L'homme aux actrices

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Un scénariste de cinéma, Jean Bouvier, est happé par des fantômes d'actrice qui ont choisi cet amoureux des stars pour reconquérir leur gloire d'autrefois. Mais cet homme fragile parviendra-t-il à sortir indemne de ce trépidant périple aussi glamour qu'initiatique ? Le Mystère de Jackie Kennedy Dans le cabinet new-yorkais de son psychanalyste, Jacqueline Kennedy revoit le parcours de sa chaotique existence. L'ex-première dame des Etats-Unis, fait voler en éclats les masques trompeurs qui ont construit son fascinant mystère.
Publié le : vendredi 1 juillet 2011
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782296467699
Nombre de pages : 106
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L’homme aux actrices

Suivi de

Le mystère
Jackie Kennedy





Frank Bertrand-Boissié






L’homme aux actrices

Suivi de

Le mystère
Jackie Kennedy



Théâtre
















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56109-0
EAN : 9782296561090



L'HOMME AUX ACTRICES


L'Homme aux Actrices a été créé par Patrick Guichard
et mis en scène par Frank Bertrand-Boissié le 30 mai 2010 au
théâtre de l'Epinette de Libourne et joué ensuite à Paris (Espace
Saint-Honoré), Bordeaux (théâtre Poquelin), et à partir du 8
juillet 2011 au festival d'Avignon off, (théâtre des Corps Saints).






PERSONNAGE UNIQUE : Jean Bouvier



Des photos d'actrices, en noir et blanc, couvrent les murs de
l'espace scénique.
Six cubes (ou poufs). Un cube, au jardin, un autre à la cour.
Au centre, quatre cubes, formant banquette. Ces trois espaces
symbolisent les différents lieux dans lesquels évolue Jean
Bouvier.

