant à la baie. Je vais marcher jusqu’à l’agence pour aller chercher les clés. Toi, emporte mon barda au cabanon no 9. On se retrouve là-bas.

Griffin fronça les sourcils.

— Hé ! Parce que je suis ton groom, maintenant ?

Une boutade entre frères, bien sûr… Mais quelque chose, dans l’expression de Griffin, alerta Gage.

— Qu’est-ce que tu me caches ? demanda-t-il.

Sans un mot, son frère arrêta la voiture.

Devant eux se dressait la première des villas pimpantes constituant la communauté balnéaire où la famille Lowell avait passé chaque été durant des années. Une cinquantaine de bâtisses au total, dont les lignes originales et les couleurs chatoyantes se nichaient dans une végétation luxuriante évoquant les tropiques. Palmiers, hibiscus et autres plantes exotiques avaient été implantés jadis pour que cette longue bande de sable de trois kilomètres serve de décor pendant la glorieuse époque du cinéma muet et devienne tour à tour une île déserte, une jungle infestée de cannibales ou les rivages de l’Egypte ancienne.

Pour Gage, Griffin et toute la bande de copains venant s’ébrouer en toute liberté chaque année de juin à septembre, elle avait été tout simplement un paradis.

Gage abaissa sa vitre et respira longuement l’air gorgé de sel et de soleil pour se calmer. Il disposait de plusieurs semaines de repos devant lui pour recharger ses batteries avant sa prochaine mission à l’étranger, et Crescent Cove était l’endroit rêvé pour cela.

— La magie est toujours là, pas vrai ? murmura-t-il, la main sur la poignée de la portière.

— Attends, dit Griffin. Je devrais peut-être t’accompagner à l’agence.

Gage sentit son malaise s’amplifier…

— Qu’est-ce qui se passe, Griff ?

— Ecoute, à propos de Skye…

— Pas un mot de plus, le coupa Gage, agacé.

Cette manie qu’avait Griffin de jouer les grands frères avisés sous prétexte qu’il était son aîné d’une poignée de minutes !

— Je la connais aussi bien que toi, ajouta-t-il. Mieux que toi, même.

— Tu ne l’as pas revue depuis que vous étiez ados. Tu pourrais être, euh… disons surpris de son apparence.

— Je me fiche de son apparence !

Il avait conscience d’y aller un peu fort, mais quoi ? Son frère s’imaginait-il qu’il avait des goûts douteux ou superficiels, en matière de compagnie féminine ?

D’accord, c’était sans doute vrai certains soirs mais, ici, la question était hors sujet.

— Ce n’est pas son physique qui m’intéresse, précisa-t-il en ouvrant sa portière. Pour moi, Skye n’est pas une femme.

Il entendit vaguement son frère grommeler quelque chose. Trop tard. Il était déjà en route vers le sentier qui le mènerait tout droit à Skye Alexander.

Il savait exactement où se trouvait l’agence de gestion immobilière, de même que tous les autres points remarquables de cette baie pour en avoir exploré chaque recoin au cours de son enfance et de son adolescence. C’était alors le père de Skye qui gérait les locations, vêtu de sa tenue immuable, pantalon de toile, vieille chemise en jean et chapeau de brousse. Ses deux filles traînaient souvent dans son bureau, jouant avec des poupées de papier ou leur collection de coquillages, ce qui laissait Mme Alexander libre de se consacrer à la peinture, son hobby de prédilection.

Skye avait pris le relais à l’agence, désormais. Gage le savait grâce à la correspondance épistolaire qu’ils avaient entamée près d’un an plus tôt, par accident. Au moment de planifier ses congés il avait pensé à elle, pensé à la baie, et il avait décidé subitement de louer le cabanon où il avait passé des étés idylliques jusqu’à son adolescence. Mais, pour réserver une surprise à sa correspondante et amie, il l’avait réservé sous un faux nom.

Il avait hâte de voir sa réaction lorsqu’il apparaîtrait devant elle en chair et en os…

Ses doigts le démangeaient. Un instant, il regretta d’avoir laissé son matériel dans la voiture. Sans ses appareils ses mains lui semblaient vides, quand bien même l’envie de prendre des photos s’était estompée, ces derniers temps. Ce qui l’inquiétait un peu.

Beaucoup, même.

Le cabanon no 9 se révélerait peut-être un antidote efficace sur ce plan-là aussi.

A l’approche de la structure en bardeaux toute simple qui abritait l’unique pièce de l’agence, il ralentit le pas, embrassant du regard le carré de pelouse enchâssé dans une barrière de bois blanc illuminée par des bougainvillées de plusieurs coloris, blanc, corail, rouge sang. A travers la porte d’entrée entrouverte lui parvint une voix de femme sans qu’il puisse distinguer ses paroles, emportées au loin par la brise.

