L'héritage du désert

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Jamais Imogène n’a oublié sa dernière conversation avec le prince Nadir al-Darkhan, ce soir terrible où, alors qu’elle lui annonçait, le cœur battant, qu’elle portait leur enfant, il l’a accusée de lui être infidèle avant de disparaître sans même un dernier regard. Blessée, Imogène a refait sa vie loin de cet homme froid et insensible, avec sa petite Nadeena, leur fille de cinq mois qu’elle aime de toutes ses forces. Aussi, quelle n’est pas sa surprise – et sa colère – le jour où Nadir surgit dans le café où elle travaille pour exiger qu’elle l’épouse, faute de quoi il usera de tout son pouvoir pour obtenir la garde de leur fille.
Publié le : lundi 1 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280353755
Nombre de pages : 160
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1.

— Bonté divine ! Qu’est-ce que c’est que ça ?

En découvrant l’imposante statue plantée dans un coin de son bureau, Nadir Zaman Al-Darkhan, prince de Bakaan, décida que la journée commençait mal.

Par-dessus son épaule, il jeta un coup d’œil à sa nouvelle assistante qui le suivait. Hmm, pas sûr qu’elle fasse l’affaire.

Il est vrai qu’il inspirait souvent la crainte. D’après son frère, Zach, cela tenait à l’aura de pouvoir et de détermination farouche qu’il dégageait et qui devait affecter ses relations personnelles. Nadir s’était contenté de hausser les épaules quand Zach lui avait fait part de son analyse. Ces relations passaient bien après son travail.

Pas toujours, lui souffla une voix intérieure. Il fronça les sourcils, tandis qu’une image s’insinuait dans son esprit. Celle d’une jeune femme blonde qu’il avait brièvement fréquentée plus d’un an auparavant et qu’il n’avait jamais revue.

— Je crois que c’est un cerf, balbutia son assistante.

Chassant de son esprit le souvenir de la danseuse blonde, Nadir contempla l’affreuse sculpture dorée.

— Ça, je l’avais compris, mademoiselle Fenton. Mais qu’est-ce qu’il fait dans mon bureau ?

— C’est un cadeau du sultan d’Astiv.

Ah, il ne manquait plus que ça ! Encore un cadeau d’un monarque qu’il ne connaissait pas, mais qui tenait à lui offrir ses condoléances suite au décès de son père. Celui-ci était mort deux semaines plus tôt. Après avoir assisté aux funérailles, Nadir était rentré la veille à Londres et il en avait assez de ces marques de sympathie qui ne faisaient que lui rappeler son absence d’émotion en la circonstance.

Il alla s’asseoir derrière son bureau.

— Dites-moi, mademoiselle Fenton, est-on obligé de se sentir affecté quand on vient de perdre son père ?

— Je… Je ne saurais vous dire, monsieur, balbutia la jeune femme, décontenancée.

Autrement dit, elle n’osait pas répondre, conclut Nadir en réprimant un soupir.

— Bon, qu’avez-vous pour moi, ce matin ?

Soulagée qu’il en revienne au travail, elle vint s’asseoir au bord d’un fauteuil devant son bureau.

— Mlle Orla Kincaid a laissé un message.

Nadir regrettait déjà d’avoir contacté une de ses ex pour l’inviter à dîner.

— Je vous écoute, dit-il avec lassitude.

— Elle a déclaré : « Je suis intéressée seulement s’il est décidé à prendre notre relation au sérieux, cette fois. »

— Rayez ça. Quoi d’autre ?

— Votre frère souhaite que vous le rappeliez au plus vite.

Zachim avait-il reçu lui aussi un horrible cerf doré ? Il était plus probable qu’il veuille lui demander conseil pour accompagner leur royaume dans le XXIe siècle. Vaste programme, pensa-t-il avec ironie. Leur père avait dirigé Bakaan d’une main de fer et maintenant ce serait à Zach de conduire le pays vers l’avenir. Des années plus tôt, Nadir avait déclaré qu’il ne monterait pas sur le trône de Bakaan, et il tenait toujours ses promesses. Ce rôle revenait donc à son demi-frère Zachim.

— Appelez-le.

— J’ai encore des messages à vous communiquer, dit la jeune femme en consultant sa tablette.

— Transférez-les sur mon smartphone.

