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L'exécutrice (Tome 5) - La revanche de l'Araignée

De
353 pages
Je suis Gin Blanco, l’Araignée, la plus redoutable tueuse à gages d’Ashland. Mon unique objectif : expédier Mab Monroe tout droit en enfer. L’élémentale de feu qui a décimé ma famille s’en prend aujourd’hui à ma petite soeur, Bria Coolidge, et a lancé des hordes de chasseurs de primes à mes trousses. La garce ! Même si je dois y laisser ma peau, j’obtiendrai la vengeance que j’attends depuis dix-sept ans. Car j’ai été élevée pour tuer. Pour la tuer. Mes proches seront là pour m’épauler. Mes pouvoirs de pierre et de glace aussi. Sans oubliermes fidèles couteaux en argylithe, qui me brûlent déjà les doigts…
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JENNIFER ESTEP
L'EXÉCUTRICE – 5
La revanche de l'Araignée
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laurence Murphy
Jennfier Estep L’EXECUTRICE - 5 La revanche de l’Araignée J’ai Lu Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laurence Murphy © Jennifer Estep, 2011 Pour la traduction française© Éditions J’ai lu, 2012 Dépôt légal : août 2012 ISBN numérique : 9782290069561 ISBN papier: 9782290055274 Ouvrage composé et converti parFacompo(14700 Lisieux)
Présentation de l’éditeur : Jesuis Gin Blanco, l’Araignée, la plus redoutable tueuse à gages d’Ashland. Mon unique objectif : expédier Mab Monroe tout droit en enfer. L’élémentale de feu qui a décimé ma famille s’en prend aujourd’hui à ma petite soeur, Bria Coolidge, et a lancé des hordes de chasseurs de primes à mes trousses. La garce ! Même si je dois y laisser ma peau, j’obtiendrai la vengeance que j’attends depuis dix-sept ans. Car j’ai été élevée pour tuer. Pour la tuer. Mes proches seront là pour m’épauler. Mes pouvoirs de pierre et de glace aussi. Sans oublier mes fidèles couteaux en argylithe, qui me brûlent déjà les doigts… Illustration de couverture : © Fotolia.com
Àmaman, à grand-mère, et à André – pour tout. Et à tous mes lecteurs – celui-ci, il est vraiment pour vous.
Remerciements
Encore une fois, mes remerciements les plus sincères vont à tous ceux qui m’aident à transformer mes mots en livre. Merci à ma formidable agent, Annelise Robey, et aux merveilleuses éditrices Megan McKeever et Lauren McKenna pour leurs conseils avisés, leur soutien, et leurs encouragements. Merci à Tony Mauro pour la conception d’une nouvelle fabuleuse couverture. Et, enfin, un grand merci à tous les lecteurs. Il y a beaucoup de très bons livres en circulation, et je continue à m’émerveiller que l’on choisisse de lire les miens. Je suis heureuse que Gin et ses aventures vous divertissent. Je vous affectionne plus que je ne saurais l’exprimer. Bonne lecture !
1
Chassez le naturel, il revient au galop. J’avais le projet d’assassiner quelqu’un avant la fin de la nuit. C’était mon activité. À moi. Gin Blanco. La tueuse connue sous le nom de l’Araignée. Je tuais les gens et c’était quelque chose que je savais remarquablement bien faire. Ce soir, j’avais décidé d’éliminer ma cible la plus dangereuse – Mab Monroe, l’élémentale de feu qui avait massacré ma famille quand j’avais treize ans. Cela faisait des semaines que je planifiais son exécution. L’endroit où j’allais mener mon projet à bien, comment déjouer la sécurité, l’arme idéale, la manière de m’échapper ensuite. Et maintenant, en cette soirée glaciale, j’avais enfin décidé de passer à l’acte. J’étais sur place depuis plusieurs heures. Trois heures, pour être précise. Toutes passées dehors dans l’âpre gel de février. J’avais escaladé la façade d’une vaste demeure de quinze étages, mètre de mur glacé par mètre de mur glacé. J’étais heurtée par des morceaux de neige durcie, tout en essayant d’empêcher le vent qui hurlait de m’arracher au bâtiment. J’avais connu mieux en matière de confort et de lieu où attendre le moment fatidique pour frapper, mais je n’avais pas le choix. Dommage que Mab ait été au courant de mes intentions. Je ne m’étais certes pas attendue à ce que ce soitfacile, mais déjouer l’impressionnant filet de sécurité qui avait été tendu dans les bois enneigés entourant la demeure de Mab et les abords de la maison elle-même s’était avéré légèrement plus problématique que prévu. Toute la zone grouillait de géants que l’élémentale de feu employait comme gardes du corps personnels, sans parler des mines terrestres et de tous les autres pièges disposés d’arbre en arbre, à l’instar de toiles d’araignée invisibles. J’aurais pu, bien sûr, éliminer un à un les géants au cours de ma progression, seulement l’alarme aurait été donnée et le filet de sécurité se serait resserré autour de moi. J’avais donc opté pour une approche silencieuse et non violente. Pour le moment. Il m’avait fallu une heure pour me faufiler à travers les arbres et éviter tous les pièges. Et une autre encore pour m’approcher suffisamment de la demeure et gravir discrètement les marches jusqu’à un balcon du premier étage, qui m’avait alors permis de me hisser sur la partie du toit qui s’inclinait à ce niveau. Ensuite, ma progression avait été bien plus facile car les diverses parties de la toiture étaient dépourvues de capteurs, d’alarmes et de géants. Peu nombreux étaient ceux qui se souciaient d’installer ce genre de trucs plus haut que le premier étage, moins nombreux encore étaient les individus suffisamment hardis ou cinglés pour grimper plus haut, surtout par une nuit glaciale alors qu’il neigeait. Je n’étais pas particulièrement hardie ou dingue, j’étais résolue à tuer Mab. Une bourrasque gifla du revers la maison, en mugissant à mes oreilles, ce qui fit tomber de nouveaux paquets de neige des avant-toits. Les fragments gelés dégringolèrent sur moi avant de disparaître dans l’inquiétante obscurité argentée de la nuit. Leur impact me fit l’effet de coups de cravache. En tant qu’élémentale, j’aurais pu faire appel à ma magie de pierre pour que ma peau devienne aussi dure que le marbre et que les morceaux de neige, qui ressemblaient à de gros cailloux, rebondissent sur mon corps telles les balles sur la poitrine de Superman. Mais les élémentaux sont en mesure de sentir, de capter quand d’autres usent de leur pouvoir et je ne voulais surtout pas que Mab ait le moindre soupçon de ma présence. En tout cas, pas avant de la tuer. J’étais parvenue à hauteur du cinquième étage. Les plans de l’immense manoir avaient indiqué qu’une vaste salle à manger s’y trouvait. D’après les renseignements que mon frère d’adoption, Finnegan Lane, avait pu glaner auprès de ses divers espions, Mab organisait un grand dîner ce soir-là. Finn n’avait pas été en mesure de savoir quelle était l’occasion des festivités, ni de se procurer la liste des invités, mais ce n’était pas très important. Son heure était proche, et je me fichais bien de savoir qui se trouvait auprès d’elle. Cela faisait plus d’une heure que j’étais postée devant la fenêtre de ladite salle à manger, étendue à plat ventre sur une partie du toit qui s’aplanissait avant de s’incliner abruptement. Les rafales de neige et les ombres diffuses que créait l’éclat aveuglant des lumières à l’intérieur me rendaient invisible même si quelqu’un tournait les yeux de mon côté. En réalité, le plus difficile ce soir, ce n’était pas les gardes, le froid, la neige, ni même l’escalade le long de la paroi glissante. Non, le plus éprouvant, c’était d’entendre les pierres qui m’entouraient. Les émotions, les actions et les sentiments des gens se fondent au fil du temps dans leur environnement, particulièrement dans la roche. En tant qu’élémentale de pierre, j’entendais toutes ces vibrations, et elles me touchaient sur un plan affectif, quelle que soit la forme que puisse prendre
le minéral : des gravillons foulés sous le pied, des briques de bâtiment, une sculpture de marbre. Les sons, les murmures, les chuchotements qui retentissaient à travers les pierres me renseignaient sur ce qui s’était déroulé en un lieu particulier, m’indiquaient quelles sortes d’individus s’y étaient trouvés et la nature des atrocités qu’ils avaient pu commettre entre-temps. Ou encore qui était susceptible de rôder autour de moi, espérant me tendre une embuscade. Feu, chaleur, douleur, mort. Voilà ce que révélaient les murmures des pierres de la demeure, ponctués par des chuchotements sournois et insolents, animés par l’assurance du pouvoir et de l’argent. Deux choses que Mab possédait en abondance. Mais le plus troublant était le caquètement de démence hystérique qui parcourait les pierres grises. Continu et constant, il donnait le sentiment que les roches avaient été torturées et fracassées, brûlées et massacrées à l’instar des nombreuses victimes de Mab. Après avoir écouté quelques secondes ces gémissements et ces plaintes, j’avais fait abstraction du bruit et m’étais concentrée sur des choses plus importantes, la vérification de mes armes par exemple. Fidèle à mes habitudes, je possédais cinq couteaux en argylithe sur moi. Un dans chaque manche, un plaqué contre mes reins et deux dans mes boots. Les couteaux étaient mon arme de choix parce qu’ils étaient tranchants, solides et quasi indestructibles. Comme moi, en somme. Mab exerçait sur le feu le même pouvoir que j’exerçais sur les pierres. Et elle n’était pas une Simplede feu. Le bruit courait que sa magie était plus puissante que celle de tous les élémentale élémentaux nés ces cinq cents dernières années. Elle pouvait facilement me faire rôtir vivante avant même que je puisse envisager de planter mes couteaux en argylithe dans son cœur noir dévoré de haine. J’avais décidé de faire preuve d’un maximum de jugeote et de maintenir une distance prudente entre nous, au cas où mon plan capoterait. J’avais donc pris avec moi une autre arme. Une arbalète. À première vue, il s’agissait d’un modèle tout à fait classique, compact, redoutable, sauf que j’avais monté un puissant viseur au-dessus de la détente et du carreau en acier trempé prêt à être décoché. L’argylithe dont était composé le carreau, ce métal magique particulièrement résistant, garantissait que le projectile meurtrier pourrait transpercer n’importe quoi : verre, pierre, chair, os. Pour l’instant, l’arbalète reposait sur le rebord de la fenêtre, la pointe tournée vers la salle à manger. Cela faisait plus d’un quart d’heure que j’étais en position de tir, et je n’avais plus qu’à appuyer sur la détente. Heureusement, car les invités commençaient à arriver, prêts à s’attabler. Les tentures en velours noires avaient été tirées de chaque côté de la fenêtre, et je pouvais voir l’intérieur de la pièce. Voilà encore un truc que la plupart des gens négligent de vérifier à ce stade, les rideaux. Pas prudent de la part des gardes du corps de Mab, pas prudent du tout de négliger un petit détail de ce genre. J’étais en fait déjà venue une fois chez Mab, quelques mois auparavant, alors que je traquais une cible. La pièce que j’avais sous les yeux était aussi richement meublée et décorée que le reste de la demeure, enfin d’après mes souvenirs. Elle faisait bien trente mètres de largeur et était dominée par un plafond d’une hauteur vertigineuse, décoré de motifs complexes à la feuille d’or et d’argent. Plusieurs chandeliers, dont les cristaux scintillant évoquaient des gouttes de rosée, brillaient au-dessus d’une longue table en ébène polie. La table était dressée pour quarante convives avec de la porcelaine fine et des couverts assortis. Des seaux en argent remplis de glace pilée servaient d’écrins à des bouteilles de champagne, et d’autres alcools coûteux étaient disposés à intervalles réguliers afin que chacun puisse aisément se servir. Depuis dix minutes, des géants en smoking chargés d’assiettes, de serviettes, de vins, allaient et venaient autour de la table. Mon regard se posa un instant sur le buffet, au fond de la pièce. Mab et ses invités allaient se régaler de langouste ce soir, entre autres mets choisis. Enfin, l’un des géants ouvrit la porte à double battant, inclina la tête en signe de déférence et fit un geste de la main pour engager les convives à entrer. Le moment était venu de lancer les festivités… de bien des manières. La plupart des invités arrivaient seuls, même si quelques-uns étaient par groupes de deux ou plus. Des hommes et des femmes. Des vieux, des jeunes, des gros, des minces, des Blacks, des Blancs, des hispanophones, des nains, des géants, des vampires. La diversité m’étonna. Les associés de Mab avaient d’habitude toujours la même allure : des hommes d’âge mûr avec plus d’argent que de bon sens, et toute l’arrogance, la morgue, et la fourberie qui vont de pair. Mais ce soir, c’était différent. Bien sûr, ils étaient tous habillés et apprêtés comme je m’y attendais, tirés à quatre épingles, en smoking et robes du soir, exhibant de beaux bijoux,
impeccablement coiffés et les femmes, parfaitement maquillées. Mais leur attitude me surprit. Ils ne se mêlaient pas aux autres convives, ne commençaient pas à boire ou à manger, et surtout, ce qui était particulièrement révélateur, ils ne se parlaient pas. Non, les personnes qui étaient venues seules, les couples, et enfin les rares groupes restaient entre eux, en s’isolant toujours des autres de quelques mètres. Étrange. Très étrange. Je scrutai les visages à travers le viseur, essayant de déterminer qui étaient exactement les gens que Mab avait conviés à sa fiesta, et surtout pourquoi ils adoptaient un comportement aussi bizarre. Leur identité ou l’étendue de leur fortune m’importaient peu, je voulais savoir si certains d’entre eux se prenaient pour des caïds et étaient susceptibles de me mettre en danger. Je n’avais pas l’intention de m’attarder une fois Mab abattue, mais ça ne coûtait rien d’être préparée. Fletcher Lane, le vieil homme qui avait été mon mentor, me l’avait appris, entre autres conseils du genre. Malgré leurs beaux atours, chacun de ces hommes et de ces femmes semblait sur le qui-vive, et ils se lançaient tous le même regard froid et détaché. Comme s’ils concouraient pour un prix et étaient prêts à tout pour le décrocher. Quelques-uns d’entre eux lorgnaient même les couverts comme s’ils envisageaient de rafler couteaux, cuillères et fourchettes pour alléger un peu les rangs avant le début de la fête. Je fronçai les sourcils. Mab traitait avec toutes sortes d’individus peu recommandables, mais quelque chose me troublait avec ces gens massés dans la salle à manger. Peut-être parce qu’ils me faisaient penser… à moi. Gin Blanco. L’Araignée. Avant d’avoir le temps de méditer là-dessus, la porte à double battant s’ouvrit une nouvelle fois, et Mab Monroe fit son entrée. L’élémentale de feu traversa tranquillement la foule méfiante jusqu’à ce qu’elle se retrouve au centre de la pièce. Tout le monde se retourna pour la dévisager, et les rares conversations s’interrompirent sur-le-champ. À l’instar de ses convives, Mab s’était mise sur son trente et un, enveloppée dans une longue robe turquoise qui mettait en valeur sa peau laiteuse. Elle avait relevé sa flamboyante chevelure, laissant quelques mèches s’échapper et encadrer harmonieusement son visage. Le roux cuivré rappelait la couleur du sang, et l’impression était saisissante. Mais ce qui était le plus frappant chez Mab, c’étaient ses yeux noirs, deux flaques sombres qui semblaient absorber toute la lumière de la pièce au lieu de la renvoyer. La lueur diffusée par les chandeliers eux-mêmes faiblit au moment où elle passa dessous. Le décolleté en V de sa robe soulignait son teint, tout comme le collier qu’elle ne quittait jamais. Une chaîne d’or à maillons plats, dont un rubis constituait l’élément central. Une dizaine de rayons d’or encerclaient la pierre précieuse. L’or avait été délicatement martelé de façon à saisir la lumière et à la refléter, donnant ainsi l’illusion que les rayons scintillaient de mille feux. L’extraordinaire bijou était bien plus qu’un simple collier, c’était une rune. Un soleil. Le symbole du feu. La rune personnelle de Mab, qu’elle seule utilisait. C’était par les runes que les élémentaux et les autres créatures douées de pouvoirs magiques s’identifiaient à Ashland : eux, leurs familles, leurs attributs, leurs alliances et même leurs activités professionnelles. J’avais une rune, moi aussi. Un petit cercle entouré de huit rayons fins. Une rune araignée. Le symbole de la patience et mon nom de tueuse. Je possédais d’ailleurs deux runes, une incrustée dans chaque paume. Les marques dataient de la nuit où Mab avait assassiné ma famille. Elle m’avait torturée, fixant entre mes mains liées, à l’aide de ruban adhésif, un médaillon en argylithe représentant ma rune araignée, puis en le chauffant à blanc tout en invoquant la magie. Le métal avait fondu et s’était incrusté dans mes chairs, me marquant à vie. À la vue de Mab et de son collier d’or étincelant, les cicatrices de mes paumes se mirent à me démanger et à me brûler comme chaque fois que je me retrouvais à sa proximité. Je ne bougeai toutefois pas de mon poste. Je ne frottai pas mes mains afin de calmer la sensation désagréable. Je ne poussai pas un seul soupir. Je ne clignai pas même des yeux. Tuer Mab était bien plus important que les souvenirs qui me hantaient encore, dix-sept ans après les faits. Ce n’était pas le moment de ressasser le passé ou de commettre une erreur. Pas quand j’avais la possibilité de tuer cette garce et de mettre fin, une bonne fois pour toutes, à la vendetta qui avait décimé ma famille. Mab faisait le tour de la salle à manger en toisant les invités de ses yeux noirs, les jaugeant comme je venais de le faire. — Je suis heureuse que vous ayez tous pu venir ce soir. Sa voix était basse, de velours, très légèrement âpre. Mais l’affabilité du ton ne faisait pas oublier la puissance et l’autorité que portaient les mots. Grâce à Finn et à sa capacité à mettre les mains sur tout, j’avais ouvert la fenêtre un peu plus tôt
et fixé un minuscule micro juste sous le rebord. Le récepteur que j’avais placé dans mon oreille quelques minutes auparavant me permettait d’entendre parfaitement mon ennemie. — Je ne savais pas exactement combien d’entre vous répondraient à mon invitation si impromptue, poursuivit Mab. Mais cette affluence me fait plaisir. Je fronçai les sourcils. Affluence ? Qu’est-ce que l’élémentale de feu fomentait et qui étaient ces personnes mystérieuses qu’elle avait conviées chez elle ? J’avais l’impression désagréable qu’elles n’étaient pas les hommes et les femmes d’affaires sans histoires que je m’étais attendue à trouver. Une femme s’avança, se dégageant du groupe. Elle portait une robe du soir elle aussi, mais le vêtement était un peu trop ample pour son corps mince et sec. Le tissu tape-à-l’œil était de mauvaise qualité, et la couleur menthe passée, comme si elle portait cette robe depuis des années et la ressortait des profondeurs de sa penderie pour des occasions spéciales, comme ce soir. Elle devait avoir soixante-dix ans au moins et sa peau était du brun foncé de ceux qui ont passé toute leur vie à travailler en extérieur, sous un soleil tapant. Elle avait rassemblé ses cheveux blancs en un chignon sévère qui soulignait ses traits anguleux. Ses yeux étaient d’un bleu délavé. Elle faisait partie des convives qui n’étaient pas venus seuls. Une jeune fille d’environ seize ans l’accompagnait. Elle se tenait légèrement à l’écart et portait une robe rose bon marché dont la jupe bouffante de ballerine donnait l’impression qu’il s’agissait d’une robe de bal de fin d’année. Elle était aussi pâle de peau que la femme était brune, et ses longs cheveux bruns étaient striés de mèches blond cendré. Sur son visage mince, presque émacié, ses grands yeux noisette innocents ne cessaient d’aller et venir de gauche à droite, manifestement émerveillés par le luxe qui l’environnait. — Nous n’avions pas vraiment le choix, Mab. La voix de la femme était basse, plaisante, amicale même. On aurait dit qu’elle s’adressait à une inconnue croisée dans la rue, et non à la plus redoutable et dangereuse personne d’Ashland. — Pas avec la somme généreuse que vous nous offriez. Je suis étonnée qu’il n’y ait pas encore plus de monde, à vrai dire. Les gens autour d’elle opinèrent. J’étrécis les yeux. Une somme d’argent ? Pour quoi ? Et comment allaient-ils la toucher ? Est-ce qu’il s’agissait d’une tractation financière, d’un marché ? Ou d’autre chose… quelque chose de plus sinistre ? En lien avec l’Araignée, peut-être ? Ce n’était pas impossible. Quelque temps auparavant, Mab avait recruté une tueuse du nom d’Elektra LaFleur et l’avait fait venir à Ashland en lui donnant la mission de me liquider. J’avais bien entendu réglé son compte à LaFleur. Pourtant, depuis, j’attendais que l’élémentale de feu fasse quelque chose, n’importe quoi, pour tenter de coincer l’Araignée de nouveau. Mab n’était pas du genre à renoncer, d’autant plus que j’éliminais ses hommes, contrecarrait ses plans les plus élaborés et lui faisais des pieds de nez depuis des mois. Or tout était calme depuis mon ultime confrontation avec LaFleur dans l’ancien dépôt de la ville. Même Finn et ses espions n’avaient pas pu recueillir la moindre information sur ce que Mab pouvait bien comploter, pas une rumeur, rien. J’aurais été bien moins inquiète d’apprendre qu’elle avait dépêché tous ses sbires pour me traquer. J’avais cependant l’impression que le calme était sur le point de finir ce soir et de manière spectaculaire. — Et vous vous appelez ? s’enquit Mab en toisant son invitée avec hauteur. L’autre femme inclina la tête avec respect sans toutefois quitter l’élémentale des yeux. — Ruth Gentry, pour vous servir. — Ah, Gentry, oui. Eh bien, j’apprécie votre franchise, ajouta Mab sur le même ton plaisant. Vous avez une réputation qui vous précède, comme vous tous. C’est bien entendu la raison pour laquelle je vous ai convié ce soir. L’étrange discours de Mab avait piqué ma curiosité et je marquai une pause, espérant découvrir l’identité de ces mystérieux invités. La curiosité m’avait souvent servi, mais pour une fois je me forçai à la mettre de côté. J’étais venue pour une chose, et une chose seulement : tuer Mab. Tout le reste pouvait attendre. — J’espère que vous avez fait bon voyage, reprit Mab en regardant ses invités. Nous allons maintenant déguster les divers plats que mon chef a préparés… Je me détachai de l’élémentale et quittai le viseur, le temps d’approcher la main en douceur de la fenêtre, jusqu’à ce que mes doigts touchent une minuscule ventouse transparente, quasi invisible, fixée au verre. Je tirai dessus avec précaution et un petit fragment circulaire de la vitre se détacha. Un coupe-verre, glissé dans la poche de ma veste en argylithe, faisait partie des outils que j’avais apportés avec moi ce soir. Je m’en étais servi un peu plus tôt pour découper une ouverture dans la