Il enjamba le portail pour éviter de faire grincer les gonds. Puis il remonta silencieusement la petite allée pavée et s’arrêta sur le pas de la porte, grand comme un timbre-poste. Le soleil en ce milieu de matinée brillait de tous ses feux, plongeant par contraste l’intérieur de l’agence dans un noir d’encre. Il distingua néanmoins une silhouette de femme qui lui tournait à moitié le dos, un téléphone pressé contre son oreille.

— Bien sûr, je peux vous adresser par mail une copie scannée de la lettre d’Edith à Max. Oui, c’étaient mes arrière-arrière-grands-parents, exactement. Très bien. Entendu !

Elle marqua une pause pour écouter son correspondant.

Qu’est-ce qui pouvait bien inquiéter Griffin ? se demanda Gage, perplexe. Son frère avait cherché à le mettre en garde, mais contre quoi, au juste ? Bon, ses derniers souvenirs de Skye remontaient à près de onze ans, mais ils étaient tout à fait cohérents avec cette version adulte qu’il avait sous les yeux. Petite, elle avait déjà ces longs cheveux couleur café. La femme d’aujourd’hui lui parut de taille moyenne, et assez mince a priori sous ce jean baggy et ce sweat-shirt à manches longues qui semblait avoir appartenu à son père.

L’échange téléphonique touchait visiblement à sa fin, et Gage éprouva un nouvel accès d’impatience. Impossible de se remémorer la couleur des yeux de Skye. Ou la forme de son nez. Qu’à cela ne tienne, d’une seconde à l’autre maintenant, elle se retournerait, et il aurait enfin un visage à poser sur ces lettres qui lui étaient devenues si vitales pendant ses deux semaines de calvaire au milieu de nulle part.

— Je suis ravie que vous comptiez présenter notre baie dans un prochain numéro du magazine. Merci ! Si vous avez d’autres questions, Ali, surtout n’hésitez pas à me recontacter !

Elle raccrocha, se pencha sur son bureau pour griffonner quelques notes.

Gage sentit un sourire naître sur ses lèvres. Il ne bougea pas, ne souffla mot pendant un long moment encore tandis que la brise marine soufflait derrière lui, agitant le fin coton blanc de sa chemise. C’était idiot, sans doute, mais il éprouvait l’étrange sensation qu’une nouvelle aventure allait commencer et il se demanda soudain s’il n’aurait pas dû apporter des fleurs.

Puis, rejetant cette pensée absurde, il pénétra enfin dans le domaine de Skye. Le mouvement dut alerter la jeune femme, qui pivota brusquement vers la porte.

Et poussa un hurlement strident.

15 septembre

Cher Gage,

Salutations de la part d’une amie d’enfance ! Ta lettre à ton frère a fini sa course à l’agence de gestion de Crescent Cove. Sache que l’arrivée de Griffin au cabanon no 9 est prévue pour avril, pas avant. J’ai adoré la carte postale, une de tes œuvres, peut-être ? Au fil des années, j’ai souvent aperçu ton nom dans les mentions de source sous les photos dans les magazines et les journaux, et je me souviens de l’appareil que tu portais chaque été, attaché à ta poitrine comme un deuxième cœur.

En espérant que ce mot te trouvera en bonne santé,

Skye Alexander

Skye,

Merci pour l’info sur Griff. Est-ce que tu joues toujours à la dînette devant le bureau de ton père à l’agence de Crescent Cove ? Je te revois, là, comme si c’était hier. Quels étés merveilleux nous avons passés dans la baie ! Quand la chaleur devient intolérable ici, je m’envole là-bas en imagination, je m’étends sur le sable humide et je laisse les vagues bien fraîches du Pacifique déferler sur ma peau. A l’inverse, par temps glacial, je me remémore notre tribu de gamins jouant au foot sur la plage, sous un soleil de plomb. Est-ce que les crabes verts t’arrachent toujours des cris perçants ?

Gage

Polly Weber, sa voisine et meilleure amie, se pencha pour lui chuchoter à l’oreille :

— Tu ne m’avais pas dit que Gage Lowell était aussi canon !

— Tu as sympathisé avec Griffin, non ? répliqua Skye. Ils sont jumeaux. Des vrais jumeaux. Et tu t’étonnes ?