*

D'abord, je perçus un frôlement, dans la nuit, en pleine nuit,
un frôlement, un chat de gouttière, ou bien un siamois, peut-
être, venait de se glisser dans l'apparente quiétude de notre
chambre à coucher. Non, c'était impossible, j'avais fermé la
fenêtre avant de m'endormir et tiré les rideaux de velours
cramoisi qui me rappelaient les rideaux des théâtres de mon
enfance.
D'abord dans la nuit, en pleine nuit, par une brûlante nuit
d'été d'un infernal mois d'août parisien, alors que je m'éveillai, le
corps en sueur, près de ma femme que j'appellerai, si vous le
voulez bien par souci de discrétion, Lizabeth, comme cette
actrice américaine, Lizabeth Scott, qui ne fit vraiment pas la
carrière qu'elle aurait méritée.
Depuis quelques minutes cette nuit-là, un frôlement, comme
une caresse, comme un adagio, n'en finissait pas de me bercer à
travers les strophes d'un poème que je n'avais pas appris, mais
qu'une voix de femme me chuchotait en donnant des coups de
projecteur sur certains mots à la façon d'une comédienne
d'autrefois : Mademoiselle Mars, Adrienne Lecouvreur,
7Armande Béjart ? Mû par une irrésistible curiosité, je sautai du
lit et d'un geste brusque, voire brutal, j'écartai les pans du rideau
de velours cramoisi.
Dans un recoin d'ombre, je découvris une sublime créature
au visage outrageusement fardé - lèvres rubis, joues de nacre,
paupières d'azur, faux cils démesurés - qui s'éventait en
m'observant d'un œil narquois. Elle me toisait, l'effrontée,
comme si je n'avais été qu'un intrus, une sorte de groupie, alors
que cette inconnue se trouvait chez moi, dans ma propre
chambre, vêtue d'une robe scintillante à faire pâlir de jalousie
Elizabeth Taylor.
- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Quel est votre nom ?
Balbutiai-je, aussi lamentable qu'un pantin désarticulé face à
Marlène dans Agent X 27.
De sa main fortement baguée, l'inconnue me flanqua une
paire de claques qui manqua faire valser ma tête à l'autre bout
de la pièce.
- Je suis iiivre de rage ! Comment oses-tu, pignouf, faire
semblant de ne pas me reconnaître ? Toi qui m'as si lâchement
plaquée le soir de la première de Britannicus ?
Après ces quelques menus reproches, mon inconnue se
dirigea vers le salon où elle alla se servir un triple whisky sans
eau ni glace, avant de s'asseoir sur le canapé en me déclarant
d'un ton menaçant :
- De ta vie, Gaëtan, je ferai un champ de bataille !
- Je ne... mais enfin, Madame...
- Mademoiselle pour les actrices ! Les actrices sont des fées,
elles n'ont pas d'âge.
- Mademoiselle, sachez que je ne me suis jamais appelé
Gaëtan et que...
- Alors quel est ton nom, espèce de scribouillard ?
- Euh, eh bien je... c'est ridicule, mais... attendez un instant...
- Au théâtre, mon vieux, on appelle ça...un trou !
- Je suis, je suis Jacques, non ! Gérard ! Non, Georges ! Non,
Jérôme ! Non ! Jean, Jean Bouvier.
8 - Pauvre tocard ! Si tu n'as trouvé que ce nom idiot, c'est que
tu es encore plus nul que je l'imaginais. Tous les hommes, à
minuit, s'appellent Gaëtan. On ne te l'a jamais dit ?
- Sarah, Sarah, écoute, écoute-moi, je vais t'expliquer.
Comment diable avais-je pu deviner que cette... que ce
volcan s'appelait Sarah ? Sarah comment déjà ?
- Tout de même ! Tu consens à te rappeler mon prénom ! Ce
prénom que tu as murmuré à mon oreille en me faisant l'amour
comme un obsédé. Toi qui m'avais promis monts et merveilles,
comme par exemple de m'écrire un drame romantique en cinq
actes ! Heureusement que j'avais monsieur Victorien Sardou,
monsieur Edmond Rostand et que j'ai joué tout leur répertoire.
Moi qui n'ai aimé que sur scène, je t'aimais, Gaëtan, je t'aimais à
la folie !
Soudain, un nom se forma devant mes yeux mi-clos, un nom
sur les immenses affiches du théâtre de la Renaissance : Sarah...
Sarah Bernhardt !
En allant se resservir une triple dose de Jack Daniel's,
toujours sans eau ni glace, Sarah s'écria :
- J'ai ouvert la boîte de Pandore, mon ex-amour, tous les
maux vont se répandre sur ta misérable existence de ludion !
Arrivederci, ragazzo !
Après avoir avalé trois lexomil et un prozac dans un grand
verre de Martini vodka, je suis allé me recoucher, les jambes et
la tête en capilotade. A peine allongé sous les draps, badaboum,
j'entends, cette fois, un hurlement dans un crissement de pneus.
Une femme vient d'avoir un accident tout près d'ici. Je le sais, je
le sens, elle est blottie contre moi. Elle chuchote :
- Bonsoir, Raymond. Tu m'as manqué. Tu sais, je t'adore .
J'avais besoin de revenir. Je veux que tu fasses quelque chose
pour moi. J'ai eu une si triste fin en 1950. Souviens-toi,
Raymond, souviens-toi...
- Madame, je suis né quatorze ans après votre mort !
- Ne joue pas avec moi, Raymond. Les hommes m'ont fait
trop de mal. Les hommes, vois-tu, les hommes finissent
toujours par détruire les actrices.
9 - Que puis-je faire pour vous ?
- Aucune rue de Paris ne porte mon nom, c'est trop injuste.
J'ai eu mon heure de gloire. Bien sûr, j'ai fait quelques bêtises,
mais qui n'en a pas fait autant ? Arrange-toi, Raymond, pour
que mon nom soit de nouveau célèbre, je compte sur toi.
- Comment vous appelez-vous ?
- Corinne... Corinne Luchaire. Tu t'en souviendras ?
- Je n'oublierai jamais, je vous le jure.
Et Corinne disparut dans la nuit.
Corinne Luchaire ! Jamais entendu parler ! Je me jette sur
l'un de mes dicos de cinéphile et devinez ce que je découvre sur
la petite Luchaire. Ecoutez-moi bien, ça démarre sur des
chapeaux de roues !
LUCHAIRE Rosita (dite Corinne)
Actrice française née à Paris le 11 février 1921. Fille aînée du
journaliste Jean Luchaire, exécuté pour intelligence avec
l'ennemi en 1945. Corinne débute au cinéma avec Léonide
Moguy. Elle tourne Prison sans barreaux, Conflits, Cavalcade
d'amour. On la croit fiancée à Charles Trenet. A la libération, elle
comparaît devant une Chambre Civique qui la condamne à dix
ans d'indignité nationale pour avoir collaboré pendant
l'Occupation allemande.
Atteinte d'une affection pulmonaire, Corinne Luchaire meurt
le 22 janvier 1950 à Paris. Elle était âgée de vingt-neuf ans.
Cette nuit-là, assommé par le lexomil et le prozac, je dormis
à peu près bien, en tout cas profondément, puisque je me
réveillai vers midi le crâne à moitié défoncé comme si mille
nains sadiques avaient tapé dessus avec des petits marteaux
pointus. Bordel de merde ! J'ai rendez-vous à treize heures avec
un producteur de cinoche, Max Zindel, qui voudrait que j'écrive
la première mouture d'un film sur Charlotte Corday. Tu parles
d'une gaieté la vie de Charlotte Corday !
Je me précipite sous la douche et c'est à partir de là que les
événements commencent à devenir compliqués. J'entends des
voix, des voix de femmes, des actrices, encore et toujours des
actrices, voix de gorge, sensuelles et sexy, voix agaçantes
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