Quelques instants plus tard, le vibreur annonça l’arrivée des messages et le poste fixe posé sur le bureau se mit à sonner. Sa nouvelle secrétaire était efficace, en fin de compte, pensa Nadir en décrochant le combiné.

— J’espère que tu ne viens pas m’enquiquiner pour me demander de réorganiser le système bancaire bakaani, lança-t-il d’un ton enjoué. Je te rappelle que j’ai une entreprise internationale à diriger…

— Si seulement il ne s’agissait que de ça, déclara Zach avec gravité. Il faut que tu rentres immédiatement.

— Je viens de passer dix heures là-bas et c’étaient dix heures de trop, bougonna Nadir.

Avant cela, il n’était pas retourné à Bakaan depuis vingt ans et, s’il pouvait s’en tenir éloigné le plus longtemps possible, il en serait heureux. Car certains souvenirs de Bakaan devaient rester enfouis. La veille, lors des funérailles, il les avait domptés au prix d’une terrible lutte intérieure en y superposant l’image d’une jolie danseuse blonde, même si ces pensées-là le tourmentaient aussi. La façon dont leur histoire s’était terminée…

Bon sang ! Voilà qu’il recommençait à penser à elle. Il se frotta le menton.

— Evidemment, tu es reparti avant d’apprendre la nouvelle, déclara son frère au bout du fil.

Se renfonçant dans son fauteuil, Nadir croisa les chevilles sur le bureau.

— Quelle nouvelle ?

— Père t’a désigné pour lui succéder. Tu seras le nouveau sultan, frérot. Alors, tu as intérêt à te dépêcher de rentrer parce que certaines tribus semblent vouloir se rebeller et qu’il est grand temps que quelqu’un reprenne les rênes de ce pays.

— Hé, attends une minute ! lança Nadir en reposant les pieds sur le parquet. C’est toi que père a choisi comme héritier.

— Oui, verbalement. Mais cela n’a pas de valeur pour le Conseil. Voilà ce qui arrive quand on meurt d’une crise cardiaque avant d’avoir réglé ses affaires.

Nadir s’adjura de rester calme.

— Ecoute, c’est dans la logique des choses que tu lui succèdes. Tu es déjà chef de l’armée et tu as vécu à Bakaan la plus grande partie de ta vie.

Il entendit Zach soupirer. Pourvu qu’il ne lui parle pas encore une fois du sacro-saint droit d’aînesse !

— Je pense que tu commets une erreur, Nadir. Mais puisque tu ne veux pas en démordre, tu dois renoncer officiellement au trône auprès du Conseil.

— Parfait. Je leur enverrai un courrier.

— Non, tu dois te présenter en personne.

Nadir laissa échapper un juron.

— C’est ridicule ! Nous sommes au XXIe siècle.

— Mais, comme tu le sais, Bakaan a au moins un siècle et demi de retard.

Nadir serra les dents. Son père n’avait sans doute pas prévu de mourir si tôt, mais il connaissait certainement le protocole en matière de succession. Avait-il négligé la question pour le soumettre à sa volonté une dernière fois ? Dans ce cas, il perdrait la partie.

— Fixons ça à demain, grommela-t-il.

— Pas de problème.

Nadir raccrocha, le regard perdu au loin. Vingt ans plus tôt, il avait quitté Bakaan pour fuir la tyrannie et les manipulations de son père et celui-ci l’avait déshérité. Ce départ l’avait aidé aussi à oublier sa responsabilité dans la tragédie qui avait coûté la vie à sa mère et à sa sœur. A présent, il en était convaincu : son père avait délibérément refusé de modifier son testament en faveur de Zach pour lui jouer un dernier tour à sa façon. Mais ça ne se passerait pas comme ça !

Se levant, il se dirigea vers la fenêtre. Un rayon de soleil perçait les nuages, nimbant la Tamise et le palais de Westminster d’un halo doré. Cette lumière lui rappela la belle chevelure blonde d’Imogène Reid. Encore une affaire qu’il n’avait pas résolue, se dit-il d’un air sombre.

Revenant vers son bureau, il prit son smartphone et fit défiler les messages envoyés par son assistante. Son regard s’arrêta sur celui de son responsable de la sécurité et un sixième sens l’avertit que la journée n’irait pas en s’améliorant.

— Bjorn ? dit-il quand il eut établi la communication.

— Oui, patron. C’est au sujet de cette femme que vous m’avez demandé de retrouver il y a un peu plus d’un an.

Nadir se raidit aussitôt.

— Oui. Des nouvelles ?

— Je suis sûr de l’avoir trouvée. Je vous ai envoyé une photo.

Le ventre noué, Nadir consulta l’écran. Le visage de la belle danseuse australienne apparut. Il l’avait rencontrée quinze mois plus tôt au Moulin-Rouge, le célèbre music-hall parisien. Un soir qu’il se trouvait à Paris en même temps que Zach, celui-ci avait proposé d’aller voir un joli spectacle. Nadir n’avait eu d’yeux que pour une seule des danseuses. Une créature au corps voluptueux, aux cheveux couleur de blé mûr et aux yeux verts magnifiques. Quelques heures plus tard, il l’avait ramenée dans son appartement de l’île Saint-Louis pour une nuit de passion. A partir de là, leur aventure avait été aussi torride que l’été à Bakaan.

Jamais auparavant il n’avait ressenti une attirance aussi intense et dévorante pour une femme, au point que, les quatre week-ends suivants, il avait fait le voyage depuis Londres où il résidait habituellement pour la rejoindre. A l’époque, il aurait dû savoir que cette femme lui attirerait des ennuis et que leur histoire finirait sans doute mal. Mais il avait été loin de se douter qu’elle tomberait enceinte et disparaîtrait avant qu’il ait eu le temps de réagir !

Elle avait pris la fuite, probablement parce qu’elle ne portait pas son enfant. Mais il ne pouvait en être certain et l’idée qu’il avait peut-être donné la vie et que son enfant se trouvait quelque part le tourmentait. Cette femme l’avait berné, pensa-t-il avec colère. Maintenant, il voulait savoir pourquoi.

— C’est elle, en effet. Où est-elle ? dit-il d’un ton mordant.

— A Londres. En fait, elle a toujours été là.

— Des preuves de l’existence d’un bébé ?

— Aucune. Dois-je lui poser la question ? Je me trouve au café où elle travaille.

Une décharge d’adrénaline fusa dans les veines de Nadir. Puis, lentement, il esquissa un sourire.

— Non. Le plaisir sera pour moi. Envoie-moi l’adresse.

* * *

— Ce type n’arrête pas de te regarder. Il me fiche la frousse.

Etouffant un bâillement, Imogène ne prit pas la peine de tourner la tête vers le client auquel Jenny faisait allusion. Du reste, elle avait déjà remarqué cet homme installé au fond de la salle du café. Il lui donnait la chair de poule, à elle aussi, et pas seulement à cause de son regard glaçant. Elle l’avait déjà vu quelque part. Mais où ?

Tout en luttant contre le manque de sommeil — car sa fille de cinq mois faisait ses dents —, elle continua de plier une pile de serviettes sur un coin du bar. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil vers la porte vitrée pour voir si son colocataire, Minh, arrivait. Elle avait terminé sa journée, mais restait pour aider en l’attendant.

Sa collègue lui donna un coup de coude.

— Je crois qu’il veut t’inviter à boire un verre.

— C’est probablement mes cheveux blonds. Il pense que je suis une fille facile.

Comme tous les hommes. Quinze mois plus tôt, elle s’était laissé charmer par un play-boy milliardaire qui l’avait plaquée sitôt son désir assouvi. Elle n’était plus aussi crédule aujourd’hui.

L’homme attablé là depuis une demi-heure était entièrement vêtu de noir. Il ressemblait à un agent secret. Non, à un garde du corps, plutôt. Bizarre, car le petit café à l’ancienne où elle travaillait n’attirait pas une clientèle huppée qui s’entourait d’une sécurité personnelle. Son séduisant play-boy avait bien eu un garde du corps. Mais…

Le cœur d’Imogène manqua un battement. Etait-ce là qu’elle avait vu cet homme ? Dans l’entourage de Nadir ? Cela semblait impossible. Elle allait risquer un regard vers le client, quand Jenny reprit la parole.

— Inutile de t’inquiéter. Je viens de repérer ton amoureux dehors.

Une vive sensation de chaleur envahit Imogène. L’espace d’une seconde, elle crut que sa collègue faisait allusion au beau milliardaire qu’elle n’était pas parvenue à oublier. Relevant la tête, elle vit Minh lui faire un signe de la main à travers la vitrine et laissa échapper un soupir. Elle avait eu une de ces peurs !

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