Skye ne se donna même pas la peine de regarder l’homme assis en bout de table sur la terrasse du Captain Crow’s, le bar-restaurant de la pointe nord de la baie. Cinq autres personnes avaient été conviées à ce dîner de bienvenue. Griffin et sa fiancée, Jane, Tess, la sœur aînée des jumeaux, et son mari, ainsi qu’un vieil ami de la famille faisaient bloc autour du héros du jour : Gage. Skye avait choisi délibérément la place la plus éloignée de lui.

Elle comptait sur la distance pour apaiser son cœur lancé dans une course folle depuis qu’elle avait levé les yeux, ce matin, et aperçu une silhouette sombre et menaçante sur le seuil de son bureau…

Gage était justement en train de raconter cette histoire, haussant la voix pour se faire entendre de Rex Monroe, nonagénaire résident permanent de la baie.

— Mes oreilles résonnent encore de son hurlement de terreur. Je voulais lui faire une surprise, pas la peur de sa vie !

— Elle est à cran depuis des mois, dit Rex en secouant la tête. Sur les nerfs, tout le temps, depuis mars.

— Vraiment ?

Gage parut intrigué. Skye sentit qu’il l’observait et afficha un intérêt subit pour son verre de vin blanc, ignorant la chaleur embarrassante qui lui montait aux joues. Heureusement qu’elle portait un pull à col montant en coton sur son pantalon noir de coupe masculine.

— Depuis le printemps, vous dites ? demanda Gage, sans la quitter des yeux.

Avant que Rex ait pu en révéler davantage, Skye s’empressa d’offrir une explication rationnelle.

— C’est le calme du hors-saison qui me rend nerveuse, voilà tout. Il y a si peu de résidents permanents !

Et, si elle ne trouvait pas un moyen de maîtriser son anxiété persistante, comment allait-elle survivre cette année à la transition entre le tourbillon d’activités estivales et le calme mortifère de l’automne ?

Elle releva la tête pour jauger la manière dont Gage accueillait ces éclaircissements.

Mal lui en prit. Le regard turquoise de Gage envoya une nouvelle décharge électrique dans son pauvre cœur…, qui se remit à tambouriner comme un dératé contre ses côtes.

— Fenton Hardy ! lança-t-elle brusquement, d’une voix qu’elle ne reconnut pas.

— Oui, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? renchérit Jane Pearson, la fiancée de Griffin, en se tournant vers Gage. Lorsque Skye nous a dit que le prochain locataire du no 9 s’appelait Fenton Hardy, la coïncidence avec le héros littéraire dans la série des Frères Hardy m’a semblé étrange, mais ton frère a compris tout de suite qu’il s’agissait de toi.

Skye s’arracha au regard de Gage pour toiser Griffin.

— Tu as compris et tu n’as rien dit ?

Griffin haussa les épaules.

— C’était notre identité secrète quand on était gosses. J’ai pensé que Gage avait ses raisons pour faire des mystères.

— Je le répète, je voulais faire une surprise à Skye, expliqua Gage. Je comptais même surprendre tout le monde, en fait. Je n’avais pas prévu qu’elle donnerait le nom du locataire suivant.

— Nous parlions des préparatifs du mariage lorsque le sujet a fait surface, précisa Jane en souriant. Quelle chance que ce soit toi, le vacancier que nous dérangerons au moment de nous dire « oui » sur la terrasse du no 9 à la fin du mois !

Gage hocha la tête d’un air chagriné.

— Je ne te connais que depuis quelques heures, Jane, mais il est clair que tu pourrais trouver mieux que ce cher vieux Griff, fit-il remarquer. Moi-même…

— Sans vouloir te froisser, je m’en tiendrai au jumeau dont les jours de globe-trotteur sont terminés, déclara Jane avec un grand sourire.

— Gage ferait un mari déplorable, intervint Tess Quincy. C’est un grand agité, doublé d’un parfait égoïste, et quelque chose me dit que la lessive n’est pas son truc.

— Eh bien ! s’exclama Gage. Merci beaucoup, grande sœur. Moi aussi je t’aime !

Les yeux de Tess se mirent à briller de façon suspecte.

— Moi, ce que j’en dis…, rétorqua-t-elle. Mais imagine un peu qu’une malheureuse tombe raide dingue de toi. Si c’est pour disparaître ensuite de la surface de la terre pendant plus de deux semaines et la laisser sans nouvelles…

Un silence gêné s’installa. Gage avait réellement été porté disparu pendant ce délai, précisément, plongeant famille et amis dans l’inquiétude, avant de refaire surface à l’improviste, sans une explication.

— Tu sais que les réseaux de communication étaient aléatoires là où je me trouvais, Tessie, répondit Gage d’une voix tendue.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi